De la moelle comme organe de transmission
J'étudierai d'abord les résultats donnés par les sections ou les lésions des diverses parties de la moelle, prises une à une; ces résultats permettront de connaître par quelles voies se font dans la moelle les transmissions motrices, sensitives et réflexes.
A. Section des diverses parties de la moelle. — Ces sections présentent de très grandes difficultés expérimentales qui expliquent les divergences qui existent entre les expérimentateurs.
i° Section des cordons postérieurs. — La section des cordons postérieurs seuls ne produit ni paralysie des mouvements volontaires, ni paralysie de la sensibilité. Tous les expérimentateurs sont d'accord sur la persistance de la 7notililé; mais il n'en est plus de même pour la sensibilité ; ainsi, van Ueeu l'a trouvée diminuée et Kusmin a constaté des troubles de ce côté, très peu notables, il est vrai; Scbiff a trouvé la sensibilité tactile disparue ; mais ces résultats sont contredits par presque tous les physiologistes.
jusqu'à l'encéphale, et que ces fibres motrices peuvent être excitées absolument comme les nerfs moteurs eux-mômes. L'existence de ces fibres motrices est du reste en accord avec les données physiologiques courantes; elles constitueraient les voies de transmission entre les centres moteurs encéphaliques et les muscles. Cette intei'prétation soulève cependant une difficulté. Si des fibres motrices existent ainsi dans toute la hauteur de l'axe nerveux, comment des excitations intermittentes ne produisent-elles pas toujours le tétanos comme on l'obtient par les excitations intermittentes portées sur les nerfs moteurs ou sur les racines motrices?
Il faut remarquer d'abord que, dans un certain nombre de cas, ce tétanos s'observe en réalité, comuje j'en ai vu un exemple. Mais dans les cas où il ne se produit pas, il faut faire intervenir, à mon avis, des actions d'ari'êt dont j'ai donné de nombreux exemples. Ce sont ces actions d'arrêt qui, mises en jeu par l'excitation, enqîèchcut ce tétanos de se produire, l'enrayent ou l'arrêtent quand il a commencé et donnent à la contraction ces formes irrégulières qui ne sont que l'expression de la lutte engagée entre les iiilluences excitantes et les influences d'arrêt.
Quant aux variations dans la forme des contractions consécutives, elles seraient dues dans cette hypothèse soit à des différences d'intensité des actions excitantes et des actions d'arrêt, soit à des différences d'excitabilité des fibres nerveuses.
Restent les contractions fi.br illaires, les secousses dissociées qui suivent l'excitation de la partie inférieure de la moelle. Ces secousses ressemblent beaucoup à celles qu'on remarque après l'arrachement d'un nerf moteur. Par cet arrachement, les filets nerveux intra-musculaires sont brisés irrégulièrement à une certaine distance de leur terminaison en plaques motrices, comme ou peut s'en assurer au microscope, et les muscles sont alors agités de contractions fibrillaires qui durent assez longtemps. L'excitation des noyaux d'origine des racines motrices produit le même effet. Il semble que les cellules qui les composent soient inégalement excitées, de sorte qu'au lieu d'une excitation en bloc qui produirait une contraction d'ensemble, on a une série de petites contractions successives (Voir : Rech. sur les formes de la contraction 77iiêsculuire, p. 126 et suiv.).
