‹ Nouveaux elements de physiologie humanieChapitre 148 sur 217 · RAPPORT ENTRE LES SÉCRÉTIONS ET LES ALIMENTS ABSORBÉS · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE LES SÉCRÉTIONS ET LES ALIMENTS ABSORBÉS

§. 149. — Égalité entre les ingesta et les excréta.

On doit considérer comme le rapport normal entre les sécrétions et les aliments absorbés, chez un animal adulte, l^état dans lequel l'économie tout entière reste invariable dans sa composition qualitative et quantitative , et dans lequel par conséquent il y a égalité entre les ingesta et les excréta tant dans l'organisme tout entier que dans les différents tissus qui le constituent. Cet équilibre est rompu lorsque les excréta remportent sur les ingesta j m auquel il y a consommation des tissus, ou que les ingesta l'emportent sur ks excréta, il se produit alors un excès de formation de tissiis. Pour prouver cet équilibre, on invoque: 4° la constance du poids total du corps, et a^^Tiden* tité, dans un même espace de temps, entre les éléments qui constituent les s^ crétions et ceux qui composent les aliments.

Il faudrait, pour donner une preuve absolue de cette identité, pouvoir suivre dans leur trajet à travers l'organisme tous les différents éléments chimiques que nous avons décrits au § 4. Ce résultat étant impossible à atteindre, on s'est borné à l'obtenir pour les éléments les plus importants des combinaisons organiques, pour le carbone et l'azote. Ces deux corps simples forment k base des deux grands groupes de substances qui composent les aliments et les tissus, les corps non azotés et les corps azotés , et en connaissant leir quantité excrétée et ingérée, l'on peut en déduire la consommation totale. Et cependant ce n'est que pour l'azote que l'on est arrivé à obtenir des chiffiw précis. Dans un grand nombre de cas, presque tout l'azote consommé dan» le corps est éliminé par l'urine ; il sufflt alors de comparer la quantité d'azote ingéré par l'alimentation à celle de l'azote contenu dans l'urée, et en ajoutant à cette dernière quantité l'azote qui est rendu sans modification dans les excréments, on arrive à la solution du problème. Quant à la balance du carhone, elle n'est pas encore bien établie , car dans la plupart des observations on s'est borné à comparer le carbone de l'alimentation à celui que contient l'acide carbonique de l'air expiré. '

L'analyse des différentes excrétions avait déjà permis de supposer que Vnrie doit contenir presque tout l'azote des aliments et de la décomposition des tissus. Les minimes quantités d'ammoniaque exhalé par la respiration , l'urée de' la sueur, les pertes éprouvées par la desquamation épidermique sont tellement faibles qu'on peut presque n'en pas tenir compte. L'élimination de l'azote par les autres substances azotées contenues dans l'urine (acide urique, créatine) ne comprend guère quc2p.iO^ de la totalité de l'azote. La méthode de Liebig pour la détermination de l'urée, parone solution titrée d'azotate de bioxyde de mercure, donne toujours un excédant d'orfe qui est dû précisément à ces dernières substances azotées de l'urine, et, d'après TA la proportion d'azote représenté par cet excédant d'urée est à peu de chose prf* celle qui incombe à ces substances. D'autres observateurs , Barrai , BoussingauK, Bischoff, trouvèrent au contraire, en comparant l'azote des fèces et de l'urée il'*' zote des aliments, un déficit assez important, ce qui les amena à chercher une noovelle source d'élimination de l'azote ; c'est l'expiration et la perspiration auxquell»

