Sécrétion du lait
Les J^landes mammaires sont des glandes en grappe. Hors l'étal de lactation, les culs-de-sac sécréteurs sont tapissés par des cellules polygonales ordinaires; mais pendant la lactation, ces cellules subissent des modifications anatotniques qui ont été étudiées récemment par Partscli et Heidenhain sur la chienne. A ce point de vue, il faut distinguer l'état de la glande pendant la sécrétion du colostrum et pendant celle du lait.
Sécrétion du colostrum. — Un certain nombre de cellules glandulaires deviennent sphériques, volumineuses, plus transparentes; leur noyau se rapproche de la périphérie de la cellule; c'est de ces cellules que proviendraient les globules de colostrum. Rauber, au contraire, les fait provenir de globules blancs qui auraient pénétré par migration dans les alvéoles et auraient subi la dégénérescence graisseuse, opinion déjà émise par Robin.
Sécrétion du lait. — Les cellules glandulaires deviennent plus claires, volumineuses, cylindriques; leurs noyaux se multiplient et on voit apparaître dans leur intérieur des gouttelettes de graisse qui font souvent saillie du côté de la lumière de l'alvéole glandulaire; bientôt toute la partie saillante du protoplasma cellulaire tombe avec le globule graisseux qu'il entoure, le protoplasma se dissoul dans le
liquide sécrété, et le globule grais- ^ seux devient libre, restant encore
o "..^-^, quelquefois entouré de fragments de
îP.'.vO»! protoplasma. En môme temps que
la partie superficielle de la cellule prend ainsi part à la sécrétion, sa partie profonde se régénérerait, de sorte qu'il y aurait aux deux pôles de la cellule glandulaire un 'proces-
Fig. 2G7. - Glan>/e mammaire pendant la ^us nutritif inverse. Cette Iransforlactation ['). mation sécréloire et cette régénéra-
tion sont activées par la succion du nouveau-né. On voit que cette opinion s'écarle de l'opinion ancienne qui assimilait la sécrétion lactée à la sécrétion sébacée (Voir Sécrétion sébacée). D'après cette dernière théorie, les cellules les plus profondes des culs-de-sac sécréteurs s'infiltreraient de gouttelettes graisseuses, tandis que dans la lumière des conduits excréteurs les globules graisseux seraient en liberté. Les cellules infiltrées de graisse se détruiraient en mettant en liberté la graisse et seraient remplacées par de nouvelles cellules; il y aurait à la fois dégénérescence graisseuse et desquamation épilhéliale.
Origine des principes du lait. — 1° Formation de la graisse. Les recherches anatomiques mentionnées plus haut ont montré que la graisse paraît dans les cellules glandulaires qui l'expulsent danslacavité de l'alvéole. 11 semble donc qu'on soit en droit de conclure que cette graisse est un produit de transformation du protoplasma glandulaire. On a vu, en effet, qu'une alimentation azotée augmente
ûber den Fetigehalt der Frauenmilch (Zcit. fur Biol., t. IX, 18T?5). — De Sinéty : Recli. sur les globules du lait (Arch. de physiol., 1874). — Ph. Biedert : Neue Uni. und klin. Beob. liber Menschen und Kiihmilch (Arch. de Virchow, 1874). — Hammarsten : Om Lacloprotein (Nordiskt med. Ark., t. VIII, 1876).
(*) A. Lobule glandulaire. — B. Globules de lait. — C. colostrum : a, ccllulo à granules graisseux bien nets ; b, la même dont le noyau disparaît. — Grossis. 280 (Virchow).
PHYSIOLOGIE DE LA NUTRITION. 209 les matières grasses du lait, et il est bien prouvé aujourd'hui que le lait peut contenir plus de graisse que l'alimentation n'en introduit dans l'organisme (Kemmerich). D'autre part, Hoppe-Seyler et Blondeau ont constaté dans le lait sorti de la glande ainsi que dans le fromage une formation de graisse aux dépens de la caséine ; il est vrai que, dans ce cas, il ne s'agirait pas, d'après Kemmerich, d'un processus physiologique, mais d'une fermentation produite par des champignons microscopiques. D'ailleurs ces résultats ont été contredits par Brassier et Duclaux. Cependant, en admettant cette transformation d'aibuminates en graisse dans la glande, que deviennent les principes azotés qui résullent de ce dédoublement? Il est probable alors qu'ils seraient résorbés, car on ne les retrouve plus dans le lait ou en trop petite quantité (urée, matières extractives). La graisse de l'alimentation ne paraît pas, d'après cela, contribuer à la formation de la graisse du lait, et on a vu, en effet, qu'une alimentation riche en graisse fait plutôt baisser la quantité de beurre. Cependant il y aurait quelques réserves à faire sur ce point, au moins chez les herbivores; d'après les recherches de Voit, toute la graisse du lait ne peut être formée dans la glande elle-même, et on est forcé d'admettre qu'une partie provient des graisses du sang, quelle que soit du reste la provenance de ces graisses (Voir aussi sur ce sujet : Chimie physiologique, t. P', p. 101 et suiv.).
