Langage
Le langage peut se diviser en langage émotionnel et langage rationnel. Le langage émotionnel n'est qu'une forme de l'expression des émotions et rentre par conséquent dans le paragraphe précédent; ce langage émotionnel est très développé chez l'enfant, le sauvage, et, d'apiès Max Millier, existerait seul chez l'animal et constituerait ainsi une limite tranchée entre l'animal et l'homme.
Le langage rationnel, au contraiie, est le pouvoir de construire et de manier des concepts généraux ; il serait spécial à l'homme et, suivant M. Millier, «le point où Unit l'animal et où l'homme commence est déterminable avec la précision la plus rigoureuse, parce qu'il a dù coïncider avec le commencement de la période du langage à radicaux. » Mais est-il vrai qu'ils soit impossible de passer du langage émotionnel au langage rationnel; n'observe-t-on pas ce passage chez l'enfant qui commence à parler, et peut-on préciser chez lui l'instant où l'ini fait place à l'autre?
Le langage rationnel a deux conditions fondamentales : d'abord un certain degré de développement intellectuel, en second lieu un organe cérébral du langage articulé (voir : Physioloyie des hémisphères cérébraux); qu'une de ces conditions vienne à manquer, le langage rationnel ne pourra exister tel qu'd existe chez l'homme. Mais c'est un fait certain que les animaux ont non seulement l'expression des émotions, c'est-à-dire les mouvements vocaux ou mimiques en rapport avec ces émo-tiens, mais qu'ils ont encore des moyens de communiquer entre eux, en un mol
qu'ils se comprennent et que certaines idées, très simples il est vrai, mais qui n'en sont pas moins des idées, peuvent s'échanger entre eux. Il n'y a, pour s'en convaincre, qu'il lire les ouvra^'es de Leroy, Réauniur et de tous les naturalistes qui ont observé les animaux sans parti pris. Il y a donc, même chez l'animal, une sorte de langage rudimentaire qui n'est peut-être pas encore le langage rationnel de Max Millier, mais qui a déjà quelque chose de plus qu'un simple langage émotionnel.
Article V. — Volonté.
La diflërence des actes volontaires et des actes involontaires consiste essentiellement en ceci, que nous n'avons conscience de l'acte involontaire qu'au moment même où il s'accomplil, tandis que l'idée de l'acte volontaire préexisie dans la conscience avant l'accomplissement de l'acte. Si l'on réfléchit que les actes volontaires, par la répétition et l'habitude, deviennent machinaux et automatiques, si l'on se rappelle d autre part que les actes psychiques ne sont pas instantanés, mais ont une certaine durée, on peut concevoir de la façon suivante le mécanisme des actes volontaires : soit un mouvement volontaire succédant à une sensalion visuelle, par exemple ; il est très probable, d'après les données de l'analomie et de la physiologie nerveuse, qu'entre le centre de perception et le centre moteur il existe un centre nerveux intermédiaire qui reçoit l'excitation partant du centre sensitif et la renvoie au centre moteur, ce mouvement volontaire s'accompagnera donc de trois états de conscience successifs correspondant à l'excitation de ces trois centres, une sensation visuelle, une impulsion spéciale ou une tendance au mouvement et une sensation de mouvement ; tant que la durée de ces trois actes successifs est assez longue, ils sont saisis à paî t et isolément par la conscience, et nous avons, avant le mouvement môme, l'idée du mouvement qui va se produire ; nous pouvons alors, si cette idée de mouvement éveille l'activité de certains centres antagonistes, enrayer le processus de façon que l'idée ne passe pas en acte; mais quand, par la répétition, la durée de ces trois actes successifs est très courte, le terme intermédiaire, c'est-à-dire l'idée du mouvement futur, disparait, soit qu'elle se confonde avec la notion même du mouvement, soit que sa durée soittroj) brève pour que nous en ayons conscience; on sait, en effet, qu'une excitation doit avoir une certaine durée pour être perçue.
