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MOUVEMENT DU CHYLE ET DE LA LYMPHE

de rintestin ne sont, on le sait, que des alvéoles lymphatiques. Les cellules glandulaires qu'on trouve dans ces alvéoles sont, sans aucun doute, les cellulesmères des globules lymphatiques , qui eux-mêmes se multiplient dans le chyle et la lymphe par segmentation.

D'après G. Schmidt, comme nous Tavons vu au précédent paragraphe , la moitié à peu près du chyle qui passe dans le canal thoracique doit être considérée comme de la lymphe provenant du sang. Puisque les 6,13 kil. pour un kilogr^ du poids du corps que donne le contenu du canal thoracique chez le cheval doivent se décomposer eu tout au plus 3,4 de chyle et 2,73 de lymphe , et que d'autre part nous admettons que les substances minérales du sérum passent sans modification par la transsudation, il est très-aisé de calculer la quantité de sang nécessaire pour fournir les 2,73 de lymphe. Il en faut 5,67 kil., qui eux-mêmes se divisent en 2,73 kil. de lymphe fdtrée et 2,94 kil. de globules sanguins qui restent dans le sang avec Texcédant du sérum (>). A ce fait se rattache la question de savoir si les substances qui formeront la fibrine filtrent directement du sang, ou si elles se forment dans les ganglions aux dépens des autres albuminoïdes. Toujours est-il que ce n'est qu'après son passage à travers les ganglions que le chyle contient une certainç qpiantité de fibrine. Ludwig et Tomsa expérimentèrent sur le sérum défibriné, et virent qu'il s'écoule hors des vaisseaux lymphatiques d'un animal mort à peu près avec la même vitesse que la lymphe sous une même pression. Le sérum employé contenait 6,77 à 6,26 p. 100 de matières solides, le liquide qui filtrait contenait de 6.12 à 4,36 p. 100. Ces diiffres sont en général un peu supérieurs à ceux que l'on obtient en moyenne pour la lymphe dont les matières solides varient environ de 3 à 6 p. 100 {^),

D'après les idées de Mûller et de Kôlliker, on admit autrefois que les globules de la lymphe naissent par formation cellulaire libre. Brûcke, le premier, envisagea les ganglions lymphatiques comme les seuls lieux d'origine de ces globules, en s'appuyant sur leur nombre beaucoup plus grand dans le chyle après son passage à traders les ganglions mésentériques. Les globules que l'on trouve en deçà de ces gansions, il les attribue aux follicules de Peyer. Brûcke observa que dans les cas d'alimentation dépouillée de substances grasses, le chyle qui était tout à fait translucide, **«venait, au contraire, opaque, en raison des globules qui s'y étaient accumulés, ^^tenant que tout le monde a abandonné l'idée de la formation libre de ces glo- *Oies, personne ne doute plus qu'ils ne dérivent de cellules-mères situées dans ^* iranglions. Kôlliker observa leur multiplication par segmentation (•**).

§ 10S. — Mouvement du chyle et de la lymphe.

Lo chyle et la lymphe sont soumis dans leurs vaisseaux à un mouvement

continu qui se fait des radicules vers les troncs, mouvement en vertu duquel

^^ liquides se déversent dans le système veineux. La vitesse de ce mouvc-

"^ei\t est très-faible ; d'après Weiss elle n'atteint , chez de jeunes chevaux ,

dans la grande veine lymphatique que 230 à 237 millimètres à la minute ; ce

4^ii prouve que la pression en vertu de laquelle s'opère ce mouvement est

( ) C\ Hchmidt , hc. cU.

(^) LucJwig et Tomsa , Sitzungaberlchte (1er Wiener Alademi^ , t. XLVL 'V ii. MiUler, ZeiUchrift /. rat'uyii, Jledizin, t. 111. — Kollikor, ibid., t. IV ; ot Ma-roé- "^cJie Anataniie, t II, p. 2. - Brûcke, »Sitzuw/iberidUe d. ^'ieiier Akademie, t IX.

elle-mèiiie peu considérable. Weiss trouva dans la veine lymphatique du che\'al (jue la pression latérale fait équilibre à une colonne de solution de carbonate de soude de 10 à 20 inHlimètres de haut et de 1,08 de densité. Les expériences de Holl et de Weiss concordent et donnent une pression latérale dans la veine lymphatique du chien égale à 5-20 millimètres de la même solution. Chez le cheval , d'après les mêmes expérimentateurs , la pression dans le canal thoracique = 12 millimètres de mercure , en moyenne.

