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Action du suc pancréatique sur les aliments

Le suc pancréatique agit sur les trois catégories principales d'aliments, albuminoïdes, féculents et graisses.

1° Action du suc pancréatique sur les albuminoïdes. — Le suc pancréatique digère les substances albuminoïdes qu'il transforme en peptones. Cette action du suc pancréatique, établie pour la première fois par CL Bernard et Corvisart, est aujourd'hui hors de doute et confirmée par les recherches de tous les physiologistes. Mais cette digestion s'accompagne de phénomènes particuliers qui la distinguent essentiellement de la digestion par le suc gastrique. ,

L'action du suc pancréatique sur les aliments albuminoïdes peut être partagée en trois phases successives.

1° Dans la première phase, les subslances albuminoïdes sont transformées en peptones. Cette transformation, qui se fait sans gonflement préalable et qui se produit, que le milieu soit neutre, alcalin ou faiblement acide, est très énergique et très active. Les peptones formées paraissent identiques aux peptones obtenues avec le suc gastrique. Comme pour la digestion gastrique, la chaleur favorise celle transformation.

Quelques auteurs admettent que la digestion pancréatique des albuminoïdes ne se produit pas dans un milieu acide ; la chose paraît peu admissible, si l'on réfléchit que la réaction du contenu de l'intestin grêle est habiluellement acide, au moins chez les carnivores. Cependant il est impossible d'admettre l'opinion ancienne de Meissner, v. Wiltich, etc., d'après lesquels la digestion pancréatique ne pouvait se faire que dans un milieu acide sous peine d'aboutir à la putréfaction. D'après les recherches de Lindberger, la digeslion pancréatique serait empêchée par les acides minéraux, mais pas par l'acide lactique, à moins qu'il ne soit à très forte dose.

La fd)rine est digérée très rapidement par le suc pancréatique; l'albumine et surtout l'albumine coagulée, beaucoup plus lentement; la caséine est facilement digérée; la gélatine est transformée en peptone de gélatine, qui ne se prend plus en gelée par le refroidissement. Les peptones pancréatiques sont plus riches en carbone et en oxygène que les peptones gastriques. Cette digeslion pancréatique peut se faire à l'abri de l'air et dans l'hydrogène (Hûfnerj. La digestion des albuminoïdes est favorisée par un certain nombre de sels, carbonates de sodium (0,9 à 1,2 p. 100), de potassium, d'ammonium, chlorure de sodium, chlorure ammonique, sulfate de sodium, nitrate de potassium ; la bile, les sels biliaires (à l'inverse de ce qui se passe pour la digestion gastrique) produisent le même etîet. Il en serait de même de l'oxygène et de la mousse de platine. Elle est arrêtée par de trop fortes doses de carbonate et de chlorure de sodium, par l'addition de levûre de bière (réductrice) ; elle est entravée par Félher, l'acide salicylique, les arsénites et arséniates; elle n'est pas troublée par l'accumulation des peptones.

Cl. Bernard admettait que l'action préalable de la bile et du suc gastrique sur les albuminoïdes était une condition indispensable 'de la digestion pancréatique de ces aliments ; mais Corvisart a démontré que leur digestion pouvait se faire complètement par la seule action du suc pancréatique.

2° Deuxième phase. — A cette première phase de digestion proprement dite en succède bientôt une autre caractérisée par la formation de grandes quantités de

leucine et de lyrosine; ces substances ne proviennent pas directement des substances albuminoïdes, mais des peptones formées à leurs dépens ; en effet, à mesure que la leucine et la tyrosine se produisent, la cpiantité de peplones diminue, et cette production de leucine et de tyrosine se fait môme quand on met en présence du suc pancréatique des peplones toutes formées au lieu d'aliments albuminoïdes.

A côté de la leucine et de la tyrosine se forment quelques autres produits, tels que l'acide asparagique, l'acide plutamique (spécialement dans la digestion de la tibrine et du gluten), du glycocolle (digestion de la gélatine). D'après Kïiline, ces substances ne se formeraient qu'aux dépens d'une partie (la moitié environ) des peptones produites; il donne à cette portion des peptones le nom d'hémipeptone, et le nom d'antipeptone à la partie des peptones qui ne subit pas d'altération.

Cette transformation de peptones en leucine, tyrosine, etc., paraît aussi se produire dans la digestion pancréatique normale sur le vivant; cependant, d'après certains auteurs, il n'en serait rien et la digestion s'arrêterait à la production de peptones.

3° Dans la troisième phase on remarque une diminution non seulement des peplones, mais de la leucine et de la lyrosine, et il se produit un certain nombre de principes encore peu étudiés et d'odeur fécaloïde très pénétrante, de Tindol, du phénol, des acides gras volatils, une substance qui précipite par l'eau chlorée en filaments violets, et il se dégage des gaz, hydrogène, acide carbonique, hydrogène sulfuré, hydrogène carboné, azote. Cette troisième phase se produit plus vite quand le milieu est alcalin; un degré léger d'acidité en retarde l'apparition.

