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Intensité des sensations. — Loi psycho-physique

L'intensité de la sensation dépend de deux conditions : 1° de l'intensité de l'excitation ; 2» du degré d'excitabilité de l'organe sensitif au moment de l'excitation • aussi deux sensations d'égale intensité peuvent-elles provenir d'excitations d'intensité inégale, et de même deux excitations égales peuvent déterminer deux sen-

salions d'inégale intensité. Mais, même en supposant l'excitabilité égale, l'intensité de la sensation n'augmente pas proportionnellement à l'intensité de l'excitation ; on éprouve une vive sensation lumineuse si 'on allume une bougie dans l'obscurité; l'introduction d'une bougie, dans une chambre très éclairée, ne délermine aucune augmentation de la sensation lumineuse. Quand l'excitation devient double, triple, quadruple, etc., la sensation ne devient pas double, triple, quadruple, etc.; l'expérience apprend que l'intensité de la sensation croît beaucoup plus lentement que l'excitation qui la provoque, et lesrecherches de Weber, Fechner, etc., ont permis de formuler la loi psycho-pfujsique suivante: la sensation croit comme le logarithme de V excitation ; autrement dit, quand l'excitation croît suivant une progression géométrique, 1,2,4,8..., la sensation croît suivant une progression arithmétique, 1,2,3,4...

La loi psycho-physique n'est vraie cependant que dans certaines limites ; audessous d'une certaine intensité d'excitation, il n'y a pas de sensation ; le minimum d'excitation nécessaire pour déterminer une sensation a reçu le nom de limite de l'excitation, minimum 'perceptible, seuil de Vexeitation {Reizschtoelle). Au delà d'une certaine intensité d'excitation, au contraire, la sensation change de caractère et se transforme en douleur ; c'est ce qu'on peut appeler, limite supérieure ou maximum d'excitation; la loi de Fechner se vérifie approximativement dans l'intervalle de ces deux points.

La mesure directe des grandeurs psychiques et de la force d'une sensation étant impossible, il a fallu tourner la difficulté et chercher des grandeurs mesurables; c'est à quoi Fechner est arrivé en mesurant, non pas les sensations elles-mêmes, mais les différences de sensations ; il a employé pour cela les trois méthodes suivantes :

1° Méthode des plus petites différences perceptibles. — Soient deux poids A et B; s'ils sont très rapprochés l'un de l'autre, on ne sent aucune différence entre eux et on les juge égaux ; on ajoute alors graduellement des poids à B jusqu'à ce que la différence des deux poids A et B devienne perceptible; on suit alors la marche inverse et on fait décroître graduellement le poids B jusqu'à ce que la différence des deux poids cesse d'être perceptible. Or l'expérience indique que le poids qu'on a pu ajouter ou retrancher à B pour que la différence des deux poids fût perceptible est dans un rapport constant avec le poids primitif; pour 10 grammes, il a fallu ajouter 2s'', 50, pour 100 grammes, 25 grammes, pour 1,000, 250 grammes; autrement dit, le poids additionnel est dans le rapport de 1/3 avec le poids primitif. La fraction qui indique ainsi pour chaque espèce de sensation le degré d'intensité que les excitations doivent atteindre pour que les différences de sensation soient perceptibles s'appelle la constante proportionnelle de cette sensation. Le tableau suivant donne les constantes proportionnelles pour chaque sensation :

Sensations tactiles: 1/3 ;

Sensations de température : 1/3 ;

Sensations auditives : 1 /3 ;

Sensations musculaires : 1 /17 :

Sensations visuelles : 1/100;

2** Méthode des cas vrais ou faux. — Soient deux poids A et B dont la différence soit très faible ; on se trompe dans un certain nombre de cas sur la désignation du plus fort ou du plus faible. Il y a donc, sur un total d'expériences, un certain nombre de cas où on s'est trompé, et un certain nombre où on a dit juste; soit le total des cas = 100 et le nombre de cas justes = 70 ; le rapport donnera le résultat de la comparaison des deux poids.

3° Méthode des erreurs moyennes. — On prend un poids A et on cherche à déter-

miner par la sensation (musculaire, par exemple) un poiils égal a A : en général, le second poids ditlere du poids lype d'une certaine quantité ; on répète rexpericnce un grand nombre de fois; on fait la somme de toutes les erreurs (positives et négatives) el on divise cette somme par le nombre des essais ; le résultat donne 1 erreur moyenne (1).

Le iitinimum cV excitation nécessaire pour déterminer une sensation varie naturellement suivant la nature même des sensations. On a cherché à apprécier ce minimum, et le tableau suivant représente pour les dilferentes sensations les valeurs trouvées par l'expérience:

Sensations tactiles: pression de 0s%002 à Qs^Oo;

Sensations de température : l/8« de degré, la peau étant supposée à la température de 18°, 4 ;

Sensations auditives : halle de liège de 1 milligr. de poids, tombant de 1 millim. de hauteur, à une dislance de 91 milHm. de l'oreille;

Sensations musculaires: raccourcissement de 0'"'",00t du droit interne de lœil ;

Sensations visuelles: lumière 38 fois plus faible que celle de la pleine lune, ou éclairage d'un velours noir par une bougie située à O'",ol3.

Les données précédentes étant connues, il est facile de trouver la valeur de la sensation S à laide de la formule suivante où K représente une quantité constante,

r l'intensité de l'excitation, q le minimum perceptible; on a : S =:K log ^- Delbœuf adonné une formule un peu ditïérente de celle de Fechner en faisant intervenir Vêlement- fatigue laissé de côté par Fechner.

Un certain nombre d'auteurs et en particulier Héring ont attaqué très vivement la loi psycho-physique de Fechner. (Voir sur ce sujet les mémoires spéciaux cités dans la bibliographie.)

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