Quant à la question de la volonté libre, ou du libre arbitre, c'est-à-dire à « la faculté de se déterminer avec la conscience qu'on pourrait se déterminer autrement », c'est une question d'un tout autre ordre, que la science ne peut résoudre actuellement et à laquelle chacun peut, dans son for intérieur, donner la solution qui lui plaira. Il ne faut pas oublier cependant qu'une grande partie des phénomènes psychiques qui se passent en nous nous échappent, et qu'il n'y a pour ainsi dire pas de manifestation psychique qui ne soit accompagnée d'un peu d'émotion, autrement dit qu'il doit arriver très souvent que les déterminations qui nous palaissent les plus libres ne soient en réalité que la résultante de notre organisation native, de notre éducation et de sensations ou d'émotions actuelles dont nous n'ayons pas conscience. Les statistiques prouvent que les faits qui paraissent soumis uniquement à la volonté humaine, comme les mariages, les crimes, les suicides, etc., se produisent avec une étonnante régularité et sont soumis à des causes et à des lois parfaitement déterminées. La volonté joue du reste dans nos actions une influence bien moins grande que nous ne le croyons nous-mêmes; notre vie, nos pensées, nos actions sont bien plus souvent machinales que volontaires et raisonnées, et, étant connus le caractère et les habitudes delà plupart des hommes.
on peut prédire à coup sùr,dans la majorilé des cas, la détermination qu'ils prendront dans une circonstance donnée. Il est de toute évidence que riiomme a le pouvoir de faire ce qu'il désire, mais est-il libre de désirer ou de ne pas désirer, est-il maître de ses émotions? Mais ce que nous pouvons, et c'est en cela que consiste surtout la volonté, c'est arriver, par le développement de l'inlelligence, a prévoir les conséquences de nos actes, de façon que l'idée des inconvénients futurs d'un acte donné soit assez puissante pour contrebalancer l'impulsion qui nous pousse à accomplir cet acte; ce que nous pouvons, c'est nous placer dans des circonstances telles que les impulsions nuisibles qui peuvent exister virtuellement en nous et que nous connaissons n'aient pas l'occasion de se développer et de produire leurs conséquences fâcheuses pour nous ou pour les autres.
Article VI. — Vitesse des processus psychiques.
On a vu (page 640, t. I) que la transmission nerveuse demande un certain temps «l que l'excitation motrice parcourt environ 33 mètres par seconde, l'excitation sensitive 30 à 35. On a cherché à calculer, par les mêmes procédés, la durée des processus psychiques les plus simples. Le temps qui s'écoule entre une excitation sensitive et le mouvement qui sert de signal et qui indique que l'individu en expérience a perçu la sensation {(emps physiologique, temps de réaction) comprend la série d'actes suivants qui ont tous une certaine durée, fraction déterminée de la durée totale du processus. Ces actes sont les suivants :
i° Durée de l'excitation de l'appareil sensitif;
2" Durée de la transmission sensitive depuis l'appareil sensitif jusqu'aux centres nerveux; cette durée est connue;
3" Durée de la transmission sensitive dans la moelle; cette durée est d'environ 0,1749 de seconde pour les excitations partant du pied, 0,1283 pour la main, ce qui donne pour la vitesse de la transmission sensitive dans la moelle 8 mètres environ par seconde, par conséquent une vitesse bien moindre que pour les nerfs ;
4° Durée de la transmission cérébrale et des actes cérébraux :
5" Durée de la transmission motrice dans la moelle ; elle est pour le pied de 0,1006 de seconde, pour la main de 0,1840, ce qui donne une vitesse de 14 à 12 mètres par seconde ;
6° Durée de la transmission motrice depuis la moelle jusqu'au muscle; elle est connue ;
7° Durée de l'excitation latente du muscle; cette durée est connue aussi.
La durée de la perception semiiive s'obtiendra donc en retranchant de la durée totale du processus toutes les durées partielles i, 2, 3, 5, 6 et 7. Exner a trouvé de cette façon les chiftres suivants (l'âge des individus en expérience est placé entre parenthèses après chaque chiffre) : 0,20o3 de seconde (20 ans) ; 0,0775 (22); 0,2821 (23); 0,1231 (24); 0,0828 (26); 0,0901 (35); 0,9426 et 0,3050 (76). On voil diaprés ces chiffres que la durée d'un même acte cérébral varie suivant les individus et suivant certaines conditions encore peu déterminées, mais où l'âge paraît jouer un rôle important. Ces différences avaient déjà été constatées par les astronomes (Maskelyne, Bessel, etc.). Il y a toujours, en effet, entre le passage réel d'un astre devant le 111 de la lunette et l'appréciation de ce passage par l'astronome un écart qui constitue ce qu'on a appelé erreur ou équation personnelle. Cette erreur est constante pour un observateur donné, mais elle varie suivant les observateurs et peut être réduite par l'exercice (Wolll).
