‹ Nouveaux elements de physiologie humanieChapitre 99 sur 217 · CHYLE ET LYMPHE · texte numérisé non relu

CHYLE ET LYMPHE

transformer très-rapidement l'amidon en sucre , et cela au moyen d'un ferment qui paraît provenir de l'intestin.

Voici des moyennes que G. Schmidt a obtenues à la suite de nombreuses analyses de chyle tiré du canal thoracique du cheval :

Eau 95,8 p. 100

Albuminoîdes 3,05

Sucre , urée , matières extractives etc. . . 0,40 Substances minérales 0,75

L'albumine est toujours en plus grande quantité que la fibrine , qui n'atteint que le chiffire de 0,1 à 0^2 p. 100. Le chlorure de sodium forme les 2,^ de la totalité des substances minérales, soit plus de 0^50 p. 100; on retrouve dans les cendres environ 0,12 p. iOO de soude et de potasse libres (dans le chyle ces bases sont combinées à l'albumine) et des phosphates alcalins et terreux. Les proportions de graisses et d'acides gras varient énormément avec la nourriture : chez le cheval elles varient de 0,05 à 0,5 p. 100; chez le chat, le chien, l'âne, elles atteignent jusqu'à 3 p. 100.

La lymphe qui est contenue dans les lacunes du tissu et dans les radicules lymphatiques, s'y trouve normalement en si minime quantité, qu'on ne saurait déterminer ses propriétés. S'il est exact de considérer l'œdème comme une accumulation anormale de lymphe, on peut admettre que la lymphe périphérique est un liquide tout à fait clair, ne contenant aucune trace d'éléments figurés. On y trouve, en solution, de petites cpiantités de substances fîbrinogène et fibrinoplastique, de l'albumine, des traces d'urée et des sels minéraux , surtout de chlorure sodique. Au contraire , la lymphe tirée des gros troncs lymphatiques ou du canal thoracique chez des animaux affamés , renferme les mêmes élé- Bttents figurés que le chyle après son passage à travers les ganglions , c'est-àtoe des globules lymphatiques, des gouttelettes de graisse, des granulations élémentaires, et parfois des globules sanguins. La composition chimique de la lymphe se modifie donc dans les ganglions, puisque ce liquide est alors plus ^^che en albuminoîdes et en graisses. Après le repas la lymphe s'écoule en bien plus grande abondance qu'à jeun , et est plus riche en substances solides , surtout ^n albumine et en corps gras. L'absorption agit donc sur la lymphe comme sur le chyle,.ce qui nous explique comment G. Schmidt trouva chez des chevaux, ^près le repas , que la composition de la lymphe recueillie par la grande veine lymphatique droite était à peu de chose près la même que celle du chyle re- ^eilli dans le canal thoracique.

Le tableau suivant donné par Gmelin permettra de comparer la différence de com- Pûsition du chyle et de la lymphe :

Lymphe. Chyle.

Eau 96,43 94,31 p. 100

Albuminoîde 2,11 3,13

Fibrine 0,19 0,48

Matières extractives et sels . . *4,0C 1,20

Graisses Traces 0,82

Ce n'est que si l'on comparait la lymphe d'animaux à jeun avec le chyle d'ani- ^Ux bien nourris que Ton pourrait trouver des différences plus grandes que n'en

accusent ces analyses. Si Ton prend les deux liquides sur des animaux qui se trouvent dans des conditions identiques, on peut voir, comme l'a prouvé C. Schmidt, que la lymphe est quelquefois plus riche en substances solides que le chyle. En général , la composition du chyle et de la lymphe est à peu près la même, sauf que cette dernière contient un excédant de fer, qui tire son origine de Fhématine de quelques globules rouges. Il faut donc abandonner la distinction faite par les anciens entre les chylifères et les lymphatiques. Tout le système lymphatique (vaisseaux chylifères et vaisseaux lymphatiques) contient, pendant que Tanimal est à jeun, un liquide pauvre en éléments soUdes, mais qui en charrie beaucoup plus pendant la digestion. Pour bien étudier la composition chimique de la lymphe et du chyle, il faut analyser séparément les corpuscules lymphatiques et le sérum. Cette analyse est facilitée par la coagulation , car la fibrine emprisonne la plus grande partie des globules; ce qui permet d'analyser d'une part le caillot lymphatique , et d'autre part le sérum. Cette méthode, qui appartient à C. Schmidt, fait constater que le sérum privé de sa fibrine possède une composition constante , tandis que celle du caillot est assez variable , probablement en raison de la différence de quantité de fibrine qu'il contient. En moyenne le sérum renferme 3,8 p. 100 de matières solides, parmi lesquelles environ 3 p. 100 d'albumine et 1 de graisse. Le caillot contient en moyenne 10,2 p. 100 de substances solides, parmi lesquelles 3,5 p. 100 d'albumine, de graisse et de matières extractives, et 5 p. ^00 de fibrine. Tandis que le sérum contient surtout de la soude , ce sont la potasse et l'acide phosphorique qui dominent dans les globules. Les analyses séparées, faites suivant cette méthode par C. Schmidt sur les chevaux, démontrent qu'après l'alimentation , le sérum du chyle et de la lymphe, et les globules du chyle et de la lymphe ont une composition assez constante. Dans quatre analyses faites les unes sur le liquide de la grande veine lymphatique droite, les autres sur le liquide du canal thoracique, la quantité de substances soHdes dans le sérum ne varie que de 3,5 à 4,2 p. 100; la même valeur dans le caillot ne varie que de 9,2 à 11,2 p. 100, et la quantité des matières solides contenues dans la lymphe (sérum et caillot réunis) flotte entre 3,6 et 4,4 p. 100. Les substances minérales qu'on y trouve se répartissent ainsi :