lèrent ce rôle. Mais Voit constata par de nombreuses recherches qu'au 18 un grand nombre de cas ce déficit n'existe pas, et que, lorsqu'il existe, attribuer à une consommation plus grande d*azote dans Téconomie^ ce qui aitement se produire alors même que le poids du corps reste constant, d'autres substances, comme Tacide carbonique et Teau, sont éliminées en plus considérables qu'elles ne sont introduites par la nutrition. Il est facile sndre qu'il peut se produire des inexactitudes quand on recueille les f^ces et le d'autres fois encore les fèces et l'urine peuvent être retenues plus long- ) d'habitude , ce qui .trouble nécessairement les observations qui ne sont prolongées ; l'uréô elle-même peut quelquefois dans la vessie se transformer date d'ammoniaque. Toutes ces causes peuvent expliquer le déficit dont 3n8 sans que l'on soit obligé de faire intervenir une nouvelle voie d'élimiir l'azote. En effet. Voit, par des expériences prolongées sur des chiens et as, a constaté l'égalité complète de l'azote ingéré et de l'azote excrété par jt l'urine ; Hénneberg et Wohmann, ainsi que Grouver,sont arrivés au même ir les ruminants, et Ranke confirme ces faits sur l'homme lui-même. Mais is les séries d'expériences de ces auteurs l'on trouve d'incroyables variai le rapport de l'azote excrété et ingéré, et dans les recherches de J. Seegen est encore plus considérable. Gomme néanmoins dans la majorité des cas que tout l'azote est éliminé par l'urine et les fèces, il est évident que l'on admettre, au moins dans les cas normaux , une autre voie d'excrétion. Il est jer que la quantité totale de l'azote se retrouve dans l'urine et les fèces 38 les expériences qui présentent une égalité parfaite entre tous les ingesta s excréta. Il semble donc que les cas dans lesquels on observe un déficit le dans la proportion d'azote éliminée sont ceux dans lesquels la nutrition les variations et dans lesquels pendant un temps donné la quantité des marétées varie elle-même. Nous croyons donc avec Voit que tout l'azote élirouve dans l'urine et les fèces , bien que les faits contradictoires rapportés Bnts observateurs ne soient pas sufQsamment expliqués, srmine le poids du corps dans les recherches sur la nutrition pour complésttltats que l'on obtient en pesant dii*ectement les ingesta et les excréta; en t du poids du corps que l'on déduit la quantité des excréta que l'on ne peut ir la mensuration directe. Autrefois et même dans beaucoup d'expériences m a calculé de cette manière les produits de la respiration et de la perspira- . est fort difficile d'obtenir par voie directe. On fait la preuve du calcul en pe- Itanément les aliments et toutes les excrétions liquides ou solides. Si l'on >pinion de Voit, on obtient ainsi l'emploi de l'azote ; mais la balance du caraurait s'en déduire. Regnault et Reiset, et après eux Pettenkofer et Voit, insde nombreuses expériences dans lesquelles ils cherchèrent directement la l'acide carbonique éliminée. Alors que l'on parviendrait à établir d'une maîise et directe une balance exacte entre les éléments des ingesta et des exesterait encore à savoir sur quels tissus se portent les éléments des ingesta Is tissus proviennent les éléments excrétés; question tellement complexe it fort difficile de l'élucider d'une manière rigoureuse, ti 46 l'économie animale que l'on obtient en compaEant les ingesta et les ext se représenter par une équation dans laquelle on oppose les substances lUx éléments excrétés, en ajoutant à ces derniers les éléments que l'éconoit ou qu'elle élimine de sa propre substance. Quand il y a égalité entre les ; les excréta l'équation devient = 0 ; quand il y a plus d'éléments absorlevient = -f- n ; quand au contraire il y a consommation par l'économie de substance, elle devient — n. Voici par exemple une équation de nutrition

fournie par Pettenkofer et Voit sur le chien ; elle est au reste presque un exemple unique d'une égalité complète entre les ingesta et les excréta. Le chien mangea en 24 heures 1500 grammes de viande; il absorba 477r,2 d'oxygène; les ewrcteet les injecta ge comportèrent :

C H Ac O Sels T«til

Ingesta 187,8 152,5 51,0 1566,4 19,5 = 1977,2

Excréta 184,0 157,3 51,1 1599,7 19,7 = 2(Mi^

Excédant des excréta. —3,8 -f4,8 -K),l H-33,3 -1-0,2 = -f34,6

. L'équation de la nutrition devient donc, en comprenant dans le signe () Texoèdant de consommation des tissus :

187,8 C 4- 152,5 H -f- 51,0 Az 4- 1566,4 0 H- 19,5 sels = 184,0 C 4- 157,3 H + 51,1 Az 4- 1599,7 0 -f- 19,7 sels + (3,8 G — 4,8 H — 0,1 Az — 33,3 0 — 0,2

Dans co cas l'égalité entre Az ingéré et Az excrété est presque complète ; une faible quantité de G a disparu , tandis que H et 0 ont été excrétés en quantité plu grande qu'ils n'ont été ingérés ; aussi l'économie doit-elle avoir formé de la gnioe et éliminé un excès d'eau (>).

