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Caractères physiologiques de la sensation auditive

Un caractère physiologique essentiel de la sensation auditive, c'est Vextériorité. Quand nous entendons un son, nous rapportons ce son à l'extérieur; il nous paraît se passer en dehors de nous, et nous jugeons de sa distance par son intensité, de sa direction par l'orientation du conduit au-

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ditif externe, autrement dit par la situation de la tête. Mais il n'en est plus de même quand le conduit auditif n'est plus rempli d'air. Ainsi, quand nous avons la tète sous l'eau, le bruit nous paraît intérieur; dans ce cas, les vibrations se transmettent par les parois mômes du crâne, et la membrane du tympan ne vibre plus; l'extériorité parait donc due aux vibrations de la membrane du tympan. Cependant cette extériorité me paraît n'être qu'une affaire d'habitude et n'est pas liée à la structure même de l'oreille. Ainsi, il est souvent difficile au premier moment de distinguer les bourdonnements, ou autres sensations entotiques, de phénomènes analogues provenant du monde extérieur.

La dw'ée delà sensation auditive ne correspond pas exactement à la durée de l'excitation (vibration sonore) qui la fait naître, elle la dépasse {sensations consécutives primaires d'Urbantschitsch) (1).

D'après les recherches de Helmholtz, on peut encore entendre distinctement 133 battements par seconde, mais au delà de 133 battements, la sensation devient continue, parce que les impressions se fusionnent. Dans certains cas, l'ébranlement communiqué aux extrémités nerveuses revient quelque temps après la vibration {sensations auditives consécutives secondaires).

La sensibilité de l'oreille pour les sons de différentes hauteurs est variable. D'après Weber, on peut percevoir une différence de hauteur de I/G4® de demi-ton, autrement dit, une différence de nombre de vibrations dans le rapport de lûOO à lOOL Celte finesse varie, du reste, suivant les régions de l'échelle musicale. Ainsi, dans la région de la^ hdo'\ on reconnaît encore une différence de hauteur de 1/3 de vibration ; mais au-dessous ou au-dessus, la justesse de l'ouïe diminue peu à peu; au dessus du do^, on se trompe facilement de 100, voire même bientôt de 1000 vibrations. Aussi dans les régions graves comme dans les régions élevées, a-t-on beaucoup plus de difficulté pour reconnaître la justesse des sons (2). Cette sensibilité varie beaucoup aussi d'individu à individu ; des musiciens recoimaîtront des différences de hauteur de 1/1000", quand d'autres personnes seront à peine affectées par une différence d'un demi-ton; c'est là ce qui constitue la. justesse de l'oreille (3). Les limites des sons graves ou aigus perceptibles ne sont pas non plus les mêmes pour les dilférents individus.

Cette sensibilité de l'ouïe s'adresse non seulement à la hauteur, Jiiais k l'intensité et au timbre du son. Des sons très faibles, qui échappent aux uns, seront encore perçus par d'autres {finesse ou dureté de l'ouïe). Le timbre d'un son nous fait connaître immédiatement l'instrument qui le produit; nous reconnaissons une personne au timbre de sa voix.

(1) On prétend souvent que la sensation auditive ne dure pas plus longtemps que la vibration sonore qui la produit, mais c'est en réalité une erreur ; seulement la persistance de la sensation est très faible, et sous ce rapport l'excitation auditive disparaît beaucoup plus vite que l'excitation rétinienne.

(2) Il y a, comme pour les impressions lumineuses, une relation entre l'intensité apparente des sons et leur tonalité. A amplitude égale, l'intensité physiologique des sous croît proportionnellement à la fréquence des vibrations qui les composent (.\. Charpentier).

(3) Dans l'appréciation de la justesse d'un son par l'oreille, il faut distinguer deux cas, le cas dans lequel deux sons sont émis simultcmément, et le cas dans lequel les deux sons sont émis successivement., car, comme on le verra plus loin, le procédé employé par l'oreille dans les deux cas est tout différent. Quand les sons sont émis siinullanément, deux conditions interviennent. La première condition réside dans les battements, et c'est en

L'intervalle-limile entre l'absence d'audition et l'audition nette est très court (Richardson). A la limite minimum de l'excitation auditive {seuil de la sensation), on observe des intermittences du son (Urbanlscbitsch, Gellé).

Vexevcice a une intluence marquée sur la sensibilité de l'ouïe et surtout sur sa justesse. Tout le monde sait à quelle perfection on peut arriver sous ce rapport. L'habitude a un rôle encore plus important; c'est grâce à elle que les harmoniques ({ui accompagnent la plupart des sons que nous entendons passent inaperçus, et qu'un son composé nous donne une sensation simple.

Les sensations auditives peuvent être le point de départ de réflexes, rires, larmes, contractions musculaires, phénomènes nerveux dont la singularité souvent exagérée a défrayé plus d'un recueil à titre de curiosités scientifiques. Certaines hauteurs de son, certains caractères de timbres agissent plus spécialement sur le système nerveux; mais ce sont surtout les bruits, plus encore que les sons musicaux, qui sont intéressants à étudier sous ce rapport. Tout le monde a éprouvé l'elfet d'agacement produit par certains grincements. Les sensations auditives viennent, sous ce rapport, immédiatement après les sensations tactiles.

La fatigue de loreille a été étudiée pai' Urbantschitsch. Une oreille fatiguée récupère sa sensibilité en quelques secondes. Quand une oreille a été fatiguée pour un son de hauteur donnée, elle entend bien un son plus grave ou plus aigu. L'oreille se fatigue plus vite pour les sons aigus que pour les sons graves (Raleigh).

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grande partie par eux que l'oreille reconnaît la pureté d'un intervalle. L'existence do 4 hattements par seconJe donne déjà au son quelque chose de désagréable; mais c'est pour 33 battements que le son a son maximum de dureté, tandis que pour 80 à 100 battements ces halloments se fusionnent et deviennent moins durs et moins sensibles à l'oreille. II s'ensuivra que la justesse des intervalles sera plus facilement reconnue dans les sons de hauteur moyenne que dans les sons très graves ou très aigus.

Une seconde condition iutlue encore sur la facilité avec laquelle l'oreille reconnaît la justesse d'un son, condition qui se rattache du reste aussi à re.\istcuce des battements, c'est la grandeur même de l'iutervalle. Ainsi, les intervalles au-dessous de la quinte résonnent mal dans le grave à cause des battements dont le nombre se rapproche de 33 par seconde, et en outre les sons faux sont plus difficilement reconnus dans les notes élevées à cause du nombre croissant des battements. Quand les deux sons, au lieu d'être émis siiiuiltanément, sont émis l'un apri's l'autre, il ne peut y avoir de battements et il faut bien que l'oreille emploie un procédé différent. Dans ce cas, l'oreille juge et décide d'après une certaine impression qu'elle compare à une impression déjà connue et qu'elle se rappelle. La mémoire' musicale joue là un rôle capital, et il y a à ce point de vue des différences individuelles considérables. C'est cette mémoire musicale, acquise par l'exercice et fixée par l'habitude, qui permet de reconnaître les relations des sons entre eux. Cette mémoire est tellement développée chez quelques personnes qu'elles reconnaissent immédiatement, à la première audition, la hauteur absolue d'une note, entendue seule, sur n'importe quel instrument. J'en connais pour ma part, deux exemples (Voir : Bcaunis, De la justesse et de la fausseté de la voix).

Beaunis. — Physiologie, 3e édition. II. — 31

LIVHE QUATUIÉME.

— PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

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