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Sensations associées

On a donné le nom de sensations associées à des sensations ({ui se produisent dans un point plus ou moins éloigné du lieu de l'excitation primitive {sensations secondaires). Ces sensations associées peuvent se présenter sous plusieurs formes.

Dans un premier groupe la sensation secondaire a la même qualité que la sensation primaire. Ainsi une excitation tactile éveillera une sensation secondaire tactile dans un point de l'organisme non excité. Par exemple l'attouchement du conduit auditif externe près de la membrane du tympan détermine une sensation de chatouillement dans le larynx. On peut rattacher à cette catégorie de sensations associées, les synalgies et synesthésies dont Fromentel et Kowaleski ont dressé la topographie. Ces auteurs ont remarqué que chez certains sujets des excitations douloureuses légères de la peau et spécialement des bulbes pileux s'accompagnent

lie sensations douloureuses dans des points déterminés de la peau loin du lieu de l'excitation. Dans les sensations iiTcidiées, comme dans l'irradiation de la douleur, les sensalions secondaires ne paraissent être que l'extension de proche en proche d'une sensation primaire.

Dans un second groupe la sensation secondaire est qualilativeraent différente de la sensal ion primaire. C'est à cette catégorie qu'appartiennent les faits si curieux d'audition colorée. Chez quelques personnes, 12 sur 100 environ, l'audition d'un son, d'un bruit, d'une voyelle, d'un mot détermine une sensalion de couleur variable suivant la nature du son et l'individualité du sujet. En général, les sons aigus éveillent la sensation d'une couleur claire, les sons graves d'une couleur foncée. L'inverse, c'est-à-dire la production d'une sensation auditive par la vision d'une couleur peut se présenter aussi, niais est beaucoup plus rare. Des sensations lumineuses peuvent aussi se produire a l'occasion des sensations olfactives ou gustatatives. On a donné le nom de photismcs et de Xjhonismes aux sensalions secondaires optiques ou auditives déterminées par l'excilalioii d'un autre sens. Ces faits observés pour la première fois par Sachs (1812) et étudiés depuis par Verga, Lussana, Nùssbaumer, Bleuler et Lehmann, Baraloux, etc., n'ont pas reçu jusqu'ici d'interprétation satisfaisante. Ils démontrent du reste les relations étroites qui existent entre les diverses sensations, relations mises en évidence par les expériences de Féré et d'Urbantschitsch. Ces expériences montrent que des sensations (lumière, son, etc.), exercent une action dynnmogénique ou affaiblmmtc sur les autres sensations. Certaines couleurs augmentent, d'autres diminuent l'aciiilé auditive; l'audition de sons aigus favorise la perception des formes et des couleurs.

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o. — Émotions.

Les émotions (colère, crainte, amour, aversion, etc.) sont des sensations d'origine centrale, dont le point de départ se trouve dans les centres nerveux euxmêmes, ce qui n'einpêcàe pas que des sensations internes ou externes ne puissent en être la'cause éloignée. Elles sont en général très indéterminées dans le temps et dans l'espace; leur localisation est à peu près impossible, ce qui se rencontre aussi, comme on l'a vu, pour certaines sensations internes qui se rapprochent à ce point de vue des émotions; un autre caractère distinctif, c'est que les sensations sont ordinairement simples, tandis que les émotions sont presque toujours extrêmement composées ; mais là encore la limite est presque impossible à tracer entre les émotions et les sensations internes.

Les émotions agissent avec une grande puissance sur toutes les fonctions du corps et en particulier sur les fonctions organiques, et cette action qui varie suivant la nature même de l'émotion, est quelquefois si forte qu'elle équivaut à une véritalile localisation ; ainsi, on a le cœur se/rt^ dans une grande douleur; aussi quelqu-es auteurs ont-ils voulu localiser les différentes émotions dans des organes déterminés; mais il n'y a pas là une véritable localisation dans le sens vrai du mot, l'excitation qui détermine l'émotion ne part pas de l'organe enjeu; la localisation est toujours consécutive à l'émotion au lieu de la précéder.

Les sécrétions sont influencées d'une façon remarquable par les émotions (larmes, salive, etc.); il en est de même de la circulation (rougeur de la honte, etc.); mais ce qui domine dans ces cas, ce sont des mouvements musculaires, mouvements émotionnels. Chaque émotion se traduit ainsi dans l'organisme pour tout un appareil phénoménal particulier, que la volonté peut quelquefois enrayer, et dont l'ensemble constitue l'expression de cette émotion.

Toutes les émotions sans exception s'accompagnent d'un sentiment de plaisir ou de peine, et, à ce point de vue, les émotions pourraient être considérées comme des modalités de ces deux sentiments fondamentaux, sans qu'on puisse expliquer, malgré toutes les tentatives faites parles psychologues el les philosophes, l'origine et la nature de ces deux espèces de sentiments.

Tous les états de conscience s'accompagnent, quels qu'ils soient, d'une certaine dose d'émotion, agréable ou désagréable; il n'y a pas d'acte psychique, de sensation, d'idée, de souvenir, qui nous laisse absolument indifférents ; et celte faible dose d'émotion, presque latente, presque inconsciente, qui se trouve dans tous nos actes, joue un rôle considérable dans nos déterminations intellectuelles et dans nos volitions.