Pour obtenir Téquilibre entre les ingesta et les excréta , il n'est pas nécessaire que l'alimentation soit d'une espèce spéciale ; tous les aliments peuvent amener à ce résultat, pourvu qu'ils contiennent en quantité suffisante les diffêrents éléments dont Téconoinie a besoin. Des trois groupes d'aliments organi* ses, hydrocarbures, corps gras et albuminoïdes , ce ne sont que ces demien qui, abstraction faite des substances minérales, contiennent tous les éléments qui entrent dans la composition des tissus. Ce n'est donc que l'albumine qui àm certains cas peut à elle seule donner lieu à l'équilibre de la nutrition. Les hydrocarbures et les corps gras ne peuvent arriver à ce résultat que lorsqu'ils sont combinés à des albuminoïdes. La gélatine ne saurait remplacer l'albumine, bien qu'elle possède un certain pouvoir nutritif (voy. plus bas, 4«). Les corps gras, quand ils forment à eux seuls toute l'alimentation , activent la décomposition des substiinces azotées de l'économie, car en effet la quantité d'Az qui se trouve dans les excrétions est supérieure à celle que l'on y trouve quand l'animal est à jeun. li'équilibre de nutrition peut donc être atteint avec une alimentation qui contient : 1« de l'albumine, 2^ de l'albumine et de la graisse, S* de l'albumine et des hydrocarbures, et 4® de l'albumine, des hydrocarbures et des corps jjras; l'alimentation habituelle rentre dans ce dernier cas.

i° Alimentation par les albuminoïdes purs , albumine , gélatine. On arrive à peu près à ce mode d'alimentation en donnant de la viande dépouillée de toute sa graisse. Les herbivores ne sauraient vivre longtemps avec une noumture purement animale^ parce que sans nul doute leurs organes digestifs ne sont pas aptes à transformer la quantité d'albumine nécessaire pour eiïlretenir l'équilibre ; l'homme semble aussi avoir toujours besoin d'une alimentation mixte.

D'après Voit , le carnassier lui-même peut , dans certains cas seulement, arriver à entretenir l'équilibre entre ses ingesta et ses excréta par une nourri-

(1) Pettenkofer u. Voit, MUnchemr SUsung8ber.y 1863.

; purement composée de viande (dépouillée de graisse); ce ne peut être que ique, par une nourriture antérieure très-riche, il a accumulé à l'avance is ses organes beaucoup d'albumine et de corps gras. Même alors, pour intenir cet équilibre, l'organisme du Carnivore a besoin de quantités considéles d'albumine. Il en résulte qu'un animal médiocrement alimenté ne saui entretenir sa vie d'une manière durable avec de la viande pure. Un ani- I nourri de cette sorte aurait besoin , pour entretenir son équilibre de nuion, de quantités tellement considérables de viande que bientôt ses organes seraient plus capables de les élaborer. La gélatine peut jusqu'à un certain at venir en aide à l'alimentation par l'albumine, en ce sens que chez desaniux capables d'entretenir leur équilibre de nutrition avec des aliments purent azotés cet équilibre est atteint plus vite quand on mélange de la gélatine albumine