La durée des actes cérébraux simples peut être calculée d'une autre façon. II Beaunis. — Physiologie, 3° édition. U. 5j
suffit pour cela de supprimer le travail cérébral nécessaire à la mise en jeu du mouvement volontaire qui sert du signal et de donner à l'excitation sensitive une intensité siil'lisanle pour produire un pur mouvement réflexe. La durée du temps physiolofiique du mouvement réflexe, retranchée de ia durée du temps physiologique du mouvement volontaire, fournira la durée de l'acte cérébral le plus simple. Les expériences faites dans mou laboratoire par A. René, d'après cette méthode, lui ont donné pour l'acte cérébral le plus simple une durée de 0,034 seconde en moyenne.
Il y a cependant quelques remarques à faire au sujet de la série d'actes physiologiques et psycho-physiologiques énumérés page 801. L'analyse peut en effet être poussée plus loin, et celte analyse est surtout importante pour les phases 1" et 4" du phénomène de la réaction motrice succédant à une excitation sensitive.
Je prends d'abord la première phase, celle qui correspond à Vexcitation de l'appareil sensitif par V agent extérieur.
Dans tout organe de sensibilité spéciale, entre les filets nerveux terminaux et le monde extérieur, se trouvent interposés deux ordres d'appareils ou d'organes : 1° des organes nerveux périphériques, cônes ou bâtonnets de la réline, corpuscules du tact, etc. ; 2" des organes de protection ou de perfectionnement, milieux transparents de l'œil, couches épithéliales, etc. Par conséquent, tout agent extérieur susceptible de déterminer une sensation spéciale rencontrera successivement :
1" Un appareil de protection ou de perfectionnement, de nature non nerveuse, difîérent pour chaque sens;
2° Un appareil terminal ou des organes périphériques spéciaux, de nature nerveuse, mais différents parleur structure pour chaque sens;
3° Les filets nerveux sensitifs dont la structure paraît à peu près la même dans tous les sens, et cependant encore avec certaines réserves.
Il faut voir comment fonctionnent ces divers appareils et, pour cela, je prendrai d'abord un sens quelconque, la vue par exemple.
Quand un rayon de lumière vient frapper la rétine, avant d'arriver sur la couche impressionnable de cette membrane, il doit traverser les milieux transparents de l'œil et les couches antérieures de la rétine. Quelque court qu'il soit, il faut donc un certain temps pour que les vibrations lumineuses se transmettent de la face antérieure de la cornée à la face antérieure de la couche des bâtonnets, en considérant ces bâtonnets (avec les cônes) comme les éléments terminaux, les organes périphériques du nerf optique. Les vibrations lumineuses agissent alors d'une façon encore inconnue sur ces cônes et ces bâtonnets, et ces éléments subissent une certaine modification; mais cette modification n'est pas instantanée; quelle que soit sa nature, il faut un certain temps pour qu'elle se produise et qu'elle acquière l'intensité nécessaire pour qu'elle puisse exciter, à son tour, la terminaison nerveuse. Il y donc là un temps perdu analogue au temps perdu de la contraction musculaire. Enfin, le filet nerveux terminal est lui-même excité par cette modification du bâtonnet auquel il est rattaché plus ou moins immédiatement et, là encore, on retrouve un temps perdu nécessaire pour la mise en jeu des propriétés du nerf, pour son passage de l'état de repos à l'état d'activité. Dans les actes que nous venons d'étudier, on peut donc distinguer trois périodes successives :
Première période : traversée des vibrations lumineuses jusqu'à la membraue de Jacob ;
Deuxième période : modification des cônes et des bâtonnets ;
Troisième période : excitation des terminaisons nerveuses.
