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ABSORPTIONS LOCALES

Les conditions générales de l'absorption ont été étudiées tome I, p. 691 et suivantes, et la part des membranes connectives et des épithéliums dans ce phénomène a été indiquée dans les chapitres spéciaux consacrés à ces deux tissus (pages 477 et 496). Ici il ne s'agira que des absorptions locales, et comme les plus importantes au point du vue physiologique ont été étudiées dans les chapitres de la digestion (Voir : Absorption alimentaire et Absorption sécréloire) et de la respiration, il sufïïra de quelques mots pour les passer en revue.

1° Absorption cutanée. — Il faut distinguer, dans la question de l'absorption cutanée, l'absorption des gaz, celle des liquides et celle des solides.

L'absorption des gaz et des substances volatiles par la peau est incontestable. On peut empoisonner un animal en le plongeant jusqu'au cou dans une atmosphère d'hydrogène sulfuré, si on prend soin que le gaz ne puisse pénétrer par les voies pulmonaires. Bichal avait déjà sur lui-même observé l'absorption de gaz putrides par la peau. Carpenter, dans sa Physiologie, cite des augmentations de poids constatées sur des jockeys soumis à l'entraînement après un séjour dans une atmosphère saturée d'humidité. La voie d'absorption des gaz par la peau est encore incertaine (surface cpidermique, glandes sudoripares ?). L'absorption a lieu aussi

PHYSIOLOGIE DE LA NUTRITION. 213 quand les liquides (eau, alcool) sont à l'état de pulvérisation. Val Julil a constaté ainsi l'absorption par la peau du tannin, de l'iodure de potassium, etc., en solution pulvérisée.

I/absorption des liquides et des substances dissoutes est beaucoup plus controversée. Pour Feau et les solutions aqueuses, deux causes principales s'opposent à l'absorption : l" la matière sébacée qui recouvre la peau empêche l'eau de pénétrer dans l'épaisseur de l'épiderme ; ainsi, dans un bain, voit-on les gouttes d'eau glisser sur la peau sans la mouiller, comme sur un vernis, si on n'a pas préalablement enlevé cette couche sébacée; 2^ l'imbibilion de l'épiderme se fait avec une très grande lenteur, même sur les parties dépourvues de glandes sébacées (paume des mains, plante des pie<3s, etc.), et cette imbibition est la première condition de l'absorption. Aussi, l'absorption de l'eau et des substances dissoutes dans l'eau ne se fait-elle qu'en très petite quantité et seulement par les régions dépourvues de matière sébacée, à moins que des lavages réitérés, des solutions alcalines, ou des dissolvants appropriés (alcool, élher, chloroforme), n'aient enlevé cette matière grasse ou qu'elle n'ait disparu avec la couche épidermique superficielle, à l'aide de frictions énergiques. Les recherches de Parisot, Deschamps, Delore, Oré, et de beaucoup d'autres expérimentateurs, prouvent qu'il ne faut pas compter d'une façon régulière sur l'absorption des substances contenues dans les bains médicamenteux, à moins que la peau ne présente des solutions de continuité.

La pénétration des substances solide? a été constatée pour certaines substances; par exemple, après les applications de pommade mercurielle, on retrouve les globules de mercure, en partie transformés en sublimé, dans les follicules pileux et dans les glandes sébacées et sudori pares (Neumann), et dans les couches épidermiques. Cette pénétration est favorisée par les actions mécaniques, comme le frottement.

Quand la peau a été dépouillée de sa couche épidermique cornée, l'absorption se fait au contraire avec une très grande rapidité {méthode endermique).

2° Absorption par le tube digestif. — L'eau, les substances en dissolution dans l'eau, l'alcool, etc., sont absorbés dans toute l'étendue du tube digestif. Seulement la rapidité de l'absorption varie suivant les substances et suivant les régions. L'intestin grêle et le gros intestin paraissent absorber en général plus facilement que l'estomac; et même, d'après quelques physiologistes, l'estomac chez certaines espèces animales, le cheval par exemple, serait réfractaire à l'absorption (Colin); on sait que l'eau ingérée séjourne très longtemps dans la panse du chameau. Du reste, la lenteur de l'absorption peut, dans quelques cas, donner le change et faire supposer une non-absorption; ainsi on avait cru d'abord que le curare n'était pas absorbé par l'estomac; il l'est cependant, mais avec assez de lenteur pour que les symptômes de l'empoisonnement ne se produisent pas, le poison étant éliminé au fur et à mesure par les urines; mais si on empêche cette élimination par l'extirpation des reins, l'intoxication se produit (Cl. Bernard, Hermann). Les virus et les venins ne paraissent pas être absorbés par la muqueuse digestive; aussi peut-on impunément, si l'épiderme buccal est intact, sucer la plaie faite parla morsure d'une vipère ou d'un chien enragé.

La pénétration de substances solides (globules sanguins, grains d'amidon, matières colorantes, etc.) par l'intestin dans les chylileres et dans les capillaires

sanguins a été très agitée dans ces dernières années, mais les expériences, quelque nombreuses qu'elles soient, n'ont pas encore donné des résultats précis, et je me ntenterai de les mentionner ici (Voir : Digestion).