La force en vertu de laquelle le chyle et la lymphe se meuvent réside dans les origines périphériques des systèmes chylifère et lymphatique. Si l'on vient à comprimer un vaisseau de cette espèce, il se videra vers les troncs, tandis que son extrémité périphérique se dilatera. La cause de la force motrice n'est pas la môme pour le chyle et pour la lymphe. Pour le premier, ce n'est que la contraction des villosités qui peut produire la force motrice. La villosité, en se contractant, force le contenu de son chylifèré central à passer dans le vaisseau qui y fait suite , d'où il résulte une pression sur le chyle que renferme ce dernier, et un mouvement de ce liquide vers les vaisseaux phis centraux. Quand la, contraction de la villosité vient à cesser, le chyle ne saurait retourner vers le chylifèré situé au centre do celle-ci, en raison des valvules qui se trouvent dans l'intérieur des vaisseaux chylifères , et la villosité ne peut se remplir que par l'intestin.

Quant à la lymphe, c'est d'après le même mode qu'elle pénètre dans les lacunes des tissus, origine des vaisseaux lymphatiques; c'est la pression exercée par le sang pour sa fîltration qui est la cause première du mouvement. Dès que la pression sanguine augmente , à la suite de ligatures veineuses par exemple, on voit augmenter le courant lymphatique. La pression sanguine peut, à la vérité, faire transsuder la lymphe, mais une fois le liquide transsudé elle ne saurait plus agir sur lui au travers des pores si fins qui servent à cette fîltration. La pression en vertu de laquelle la lymphe se meut ne saurait donc dépendre que des parois des lacunes de tissu dans lesquelles clic s'accumule. L'élasticité de ces parois détermine une pression d'autant plus grande que la distension par la lymphe est plus forte.' Une pression extérieure agissarft sur ces parois peut aussi vider ces espaces lacunaires périphériques. Or c'est ce qui arrive quand les muscles se contractent : ils compriment les radicules lymphatiques, et le liquide ne peut rétrogradera cause des valvules. Les contractions musculaires énergiques déterminent une augmentation du courant lymphatique de la partie mise en mouvement par ces muscles. Il est clair que la quantité totale de la pression diminue constamment à mesure qu'on se rapproche du canal tlioracique; mais dans chaque vaisseau pris en particulier la pression augmente , puisqu'un grand nombre de petits vaisseaux se réunissent pour n'en former qu'un ; aussi est-ce dans le canal tlioracique que la pression, tout a\issi bien que la vitesse de la lymphe, sont les plus considérables. Les mouvements respiratoires activent encore le cours du liquide dans le canal tlioracique. Dans l'inspiration , la pression diminue dans ce canal et ses parois s'affaissent, car le chyle se déverse dans la veine cave ; dans l'expiration , la pression augmente au contraire , les parois du canal se distendent, la compression de la cage thoracique tend , en effet,»

MOUVEMENT DU CllYLE ET DE LA LYM14IE. «KK)

e refluer le chyle au dehors de cette cavité ; mais les valvules s'opposent à •eflux et le canal thoracique ne peut se vider. En général , les mouvements la respiration produisent une aspiration du chyle et de la lymphe vers les les ; aussi l'accélération des mouvements respiratoires augmente-t-elie la ssion moyenne dans le canal thoracique.

udwig , Krause et Tomsa ont signalé l'influence que les variations de la pression juine exercent sur le cours de la lymphe. Pour augmenter la pression artérielle, eurent recours aux ligatures veineuses et à la section du sympathique au cou. le premier moyen, ils virent toujours le cours de la lymphe s'accélérer; par section du sympathique, au contraire, ils n'ohtinrent ce résultat que dans Iques cas. Ils lièrent les deux carotides au cou pour diminuer la pression sanae, mais le courant lymphatique ne diminua pas sensiblement. Cette expérience , .vérité, n'était pas à Tabri de toute critique, en raison de la circulation collatéi qui pouvait s'établir. Dans des recherches plus récentes , entreprises en commun c Einbrodt et Tomsa , Ludwig lit pénétrer un cathéter dans la jugulaire d'un 3n, et porta à Taide de ce cathéter une vessie dans Toreillette droite; cette vessie gonflée, et, comme elle remplissait complètement l'oreillette;- elle empêchait itrée du sang dans le ventricule droit. Le sang s'accumulait donc ainsi dans les 8868 veines, tandis que les artères n'en recevaient plus. La pression dans les caides baissa aussitôt , et en même temps le courant lymphatique s'arrêta ou dimii considéi'ablement. L'expérience de Tomsa , citée au § 102 , prouve au reste l'inmce qu'exerce la pression sanguine sur la circulation lymphatique; on sait (|u'il ictades liquides dans les vaisseaux sanguins d'un cadavre et qu'il vit un écoulement produire par les lymphatiques. Déjà Ludwig et lloll avaient constaté l'influence des UTements musculaires et d'une pression exténeure sur les lacunes lymphatiques iphériques. Krause démontra plus tard qu'en excitant la muqueuse buccale par trijumeau , ou en excitant le facial mis à découvert et en continuant l'excitation qu'à production de crampes dans les muscles de la face, on obtient une accéléion dans le coui*s de la lymphe. Ce fait fit penser à Donders que le système nertt avait peut-être une action directe sur la production de la lymphe, analogue à le qui agit dans la sécrétion salivaire. Ludwig fit remarquer alors que jamais on pouvait par une excitation nerveuse rappeler un écoulement de lymphe loi*squ'il it suspendu, mais que toujours, par ce moyen, on pouvait activer l'écoulement déjà 8lant. On peut expliquer facilement ce fait en admettant que l'excitation du nerf produit pas directement l'écoulement de lymphe , mais que les contractions nmsl&ires agissent en forçant les espaces où elle s'accunmle à se vider. Dans les canes où n'existent pas de muscles striés , comme le testicule par exemple , l'exciion des nerfs n'est suivie d'aucune augmentation dans l'écoulement de la lymphe, est probable qu'indépendamment des causes que nous venons de signaler, il en est iQtres plus locales qui peuvent agir sur le cours de la lymphe. C'est ainsi que, d'aî8 Dybkowsky, dans les extrémités des lymphatiques de la plèvre, chaque moulent du thorax détermine une aspiration ; d'apiès Ludwig et Schweigger-Seidel , Rïéme phénomène se produirait poui' les lymphatiques du feuillet péritonéal qui >i8se la face inférieure du diaphragme (*).