Ces trois périodes se retrouvent pour toutes les sensations spéciales, ouïe, tact,
odorat, goût. Seulement, un fait capital les différencie les unes des autres, c'est que la durée de chacune de ces trois périodes varie pour chacune des sensations. Prenons, en effet, la première 'période. Pour la vue, elle peut être considérée comme instantanée, eu égard à la vitessft de la lumière. Pour l'ouïe, elle doit être déjà beaucoup plus lente si on se rappelle la vitesse de transmission du son dans les différents nùlieux; mais cette première période est encore très courte. Il serait même facile, s'il y avait à cela un intérêt quelconque, de calculer exactement cette durée avec les données physiques qu'on possède sur la vitesse de la lumière et du son. Pour le toucher, il faut encore un certain temps pour que l'ébranlement mécanique produit par un corps qui arrive au contact de l'épiderme se transmette jusqu'aux corpuscules du tact; ce temps, nous ne le connaissons pas jusqu'ici; mais, (i priori, on peut certifier qu'il est plus long que pour les deux sensations de la vue et de l'ouïe.
Restent les deux sensations du goût et de l'odorat. Là, nous trouvons des conditions toutes différentes. Il ne s'agit plus, en effet, de la transmission d'une vibration ou d'un mouvement mécanique; il s'agit du transport de molécules à travers une couche plus ou moins complexe d'éléments organiques, et l'on conçoit facilement quelles causes de retard cette nécessité doit apporter à l'action de la substance sur l'élément sensitif tern)inal. Pour le goût, par exemple, il faut (jue la substance sapide dissoute arrive jusqu'aux cellules gustalives des bourgeons terminaux du goût qui se rencontrent sur les papilles de la langue. Ces cellules semblent, il est vrai, d'après les recherches liistologiques les plus récentes, se terminer par des prolongements en bâtonnet qui, sortant par le pore gustatif, se trouveraient à l'état libre à la surface de la muqueuse ; mais, en réalité, au point de vue physiologique, il n'en est pas ainsi ; ces prolongements plongent dans le mucus et les débris épilhéliaux ({ui recouvrent toujours la surface de la langue, et les substances sapides dissoutes doivent traverser cette couche pour arriver jusqu'aux bâtonnets des cellules gustalives.
Pour l'odorat, les conditions sont à peu près les mêmes. Les cellules olfactives paraissent se terminer à la surface de la muqueuse nasale par des extrémités libres pourvues de cils chez certains animaux ; mais une couche de mucus les recouvre et s'interpose entre le corps odorant et la cellule olfactive; aussi, quand nous voulons exercer notre odorat de la façon la plus délicate possible, commençons-nous par balayer par une expiration énergique, en nous mouchant, une grande partie du mucus qui recouvre la pituitaire. Mais il reste toujours à la surface de l'épithéliuni olfactif une couche mince de mucus, mucus qui est même indispensable pour l'olfaction parfaite.
Il est donc évident que la durée de cette première période varie dans les différentes sensations : instantanée ou à peu prés pour la vue, elle est moins rapide pour l'ouïe et le toucher, quoique, pour ces deux sensations, sa durée n'ait qu'une valeur excessivement faible, tandis que pour l'odorat et le goût cette durée peut acquérir une valeur considérable.
Un autre fait est aussi à considérer à propos de cette première période, c'est que les influences spéciales qui peuvent en modifier la durée agissent d'une façon bien différente pour les diverses sensations. Ainsi, pour la vue, par exemple, les expériences de Foucault sur la vitesse de la lumière ont bien montré que cette vitesse dépend de l'indice de réfraction des milieux traversés; mais, eu égard à la rapidité de la transmission lumineuse, cette cause ne peut avoir aucune influence, et la transmission des rayons lumineux dans les milieux transparents peut être considérée comme instanlanée dans n'importe quelles conditions. Pour le son c'est
autre chose : les variations de consislance, de densité, de structure, de sécheresse des divers milieux ([ue Iraveisent les vibrations sonores peuvent déjà avoir une action sur la durée de cette transmission; mais cette action est encore à peine appréciable. Il en est de même sans doute pour le tact.
Au contraire, pour les sensations de l'odorat et du goût, il en est tout autrement, et celle période peut, dans certaines conditions, se trouver considérablement augmentée, suivant l'étal de la muqueuse.
