Mécanisme de la sécrétion urinaire
Procédés opératoires. — 1" Néphrotomie ou extirpation du rein (Prévost et Dumas, 1823). — On peut arriver snr le rein de deux façons, par la paroi abdominale antérieure, ou par la paroi postérieure. Dans le premier procédé, le péritoine est ouvert et on a à craindre des accidents de péritonite; on arrive du reste facilement sur les reins, après
{\]A consulter : Wôhler : Rech. sur le passage des substances dans l'urine (Journ. des se et instit. niéd., t. I). — Liebig : Ueber die Constitution des liâmes (Anu. d. Chcm. uuil Pharm., 18ii). — Boussingault : Rech. sur la constit. de l'urine des an. herbivores (Anu. de chiin. et de physique, t. XV, 1845).
Beaunis. — Physiologie, 3^ édition. II, — 12
avoir incisé l'abdomen sur la ligne médiane et récliné avec précaution la niasse intestinale pour mettre le rein à dérouvert ; le rein gauche est plus facilement abordable que le rein droit, qui est caché par le t'oie. Dans le second procédé, qui est meilleur, le péritoine n'est pas lésé ; on fait l'incision de la paroi postérieure de l'abdomen le long du bord externe du carré des lombes, et on arrive assez facilement sur le rein. Chez le chieu, le rein gauche est un peu plus bas (|ue le rein droit et de ce côté l'incision doit être plus rapprochée de la colonne vertébrale. Le même procédé est applicable à la plupart des animaux. En général, la mort arrive un à deux jours après la néphrotomie. Après l'opération, l'urée s'accumule dans le sang [urémie) et une partie de cette urée s'ébmine par la surface intestinale.
2° Ligature des uretères. — .Même procédé opératoire. Après cette opération, l'urée s'accumule aussi dans le sang. La ligature temporaire de l'uretère est suivie d'une exagération de la sécrétion (L. Herinann).
3° Ligature des vaisseaux du rein. — Même procédé. L'opération est suivie aussi d'accidents urémiques et l'urée s'accumule dans le sang ; la sécrétion est arrêtée, le rein s'hyperhémie quelques heures après la ligature de l'artère et de la veine. La ligature de l'artère seule a pour résultat l'arrêt de la sécrétion, à moins que la circulation ne soit rétablie par les anastomoses des artères capsulaires du rein avec les artères lombaires, surrénales et spermatiques. Ordinairement, la ligature de l'artère produit la gangrène du rein et amène rapidement la mort. La ligature temporaire produit aussi la nécrose des éléments constituants du rein et spécialement des cellules épithéliales des canalicules, tandis que les glomérules restent normaux (Litten) ; les urines sont albumineuses. La ligature de la veine rénale détermine l'atrophie du rein ; il y a diminution de l'urine qui devient albumineuse et plus tard arrêt de la sécrétion.
4" Destruction des nerfs du rein. — On peut détruire les nerfs du rein qui accompagnent l'artère rénale par une constriction temporaire de cette artère; mais il vaut mieux s'éloigner autant que possible du rein et détruire le plexus rénal entre les vaisseaux et les capsules surrénales. (Ustimowitsch.) Voir : Grand sympathique. 11 est très difficile de faire cette destruction d'une façon complète.
5" Procédés pour faire varier la pression sanguine dans le rein. — a. Augmentation. — Ligature de l'aorte au-dessous de l'origine de l'artère rénale; rétrécissement de la veine cave au-dessus de l'embouchure des veines rénales par une ligature incomplète (Gorrenti). En outre, on peut employer tous les moyens qui augmentent la pression sanguine générale (injection dans lés veines, etc.). Toutes les fois que la pression augmente dans les artères rénales, l'albumine paraît dans les urines (et quelquefois le sucre). — b. Diminution. — Section de la moelle; saignées.
6° Circulation artificielle du rein. — On peut pratiquer sur des reins frais des circulations artificielles soit avec de l'eau, soit avec du sérum ou du sang défibriné, et recueiUir le liquide qui s'écoule par l'uretère.