D'après Brown-Séquard, celle section serait suivie d'une hypércsthésie dans les parties de la peau situées au-dessous de la section et du même côté; d après Oit et Meado, au contraire, elle ne s'observerait que quand la substance grise a été mleressée. WoroscbilolT('t Osawa n'on'. jamais pu constater celle hypéreslhésie. Après cette section, les mouvements coordonnés ne se font plus avecla même précision, S on fait successivement, à des hauteurs variables de la moelle, des coupes transversales des cordons postérieurs (expérience de Todd), on détermine des troubles de la coordination des mouvements (jui rappellent les symptômes de Vataxie locomotrice progressive ; or, dans celle maladie, on constate une dégénérescence des cordons de Burdach et des cordons de Goll, I.a dil'llculté est de savoir si ces troubles tiennent à la lésion de libres servant à la sensibilité musculaire ou, ce qui est plus probable, à la lésion de libres associant et coordonnant les réflexes tactiles qui entrent en jeu dans les mouvements de la marche, de la course, etc. Dans ce dernier cas, ces libres réflexes seraient sans doute les fibres courtes, commissurales du cordon de Burdach, le rôle des cordons de (îoU restant jusqu'ici indéterminé; cependant, leur terminaison dans la moelle allongée me porterait à admettre que leurs libres transmettent aux centres bulbaires des mouvements généraux de la station, de la marche et de la course, les impressions sensitives nécessaires à la coordination de ces mouvements. D'après Schiff, les cordons postérieufs serviraient aussi à la transmission des impressions tactiles proprement dites ; il a vu, en efîet, chez les animaux chez lesquels il avait coupé toute la moelle, à l'exception des cordons postérieurs, la persistance de la sensibilité au contact, tandis que la sensibilité à la douleur était abolie. Cette persistance de la sensibilité dans ces conditions a été aussi constatée par Kusmin, tandis que, au contraire, Osawa a vu la molililé et la sensibilité tout à fait abolies, quand il avait sectionné toute la moelle, à l'exception des cordons postérieurs. Après la section des cordons postérieurs et d'un cordon latéral d'un seul côté, Herzen et Lowenthal n'ont guère constaté autre chose qu'une diminulion de la sensibilité tactile du côté lésé et un peu lie paresse dans les mouvements des membres du même côté.
2° Section des cordons latéraux. — Après la section d\in cordon latéral, la molililé est conservée du côlé opposé à la section; tous les auteurs sont d'accord sur ce point, mais ils ne le sont plus sur l'état de la motilité du côté de la section ; pour N. Weiss, Osawa, elle serait conservée intacte, tandis que pour Tiirck, Schilf, Woroscliiloff, Kusmin, elle serait diminuée; je ne fais que mentionner l'opinion de Hohn et de Longet, d'après laquelle elle aurait disparu complèlement, dpinion due évidemment à une erreur d'observation. Pour la sensibilité, mêmes dissident-es. Si on l'examine du côté de la lésion, elle serait conservée, d'après Schilf et Longet, tantiis (jue pour N. Weiss, Osawa, Kusmin, elle serait diminuée. Du côté opposé à la lésion, elle serait conservée aussi d'après Schiff et Longet, abolie pour Tiirck et Hohn, simplnmont diminuée pour Woi'oschiloff et N. Weiss. Quelques auteurs ont constaté de riiyperesthésie du côté tie la section.
La section complète des deux cordo7is latéraux, avec conservation de la plus grande partie de la substance grise et des cordons antérieurs et postérieurs, abolit la motricité volontaire, les mouvements respiratoires, et, d'après certains auteurs, la sensibilité générale et la sensibilité musculaire. D'après Scliilf, au contraire, la seiisibdilé serait conservée; elle serait seulement affaiblie d'après Ott et Meade. La transmission des réflexes serait aussi en partie perdue. Après la section transversale de toute la moelle, à Vexception des cordons latéraux, les mouvements volontaires, la transmission réflexe et la sensibilité seraient conservées; il y aurait seulement de l'ataxie des mouvements. Les cordons latéraux paraissent être les voies Beaunis. — Physiologie, 3'' édition. II. — 44
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par lesquelles passent les fibres de la nioUicité volontaire, peut-être une partie des fibres seiisitives (^sensibilité tactile et masculaire\ les fibres vaso-tnoirices, les fibres respiialoiiTS, les fibres cilio-spinales. Les fibres moliices volontaii-es se trouvent probablement dans le l'aisceau pyramidal croisé ; quant au\ autres, leur situalion dans le cordon latéral est encore indéterminée. D'après Schill", il n'y aurait pas de fibres sensitives dans le cordon latéral.
3° Section des cordojis antérieurs. — La section des cordons antérieurs seuls est à peu près impraticable; cependant, dans leo expériences faites dans ce but, la plupart des expi-rimentateurs ont constaté la conservation de la motililé et de la sensibilité, quoique quelques-uns, Brown-Séipiard jiar exemple, aient trouvé une diminution de ces fondions, explicable probablement par l'opération même. Après la section transversale de la moitié antérieure de la moelle, les mouvements volontaires et la sensibilité paraissent être conservés, quoique leur diminution et même leur abolition aient été constatées par un certain nombre d'auteurs. Quand on sectionne toute la moelle, à l'exception des cordons antérieurs, on constate, en {général, la disparition de la sensibilité et Tabolition complète ou presque complète de la motilité volontaire. Quelques physiologistes ont admis, sans que le fait soit encore absolument démontré, que les cordons antérieurs servaient à transmettre les influences d'arrêt que l'encéphale exerce sur les réflexes médullaires [fibres d'arnU des réflexes).