Sérum. Caillot.

Quantité totale des substances minérales . . 0,736 . . . 0,966 p. 100

Chlorure de sodium 0,565

Soude 0,130

Potasse 0,011

Acide sullurique 0,008

Acide phosphorique combiné à des alcalis . . 0,002

Phosphates terreux 0,020

§ 101. — Quantité du chyle et de la lymphe.

On n'a pu jusqu'ici apprécier d'une manière bien exacte la quantité total -^^^ de chyle et de lymphe qui, dans une période de temps déterminée, se trour-^ dans le système lymphatique et repasse de celui-ci dans le sang. On a chercli à y arriver d'une manière approximative en récoltant , pendant un temps dé

(i) Nasse, Handwôrierbuch d. Physiologie, Cl et II. — Tiedemann und Gmelin, Die XfT^ datiunff. — C. Schmidt, Verdauungssàfte u. Stoffwechsel, und CfiaraJcteristik der Choiera^ — Lehmann, Physiologische CfJiemie, t. II. — Colin, Traité de physiologie comparée. Pari^ 1856. — Grohe, Oreifsioalder medic. Beitrilge, t. III.

QUANTITÉ DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. i205

terminé , sur des animaux , le chyle contenu dans le canal thoracique et la lymphe par un des plus gros vaisseaux lymphatiques ; d'après cette donnée on calcula la masse totale de ces deux liquides qui devait s'écouler pendant tout un jour. Mais la somme de ces deux liquides varie d'après le temps qui s'est écoulé depuis le repas, et , d'autre part , la quantité de lymphe contenue dans une partie du corps ne donne aucune certitude sur celle qui se trouve dans tout le corps. On ne saurait donc accorder aux chiffres ainsi obtenus qu'une valeur approximative. D'après C. Schmidt, il entrerait en vingt-quatre heures dans le sang une quantité de chyle et de lymphe égale à la masse même du sang. Des chevaux bien fourrages ont donné par le canal thoracique une quantité de chyle et de lymphe égale environ à 6,6 p. 100 du poids total de leur corps , et par la grande veine lymphatique droite environ 14 p. 100. En additionnant les deux chiffres , on trouve que la quantité totale de chyle et de lymphe serait par jour = à 1/12 du poids du corp^^ chiffre qui , comme nous le verrons plus loin , est à peu près celui de la masse totale du sang. La moitié de cette quantité appartient au chyle, l'autre moitié à la lymphe. Il n'y a donc que la moitié de la masse totale du chyle et de la lymphe qui provient de l'alimentation; l'autre moitié provient du sang, passe dans les tissus et l)éuètre dans les origines lymphatiques.

La méthode employée par C. Schmidt pour déterminer le rapport de quantité entre le chyle et la lymphe est très-judicieuse , quoiqu'elle ne soit pas tout à fait sûre. Il chercha d'abord , en recueillant pendant un temps déterminé le chyle par le canal thoracique et la lymphe par la grande veine lymphatique, à évaluer la masse totale des deux liquides pour 24 heures, il obtint ainsi les chiffres que nous venons d'indiqaer. Il détermina alors, par des analyses comparatives entre les aliments et les excréments, la masse des substances absorbées. Cette quantité s'élève, d'après ses calculs, à 3,4 kil. par jour et par kilogr. du poids de l'animal, et cependant chez les mêmes animaux la masse du chyle et de la lymphe mélangés qui passait par le canal thoracique était de 6,13 kil.; on ne pouvait en assigner que 3,4 kil. aux aliments, et 2,73 kil. devaient évidemment provenir du passage de la lymphe issue du sang. Schmidt trouva ensuite par des analyses comparatives que le chyle du canal thoi*acique conii^nt à peu près la même proportion d'albuminates et de Substances minérales que i^^ aliments, tandis que ceux-ci renferment beaucoup plus de matières organiques <iue le chyle et seulement la moitié d'eau. 100 kilogr. d'animal consomment journellement en aliments :

Autres Eau. ÂIbuniinat«8. sobstances Sels.

organiques.

