II. — SALIVE SOUS-M.\XILLAIRE
Procédés. — A. Homme. — On peut recueillir la salive sous-maxillaire en introduisant une canule dans le canal de Wharton (Eckhard, OEhl). L'orifice du canal apparaît comme un petit point noir de charpie côté de la racine du frein de la langue. On laisse la salive s'écouler ou on l'aspii'e doucement avec une seringue. On peut aussi se servir d'une seringue aspiratrice.
B. Animaux. — Pour recueillir la salive sous-maxillaire on pratique ortlinairemcnt des fistule? du canal de Wharton. Les animaux sont habituellement immobilisés par la narcotisation, le chloroforme, le chloral ou le curare; dans ce dernier cas, il faut pratiquer la respiration artificielle ; les fistules peuvent être temporaires ou permanentes ; une fois le conduit mis à nu et ouvert, on y introduit une canule de grosseur appropriée qu'on fixe par une ligature.
procédé opératoire varie suivant les divers animaux. 1" Chien. Les figures 242 et
Fig. 242. — Incision pratiquée pour découvrir le Fig. 243. — Anatomie de la région des canal excréteur de la glande sous-maxillaire glandes sous-maxillaire et sublin- (chien) {*). guale (**).
243 empruntées à Cl. Bernard, représentent la région sous-maxillaire et l'incision partiquée pour découvrir le canal excréteur. L'animal est placé sur le dos, la tête fixée; ou fait une incision en dedans du bord inférieur du maxillaire; le digastrique est écarté ou mieux incisé et détaché dans sa moitié postérieure; le mylo-hyoïdien est ensuite incisé, et au-dessous de lui on trouve les conduits excréteurs des glandes sous-maxillaire et sublinguale croisés parle nerf lingual. — 2° L«pm. Le procédé est le même; mais la petitesse du conduit rend souvent impossible l'introduction d'une canule. Dans ce cas, on peut se contenter d'inciser le canal sur l'orifice duquel on applique un morceau de papier
(•) a, digastrique sertionné et écarté; — ô, mylo-hyoïdien coupé et écarté; — r., c, canal de Wharton; — d, canal excréteur de la sublinguale; — 1, nerf lingual.
(**) a, digastrique; — b, tnylo-hyoïilion ; — c, c, glande sublinguale; — (/. sou canal excréteur; — e, canal excréteur de la sous-maxillaire (/", gr) ; — 1, nerf lingual ; — 2, rameau nerveux (suite de la corde du tympan) pour les glandes salivaires.
à filtrer (ou de papier rouge de tournesol) pour voir avec quelle rapidité se fait l'iiubibition (Czennak). Chez le cheval, les ruminants, etc., le procééé est a peu près le même que chez le chien. ,,, .
C. Salives artificielles. - Triturer les glandes fraîches avec de l eau distillée, légèrement phéniquée, et filtrer. 11 vaut mieux employer le procédé de V. Wittich qui peut du reste s'appliquer à toutes les glandes sécrétant des ferments solubles. La glande est divisée en petits fragments et traitée par l'eau pour enlever le sang; elle est ensuite mise dans la glycérine d'où le ferment solublc peut être extrait au bout de quelques heures. Pour les glandes salivaires V.Wittich lait remarquer qu'il faut se rappeler que la glycérine seule, aubout d'un certain temps, peut saccharifier l'amidon et réduire la liqueur de Barreswill.
La salive sous-maxillaire de r homme, obtenue par rintrodiiction d'une canule dans le conduit de Warthon est limpide, filante, plus ou moins visqueuse, de réaction alcaline. Par l'application du poivre et des alcalis sur la langue, elle devient très visqueuse et ne coule que difficilement. On y rencontre alors beaucoup de mucine et des corpuscules gélatineux (Voir : Salive sous-maxillaire du chien et du lapin). Sa densité serait, d'après Eckhard, plus faible que celle de la salive parotidienne (1,002 à 1,003); mais "ce serait le contraire, d'après OEhl ; avant le repas sa densité serait de 1,010 à 1,016 et augmenterait notablement après le repas (1,020 à 1,025). Sa quantité serait, d'après le même auteur, plus abondante que celle de la salive parotidienne (dans le rapport de 3 à 1) et pourait être évaluée à G à 7,0 grammes par heure et par glande; les boissons l'augmentent un peu,
A l'air la salive sous-maxillaire devient plus consistante et, d'après Eckhard, présenterait un précipité floconneux qui ne se produit pas dans l'air privé d'acide carbonique. L'addition de sublimé la fait prendre presque en gelée sans la troubler. Elle contient de la mucine qui lui donne sa viscosité, de la ptyaline et, d'après OEhl et Sertoli, du sulfocyanure de potassium, mais en plus faible quantité que dans la salive parotidienne. Les deux sous-maxillaires en sécréteraient en vingt-quatre heures O^^'^OIOS (OEhl). Sa présence est niée par plusieurs chimistes.