In chien bien nourri du poids de 30 à 35 kil. avait besoin de consommer 1500 gr. nande par jour pour entretenir pendant 49 jours son équilibre de nutrition. Ce ne chien, nourri pendant 42 jours avec 500 gr. de viande seulement, avait perdu bout de ce temps 3000 grammes de sa chair; en d'autres termes, ses excrétions avaient fait perdre une quantité d*Az équivalente à ce chiffre de viande. On rendit alors pendant 20 jours 1500 grammes de viande, , il augmenta de 609 mines de chair; puis pendant 8 jours il fut nourri à 2000 grammes, mais il igmenta plus; on ramena raliraentation à 1500 grammes et les excréta Temporsnl sur les ingesta. Dans une nouvelle série d'expériences, le môme chien reçut, fesqu'on l'eut fait jeûner, une nourriture par la viande qui fut successivement asée jusqu'à 1500 gr. Il maintint son équilibre de nutrition pendant 23 jours, au it desquels il maigrit de nouveau , et ce n'est que lorsque Talimentation atteignit

0 gr. que l'équilibre se rétablit sans que l'animal augmentât de poids. Pettener et Voit donnèrent à leur chien 400 gr. de viande et 200 gr. de gélatine ; l'ani-

1 excréta une quantité d'Az supérieure à celle ingérée; mais avec 400 gr. de ide et 250 gr. de gélatine l'inverse se produisit, c'est-à-dire que le chien excréta ns d'Az qu'il n'en avait mgéré. Dans les deux cas, la quantité de carbone éliminée assait celle ingérée.

!• Alimentation par V albumine mélangée à de la graisse^ et par Valhu- ^ mélangée à des hydrocarbures. Quand dans l'alimentation l'on ajoute fi l'albumine de la graisse ou un hydrocarbure, du sucre par exemple, limai conserve son équilibre de substances azotées avec beaucoup moins d'alninoïdes que dans le cas précédent, le 1/3 ou le 1/4 seulement. Avec le suseul, il faut employer plus d'albumine qu'avec le mélange de graisse pour iver au même résultat; en ajoutant à l'albumine des quantités plus considéles encore de graisse , on peut môme arriver à une assimilation de cette oière. La graisse de l'économie peut elle-même amener un semblable résulen ce sens qu'un animal très-gras a besoin de moins de viande pour entrer son équilibre de matières azotées , car il consomme alors une partie de iropre graisse.

î chien de Voit, en recevant par jour 500 gr, de viande et 250 gr. de graisses, éta une quantité d'azote équivalente à 557 gr. de viande; il consommait donc r. de sa propre chair; mais en môme temps il assimilait 75 gr. de graisses et

n'en transformait que 175 gr., calcul facile à établir d*aprës Je poids de ranima). Quand il était nourri avec 500 grammes de viande et 100 gr. de sucre , il tcansfor* mait, outre ces 100 gr. de sucre, 151 gr. de sa propre graisse et 537 gr. de viande (matières'azotées). Quand son alimentation se composait de 500 gr. de viande et de 900 de sucre , il ne consommait que 466 gr. de viande, 34 de graisse et 300 de bocr. Dans une nouvelle série d'expériences, pour lesquelles ils se servirent de leor grand appareil , Pettcnkofer' et Voit donnèrent pendant deux jours à un chien mu alimentation composée de 400 gr. de viande et 250 gr. d'amidon ou de sucre, et retrouvèrent tout Pazote et tout le carbone dans les excréta; quand l'animal était nourri avec 400 grammes de viande et 200 grammes de graisse , il conservait son équilibre de nutrition pour Tazote ; mais tout le carbone ne^e retrouvait pas: proliablement jl en avait assimilé et transformé en graisse. Tous ces faits semblent prouver que le sucre agit, dans ce cas^ en empêchant la graisse du corps d'être consommée, ce qui répond au reste à l'idée que nous nous sommes faite au § 35 du rdle des hydrocarbures dans la nutrition générale.

