ÉLIMINATION DANS LE REIN
en sens inverse augmente considérablement dans les canalicules urinifères, la proportion des éléments propres à Turine diminue également. Quand, par exemple, en raison de cette pression en sens inverse, le mouvement de la sécrétion est lellement' ralenti que ce liquide reste longtemps en contact avec la paroi des canalicules urinifères, et qu'en même temps la pression dans les canalicules favorise sa transsudation dans les lacunes lymphatiques, il se produit , pour ainsi dire, une sécrétion urinaire en sens inverse ; en d'autres termes, il passe dans le» lacunes lymphatiques un liquide riche en substances propres-à l'urine, tandis qu'il reste un liquide très-pauvre en substances de cette sorte. On comprend ainsi comment, lorsque la pression de l'urine augmente, le chlorure de sodium de l'urine, qui y est normalement en quantité plus considérable que dans le sang, peut diminuer et tomber au-dessous de ce dernier chiffre luimême.
Ludwig et Goll ont démontré que Taugmentation de la pression sanguine dans les glohéniles augmente la sécrétion urinaire; pour cela ils diminuèrent la pression artérielle, soit en excitant les pneumo-gastriques, soit en soutirant du sang; dans d'autres expériences ils exagérèrent au contraire la pression , en injectant du sang défibriné dans les vaisseaux ou en liant Taorte au-dessous de l'origine des artères rénales. Hermann confirma cette opinion en comparant la sécrétion des deux reins en activité. Jamais il ne les trouva tout à fait identiques; toujours il s'écoulait plus d'urine par l'un des uretères que par l'autre, et toujours aussi les liquides sécrétés présentaient des difTérences tout à fait analogues à celles que les modifications de la pression devaient faire supposer. Lôbell , le premier, fit voir que ce n'est pas seu- I^ent la pression sanguine dans les glomérules qui intervient pour la sécrétion orinaire, mais qu'il faut encore tenir compte de la pression inverse exercée sur les canalicules urinifères par le liquide sécrété. Cet auteur trouva que lorsque la pression du liquide accumulé dans l'uretère atteint de 7 à dO millimètres de mercure, la sécrétion s'arrête, car si l'on introduit un manomètre dans ce canal , la colonne mercarielle monte très-vite jusqu'à ce niveau, où elle se maintient ensuite. Hermann remarqua toutefois que lorsque le manomètre reste longtemps (deux heures et plus) dans l'uretère , la pression augmente lentement dans ce canal et peut atteindre 40 nûUimètres.
Le liquide qui , dans ce dernier cas , est accumulé dans l'uretère, n'est plus de l'urine, mais un produit qui ne contient presque plus d'urée et de chlorure de sodium , tandis qu'on y trouve beaucoup de créatine. Les substances essentielles de l'urine ont donc, déjà sous cette faible pression, diffusé par voie ré.trograde, tandis que l'eaii et d'autres substances, dont les unes appartiennent à Turine et les autres, comme la créatine, sont des produits de décomposition des reins, sont éliminées.
Les recherches faites en commun par Ludwig et Zawarykin , sur les lymphatiques du '^t nous exphquent comment le liquide qui a passé dans les canalicules urinifères peut diffuser par voie rétrograde dans les lacunes lymphatiques. Gomme preuve de ^ûdt, Ludwig dit que lorsque les uretères sont liés et que l'urine ne peut s'écou- ^ les reins devierment œdémateux , ce qui veut dire que leurs espaces lymphat^ues sont gorgés de liquide. Cette preuve , invoquée par Ludwig, n'est pas tout à ^t satisfaisante, car une fois le passage de l'urine par filtration du sang arrêté , les lymphatiques peuvent aussi se remplir directement aux dépens des vaisseaux san- Stiins. Il est évident que c'est là un élément du phénomène qui explique la modifi-
cation spéciale de composition que la diffusion avec le liquide des lacunes lymphatiques fait éprouver à Turine arrêtée dans les canalicules (<).
