Curare
Le curare est une substance résineuse, brune, dont les indigènes de certaines parties de l'Amérique du Sud (Orénoque, Guyane) se servent pour empoisonner leur flèches, et provient probablement de plantes de la famille des Strychnos (S. triplinervia, S. Castelnœi). Le principal caractère de l'empoisonnement par le curare est une résolution musculaire sans convulsions ; tout mouvement volontaire est abob; les mouvements respiratoires finissent aussi par s'arrêter, tandis que le cœur continue à battre : mais, chez les animaux à sang chaud, l'arrêt de la respiration produit très vite l'arrêt du cœur, tandis que chez les grenouilles, par exemple, le cœur continue à batlre.
Le mécanisme de l'action du curare a surtout été étudié par Ci. Bernard, H a prouvé que cette substance agit sur les extrémités périphériques des nerfs moteurs (plaques motrices terminales) par la série d'expériences suivantes: Si on lie l'artère d'un membre sur une grenouille avant l'intoxication ou si on fait la ligature en masse du membre, à l'exception du nerf, ce membre conserve les mouvements volontaires, preuve que les appareils nerveux centraux ne sont pas paralysés par le poison ; si on pince ou si on excite la peau de la grenouille dans une région intoxiquée, le membre lié fait des mouvements de fuite, preuve que l'intoxication n'atteint ni les nerfs ni les centres sensitifs. D'un autre côté, les muscles ne sont pas atteints non plus, car ils conservent leur irrita'.jilité. Restent les nerfs moleurs ; or, deux expériences prouvent que ces nerfs ne sont paralysés que dans leurs exti'émités périphériques: 1° si on lie l'artère d'un membre au niveau du genou, toute la pai'tie crurale du nerf iscbiatique sera soumise à l'action du curare; si alors on excite le nerf iscbiatique dans le bassin les muscles de la cuisse ne se contractent pas, parce qu'ils sont dans la sphère du poison, tandis que les muscles de la jambe et de la patte se contractent, preuve que la partie intoxiquée du tronc de l'ischiatique a pu transmettre l'excitation du bassin jusqu'à la jambe; 2" si on prend deux muscles de grenouille avec leurs nerfs, et qu'après avoir rempli deux verres de montre de solution de curare, on place dans un verre le nerf seul, dans l'autre le muscle seul, dans le premier cas, l'excitation du nerf, quoique plongé dans le curare, détermine la contraction du muscle, dans le second, l'excitation du nerf ne détermine aucune contraclion, mais le muscle se contracte s'il est excité directement.
Les extrémités périphériques des nerfs vaso-moteurs sont aussi atteintes, mais beaucoup plus faiblement, par le curare ; aussi avait-on cru d'abord à une immunité qui n'est que relative. Les sécrétions, salive, larmes, urine, sont augmentées; il y a un diabète temporaire; la température s'abaisse.
L'absorption du curare peut se faire par la voie stomacale, mais cette absorption est beaucoup plus lente que par les injections sous-cutanées, ce qu'il l'avait fait nier complètement d'abord; seulement l'élimination (par les reins) se fait avec trop de rapidité pour que les accidents se développent; mais, si on extirpe les reins, l'intoxication se produit. L'urine d'animaux curarisés peut empoisonner un autre animal. On a isolé sous le nom de curarinc, C^H'^Az, le principale actif du curare. Son action est beaucoup plus intense. On y trouve aussi une autre base, la. curine.
Les recherches récentes de Vulpian, Gouty, Boudet de Paris ont un peu modifié les idées que, depuis Cl. Bernard, on se faisait de l'action du curare. Il parait prouvé, en effet, que le curare atteint aussi l'irritabilité musculaire, tant celle des muscles striés que celle du cœur.
Couty a décrit un curare des muscles lisses existant principalement dans le
Slrychnos Gardnevii et qui déterminerait une diminution de tension sanguine.
Le règne végétal fournit un certain nombre de substances qui possèdent mie action analogue à celle du curare.
Un fait remarquable, c'est que les combinaisons méthyliques, amyliques et étbyliques des alcaloïdes ont des propriétés comparables à celle du curare (mélliylstrycbnine, métbyl-vératisne, etc.).
La coniine agit comme le curare.