4" Section de la substance grise. — Api-ès la section complète de la substance grise, opération presque impossible, comme on le conçoit facilement, sans lésion des cordons blancs, les mouvements volontaires sont conservés. Les auteurs ne sont pas d'accord sur les altérations de la sensibilité qui succèdent à cette section. Pour Tihck, Woroschiloff, N. Weiss, elle sei-ait conservée, tandis que ponrSlilling et Piccolo et Santi Sirena, elle serait abolie et simplement diminuée pour van Deen. D'après SchifT, la sensibilité à la douleur serait seule abolie (analgésie), la sensibilité tactile étant conservée; la destruction de la substance grise et des cordons postérieurs amènerait au contraire une abolition complète de la sensibilité. D'après le même auteur, la substance grise pourrait servir aussi à transmettre les mouvements volontaires; après la section complète des cordons blancs, la motililé serait encore conservée, quoique afTaiblie, lani qu'on laisse un point de substance grise. Ott, Meade, Weiss n'admettent dans la substance grise ni fibres sensitives, ni fibres motrices. Il est cependant difficile de ne pas admettre dans son intérieur des fibres pour certains mouvements involontaires et incoordonnés (mouvements convulsifs) et des fibres pour la transmission des réflexes.
5° Section de la moitié postérieure de la moelle. — La motilité est diminuée notablement; la sensibilité serait abolie d'après van Deen, Stilling, N. Weiss, tandis qu'elle serait simplement diminuée pour Schitf et Woroschilotl'. Ces divergences tiennent probablement à des ditiérences dans l'étendue de la lésion.
6° Hémisection de la moelle. — La section transversale d'une moitié de la moelle produit des troubles sur lesquels les expérimentateurs sont loin d'être d'accord. Nous les examinerons d'abord du côté de la lésion, puis du côté opposé. Du côté de la lésion, les uns ont trouvé la motililé conservée (Stilling, N. Weiss, Osawa), les autres l'ont trouvée diminuée (van Bezold, von Kampen, Tiii cU, SchifT, Woroschiloff;; enfin, d'autres auteurs ont constaté son abolition (van Deen, Eigenbrodl, Brown-Séquard, 11. Weiss, Millier). La plupart des expérimentateurs ont vu la persistance de la sensibilité, et un grand nombre même de l'hypereslhésie ; celte hypereslhésie est cependant niée par N. Weiss, qui n'a vu, du reste, qu'une diminution de la sensibilité. Pour Schitf, la sensibilililé tactile serait abolie. Du côté opposé à
la lésion, la motililé est conservée, d'après la plupart des expérimentateurs; pour ce qui concerne la sensibilité, les divergences sont beaucoup plus grandes ; elle serait conservée d'après les uns (van Deen, Stilling, R. Weiss, Osawa), diminuée d'après les autres (von Bezold, Scliill", AYoroscliilotl', N. Weiss), tandis ({ue d'autres observateurs, tels que Hrown-Séquard, admettent son abolition complète. Ferrier, qui a pratiqué sur le singe l'bémisection de la moelle, a constaté, du côté de la lésion, une paralysie complète du mouvement de la jambe, avec conservation de la sensibilité, et du côté opposé, perte de la sensibilité et conservation du mouvement; il y avait aussi perte delà sensibilité musculaire dans la jambe paralysée ; les réflexes tendineux de cette jambe furent abolis dans les premiers jours, après l'opération, puis reparurent au bout d'un certain temps. A l'autopsie, il trouva une dégénérescence descendante du cordon pyramidal gauclie et une dégénérescence ascendante du cordon gauche de Burdach et du faisceau cérébelleux gauche.
Quand on fait la section transversale des deux moitiés de la moelle à dos hauteurs différentes, les troubles de la motililé et de la sensibilité sont bien plus considérables ; mais là encore les assertions des expérimentateurs sont contradictoires, quoique le plus grand nombre ait observé dans ce cas une paralysie complète du mouvement ol de la sensibilité; cependant d'après Osawa cette paralysie complète ne s'observeçait qu'après trois hémisections de la moelle. On serait donc porté à admettre que chaque moitié de la moelle contient des fibres pour la sensibilité et le mouvement des deux côtés du corps et que ces deux catégories de fibres ont un trajet serpentant d'un côté delà moelle à l'autre, allant tantôt adroite, tantôt ii gauche.