Comme, chez l'homme, on ne peut obtenir la salive sous-maxillaire en quantité suffisante pour en étudier les caractères, on est obligé d'avoir recours aux animaux. Chez ceux-ci on reconnaît que la salive sous-maxillaire présente des différences, non seulement d'une espèce à l'autre, mais aussi pour une même espèce, suivant les influences qui ont déterminé la sécrétion.
Chez le chien, quand on place une canule dans le canal de Whartoii, on a un écoulement de liquide trouble, blanchâtre, qui s'arrête bientôt, mais reprend si on irrite la muqueuse buccale. Quand on applique sur la langue des acides, la salive est limpide, peu filante; quand ce sont des alcalis, elle est trouble, blanchâtre, visqueuse. Mais ces différences de sécrétion s'accusent bien mieux si ou isole et si on excite chacun des nerfs qui se rendent à la glande. La glande sous-maxillaire du chien reçoit deux nerfs, une branche de la corde du tympan qui accompagne le nerf lingual ; une branche du grand sympathique qui pénètre dans la glande avec l'artère; on connaît chez le chien deux espèces de salives correspondantes à chacun de ces nerfs, et une troisième espèce, salive paralytique, qui se produit après la section de ces nerfs.
A. Salire de la corde du tympan. — La sahve de la corde, appelée autrefois salive du trijumeau, est claire hmpide, sauf les premières gouttes, un peu filante, moussant cependant par l'agitation de l'air' et a une réaction alcaline fortement
prononcée. Sa densité varie de 1,00;{9 à J,00o6. Elle ne renferme pas d'éléments morphologiques. D'après Eckhard, elle contient 12 à H pour 1000 de principes solides, dont un tiers est formé par des substances organiques, globuline, albumine et mucine. La présence de laplyaline y est très controversée; en tout cas elle en contient très peu. Les substances minérales consistent en chlorures alcalins, phosphates et carbonates de chaux et de magnésie, et une petite quantité d'acide carbonique hbre, comme le démontre le dégagement de bulles gazeuses sous le microscope par l'addition de l'acide acétique concentré, Par le repos, elle abandonne des cristaux de carbonate de chaux. On peut en obtenir de très grandes quantités, surtout si on a soin de faire alterner les périodes d'excitation avec les périodes de repos.
B. Salive du grand sympathique. — La salive sympathique est filante, visqueuse, très opaque, elle coule souvent en filaments allongés. Sa densité est de 1,0075 à 1,0181. Elle contient un grand nombre d'éléments niorphologiques et spécialement des masses gélatiniformes très pâles, de grosseur variable, qui ne sont probablement, comme on le verra plus loin, qu'un produit de transformation des cellules glandulaires ; on y rencontre en outre des copuscules salivaires analogues aux globules blancs du sang et des globules granuleux de nature indéterminée. Sa richesse en principes solides (15 à 28 p. 1000) est toujours plus grande que celle de la salive de la corde. Elle est fortement alcaline et renferme de l'albumine et une forte proportion de mucine qui se précipite en une masse blanche, adhérente à l'agitateur par l'addition d'un excès d'acide acétique. Elle contient les mêmes éléments inorganiques que la salive de la corde. La quantité de salive obtenue par l'excitation du grand sympalique est toujours très faible: si l'excitation est continuée pendant longtemps, la sécrétion diminue et finit par s'arrêter, et en même temps la glande subit une véritable dégénérescence graisseuse.
C. Salive paralytique. — Si on coupe la corde du tympan, on a, au bout de quelques jours, un écoulement continu de salive un peu trouble, liquide, très peu concentrée, qui s'arrête quand la dégénérescence, qui fait suite à la section, atteint la périphérie des nerfs (Cl. Bernard). Cette même salivation se produit dans l'empoisonnement par le curare. Cette sécrétion se produit des deux côtés, même quandlesnerfsd'uneseuleglande ontété coupés(Heidenhain) ; seulement lasalive de la glande intacte est moins abondante et se rapproche de la salive de la corde du tvmpan. Pour l'interprétation des faits voir; sccrclion salivairc.
Le tableau suivant, emprunté à Hoppe-Seyler, donne des analyses de salive sous-maxillaire de chien; les deux premières sont de Bidder et Schmidt, les autres de Herter ; j'y ajoute l'analyse de la salive sous-maxillaire de cheval d'après Ellenberger et Hofmeister (VII).