E. cl H. Sallcowsky ont constaté dans les produits de la digestion des albuminoïdes par le pancréas la présence de l'acide hydrocuminique (acide phénylpropionique). L'indol se produit surtout dans la digestion de la fibrine et très peu dans celle de la gélatine (Nencld).

Il est certain que les produits énumérés plus haut se forment à l'état normal dans l'intestin, car on les retrouve dans le contenu intestinal; mais faut-il les regarder comme des phénomènes de digestion pancréatique véritable? Il est plus probable qu'il y a là desimpies phénomènes de décomposition putride et que dans les conditions ordinaires la digestion pancréatique s'arrête à la deuxième période.

Du reste, un certain nombre d'auteurs ont considéré la digestion pancréatique des albuminoïdes comme une véritable putréfaction. C'était déjà l'opinion des premiers adversaires de Cl. Bernard et de Corvisart. Jeanneret même dans ces derniers temps a soutenu que la digestion pancréatique était due à l'action de bactéries anaérobies qui préexisteraient dans le tissu pancréatique et se développeraient dès qu'elles se trouveraient en présence des matières azotées. Une opinion analogue a été admise par quelques auteurs contemporains.

D'après Podolinsky, la pancréaline n'agirait qu'en prenant l'oxygène et transportant cet oxygène sur les albuminoïdes.

Le suc pancréatique est sans action sur la nucléine, le tissu corné, la substance amyloïde, les fibrilles connectives; le tissu élastique au contraire serait digéré.

On peut se demander comment le suc pancréatique ne digère pas les parois de l'intestin ou, dans les cas de fistule pancréatique, les bords de l'ouverture fistnleuse. Ce fait est encore inexpliqué.

Le pancréas possède déjà dès le troisième tiers de la vie fœtale le pouvoir de digérer les albuminoïdes (Albertoni, Langendorfi"). En soumettant des albuminoïdes à une cuisson prolongée avec de l'acide sulfurique étendu, Kûhne a obtenu une production artificielle de peptones, et en continuant l'action il s'est formé de la leucine et de la tyrosine.

Beaunis. — Physiologie, .3^ édition. II. ^^^

2" Action du suc pancréatique sur les féculents. — L'action du suc paiicréaliqiie sur les féculents est identique à celle de la ptyaline (Valeulin. Bouclmrdat et Sandras); seulement elle encore plus rapide; entre 37° et 40" elle est presque instantanée. Il en est de même pour la substance glycogène seulement l'action est un peu plus lente qu'avec l'amidon. L'achroode.xtrine de Briicke est transformée aussi en sucre par le suc pancréatique, ce qui n'a pas lieu avec la ptyaline.

Pour les détails de celte transformation des féculents en sucre et les produits f]ui eu dériveni, je renvoie à ce qui a été dit de la salive (pnge 46). Cette transformation n'est pas empêchée par la présence des autres sucs digestifs, de la graisse, dos albuminnïdes, de l'acide phéiiique, etc. ; elle esl troublée par l'addilion de carbonate de sodium à 0,05 p. iOO. Contrairement aux expériences de Hartsen qui avait vu, chez les pigeons, la digestion de l'amidon se faire d'une façon normale après l'extirpation du pancréas, Langendoiff a constaté qu'après la ligature du canal qui amène une atrophie de la glande, la digestion des amylacés ne se faisait plus et que, chez ces animaux, c'était là la principale cause de la mort. La mort pouvait même être retardée quand on leur doimait un bydrocarboné résorbable comme le sucre.

Le suc pancréatique n'agit ni sur le sucre de canne ni sur l'inuline. L'extrait du pancréas transforme lentement la maltoso et l'achroodexlrine en glucose (Brown et H 'ron). Le ferment sacchariflant du pancréas paraîl manquer chez le nouveauné (honmie) et ne se foi nierait que dans le deuxième mois après la naissance (Koiowin). Il en serait de même cbez le lapin. Par contre, il existerait de bonne Heure dans la vie fœtale chez le porc, le rat, le veau (Langendorff).

3" Action du suc pancréatique sur les graisses. — Le suc pancréatique a une double action sur les graisses :

1" Il les émulsionne; si on agile de la graisse liquide ou de l'huile avec du suc pancréatique, il se forme une émulsion blanche comme du chyle, émulsion qui per>iste et dans laquelle les globules graisseux sont encore plus finement divisés que dans le lait (Cl. Bernard). 11 faut environ 2 grammes de suc pancréatique pour émulsionner 1 gramme de graisse. Cette action est facilitée par la présence d'une petite quantité d'acides gras libres. D'après Landwehr, cette émulsion serait due à la gomme animale qu'il a extraite du pancréas frais;

2° Il décompose les graisses neutres en acides gras et glycérine. Si on met dans une étuve à 35° un mélange de graisse et de suc pancréatique additionné de teinture de tournesol bleue, le mélange, d'abord alcalin, devient peu à peu acide et la teinture de tournesol prend une coloration rouge. Les acides gras sont ainsi mis en liberté et s'unissent aux alcalis du suc pancréatique pour former des savons acides. Cette action est empêchée par l'ébuUition.