20 Formation de la caséine. — La caséine provient évidemment de l'albumine. Dans le colostrum il y a fort peu de caséine dans les premiers jours et une forte proportion d'albumine; puis, à mesure que le lait acquiert ses caractères définitifs, on voit la proportion de caséine augmenter pendant que l'albumine diminue pour disparaître presque complètement. Celte transformation de l'albumine en caséine se fait même dans le lait sorti de la glande, comme l'a constaté Kemmerich, et serait due à un ferment isolé par Dâhnhardt. En faisant digérer de l'albumine avec du carbonate de soude et de la glande mammaire fraîche de cobaye, il a obtenu une substance analogue à la caséine. Dans cette transformation de l'albumine en caséine, l'albumine perd son soufre, qui, contrairement à l'assertion généralement admise, se retrouve dans le lait, et, si l'on admet les résultats d'Hammarsten, cette albumine désulfatée (caséine soluble) s'unirait à une substance dérivée du protoplasma cellulaire et contenant de la nucléine (caséine insoluble) pour constituer la caséine du lait.
3° Sucre de lait. — Le sucre de lait se forme certainement dans la glande mammaire sans qu'on sache d'une façon précise s'il se forme aux dépens du glucose du sang ou des albuminoïdes. Cette question a du reste été déjà étudiée, dans la Chimie phijsiologique, p. 130.
Innervation de la glande mammaire. — L'influence de l'innervation est démontrée par les rapports des glandes mammaires avec les organes génitaux, par l'action des émotions morales sur la sécrétion et la composition du lait, par la suractivité imprimée à la sécrétion par la traite ou la succion du nouveau-né; niais les expériences physiologiques n'ont donné que des résultats incertains. Eckhard, par la section du nerf spermatique externe qui se rend au pis de la chèvre, n'a vu survenir aucune modification de la sécrétion, et de Sinéty, sur le cobaye, est arrivé au même résultat. Cependant Rohrig a constaté une influence réelle de l'innervation sur la sécrétion mammaire. Chez la chèvre le nerf spermatique externe fournit au pis trois espèces de rameaux : 1° des filets aux vaisseaux; 2° un filet au mamelon, rameau papillaire; 3" un ou deux filets à la substance glandulaire, rameaux glandulaires. La section du rameau papillaire relûche le mamelon sans modifier la sécrétion; l'excitation de son bout périphérique érige le mamelon, celle du bout central augmente la sécrétion par action réflexe. La section des Beaunis. — Physiologie, 3c édition. II. — 14
nerfs glandulaires ralentit la sécrétion qui s'accélère par leur excitation. La seclion des rameaux vasculaires augmente la sécrétion d'une façon considérable, leur excitation périphérique l'arrête. Pour lui il y a un rapport intime entre la sécrétion et la pression sanguine, et il ne croit pas qu'il y ait de nerfs sécréteurs proprement dits; il n'admet que des nerfs moteurs agissant soit sur les fibres lisses du mamelon, soit sur celles des conduits, des nerfs excito-réflexes et des vaso-moteurs. Laffont, dans ses expériences sur la chienne, a vu l'excitation périphérique du nerf mammaire augmenter notablement la sécrétion du mamelon correspondant et croit à l'existence de nerfs sécréteurs et vaso-dilatateurs.
L'application de courants induits sur la mamelle peut augmenter et même faire reparaître la sécrétion du lait (Becquerel, Auber). Le jaborandi accroît aussi la sécrétion lactée. La pilocarpine et l'atropine la diminueraient, d'après Hammerbacher.
L'excrétion du lait se fait sous l'influence de la succion exercée par le nouveauné, aidée par la contraction des fibres lisses des conduits excréteurs.
Bibliogfraphie. — Lehmann : Deitr. zur Physiol. der M'dchhildung (Landwirthsch. Versuchsstat., t. XXXIII, 1887). — A. Muistz : Sur l'existence des éléments du sucre de lait dans les plantes (Auu. de ch. et de physique, t. X, 1887) (1).