-'est Woiss qui étudia , sous les auspicos de Hidder, les modifications qu'éprouve pression dans le canal thoraciipK? sous rintluontîo dos mouvements respiratoires.

^)KratiBe, Zeiischrift f. ration. Medkliiy nouvelle série, t. VII. — Tuiiisa, JSitzwu/shc ^eder }Vieiier Akademic^ t XLVI. — Ludwig, (Jùfcrr. med. Jahrhiichcr, 1863. — Dyb- •^8ky, et 8chwcîgger-»Scidcl, lierlchte d. med. biicJis. OeseUe., 1800.

WUXDT. — Physiologie. 14

11 vit la pression moyenne monter de 12 à 15 millimètres de mercure à la suite d'une respiration accélérée. A Tinspiration , la pression tomba souvent au-dessous de zéro, et son maximum ne dépassa jamais 5,78 millimètres. Les différences que présente celte pression pendant Tinspiration et l'expiration sont donc assez grandes. Quant à la régularisation du cours de la lymphe dans l'intérieur du canal thoi'acique par les mouvements respiratoires , elle est produite par le même mécanisme que celle du coui's du sang dans les grosses veines , et ce mécanisme , nous Texpliquerons en détail en nous occupant de la circulation sanguine.

3® HÉMATOPOÏÊSE.

§ 104. — Formation du sang aux dépens du chyle et de la lympke.

. /Jl mesure qu'ils se rapprochent du système veineux, le chyle M la lyrapho ge transforment peu à peu et leur composition tend de plus en plus à devenîi* celle du sang. Cette transformation consiste en une augmentation de leurs mai.— tières solides en général, principalement de leurs albuminoïdes, tandis que ieur^= corp^ gras et leur sucre diminuent. L'augmentation des albuminoïdes porter -, soit sur la fibrine qui augmente de proportion dans le sérum, soit sur un. ^^ substance semi-fluide qui constitue les globules lymphatiques. C'est dans l^^s ganglions que s'opèrent ces changements. Dans leur intérieur, le chyle et 1^ lymphe se transforment en un liquide dont le plasma est déjà presque identiqm^ à celui du sang, tandis que leurs globules se métamorphosent en globules sarm.guins. Cette métamorphose se fait en partie déjà dans les vaisseaux lymphatiques > mais surtout dans le sang lui-même. Les globules rouges que Toia trouve dans les gros vaisseaux chylifères et lymphatiques sont probablemeiî^ des résultats de cette métamorphose. Mais tous les globules lymphatiques n« semblent pas atteindre ce degré de développement ; il en est beaucoup que Toi* voit se charger de granulations graisseuses ; il est à supposer qu'ils se dissolvent dans le plasma.

La transformation des globules lymphatiques en globules sanguins n'a pu encore être mise directement hors de doute. On trouve toujours, à la vérité, dans le sang des globules pâles et aussi des globules lymphatiques jaunâtres ; mais sout-ce là en réalité des formes de ti'ansition ? Nous pouvons admettre cette hypothèse ; car, cbe« Tadulte , on ne connaît aucun autre mode d'où pourraient naître les globules sanguins. Dans le chapitre suivant nous verrons que les autres organes qui, commet rate, ont une action hématopoîétique , se di^stinguent également par une très-graade production de globules lymphatiques (').

(^) Nasse, article Dlut^ in Haiidœ'ùrterb. d. PhysioL, t. I. — Kœllikcr, Zeiischrijlfi^ ration. Medictn, t. IV, et Mikroitkoj). AnaloTiiie, t. II, p. 2.

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