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Voies de l'absorption digestive

L'absorption digestive peut s'exercer par deux voies distinctes (fig. 249) : les lympiiatiques (6) et les capillaires sanguins (2). Seulement il est très difficile de faire expérimentalement la part de ces deux ordres de vaisseaux dans l'absorption alimentaire. Pour arriver à un résultat, on a employé

Fig. 249. — Voies de l'absorption digestive (*).

diverses méthodes dont les deux principales sont les ligatures et les analyses chimiques.

^' Dans le premier procédé on lie, soit les vaisseaux sanguins, soit les chylifères, et on voit comment l'absorption se fait après la ligature et quelles substances se retrouvent dans le liquide du vaisseau resté perméable. Mais une foule de conditions viennent annuler les résultats obtenus; telles sont les anastomoses vasculaires, qui rétablissent la circulation même après la ligature de l'aorte (Meder).

Le procédé des analyses chimiques ne donne pas do résultats plus précis; il est d'abord souvent très difficile de distinguer les substances absorbées des substances qui existent à l'état normal dans le sang ou dans le chyle ; puis certaines de ces substances, comme les peptones, subissent une transformation dans l'absorption, de sorte qu'on ne les retrouve plus dans ces liquides; enfin, la rapidité du circuit vasculaire sanguin est si grande (23 secondes), qu'il est bien difficile de dire si une substance qui se trouve dans

(*) 1, intestin. — 2, vaisseaux sanguins, veines d'origine de la veine porte. — 3, veine porte. — ;5, veines sus-hépatiques. — 6, chyliféres. — 7, ganglions lymphatiques. — 8. canal thoracique. tème veineux.

— 4, foie, — 9, sys-

le chyle n'a pas été absorbée primitivement parle sang pour passer ensuite, et après coup, dans le chyle. Aussi les conclusions admises par les physiologistes ne doivent-elles être adoptées qu'avec certaines réserves, sauf peut-être pour la graisse.

A. Absorption par les capillaires sanguins. — 1° Eau et sels solubles. — L'eau et les sels solubles paraissent être absorbés principalement par les capillaires. Après l'ingestion de boissons, Béclard a trouvé le sang de la veine porte plus riche en eau que le sang veineux général.

2° Peptones. — Les peptones paraissent être absorbées pour la plus grande partie par les capillaires sanguins. Cependant le sang de la veine porte ne semble pas être beaucoup plus riche en albuminoïdes pendant la digestion; Béclard a pourtant constaté une augmentation d'albumine et de fibrine; mais ces analyses demanderaient à être répétées. Cl. Bernard pense que l'albumine est absorbée en totalité par les vaisseaux sanguins et a cherché à le prouver d'une façon indirecte par l'expérience suivante : il injecte dans la veine jugulaire du chien de l'albumine étendue d'eau et la voit passer dans l'urine; il l'injecte dans la veine porte, elle ne se retrouve plus dans l'urine. Donc l'albumine, pour être assimilée, doit traverser lentement le foie, et il en conclut que l'albumine provenant de la digestion passe dans le sang de la veine porte et ne passe pas dans les chyhfères, conclusion un peu prématurée peut-être, quelque ingénieuse que soit l'expérience.

Ce qu'il y a de certain, c'est que, immédiatement après .leur résorption, les peptones se transforment en albumine ordinaire, car ni dans le sang ni dans le chyle on ne trouve de corps analogue aux peptones en quantité correspondante à la quantité absorbée. Mais le lieu et le mécanisme de cette transformation nous sont absolument inconnus. Cependant Fick, se basant sur les recherches de Brùcke et Voit, qu'une portion de l'albumine de l'alimentation est résorbée en nature dans l'intestin, croit que cette portion suffit pour la réparation des tissus et que les peptones absorbées sont utilisées directement sans repasser dans le sang à l'état d'albumine du sérum. Ce qui est certain, c'est que la présence de peptones dans le sang de la veine porte a été constatée par Drosdolî au moment de la digestion, fait nié cependant par Wassermann. Mais Subbolin a constaté aussi leur présence dans le chyle, ce qui semblerait indiquer que leur absorption ne se fait pas exclusivement par les capillaires. Cependant Schmidt-Mûlheim, dans ses expériences, a vu, après la ligature du canal thoracique, la quantité d'azote dans l'urine (1) rester la même, ce qui semble exclure les chylifères de l'absorption des albuminoïdes.