~° Section limgitiidinale de la moelle. — Quand on sépare par une section longitudinale la moelle en deux moitiés, la molilité et la sensibilité sont abolies des deux côtés d'après von Bézold (grenouille), tandis que, d'après Stilling, elles sont simplement diminuées. Quand la section est incomplète et porte seulement sur une certaine partie de la longueur de la moelle, on observe seulement une diminution de la motilité et de la sensibilité ; cependant quelques auteurs admettent la conservation de la motilité et l'abolition de la sensibilité (Brown-Sequard). 11 est très probable, comme on le verra plus loin, que les phénomènes varient suivant l'espèce animale.
On voit par les lignes qui précèdent quelles divergences existent entre les expélimentateurs au sujet des elibts des sections de la moelle et quelle difficulté on éprouve à s'orienter, quand on veut tirer une conclusion positive de ces expériences. Ces divergences s'expliciuenl du reste facilement si on a égard aux considérations suivantes ;
1° Le trajet des fibres nerveuses dans la moelle n'est pas le môme chez tous les animaux. Pour n'en citer qu'un exemple, je rappellerai que chez le chien le faisceau pyramidal croisé n'a pas la môme indépendance que chez l'homme et ne forme pas, comme chez ce dernier, un faisceau cohérent dans le cordon latéral.
2° Le trajet des fibres nerveuses de la moelle peut dans la même espèce présenter des anomalies d'un individu à l'autre. C'est ainsi que le faisceau pyramidal direct peut manquer d'un côté,
3» Dans une môme espèce, la réactivilé peut différer d'une race à l'autre; le lapin domestique par exemple, dégénéré par resclavage,se prête moins aux expériences sur la moelle que le chat ou le chien.
4° La limitation exacte des sections est pour ainsi dire impossible à cause de la conformation même des dill'érentes parties de la moelle. 5° Les suites immédiates de l'opération (choc, épuisement, hémorrhagies, etc )
peuvent masquer, aggraver ou modifier les phénomènes dans une mesure très difficile à déterminer.
6° L'inflammation consécutive à l'opération peut produire les mêmes résultats.
7*' Il est Irt'S facile de confondre chez les animaux les mouvements réflexes et les mouvements volontaires.
8° Les phénomènes d'arrêt qui se passent dans la moelle peuvent intervenir aussi pour fausser les résultats sans que nous puissions nous en rendre exactement compte, les conditions de leur production nous étant encore très peu connues.
9° Enlin les voies de transmission normale peuvent, après leur destruction, être suppléées par des voies de ti ansmission nouvelles.
Toutes ces conditions, qu'il me suffira de mentionner, expliquent facilement les contradictions que j'ai signalées plus haut; malheureusement elles ne permettent pas de les interpréter d'une façon complète. On peut cependant, en utilisant ces expériences avec réserve, en faisant un choix parmi elles, et en s'aidant des données anatomiques et analomo-pathologiques, arriver à des conclusions assez précises au sujet des voies de transmission dans la moelle.
B. Transmission de la sensibilité dans la moelle. — Il faut distinguer H ce point de vue la sensibilité à la douleur, la sensibilité tactile et la sensibilité musculaire. D'après Schiff, la sensibilité à la douleur se transmet principalement par la substance grise; cependant le fait est nié par Wood Field d'après ses expériences sur le chat, et, d'après Osawa, la transmission delà sensibilité peut se faire sans l'intervention de la substance grise; elle existerait, en elTet, après la section de toute la moelle à l'exception des cordons latéraux. La sensibilité tactile ne parait pas suivre la même voie; d'après Schiff, sa transmission se ferait par les cordons postérieurs tandis que d'après les recherches récentes de Woroschiloff et de quelques autres physiologistes, elle aurait lieu surtout par les cordons latéraux; il en serait de même de la sensibilité musculaire.