Pour la deuxième période, modification de Vap-pareil sensilif terminal, nous sommes beaucoup moins avancés que pour la première et nous n'avons que des données très insuffisantes. Nous ne savons pas en quoi consiste la modification produite par la lumière sur un bâtonnet de la rétine, par les vibrations sonores sur l'orpane de Corti, par un agent mécanique sur un corpuscule du lact, par une substance odoraulo ou sapide sur les cellules olfactives ou gustalives. Il est possible que, dans certains cas, celle modification soit de nature chimique (rétine? goûl? olfaction?); dans d'autres, de nature mécanique (tact, audition); mais, dans l'état actuel de la physiologie, il nous est impossible de rien affirmer.
Nous pouvons cependant admettre, avec une certitude presque absolue, que si cette deuxième période n'a pas la même durée pour les différentes sensations, ce qui est probable, ces différences de durée sont bien moins marquées d'une sensation à l'autre que pour la première période. Reste à savoir s'il n'y aurait pas égalité de durée de cette deuxième période pour toutes les sensations. Jusqu'à présent, il est impossible de répondre d'une façon absolue à cette question. Mais des raisons de plusieurs ordres peuvent être invoquées en faveur de l'inégalité de durée. En premier lieu, les dilTérences de structure de ces appareils nerveux terminaux, dans chaque sens, seinblmt impliquer un fonctionnement différent et, pai' suite, une durée inégale de ce fonctionnement. En second lieu, si on admet, ce qui est vraisemblable, que la troisième période a une durée égale pour toutes les sensations, on trouverait dans ce fait un deuxième argument, et très puissant, sur lequel il est utile d'insister.
En étudiant le temps de réaction des sensations, tous les expérimentateurs, presque sans exception, ont constaté que ce temps de réaction est plus long pour les sensations visuelles que pour les sensations auditives et tactiles. A. quoi peut tenir cette plus grande durée du temps de réaction des sensations visuelles? Pour cela, nous n'avons qu'à comparer les trois périodes dans chacune de ces sensations. La troisième période étant supposée égale, la première période étant beaucoup plus courte pour la vue que pour l'ouïe et le lact, on arrive forcément à cette conclusion que l'excès de durée de la sensation visuelle tient à la deuxième période, en d'autres termes, qu'il faut plus de tenips pour la modification de l'appareil terminal rétinien que pour celle de l'appareil terminal acoustique ou taclile. On aurait donc ainsi un moyen de mesurer, non pas absolument, mais relativement la durée de celte seconde période. Seulement, la valeur de cet argument est subordonnée à cette loi, dont nous ne sommes pas absolument sûrs, que la troisième période a une durée égale pour toutes les sensations.
Quoi qu'il en soit, le raisonnement précédent ne peut d'aucune façon s'appliquer aux sens du goûl et de l'odorat. Pour ces deux sens, en ellet, comme on l'a vu plus haut, la première période présente non seulement une plus longue durée, mais encore celle durée est susceptible de varier dans des limites très étendues. Aussi, faut-il bien se dire que vouloir comparer le temps de réaction de ces deux sensations au temps de réaction des trois premières, c'est comparer des unités de nature différente el marcher à l'aveugle. On peut, à la rigueur, comparer entre elles
PHYSIOLOGIE DE L'INNERVATION. 805 les sensations de la vue, de l'ouïe el du tact; les sensations du goût et de l'odorat ne peuvent qu'être étudiées en elles-mêmes et toute comparaison ne nous apprend rien sur leur compte (1).
La quatrième phase, essentiellement psycho-physiologique, comprend la série d'actes cérébraux qui se succèdent depuis l'excitation du centre sensilif j"squ a l'excitation du centre moteur. Cette phase a été décomposée par Wundt en trois périodes :
La première comprend l'entrée dans le champ de la conscience ou perception; la seconde l'entrée dans le champ de l'attention ou Vapcrception ; la troisième l'excitation de la volonté qui dégage le mouvement volontaire dans l'organe moteur central. Wundt donne le nom de temps raccourci de réaction au temps de réaction diminué de la durée de la phase de l'aperceplion ; cette diminution correspondrais à i/lC de seconde environ.
Le tableau suivant représente (en millièmes de seconde), d'après difTérents observateurs, le temps de réaction pour les diverses excitations sensitives :
Hirsch
Donders
ll;inkel
Wittich
Wmult
Exner