Théorie d'Hofmeister. — Les rechercbes récentes d'Hofmeisler tendent à faire envisager d'une autre façon la résorption des peptones et les modifications qu'elles subissent après cette résorption. Il a constaté que la muqueuse de l'intestin a la propriété de transformer les peptones. Il prend sur l animal en pleine digestion un morceau de muqueuse et le divise en deux fragments; l'un de ces fragments, essayé immédiatement, contient une certaine quantité de peptones; l'autre fragment, laissé à lui-même et essayé seulement au bout de quelques

(1) La quantité d'azote de l'urine correspond à la quantité d'albuminoïdes ingérés par l'aliraentatiou.

heures, en contient beaucoup moins. Pour lui ce sont les f^lobules blancs qui s'emparenl des peptones comme les globules rouges s'emparent de l'oxygène. Cependant une partie des peptones passe dans le sang et se retrouve dans la carotide; mais on n'en retrouve pas dans les chylifères au delà des glandes mésentéiiques. Les peptones existant dans le sang artériel ou dans les globules blancs sont prises et retenues par les tissus. Aussi n'en trouve-t-on plus ou seulement des traces dans les veines.

3° GlycQse. — La voie d'absorption de la glycose a soulevé les mêmes controverses. Cependant les recherches de Cl. Bernard et Tsherinoff rendent très probable que la glycose absorbée (ainsi que le sucre interverti) passent parles capillaires et arrivent par la veine porte au foie, où ils se transforment en matière glycogène. Mering a constaté une augmentation considérable de sucre dans le sang de la veine porte au moment de la digestion des féculents, et la présence du sucre de canne et del'inuline y a été démontrée après l'ingestion de ces substances.

La situation superficielle des capillaires sanguins de la villosité explique facilement pourquoi toutes les substances, à l'exception de la graisse, passent dans le sang plutôt que dans le chjde.

4° Graisses. — Les graisses neutres ne passent pas dans le sang directement : les gouttelettes de graisse trouvées par Briïcke dans les capillaires sanguins des villosités pendant la digestion proviennent de la graisse versée dans le sang par les chylifères. Quant aux savons, leur solubilité permet de concevoir leur passage dans les capillaires sanguins, et le sang en contient toujours une certaine quantité après une alimentation grasse; mais rien ne prouve qu'ils ne proviennent pas du chyle (voir : Résorption de la graisse, p. IIG).

Toutes les substances ainsi absorbées par les capillaires sanguins de l'intestin doivent traverser le foie (flg. 249,4) avant d'arriver dans la circulation pulmonaire, et elles subissent probablement dans le foie des modifications encore peu connues, sauf pour la glycose (voir : Foie).

B. Absorption par les chylifères. — Les chylifères sont à peu près la seule voie d'absorption des matières grasses; l'état du chylifère central pendant la digestion, l'augmentation de la graisse dans le chyle, l'aspect même des chylifères, le démontre d'une façon indubitable. Cette absorption de la graisse se fait assez lentement. En outre, d'après les recherches de Zawilsky, sur des chiens porteurs de fistules du canal thoracique, la quantité de graisse trouvée dans le chyle ne suffit pas pour couvrir la quantité de graisse ingérée dans l'intestin ; une certaine proportion de graisse doit donc être absorbée par une autre voie ou à un autre état (savons). On a constaté aussi la présence de savons dans le chyle.

L'absorption des peptones et de la ghjcose, au contraire, est très restreinte, et il en est probablement de même de Veau et des sels solubles. D'après Mering, il n'y a pas plus de sucre dans le chyle pendant la digestion des féculents, qu'il n'y en a chez l'animal à jeun. Pour les peptones, leur présence a été constatée par Subbolin dans le canal thoracique même chez des animaux à jeun.

Les substances absorbées par les chylifères arrivent directement au poumon sans passer par le foie.

Ainsi, en résumé, d'après les recherches des physiologistes, il est probable que, dans l'absorption alimentaire, les produits se groupent ainsi :

Capillaires. (Ihylifères.

Peptoncs. Graisse.

Glycosc. Eau et sels.

Eau et sels.

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Article VII. — Phénomènes post-digestifs dans l'intestin.

Une fois la digestion accomplie dans les différentes parties du tube digestif, il se passe une série de phénomènes sur lesquels l'attention des physiologistes a été peu portée jusqu'ici. Le plus essentiel de ces phénomènes est une chute de l'épithélium, une véritable desquamation; en effet, le mucus filant, visqueux, ordinairement alcalin, qu'on obtient par le raclage de la muqueuse, est constitué, comme on peut s'en assurer au microscope, par des cellules ou des débris de cellules épithéliales. D'après Kiiss même, chaque digestion serait suivie d'une chute et, par suite, d'un renouvellement de l'épithélium. Cette chute serait surtout facile à constater sur les cellules de l'intestin grêle infiltrées de graisse, telles qu'on les observe au moment de la digestion des corps gras, et serait accélérée par l'afflux de bile dont le maximum se montrerait après l'accomplissement de la digestion et dont la fonction principale serait de balayer l'intestin après chaque digestion. Quoi qu'il en soit, et sans donner à ce phénomène l'extension que Ini attribuait Kiiss, cette desquamation épithéliale est un fait certain et qui joue évidemment un rôle important dans la physiologie du tube ahmentaire.

Les phénomènes mécaniques de la digestion seront étudiés avec la physiologie des mouvements.

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DEUXIÈME SECTION

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