7" l'ictysmof/raphie du rein. Oncométre et Oncographe de Roy. — Roy a imagé un instrument (fig. 258) qui permet d'enregistrer les variations du volume du rein et d'autres organes (rate). V oncométre (fig. 258, 1 et 2) a la forme approximative d'un rein et se compose de deux capsules de laiton, l'une interne B, l'autre externe A, composées chacune de deux valves qui peuvent se rapprocher étroitement par la vis G. On sort les deux valves internes et sur les bords de chacune d'elles on fixe par un anneau de caoutchouc une membrane mince (péritoine de veau) et on revisse chaque valve interne armée de sa membrane avec la valve externe correspondante. Il y a donc pour chaque valve entre la membrane et la face interne de la valve interne un espace vide qu'on remplit d'huile tiède par les tubes E et F. Ou place alors le rein préalablement isolé dans l'oncomètre de façon que les vaisseaux sortent par le tube L quand les deux valves sont rapprochées et l'oncomètre fermé. Les tubes F et E (partie étroite) sont bouchés. Le rein se trouve donc entouré médiatement d'une couche d'huile et chaque variation de volume du rein se traduit par une ascension ou une descente de l'huile dans le tube lar^-e E. Pour enregistrer ces variations, Roy se sert de Voncographe (fig. 258, 3). La ch.'unbre M de l'oncographe est remplie d'huile et communique par le tube K avec le tube E (partie large) de l'oncomètre. Un piston léger, D, flotte sur l'huile et une membrane mince, E, rattachant les bords du piston aux parois de la chambre à huile empêche l'issue de l'huile tout en permettant les mouvements du piston. Le piston est rattaché par une tige articulée, G, à un levier inscripteur, IL Chaque augmentation de volume du rein se traduit par un refoulement de l'huile dans la chambre M, un soulèvement du piston et une ascension du levier inscripteur. On obtient ainsi une courbe tout à fait analogue à la courbe de la pression sanguine (voir : Mécanique circulatoire).
[') 1. Oiicomètre ouvert ut vide (7/10° euvii-ou de la giMiuleur naturelle). — A, capsule externe avec ses «leux valves. — B, capsule interne. — C, vis. — D, crochet. — 15, canule double. — l,, conduit formé de deux gouttières appartenant à chaque valve.
2. Coupe de l'oncomélre. — !*', tube de remplissage. — G, rein. — II, membrane entourant le rein.
K, vaisseaux et nerfs du rein.
3. Oncor/mpAe ('</ 10" environ de la grandeur naturelle). — A, réservoir e\tériour de l'oncograplie. — C, vis. — D, piston. — E, membrane mince reliant les bords du piston au.v parois de la cavité M. — F, F', guides pour la marche du pistou. — G, tige articulée. — H, levier inscripteur. — K, tube rattaché au tube E de l'on- • omètre. — L, tube de remplissage. — M. rlvimbre remplie d'huile. — N, anneau de la ehamlïre à huile.
iSO LIVRE QUATRIÈME. — PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.
La connaissance anatomique du rein est indispensable pour comprendre la physiologie de la sécrétion urinaire (1). Deux choses surtout sont importantes à connaître : la disposition des conduits sécréteurs et la circulation glandulaire.
Les conduits uriniféres, dont la longueur est d'environ O'",0o2 (Schweigger- Seidel) commencent aux corpuscules de Malpighi, s'infléchissent {canaux contournés), puis envoient dans la substance médullaire une anse {anse d'Henle) qui remonte ensuite dans la substance corticale; là ils s'infléchissent de nouveau {canaux d'union) pour se jeter dans les canaux droits et aboutir enfin à la papille rénale par le con«/ papillaire. Les caractères de l'épithélium varient dans les divers points de ces conduits. Dans les corpuscules de Malpighi, l'épithélium est pavimenteux; il est granuleux et d'aspect glandulaire dans les canaux contournés, la branche ascendante plus large de l'anse d'Henle et dans les canaux d'union, et son protoplasma se divise en fibrilles parallèles {bâtonnets d'Heidenhain) qui donnent à cet épithélium un aspect particulier; il est clair et transparent au contraire dans les canaux, droits et dans la partie descendante étroite de l'anse d'Henle.