Article V. — Sécrétion sébacée.
La matière sébacée est une matière huileuse, semi-liquide qui, à l'air, se solidifie en une sorte de masse graisseuse blanche. Au microscope, on y trouve des cellules adipeuses, de la graisse libre, des lamelles épithéliales et quelquefois des cristaux de cholestérine.
La matière sébacée contient de l'eau, une matière albuminoïde analogue à la caséine, de la graisse (30 p. 100) qui consiste surtout en palmitine et oléine, des savons (palmitates et oléates alcalins), de la cholestérine, des sels inorganiques, chlorures et phosphates alcalins, et surtout des phosphates terreux.
Le cérumen, sécrété par les glandes cérumineuses du conduit auditif externe, est une substance onctueuse, jaunâtre, amère, constituée principalement par des gouttelettes graisseuses, mélangées à des lamelles épidermiques et à des cellules adipeuses. 11 contient chez l'homme, d'après Pétrequin et Chevalier, pour 1000 parties : eau, 100 ; matières grasses, 260; corps solubles dans l'eau, 140; corps solubles dans l'alcool, 380; corps insolubles, 120.
La matière sébacée lubrifie les cheveux et les rend moins hygroscopiques ; elle a la même action sur l'épiderme et le rend imperméable à l'eau.
La matière sébacée est sécrétée par les glandes du même nom. Ces glandes sont annexées aux poils, sauf en quelques régions (face interne du prépuce et couronne du gland, vestibules et petites lèvres) et existent sur toute la surface du corps, à l'exception de la paume des mains, de la plante des pieds, du dos des troisièmes phalanges et du gland. Ces glandes, construites sur le type un
(1) A consulter : Eckhard : Beitr. zur Anat., 18ô5. — A. Rôhrig : Exper. Uni. uher die Physiologie der Milchabsonderung (Arch. de Yirchow, t. LXVII, 187G). — Eckhard : Beitr. zur Anat., 1877. — Partsch : Breslauer àrzt. Zeit., 1879. — De Sinéty : De l'innervation delà mamelle [GidiZ. méd., 1879). — Laffont: llech. sur la sécrétion et l'innervation vaso-ynotrice de lamumelle (Gaz. méd., 1879). — C. Partsch : Ueher den feineren Bau der Milchdriise, 1880.
peu modifié des glandes en grappe, produisent la matière sébacée par le mécanisme qui a été décrit pour la glande mammaire. Les cellules profondes des culs-desac sécréteurs s'infiltrent de graisse; ces granulations graisseuses augmentent peu à peu de volume, se réunissent en gouttelettes; les cellules se détachent alors de la membrane propre et sont refoulées par les cellules nouvellement formées ; plus on se rapproche de l'embouchure du canal excréteur, plus les gouttelettes graisseuses deviennent volumineuses; la membrane et le noyau finissent par disparaître, et la sécrétion ne consiste plus alors qu'en une matière grasse mélangée de détritus épilhéliaux. Il y a donc à la fois dans cette sécrétion transformation graisseuse du protoplasma cellulaire et desquamation épithéliale.
Article YI. — Sécrétion du mucus.
Abstraction faite des produits de sécrétion spéciaux qui proviennent des glandes qui s'ouvrent à leur surface, toutes les muqueuses sécrètentun liquide filant, auquel on a donné le nom de mucus.
Ce mucus est ordinairement sécrété en très petite quantité à l'état normal, mais il peut devenir très abondant à l'état pathologique, par exemple dans les catarrhes.
Le mucus est un liquide transparent, incolore (à moins qu'il ne soit troublé par des débris épithéliaux) plus ou moins consistant, mais présentant habituellement une certaine viscosité. Sa réaction est en général alcaline.
Le mucus renferme delà mucine, de l'albumine, un peu de graisse, des matières extractives et des sels consistant surtout en chlorures alcalins et phosphates terreux. Au microscope on y trouve des cellules épithéliales ou des débris de ces cellules et des globules, globules de mucus, ressemblant tout à fait aux globules blancs du sang et de la lymphe.
La mucine a été étudiée dans la Chimie physiologique, page 179 (1).
L'origine et le mode de formation du mucus sont encore à l'étude et ne sont pas encore parfaitement connus. Cependant il semble que le-jnucus puisse se produire de trois façons différentes : 1° il s'en forme