3» Alimentation mixte. D'après tout ce que nous venons de dire sur Féquilibe de nutrition entre les excréta et les ingestay il est facile de comprendre com* bien l'alilmentation mixte que nous trouvons dans notre nourriture habituelle est de tous points la meilleure, alors surtout que l'on envisage en outre les codditions physiologiques de la digestion et de l'absorption. Au point de vue de l'absorption seule, l'alimentation par l'albumine et la graisse serait évidemment celle qui serait la plus avantageuse pour obtenir l'équilibre de nutrition. MaiS) au moins chez l'homme et les herbivores, une pareille alimentation ne serait pas suffisante en raison des conditions de la digestion ; aussi chez ces animaux les hydrocarbures remplacent-ils la graisse , et probablement la gélatine se substitue- t-elle à l'albumine. Nous avons vu plus haut (§ 65) que pour une bonne alimentation il faut que des matières de cette espèce s'y trouvent en cer» taines quantités. La physiologie de là nutrition vient à l'appui çle cette opinion. Si l'on donne à un Carnivore qui jusqu'alors a été bien nourri avec de la viande et de la graisse, ou bien avec de la viande et du pain , une alimentation exclusivement composée de pain , aliment dans lequel la proportion des hydrocarbures l'emporte considérablement sur celle des albuminoîdes , ce cai;mvow, aura besoin, pour bien se nourrir, de quantités de pain de plus en plus considérables. Le poids de son corps ne diminuera pas, mais dès le début l'azote^ le carbone excrétés l'emporteront sur l'azote et le carbone ingérés, tandis qn'uw partie de l'eau absorbée restera dans son économie ; ses tissus deviendront plu? riches en eau , ce qu'il est facile de constater, puisqu'aussitôt que Ton rendra de la viande à l'animal, ses reins élimineront une quantité considérable d'eau. L'alimentation exclusive par le pain ne put amener qu'au bout de 41 jours un équilibre imparfait des différents éléments; chez le chat cet équilibre ne put jamais être atteint (Bischoff et Voit). Il en est de même quand on donne une nourriture qui contient très-peu d'albunline et beaucoup de graisse, ou trèspeu de graisse ou d'hydrocarbures et beaucoup trop d'albumine. Dans le premier de ces cas (trop de graisse pour peu d'albumine), il se produit à peupr^^ ce qui a lieu quand l'alimentation est exclusivement par la graisse ; en d'a^' très termes, il se consomme plus d'albuminoïdes des tissus que pendant Tiflâ^'

>n, tandis qu'en même temps il y a de la graisse assimilée. Dans le second s (trop d'albumine) il y a beaucoup moins de carbone éliminé qu'il n'y en a absorbé , tandis que l'azote reste à peu près en équilibre. Ce fait semble •cuver qu'il peut se faire de la graisse aux dépens de la viande, ce qui revient dire que l'albumine, en se dédoublant, peut donner naissance à de. la graisse 35) (Pettenkofer et Voit).

*» Équilibre dans les différentes conditiotis de nutrition du corps. Pour laque organisme et pour chaque mode d'alimentation il y a une certaine mite minimum de la ration alimentaire qu'il n'est pas permis de dépasser, moins de voir l'économie se consommer sucœssivement elle-même et arriver insi à l'inanition. Mais si l'on veut entretenir l'équilibre du corps dans un état ionné, les rations alimentaires nécessaires ne seront pas toujours les mêmes ; a efifet, l'organisme, pour conserver cet équilibre, a besoin d'autant plus d'alinents qu'il est mieux nourri ; en d'autres termes, une ratioi) avec laquelle un mimai bien nourri consomme de sa propre substance peut sufQre à un aninal mal nourri, soit pour entretenir son équilibre de nutrition, soit même pour augmenter de poids. Mais il existe aussi une limite maximum de la ration , limite au delà de> laquelle il ne saurait plus y avoir assimilation de tissus , et lu-delà de laquelle les aliments en excès passent à travers l'intestin sans être ibsorbés; il en résulte alors des troubles digestifs, en raison desquels la limite Pmiimum se trouve aussitôt considérablement abaissée. La ration alimentaire nécessaire pour entretenir le poids du corps croît beaucoup plus rapidement ïtie la masse du corps ; pour obtenir le double en poids de chair, de graisse etc. ians un organisme , il faut plus du double de la nourriture qui permet de noaintenir le même organisme dans son équilibre primitif.