Brovvn-Sequard admet dans la moelle des conducteurs spéciaux pour les diverses espèces d'impressions sensilives, et il a cherché à en déterminer le trajet. D'après lui, les impressions tactiles passeraient par les parties antérieures de la substance grise, les impressions de douleur, plus disséminées, par les parties postérieures et latérales, celles de température par les parties grises centrales ; tous ces conducteurs s'entre-croiseraient dans la moelle. Les conducteurs de la sensibilité musculaire, au contraire, passeraient par les cornes grises antérieures ou dans leur voisinage et ne seraient pas entre-croisés. Schiff, Danilewsky, etc., font passer les impressions tactiles par les cordons postérieurs, les impressions de température et de douleur suivant la voie de la substance grise. Mais toutes ces assertions ne peuvent encore être acceptées qu'avec beaucoup de réserve et n'ont pu encore être justifiées expérimentalement. Le seul fait important au point de vue pratique, c'est la persistance de la sensibilité malgré l'existence de lésions profondes de la moelle.
Ce qui ressort cependant des expériences, c'est que la voie principale des transmissions des impressions sensilives se trouve dans les cordons latéraux et qu'accessoirement ces impressions peuvent passer dans les cordons postérieurs et la substance grise. Quant aux cordons antérieurs, tous les auteurs sont d'accord pour les exclure de la transmission sensitive. 11 semblerait du reste qu'il y a des différences suivant la hauteur à laquelle on considère la moelle. Ainsi les cordons pos-
térieurs delà moelle lombaire ne contiendraient que les nerfs tactiles des organes du bassin, des organes sexuels et de la région anale, les nerfs tactiles des membres infériem-s seraient dans les cordons laléraux ou ne passeraienl dans les cordons postérieurs qu'au niveau des dernières vertèbres dorsales (\N oroschilofî).
Les colonnes de Clarke et le faisceau cérébelleux direct serviraient d'après les uns h la transmission des impressions sensitives qui entrent en jeu, dans la coordination des mouvements, d'après les autres à la transmission des impressions viscérales.
La transmission des impressions sensitives dans la moelle parait être en partie croisée; autrement dit, les conducteurs de ces impressions s'enlre-croisent sur la ligne médiane (Brown-Séquard). Cependant il parait y avoir à ce point de vue des dill'érences entre les diverses espèces animales ; ainsi, cbez les oiseaux (pigeons) l'entre-croisement ne commencerait qu'au-dessus du renllement lombaire, et chez la grenouille il manque tout cà fait (Sestchenow). Du reste, les conclusions de Hrown-Sequard sont loin d'être adoptées par tous les physiologistes, et il est plus probable (|ue le croisement n'est que partiel (Vnlpian, Woroschiloff).
Les expériences sur lesquelles Hrown-Séquard s'appuie pour admettre la transmission croisée sont les suivantes:
1° Si on fait une section verticale médiane et antéro-postérieure de lamoelle, de façon à la séparer dans une certaine étendue en deux moitiés indépendantes (Galien), on constate de l'anesthésie dans les parties qui reçoivent leurs nerfs de la région de la moelle sur laquelle on a opéré, et l'anesthésie existe des deux côtés.
2° Si on fait une section transversale comprenant une moitié latérale de la moelle, on constate de l'anesthésie du côte opposé à la section, et de l'hyperesthésie dans les parties du corps situées du côté de la section. Cette hyperesthésie est assez difficile à expliquer, étonne peut admettre l'hypothèse de Brown-Séquard qui la considère comme due à une dilatation paralytique des vaisseaux de la moitié coupée de la moelle. Goltz l'attribue à la section d'une partie des fibres sensitives qui rendrait les réfiexes plus forts et plus réguliers. Lud\vig et Woroschiloff croient que cette hyperesthésie est due à la section des fibres d'arrêt provenant de l'encéphale. Koch a constaté cette hypéresthésie non seulement à la peau, mais aux articulations, au périoste, etc., Miescher etWeiss, au contraire, ne l'ont pas constatée.
3° Si on fait une section transversale de plus en plus profonde d'une moitié de la moelle (hémisection de la moelle), la sensibilité s'afTaiblit de plus en plus du tôlr oppoAi'' il mesure que la coupe est plus profonde, mais elle existe toujours partout; quand la coupe atteint la ligne médiane, la sensibilité disparait tout à fait du côté opposé.