1602,9 10:^,7 1117,7 28,8 3 à 4 kilogr. de chyle contiennent. 3257,2 103,7 13,6 28,8

Différence 1654,3 » 1104,3 »

1-es 100 kil. d'animal doivent donc avoir pris à une autre source que l'alimentation 'es 1654,3 gr. d'eau que l'on trouve en excès dans le chyle. Cette source est toujours le sang, soit qu'il fournisse directement de l'eau au chyle dans les ganglions lyraphatïques, ou bien qu'il le dévei-se dans l'intestin d'où il repasse dans le chyle. Les ^104,3 gr. de substances organiques (graisses et hydrocarbures ) doivent , au con- ^'^ire, être absorbés direi^teraent par le sanj; ou y passer dans les parties initiales du

système chylifôre, dans les ganglions surtout. Bidder avait déjà antérieurement à Schmidt tenté de calculer la quantité de chyle et de lymphe qui pajsse chez leç chiens et les chats à travers le canal thoracique. Ghé^ les chats il trouva cette quantité égale au poids de la masse sanguine, chez les chiens il la trouva les 2/3 de celle-ci: mais ces évaluations sont basées sur des expériences de trop courte durée. Krause, sur des chiens, et Weiss, sur des chevaux, firent des recherches pour évaluer la quantité de la lymphe à l'exclusion du chyle. Le premier trouva que la tète et le cou des chiens fournissent en moyenne 34,8 p. 100 de lymphe par rapport au poids de ces parties (le maximum était de 40,7 et le minimum de 34,6 p. 100). Weiss pour les mômes parties du cheval ne trouva que 20 p. 100 (maximum 21,1, minimum 14,8 (*).

§ 102. — Formation du chyle et de la lymphe.

Dans les origines des systèmes chylifère et lymphatique, ces deux -liquides sont tout à fait inorganisés; leurs éléments figurés^ les globules lymphatiques, n'apparaissent que dans les ganglions, et pour le chyle en petite quantité dans les follicules clos de l'intestin. La composition des deux liquides varie également dans les ganglions, en raison des échanges qui s'y opèrent avec le sang; ce fait est surtout remarquable pour le chyle ; en passant à travers les ganglions mésentériques, il perd de la graisse et du sucre, et reçoit de l'eau, tandis que la proportion des albuminates et des sels qu'il contient ne parait pas varier. Les métamorphoses que les ganglions font subir à la lymphe sont beaucoup moins importantes , ce qui se conçoit aisément quand on envisage la lymphe qui s'écoule par les gros troncs lymphatiques comme du sang qui a filtré à travers tme membrane poreuse. Les globules sont nécessairement restés et n'ont pas passé à travers la membrane ; l'albumine du sérum a passé en petite quantité » tandis que les autres parties constituantes du sérum pénètrent directement et sans modification dans le système lymphatique. La composition de la lymphe s'accorde assez exactement avec cette manière d'envisager les choses ; ses par-ties solides contiennent moins d'albuminates et de graisses et presque autant de sels que le sérum du sang ; mais , par contre , la lymphe contient un pei» plus de matières extractives qui , évidenunent , proviennent de la décompo^ silion des tissus. On peut donc, d'après G. Schmidt, envisager la lymphe comme le sérum du sang transsudé, dont un tiers de la fibrine, une moitié de Talhu^ mine ont passé par fillration , tandis que l'eau , le sucre , les sels se retrouvent en entier dans la lymphe. Ludwig et Tomsa ont, de plus, démontré expérimentalement que si , chez des animaux morts, on fait artificiellement passer un courant sanguin à travers les vaisseaux du testicule, il s'écoule par les lymphatiques un liquide qui , comme la lymphe, est moins riche en parties solides? que le sérum du sang.

On n'a pu encore savoir d'une manière directe comment les globules lyn*phatiques naissent dans les follicules clos et les ganglions. Il paraît toutefois probable que c'est dans les alvéoles qu'ils se produisent, et les follicules clos

(1) C. Schmidt, Bulletin de SavU-Péiertbourg, L lU, 1861. — Bidder, MiiUer's Ardûr, 1845. — Krauso, ZeUschrift f. ration, Medizin, nouv. série, t VIL — Woiss, Jfdwefpatholog, Anatomie^ t XXII.

Page 1