Après l'extirpation du pancréas, la digestion des graisses est troublée ; cependant elle n'est pas absolument entravée et d'après les expériences de Bérard, SchifTet d'autres auteurs, elle peut se faire encore dans une certaine mesure.

Le suc pancréatique décompose aussi les éthers, l'éther acétique, par exemple, eu acide acétique et alcool (Heritsch). D'après Bokay, la lécithine serait aussi dé-

composée en acide pbosphoglycérique, neurine et aciHes gras. L'extrait du pancréas (cLeval) coagule la cast'ine et trauslbrnie le sucre en acide lacti([ue (Ellenberger et Hofmeisler).

Les trois actions principales du suc pancréatique ont été vérifiées sur le suc pancréatique de l'homme par Corvisnrt.

La pancréatine retarde la coagulalion du sang; injectée dans les vaisseaux elle opère une véritable digestion intra-vasculaire des globules blancs et diminue la quanlité de fibrine du sang (Albertoni).

Cbez beaucoup de poissons, le suc pancréatique est acide el ne conlient pas de ferment saccbarilianl. Krukenberg a retrouvé cbez un certain noml)re d'inverlébrés un feimeni analogue à la li'ypsine (niollus(iups, arthropodes). Ghnz les vers le ferment [isoirypsine) se distinguerait de la Irypsiiie pan e qu'il ne se produirait dans la digestion des albuniinoïdes ni leucine ni tyrosiue.

Bililios^raphie. — II. Wkiske : Ueber das Verhnlleii '1er Rnhfa-er im Verdaungsapparafc der G'inse ^Landwirthscli. Versuchsst., t. XXIV, 188(1). — Horace Dobell : Ueher die Wirkung des Pankreatins au/' Fetl, etc. (Brit. ined. Journ., 1880). — Kahl Mays : Ueber die Wirkung vo'i Iri/psin in S'iureii und von l'epsin und ii ypsin aufeinander (Uut. d. phys. Inst. Heidelb., t III, 1880). — H. Engesser : Zur Wirks/nnkeit der kiin.stlichen Pa ïkreasp aparale (Bti'l. kl. Wocheuschr., t. XVII. 1880). — C. A. Ewam) -.Das Enfje-<ser'sche Pankreaspulver (id.). — W. Roberts : Veber die Verdaungsferjnenle, etc. (Brit. nicd. Jouni., 18^0). — T. Hor. Bkown et John Héron : Ueber die hi/drolytischen II irkungen des l ancreas und des Diinndarms (Ann. Ch. Pharni., t. CCIV, 1880). — A. Bé- CHAMP : Sur Ifs parties du pancréas capables d'agir comme ferments (G. rendus, t. XCII, 188t). — DucLAUx : Dig. des matières grasses et cellulosiqU' s [C rendus, t. XCIV, 1H8"2). -- 1d. ; Sur La digestion pancreatiqw (id.). — M. Ogata : Uebm' d e Verdaung nach der Ausscludlung des Mugens (Arch. f. Physiol., 1883). — V. Lindberger : Didrng lill kdnnedom om trgpsindigestionen , etc. (Upsal. Iakarefor., t. XVIII, 883). — Cii. IIouin : Ao'e sur tes propriétés émulsives du suc pancréatique (Journ. de l'anat., 1885). — James : Pancrcatic Digestion (Brit. med. Journ., 1885). — CiniTENDEN et Cumauns : Infl. of varions therap. and tonic substances on Ihe proteolylic action nf t/ie pancreaUc ferment (Labor. Jale Coll. New-Haven, 1885). — Dekresne : La pancréatine dans l économie après son a'-rivéc par la voie stomacale (Union uiéd., I88G). — A. IIirschler : Bildung von Ammoniak bei lier Pankreasver axng (Zeitsch. f. phys. Ch., t. X, 18 G). — A. Herman.n : Ueher die Verdaung des Fibrins durch Trypsin (id., t. XI, 1887) (i).

Bililio^rsiphie ff< uéral**. — Régnier de Graak : Traité du suc pancréatique {Irad. française, IGDD). — Cl. Bernard : Du suc pancréatique (Arch. génér., I8i9). — Id. : Mémoire sur le pancréas, 1856. — Corvisart : Collection de mémoires, 1857-18G3.

§ 4. — Suc intestinal ou eiitérique.

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