Narcotiques
L'opium et la plupart de ses alcaloïdes ont une douLle action: une action excitante, convulsive, qui les rapproche de la strychnine, et une action somnifère, soporifique, qui les rapproche des aneslhésiquos. Si on classe ces alcaloïdes d après leur aciion saporifique, on aura, d'après Cl. Bernard, en allant du plus au moins, la série suivante : narcéine, morphine, codéine; si on les range d'après leur action convulsivaute, on a: thébaïne, papavérine, narcotine, codéine, morphine; si on les classe d'après leur toxicité, on aura: Lhébaïne (0,1 gramme lue un chien), codéine, papavérine, narcéine, morphine (il faut plus de 2 grammes pour tuer un chien), narcotine.
Morphine, C'H'^AzO^ — Chez la yrenouille, son action ressemble à celle de la stryoluiine; il y a d'abord un stade d'agitation : bientôt le moindre contact détermine une crampe tétanique (ce stade manque souvent) ; enfin les appareils rétlexes, puis le cœur et la respiration sont paralysés. — Chez le chien, une injection intra-veineuse de 0,02 à 0,0;} grammes de morphine produit le sommeil au bout d'une minute d'agitation; les i-étlexes sont abolis, à l'exception du clignement par l'attouchement de la conjonctive ; le pouls et la respiration sont ralentis; l'action sur le cœur parait, du reste, peu marquée ; les petites artères (pour de fortes doses) sont rétrécies, ce qui amène une augmentation de pression sanguine; la pupille est ordinairement rétrécie; quelquefois cependant on observe un élargissement pendant le coma; l'excitabilité et les mouvements de l'intestin sont augmentés. Lorsque la dose atteint plus de 2 à 3 grammes chez le chien, la mort arrive avec des convulsions. — Chez les hipin<,\e sommeil est moins profond et les convulsions se présentent plus facilement; il faut, chez eux, une dose relativement plus forte que chez les chiens. — Les oiseaux et spécialement les pigeons possèdent une immunité remarquable pour la morphine; il en faut, pour tuer un pigeon^ 0,0o à 0,1 gramme en injection sous-cutanée.
La morphine paraît porter son action principalement sur les appareils sensitifs.
L'association de la morphine et du chloroforme est excellente, chez le chien surtout, pour produire l'anesthésie et éviter la période d'excitation. 11 su (lit de donner de la morphine quelque temps avant les inhalalions de chloroforme.
La narcéine, G^^H^'AzO", produit l'action hypnotique pure; le sommeil est très profond, sans convulsions et s'accompagne d'un ralentissement notable du pouls. La codéine, C"H*'AzO^, a une action analogue à celle de la morphine; le sommeil est beaucoup plus léger qu'avec la narcéine.
La thébaïne, C'^H-'AzO'', détermine des convulsions analogues à celles de la strychnine. Il en serait de même, quoique avec moins d'intensité, de la narcotine, C"H-"AzO', et de la papavérine, G'^H-'AzO'» ; cependant Baxt considère la papavérine comme exclusivement somnifère. On a décrit dans ces derniers temps un nouveau dérivé de l'opium, la laudanosinc, qui, k fortes doses, produit de la dyspnée, de la salivation, du ralentissement du cœur, de l'abaissement de pression et des convulsions tétaniques.
Un dérivé de la morphine, l'apomorphine, C''H'"AzO-, n'a aucune des propriétés essentielles de la morphine, et agit surtout comme vomitif et comme convulsivant. Grimaux a extrait de la morphine deux bases isomères, la codéthyline et la méthocodéine; la première a l'action de la strychnine, la seconde celle de la morphine.
— PHYSIOLOGIE SPÉCIALE