Chez le chien de Voit, la Umite minimum de l'équilibre de nutrition était de 500 gr. de viande pure par jour; mais TéqUilibre ne put^ dans ces conditions, être conservé que pendant peu de temps, vu que, comme nous Tavons dit plus haut, un chien nud nomri (c'est le cas du moment où Ton commence l'expérience avec la limite mioifflom) ne peut conserver longtemps son équilibre de nutrition avec une nourriture (viande pure, et consomme de sa propre substance. Chez le môme chien , le maxinom de l'alimentation était de 2500 à 2600 gr. Dès que l'on dépassait ce chiffre, les ^WDiissements et la diarrhée survenaient. Quand l'alimentation est mixte, les limites oûnimum et maximum s'écartent beaucoup plus l'une de l'autre , puisque d'une part >l>Qffit d'une quantité absolue plus petite d'aliments pour obtenir l'équilibre, et que d'antre part une quantité d'aliments plus grande peut être absorbée pour atteindre la ^te maximum que les voies digestives peuvent supporter. Mais les données que ^08 possédons à cet égard ne sont pas encore suflfisantes. Nous ne connaissons pas davantage quels sont les équivalents des différentes espèces d'aliments qui peuvent •a substituer pour maintenir le corps dans la situation d'équilibre. Lorsque l'appoitdes aliments s'accroît successivement, l'économie tend à arriver à un point où ^n'assimile plus rien, ce qui prouve que la décomposition augmente beaucoup plus '^pidement que l'assimilation. Bischoff et Voit ont démontré l'exactitude de cette proposition chez le chien pour les substances azotées , et Henneberg l'a confirmée *ex le bœuf. L'équilibre tendant toujours à s'établir, quelle que soit la quantité de *iande donnée, il faut étudier surtout les premiers jours pendant lesquels on ^tigmente progressivement l'alimentation. Dans les nombreux tableaux de Voit nous

choisissons quelques chiffres obtenus sur un chien d'un poids d'enTiron âO IliIogrammes.

Quantitëa Iràniforindes Quantité QnantiUS en rapport avec la masse totale AUmentatton

de clo de la chair da corps |

viande donnée. viande transformée. do l'animal et do la viande antérlMin. \

de Talimentation.

1000?' 580»' V34 àlimentalion mixie.

lÔOO»»- 4186?' Vi7 »

1800?' 4356?' V,5 Jeûne de 3 jouri.

2000?^ 4753?' V„ Gélatine et nn peu de fiiià.

2500?' 2453?' «/g 1800 gr. de fiande ^ jw.

Ces chiffres prouvent en outre Tinfluence de l'alimentation antérieure, influence qoi devient bien plus manifeste encore si l'on compare l'alimentation par la viande pure à celle par la viande mélangée de graisse. Voit a constaté que, lorsqu'on vient à donner à un animal bien musclé (mais peu chi^é de graisse) 400 gr. de viande de plus que n'en comportait son alimentation , il y en a 80 grammes qui sont décomposés, tandis que, dans le même cas, un animal bien gras n'en décompose que 36gr.et s'assimile tout le reste. La richesse du corps en graisse favorise donc l'assimila' tion de la viande ; les hydrocarbures agissent de la même manière en favonsant de leur côté l'assimilation des graisses. Tous ces faits sont des plus importants ta point de vue de l'alimentation rationnelle, car ils prouvent que pour arriver à fidre assimiler la plus grande quantité de chair possible, il ne convient pas de nourrir exclusivement par la viande. On comprend aisément que dans l'englrûssage des animaux la production de graisse et de viande devient de plus en plus dispendieose i mesure que l'animal engraisse. Un autre élément de la question qui intervient encore, c'est la digestibilité des différentes substances alimentaires.