On a retiré des reins de la leucine , de la xanthine , de l'hypoicanthine, de la créatine, de la taurine, de la cystine , de l'acide inosique. La plupart de ces substances ne passent pas ou au moins en très-faibles quantités dans Turine. Leur présence prouve évidemment qu'il se fait un échange moléculaire assez actif dans le tissu rénal lui-môme. Cl. Bernard a découvert que le sang de la veine rénale reste rouge quand la glande est en activité ; ce fait nous prouve que l'échange moléculaire dont nous venons de parler est en connexion avec l'activité sécrétoire de l'organe , et que db phénomènes chimiques semblent intervenir dans la sécrétion urinaire. Nous ne. possédons qu'une seule hypothèse plausible sur ces phénomènes chimiques, et cette hypothèse est basée sur la manière dont les albuminoîdes sont retenus dans le sang. L'albumine diffuse très-difficilement avec des liquides acides, et l'acide libre de l'urine prend naissance dans le rein ; on voit donc que le phénomène chimique qui produit cet acide empêche également l'albumine de sortir du sang. On peut donc pens^ qu'en général l'échange moléculaire du tissu rénal donne naissance à des substances qui ne passent pas dans l'urine, mais qui rentrent dans le rein; que néanmoins, en imbibant le parenchyme rénal , elles laissent plus facilement diffuser certains corps que d'autres. Après la mort , les propriétés endosmotiques des canalicules sont complètement modifiées, car si l'on fait passer un courant sanguin à travers les vaisseanx du rein d'un cadavre , ce n'est pas de l'urine qui se produira , mais im liquide tout à fait analogue à celui qui passerait par diffusion à travers toute membrane hiunide.
Nous ne connaissons pas encore d'une manière précise l'influence exercée par le système nerveux sur la sécrétion urinaire. L'effet produit par certaines condiiioDs psychiques tend cependant à faire admettre cette influence ; mais les nerfs agissentils alors seulement en régularisant le courant sanguin par l'intermédiaire des masdes lisses des vaisseaux, ou bien agissent-ils, comme dans les glandes salivaires, directement sur les sécrétions ? (^)
Théories de la sécrétion urinaire. On peut distinguer trois théories principales : théorie mécanique, théorie chimique et théorie mixte. La théorie mécanique estdne à Lud-wig. Il admet que, d*abord , il se produit dans le glomérule une simple transsudation du plasma sanguin, moins l'albumine, la fibrine et les graisses. Le liquide transsudé passe dans les canalicules, qui sont enlacés par des capillaires sanguins, et il se produit alors un échange par voie d'endosmose entre ce liquide et le sang. Or ce sang est plus concentré à cause de sa filtration dans le glomérule et cède au liquide des canalicules de grandes quantités des substances qui y sont en solution : urée, acide urique etc., tandis qu'il lifî reprend de l'eau. Dans ces derniers tempSi Ludvriga modifié son hypothèse; il n'attribue plus cette propriété endosmoUqueauz capillaires qui entourent les canalicules , mais bien aux lacunes lymphatiques que l'on trouve entre eux. Il accorde toutefois que beaucoup de faits ne pTîuvent s'expliquer que par une propriété spéciale des canalicules, et se rapproche ainsi de la théo* rie mixte.
La théorie chimique fut inventée par Bowman. Il admet que dans le glomérule il ne passe que de l'eau du sang , et que cette eau , en cheminant dans les canalicules urinifères , dissout les substances solides de l'urine extraites du sang par jei cellules épithéliales de ces mêmes canalicules. Donders et Wittich ont un peu modifié cette hypothèse. D'après ces deux auteurs, les cellules épithéliales des canali-
(1) Goll, Zeitêchrift /. ration. Med., 2« sërie, t m. — M. Hermann, SUxungtber. ^ Wiener Akademie, t XXXVI. — Lndwig, ihid., t. XLVm. («) Heynsîus, Arckivf, hoUànd. Beitr,, 1. 1.