3° Absorption pulmonaire. — Les gaz et les substances volatiles sont absorbés

avec la plus grande rapidité par les voies aériennes, et cette absorption n'est guère moins rapide pour l'eau et pour les substances dissoutes dans l'eau. On peut en injecter jusqu'à 40 grammes et plus dans la trachée d'un lapin sans déterminer d'accidents graves, et, dans un cas, il a fallu injecter 40 litres d'eau dans la trachée d'un cheval pour parvenir à l'asphyxier.

Les substances solides peuvent pénétrer aussi dans les poumons et se retrouver jusque dans les ganglions bronchiques (charbon, silice).

La muqueuse oculaire absorbe aussi avec une très grande rapidité les substances dissoutes (Gosselin).

4° Absorption vésicale. — L'absorption vésicale a été admise par presque tous les physiologistes, et on en voyait un exemple dans la concentration de l'urine dans la vessie; Kùss au contraire, en se basant sur ses expériences, répétées sous sa direction par Susini, conclut à l'imperméabilité absolue de l'épithélium vésical. Ces conclusions sont loin d'être acceptées par tous les auteurs, et elles ne pourront l'être que quand les expériences auront été multipliées. Treskin, au contraire, a fait des recherches qui tendraient à démontrer une absorption d'urée dans la vessie pendant le séjour de l'urine dans cet organe. Un certain nombre d'auteurs récents admettent au contraire une résorption par la vessie (Cazeneuve et Lépine, urée et acide phosphorique ; Maas et Pinner, ferrocyanure de potassium, atropine, etc.; Ashdown, iodure de potassium, substances toxiques, etc.). Pour la muqueuse vaginale, l'absorption ne présente pas de doute-*

5° Absorption glandulaire. — Cl. Bernard a montré que les conduits excréteurs des glandes absorbaient facilement les substances toxiques et médicamenteuses, principalement quand les glandes étaient à l'étal de repos (Voir : Sécrétio7is).

6° Absorption par les séreuses. — Les séreuses absorbent avec facilité comme le prouvent les expériences physiologiques et les faits pathologiques. Cette absorption est favorisée par les conditions mécaniques dans lesquelles se trouvent ces membranes : ainsi, dans la plèvre, l'absorption est favorisée par l'inspiration (Dybkowski), dans le péritoine par l'expiration (Ludwig et Schweigger-Seidel).

Le passage de particules solides de la cavité des séreuses dans les lymphatiques a été démontré par Recklinghausen et confirmé par la plupart des expérimentateurs, pour la séreuse péritonéale. Cette pénétration se ferait par des ouvertures (stomates) placées entre les cellules endothéliales du péritoine qui recouvre le centre phrénique.

70 Absorption par le tissu cellulaire. — Le tissu cellulaire absorbe avec une très grande rapidité l'eau et les solutions aqueuses; il vient, comme vitesse d'absorption, après la muqueuse respiratoire. Aussi cette propriété est-elle utilisée fréquemment en médecine dans les injections dites sous-cutanées, lorsqu'on a besoin de faire pénétrer très rapidement un médicament dans le sang.

Alisorption ciilanée. — R. Fleischer : Ztir Frage des Hauiresorpt'ion (Arch. de Virchow, t. CXXIX, 1880). — Ciiampouillon : Sur l'absorption des eaux minérales par la surface cutanée (C. rendus, t. XC, 1888). — G. HuFiSEU : Ueber die JJndurchlàssigkeit der menschlichen Haut filr Liisungen von Lithionsalze (Zeit. f. phys. Ch., t. IV, 1880). — A. RiTTER : Ueber die Resorptionsfdhigkeit der normalen menschlichen Haut (Deut. Arch. fur kl. Mcd , t. XXV, 1883). — V. Juhl : Unters. iiber das Absorptionsvermôgen der menschlichen Haut fUr zerstâubte Flussigkeiten (Deut. Archiv fOr kl. Med., t. XXXV, 1884). — N. A. Randolpii : A note on the culaneous absorption of salicylic acid (Labor. of Univ. of Pensylv., 1885). — Id. : Cutaneous absorption of nicotine (id.) (I).

Absorption vt'sicale. — R. Fleischer et L. Rrinkmann : IJeber das ResorptionsvermQgen der normalen menschlichen Blasenschleimhaut (D. med. Wochensch., 1880). — H. Maas

(1) A consulter : L. Parisot : C. rendus, 18G3. — Barthélémy : De l'absorption cutanée, Th. de Strasbourg, 18Gi.

et 0. PiiSNER : Ueber die Resorptionsverhâltnisse der Blasen-und Harnrôhrensc/ileimhaiU (Chir. Cbl., 1880 et D. Zeitsch. f. Chir., t. XIV, 1881). — P. Cazeneuve et R. Lkpine : Sur l'absorption par la muq. vésicule {C. rendus, t. XCIII, 1881). — H. Asiidown : On absorption from the mucous membrane of the urinary bladder (Journ. of anat., t. XXI, 1887) (1).

Autres absorptions locales. — W. Hack : Ueber das Resorptionsvennôgen granulirenden Flachen (Deut. Zeit. fur Chir., t. XII, 1870). — R. Dubac et Cii. Rkmy : Sur Vabsorplion par le péritoine (Journ. de l'Anat., 1882). — A. Marfucci : Sull' assorbimento del peritoneo (Giorn. intcrn. d. se. raed. di Napoli, 1882). — A. Spina : Ueber Résorption, etc., 1882. — E. Peiper : Ueber die Résorption durch die Lungen (Zeit. fur kl. Med., t. VIII, 1884).

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