Quand l'on passe d'une alimentation à une autre ^ il faut toujours attendre un certain temps pour retrouver un nouvel équilibre de nutrition^ et ce temps est toigours d'autant plus long que la différence entre les deux modes d'alimentation est plus considérable. Quand on augmente la ration de viande, c'est au bout de 4 à 5 jours que dans la plupart des cas l'équilibre est rétabli ; mais quand une alimentation riche en viande succède à un état de jeûne antérieur, il peut s'écouler de 8 à 40 jours jusqu'à ce que l'équilibre soit retrouvé. Les phénomènes de décomposition augmentent peu à peu, tandis que ceux d'assimilation diminuent. Dans une expérience dans bquclle on était passé d'une alimentation mixte peu copieuse à une alimentation pir 4800 gr. de viande pure, l'équilibre fut obtenu au bout de 5 jours; l'assimilation fut le premier jour de 289 gr., le second et le troisième de 82 gr., le quatrième de 29 et le cinquième de' 3 gr. L'échange journalier d'azote augmentait en même temps de 20?',2 jusqu'à 64?',2. Quand on passe d'une alimentation pauvre à une alimentation plus riche, l'assimilation qui, dans les premiers jours , était considérable, comme le démontre l'expérience précédente, baisse rapidement ; quand , au contraire, on pas» d'une alimentation riche à une alimentation pauvre, l'on remarque que le premier jour il y a encore une élimination relativement considérable d'azote, mais on la voit ensuite baisser rapidement jusqu'à ce qu'elle atteigne le nouvel équilibre de nutrition.

Le point essentiel des résultats obtenus par Bischoff et Voit, et par Voit et Pettenkofer, dans leurs recherches sur la nutrition, consiste précisément dans ce fait que la quantité d'éléments nutritifs introduits dans l'organisme d'un animai doit toujours être dans un rapport déterminé qui augmente avec le poids de l'organisme à nourrir. Ce résultat doit nous sembler très-plausible; il suffit de songer qu'un organisme peut exister sous des conditions très- variées de richesse en chair et en gi-aisse , et cepcn-

ÉCHANGE DES MATÉRIAUX DANS L'ÉTAT d' ABSTINENCE. 351

dant les anciens physiologistes ne l'admettaient pas. La plupart d'entre eux croyaient, au contraire , que non-seulement un même organisme peut se trouver dans des conditions variées d'équilibre de nutrition , mais que dans ces différentes conditions Torgamsme consomme d'autant plus que l'apport est considérable. Une expérience de Bidder et Schmidt semblait leur donner raison. Ces auteurs avaient remarqué, on effet, qu'un chat qui avait besoin, pour entretenii* son équilibre de nutrition, de 90 gr. de viande pure par kilogr. de son poids, pouvait en absorber jusqu'à 124 gr. sans qu'il se produisît une augmentation dans ses tissus : l'excès d'alimentation se compensait par l'augmentation de l'excrétion. Bidder et Schmidt virent quelquefois se produire une augmentation d'assimilation dans les tissus de l'animal, mais toujours alors il se produisait une décomposition considérable de substances azotées ; aussi en conclurent-ils que dès que la quantité des aliments dépasse les limites nécessaires, il se fait aux dépens de la partie excédante une espèce de consommation de luxe, c'est-à-dire ane décomposition dans le sang sans passage préalable à travers les tissus (<). Les aateurs qui dans les deux camps soutenaient les deux opinions contradictoires , ont de part et d'autre commencé par mêler deux questions distinctes; la première est celle-ci: l'excédant de l'apport, dépassant la quantité nécessaire pour l'entretien de l'équilibre, se décompose-t-il sans servir utilement à l'économie? et la seconde': se &it-il dans le sang lui-même comme dans les tissus une décomposition des substances azotées? Ce n'est que dans ces derniers temps que Voit a abandonné cette dernière question et qu'il a admis que le sang» peut à cet égard se comporter comme tons les autres tissus azotés (voy. § 144). La première question est évidemment la plus importante au point de vue de la théorie de Bidder et Schmidt. Cette théorie était basée sur des expériences insuffisantes et peu concluantes. Tout le monde ad^ mettra donc aujourd'hui qu'en général dans un organisme l'assimilation des tissus peut augmenter aussi longtemps qu'il est possible d'augmenter la décomposition. La démonstration de ce fait et ses conséquences ont fourni une nouvelle base à la physiologie de la nutrition et de l'échange des matériaux de l'économie.

§ 150. — Échange des matériaux dans l'état d'abstinence.