Cependant certaines expériences s'accordent peu avec une transmission croisée des impressions sensitives. Si on fait une hémisection double de la moelle à des hauteurs différentes, l'une à droite, l'autre à gauche, la sensibilité est conservée des deux côtés (van Deen). Le fait est confirmé par les expériences d'Osawa, et chaque moitié de la moelle contiendrait des fibres sensitives pour les deux côtés du corps.
C. Transmission motrice dans la moelle. — Les fibres qui servent à la transmission motrice volontaire suivent le faisceau pyramidal des cordons latéraux et le cordon de Turck. C'est aussi dans les cordons laléraux que passent les fibres des muscles respiratoires, les filets vaso-moteurs, les fibres cilio-spinales, les fibres motrices de la vessie, les fibres sudoripares. La substance grise, d'après Schifî, pourrait aussi servir à la transmission motrice volontaire. En tout cas elle paraît contenir des fibres transmet-
tant les excitations motrices des mouvements incoordonnés, convulsifs.
D'caprès Htlweg, les filels vaso-moteurs des organes abdominaux se trouveraient dans la partie externe des cordons antérieurs, ceux des extrémilés dans la partie antérieure ilu cordon latéral.
La Iransniission motrice dans la moelle est directe. Si on fait une section transversale d'une moitié de la moelle, le mouvement est aboli du côté de la section; si on fait une section longitudinale qui par tage la moelle en deux moitiés (grenouille), le mouvement est conservé des deux côlés.
Van Kempen admet cependant un entre-croisement partiel dans la région cervicale. Vulpian croit qu'il y a un entre-croisement partiel dans la substance blanche; l'excitation il'un cordon antérieur déterminerait des mouvements dans le membre correspondant au faisceau excité et des mouvements plus faibles dans le côté opposé. Les recherches de IS'. Weiss et d'Osawa tendent aussi à faire admettre que chaque moitié de la moelle contient des fibres motrices pour les deux côtés du corps.
Les fibres vaso-motrices (et les fibres sudoripares ?j paraissent subir un entrecroisement partiel dans la moelle. C'est ce qui résulte des expériences de Nicolaïdes sur les vaisseaux du rein ; d'après lui, il en serait de même pour les vasomoteurs des autres régions, et il lui paraît vraisemblable que toutes les régions vasculaires reçoivent des vaso-moteurs des deux moitiés de la moelle.
D'après les recherches de François-Franck et Pitres, la transmission des incitalions motrices partant du cerveau se ferait dans la moelle avec une vitesse de
10 mètres par seconde.
D. Transmission des réflexes dans la moelle. — Les fibres qui servent à la transmission et à la coordination des réflexes médullaires paraissent exister dans les cordons postérieurs, dans les cordons antérieurs (?), dans la partie antérieure des cordons latéraux et probablement aussi dans la substance grise.
E. Transmission des arrêts des réflexes. — Les fibres d'arrêt des réflexes paraissent se trouver surtout, sinon exclusivement, dans les cordons antérieurs.
On ne peut qu'être très réservé sur l'admission de ces voies de transmission en tant que fibres nerveuses indépendantes. Il en est de môme des fibres d'arrêt décrites par Ott et qui partiraient des couches optiques pour aller au centre ano-spinal arrêter les mouvements rythmiques du sphincter de l'anus et du vagin.
En résumé on voit que, sauf pour ce qui concerne les mouvements, volontaires,
11 règne encore beaucoup d'obscurité sur les voies de transmission dans la moelle. C'est qu'en etfet, comme le dit Vulpian, « il est probable que dans l'état normal, lorsque la moelle épinière est intacte, les impressions suivent constamment une certaine route, toujours la même; mais si cette route est coupée ou rendue impossible par une lésion quelconque, la transmission se poursuit sans doute par des voies de traverse, jusqu'à ce que, par l'intermédiaire de ces voies, elles puissent regagner leur chemin ordinaire, à une distance plus ou moins grande des points où elles ont dù le quitter. » (Art. Moelle, Dicl. encijrl., p. 598). Cette sorte d'indifférence conductrice, si l'on peut s'exprimer ainsi, parait surtout exister pour la substance grise et pour les impressions sensitives, si l'on en juge d'après les expériences de Vulpian et de Schilf. Ces expériences, confirmées par les faits
PHYSIOLOGIE Dlî L'INNERVATION.
cliniques, démontrenl en elFet que la conduction dans la moelle peut encore se faire malgré la destruction de la plus grande partie de ses voies de transmission.
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