Article III. — Idées.

Les idées ne sont que des rapports entre des perceptions (actuelles ou remémorées); elles supposent l'existence préalal)le de sensations ; la sensation est donc l'élément initial de l'intelligence. Ces idées peuvent être individuelles, particulières, ou bien générales, abstraites, mais les idées générales ne sont, suivant l'expression de Berkeley, que des idées particulières annexées à un terme général qui leur donne une signification plus étendue et qui réveille à l'occasion d'autres idées individuelles semblables. 11 y a déjà, dans l'idée particulière d'un objet, d'une bille, par exemple, tout un ensemble de sensations, visuelles, tactiles, musculaires, etc., de nature différente (couleur, poli, poids, résistance, forme, etc.). Une idée générale, celle d'une boule, par exemple, se compose d'un ensemble d'idées particulières de boules de grandeur, de couleur, etc., variables dans chacune desquelles une seule sensation, la mèine pour toutes, est retenue par l'intelligence, tandis que les autres sont laissées de côté; ainsi les notions particulières de couleur, de poh, de résistance, etc., disparaissent et l'on ne voit que le corps rond, c'est-àdire le corps que la main peut parcourir et palper en déterminant en nous une certaine succession de sensations musculaires et tactiles qui se répète avec les mômes caractères pour toutes les boules. Les idées générales et les idées particulières ne sont donc pas séparées les unes des autres par un abîme infranchissable; les premières dérivent immédiatement des secondes, et les secondes dérivent immédiatement delà sensation. Il eu est de même des idées abstraites, qui ne sont ({u'un degré supérieur des idées générales.

Ce qui a obscurci cette question, c'est que la plupart des psychologues confondent à tort les idées générales et abstraites et l'expression de ces idées par le lan-

gage. Les idées générales de temps, d'espaces, de coexistence, de succession, etc., existent aussi bien cljtez l'enfant que chez l'adulte, chez le sauvage que chez l'homme civilisé, chez l'animal que chez l'homme ; et ces relations sont chez tous la condition sine qud non de tous leurs actes psychiques; mais ce qui leur manque, c'est la formule, c'est l'expression verhale ou écrite de ces relations, de ces idées abstraites. Quoi qu'en disent les philosophes, il n'est pas nécessaire, pour que l'idée abstraite existe, que le langage lui donne une formule, et on peut, comme le prouve l'observation des sourds-muets non éduqués, penser parfaitement sans langage et sans signes.

Les idées étant des relations entre des sensations actuelles ou l'emémorées, il est probable que les centres cérébraux dans lesquels ces idées prennent naissance sont distincts des centres auxquels aboutissent ou dans lesquels s'emmagasinent les sensations ; mais jusqu'ici la détermination de ces centres est absolument impossible. Tout ce qu'on sait, c'est que les idées ont une sorte d'attraction les unes pour les autres; que certaines idées ont de la tendance à s'associer à d'autres idées, et que ces associations, qui jouent le plus grand rôle en psychologie, sont très probablement en rapport avec des connexions anatomiques entre les divers centres cérébraux. L'école anglaise contemporaine (École associationiste) reconnaît trois modes d'association des idées, par ressemblance, par contiguïté dans le temps et dans l'espace, et par causalité; mais, comme le fait remarquer Renouvier, tous ces faits d'association se rattachent, en dernière analyse, à la grande loi de 1 habitude, en vertu de laquelle les connexions une fois produites tendent à se reproduire de nouveau.

La volonté n'a que fort peu d'influence sur ces associations, du moins d'une façon directe, et le mécanisme par lequel se produisent ces associations nous échappe même la plupart du temps. On en a un exemple quand on cherche un mot qui vous échappe, ou qu'on poursuit une idée qui ne se présente pas nettement à l'esprit; le mot, l'idée apparaissent très souvent subitement, à un moment donné, sans qu'on ait conscience du mécanisme par lequel ce travail cérébral s'est produit.

Cette loi de l'association ou de l'habitude régit la formation des idées, et il est très probable, quoique la démonstration directe soit encore impossible, que les phénomènes intellectuels de mémoire, de jugement, de raisonnement, d'imagination sont soumis à des lois aussi nettement déterminées que tous les autres phénomènes physiologiques. Il n'y a donc pas lieu d'admettre ces facultés de Tàme des psychologisles, sortes de personnalités indépendantes, entrant en lutte les unes avec les autres jusqu'à ce qu'une faculté supérieure les mette d'accord en décidant entre elles; il n'y a que des phénomènes et des lois, et l'étude des faits psychiques conduira aux lois de la pensée comme celle des faits physiques a conduit aux lois physiques.

Article IV. — Expression et langage.

Le langage n'est qu'un mode de l'expression. On a vu plus haut (page 328), que le langage ne peut se séparer des mouvements d'expression ; il n'en est qu'un cas particulier; seulement, à cause de son importance et des rapports intimes qu'il a avec l'intelligence, il est préférable de l'étudier à part.

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