La circulation rénale présente plusieurs particularités importantes au point de vue de la sécrétion urinaire. En premier lieu le vaisseau efférent du glomérule de Mal])ighi constitue, comme l'a montré Bowman, un petit vaisseau pointe (2) intermédiaire entre le réseau capillaire du glomérule et le réseau capillaire général du rein qui entoure les canaux uriniféres. Ce vaisseau etférent, qui a la structure et la signification d'une artère, est d'un calibre inférieur au calibre du vaisseau afférent. Il en résulte ce fail, très important pour le mécanisme de la sécrétion, que la 2}>'essioJi dans le glomérule est plus forte que dans les capillaires généraux^ tandis qu'elle est plus faible dans les capillaires qui entourent les canalicules. En outre, la plus grande partie des capillaires de la substance médullaire et une partie de ceux de l'écorce reçoivent le sang directement des branches de l'artère rénale {artérioles droites) et sans qu'il passe par les glomérules, de sorte que les variations de calibre de ces artérioles peuvent influencer la quantité de sang qui passe par les glomérules. La situation des deux vaisseaux, afférent et eftérent, influe aussi sur la circulation des glomérules; le vaisseau efférent naît du centre du glomérule tandis que les capillaires provenant du vaisseau afférent sont situés à la périphérie ; aussi une augmentation de pression dans le vaisseau afïérent favorise la circulation dans la partie centrale du glomérule et l'écoulement du sang par le glomérule tandis qu'une augmentation de pression dans le vaisseau efférent comprime les vaisseaux périphériques et entrave la circulation du glomérule. Enfin, d'après les recherches de Ludwig, les canalicules ne sont pas en rapport immédiat avec les capillaires, sauf au niveau du glomérule, mais plongent dans les espaces lymphatiques qui occupent le tissu connectif interstitiel ; la réplétion de ces espaces peut aussi comprimer les vaisseaux et les canalicules uriniféres.
Quand la pression sanguine (artérielle) augmente, la pression et la vitesse du sang augmentent dans les glomérules en proportion beaucoup plus forte que dans les capillaires qui entourent les canalicules. Au contraire, quand la circulation veineuse est entravée, c'est surtout sur les capillaires des canalicules que se fait sentir l'augmentation de pression qui en résulte; cependant, même dans ce cas, il y a toujours, contrairement à l'opinion de Runenberg, augmentation de pression dans les glomérules. La disposition fasciculée des vaisseaux droits et des
(1) Voir la figure demi-schématique des Nouveaux éléments d'anatomie de Beaunis et Bouchard; 4* i-dit.: p. 803, fig. 302.
(2) On appelle vaisseau porte un vaisseau intermédiaire entre deux réseaux capillaires, comme la veine porte proprement dite.
PHYSIOLOGIE DE Lk NUTRITION. 181
canalicules uriiiifères clans la couclic limitante intermédiaire à l'écorce et à la substance médullaire, fait que la réplélion des vaisseaux amène une compression des canalicules et la réplélion des canalicules une compression des vaisseaux.
La quantité de sa7ig du rein est assez considérable. Ilanke, sur le lapin, a trouve 2 p. iOO de la totalité du sang ou 10 p. 100 du poids du rein. Quant à la quantité de sang qui traverse les reins en vingt-quatre heures, elle est à peu près impossible il évaluer d'une façon précise; cependant on peut l'évaluer approximativement a 130 kilogrammes (voir : Circulation). Valentin, Hrown-Séquard et surtout Poiseuille ont donné des chilïres beaucoup plus forts.
11 est intéressant de comparer la composition de l'urine, du plasma sangum et du sérum lymphatique; c'est ce que donne le tableau suivant (pour 1000 parties):