EXPULSION DE L'URINB. 343
3ules ne peuvent extraire du sang que l'urée et Tacide urique , et ce n'est pas de l'eau pure, mais bien un liquide salin , qui passe dans les glomérules. Wittich ajoute jue dans le glomérule la sécrétion est une simple filtraiion , qui entraîne même Talbumine du plasma , mais que les cellules épithéliales, douées d'une grande affinité pour l'albumine, la reprennent et la rendent au sang. Wittich , pour appuyer la propriété sécrétoire qu'il attribue aux cellules épithéliales des canalicules urinifères, fait remarquer que chez les oiseaux on trouve des dépôts d'acide urique dans ces cellules. De tous ces faits il résulte que ni la théorie mécanique ni la théorie chicnique ne peuvent expliquer tous les phénomènes, et qu'il faut accepter une théorie mixte, qui considère la sécrétion urinaire comme étant à la fois une filtration et une diffusion modifiées par l'échange moléculaire du tissu rénal lui-même, dernière condition qui donne aux membranes par lesquelles se font la filtration et la diffusion une propriété telle que certaines substances peuvent passer en grande quantité dans la sécrétion, tandis que d'autres n'y passent pas (*).
§ 148. — Expulsion de rorine.
VexpiUsion de Vurine à travers les canaux excréteurs, les uretères et la ves^e, se fait par la pression de l'urine elle-même et par la contraction des parois musculeuses de ces organes. Le liquide ne peut progresser que vers l'extérieur, car la structure des papilles du rein ne permet pas à l'urine de remonter des uretères dans les canalicules, de même que l'obliquité des uretères, au moment- où ils perforent la vessie, ne permet pas à ce liquide de rétrograder. L'ouverture de la vessie dans le canal de Turèthre est fermée par un repli de la muqueuse qui tapisse la paroi antérieure de ce réservoir , et cet obstacle n'est ^neu que lorsque la pression intra-vésicale augmente , soit par la réaction de l'élasticité du réservoir contre sa trop grande distension , soit par la contraction des fibres lisses qui entrent dans la structure de sa paroi. L'action musculaire n'entre en jeu que pour ouvrir l'orifice vésical ; c'est aux faisceaux longitudinaux de la vessie, aidés par la pression des muscles de l'abdomen, qu'il faut attribuer cette action. Ce n'est que lorsque la vessie est très-distendue que les fibres circulaires du col vésical entrent en contraction pour lutter contre la pression qui tend à chasser l'urine dans le canal de l'urèthre.
On croit , en général , que c'est grâce à la tonicité du sphincter vésical que l'urine ne peut s'écouler hors de la vessie ; mais cette opinion ne saurait se soutenir, car la vessie du cadavre ne permet pas l'écoulement de l'urine. Heidenhain et Golberg prétendent que sur l'animal vivant il faut une pression bien plus énergique du liquide pour ouvrir la vessie que sur le cadavre. Il est aisé de' se rendre compte de cette P^cularité, sans faire intervenir une action tonique permanente du sphincter, en admettant que ce n'est que lorsque la pression devient forte que ce muscle entre en <»ntraction , ce qu'il est facile du reste de constater sur l'homme lui-même. Wittich , ^ expérimenta sur lui-même , contredit de tout point les observations de Heiden- ^n et de Golberg («).
P)Ludwig, Wagner* 8 Bàndworterb, der Physid., t. H; Lehrb, der Physiologie, t. H; ^*»iCf mcrf. Wbchenschrift, 1864. — Bowman, Philos, transact., 1842. — Donders, Phy- *'®^i>^, t. L — v. Wittich, Archiv f, pctthol. Anatomie, t. X.
(^) Heidenhain. a. Golberg, MuUers Archiv, 1854, — v, Wittich, Kônigsherger med. ^<'hrbacher, t. m.