Pendant l'abstinence, l'économie ne cesse pas d'éliminer des substances par les reins, la peau et les poumons. La quantité de matériaux qui se détruisent dans Téconomie est en rapport avec la quantité d'éléments mis en réserve dans les tissus par l'alimentation antérieure. Un organisme bien nourri diminue rapidement par l'abstinence et élimine plus d'urée et d'acide carbonique qu'un organisme mal nourri ; le premier peut même fournir plus de matériaux de décomposition pendant un jeûne absolu que le second pendant l'alimentation. Mais il est aisé de comprendre que toutes ces différences qui dépendent de l'a- Umentation antérieure disparaissent au bout de quelques jours; aussi chez différents animaux la décomposition suit-elle d'autant mieux les mêmes phases que Ton se rapproche davantage des derniers termes de l'inanition. En général, chez fe chien , les phénomènes de décomposition suivent alors la même marche que dans le cas de changement brusque dans la quantité de l'alimentation ; le poids du corps et les excrétions subissent des variations énormes au début de Tinani-

n Bidder u. Schmidt , Verdauum/asUfte und Stoffwechsel — Biscboif u. Voit, Die Oe- «b» der Emàhrung des Fleischfresaera. — Voit , ZeiUchrift f. Biologie, 1. 1 à III. — Pettenltofer u. Voit, Munchener Akademie-Berichte, 1866-1867.

tion, jusqu'à ce qu'ils atteignent une limita à partir de laquelle leur quantité ne s'abaisse plus que très-lentement. Cette limite est beaucoup plus rapidement atteinte quand déjà antérieurement l'alimentation a été insuffisante. D'autre part, la qualité de l'alimentation antérieure influe également sur le cours des phénomènes de l'inanition. Les organismes riches en graisse supportent le plus longtemps l'abstinence. Un animal qui, avant d'être soumis au jeûne, a été nourri avec des quantités abondantes de viande détruit durant les prenû^ jours de l'abstinence tout l'excédant qu'il avait emmagasiné. Un animal, au contraire, nourri avec de la viande et de la graisse conserve un certain tempe une partie de l'albumine , par ce que l'oxydation de l'albumine semble ^ ralentie par la combustion de la graisse. La décomposition des albuminoides dans l'économie dépend évidemment de la richesse en albuminoides des tissus qui le composent; mais ce rapport ne peut, on le comprend, être fixe que pour une même espèce d'animaux. Pour des espèces différentes , le rapport qui existe entre la quantité totale d'albuminoîdes contenus dans les tissus et la quantité d'albuminoîdes détruits pendant l'inanition est des plus variables suivant la nature des différents organismes. Les petits animaux consomment en général une 4uantité relative plus grande de substances azotées que les grands animaux. •

Les phénomènes de décomposition qui se passent chez l'animal affamé sont des plus variables suivant les différents organes. La perte de poids permet de conclure à la perte que l'inanition leur £adt subir. Ce sont les dépôts dégraisse qui subissent les pertes les plus considérables ; les muscles en éprouvent de grandes aussi ; puis viennent la peau, les os, le foie, le canal intestinal ; le système nerveux est celui qui perd le moins. La diminution dans la quantité du sang est à peu près la moitié de la perte totale du poids des organes. On voit parfous la proportion relative d'eau augmenter dans les organes. Sur un animal bien nourri antérieurement, la perte au m'oment de la mort par inanition peut atteindre presque la moitié du poids total du corps.

Le tableau suivant, tiré des travaux de Voit, nous servira à prouver ce que nous venons d'exposer. Le poids du corps était de 35 kilogr. ; la colonne A, qui nous donne la quantité d'urée excrétée, sert à calculer la quantité de chair consonunée dans le corps; elle est désignée dans la colonne B; on y est arrivé en calculant la quantité d'azote de l'urée correspondante. La colonne C donne la quantité totale de chair qui reste à consonuner au jour qui suit l'expérience.

Avant l'abstinence.

1 jour d'abstinence

B. Chair du corps ^' ^^^ *" *^°^ ^' ^^l^^^a *^ -' de U

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consommée.

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Vu 'Ao

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