THÉORIE DES FORCES NERVEUSES ET MUSCULAIRES
rience, qu'au pôle positif. Quand on fait passer un courant inverse à travers le nerf > les parties qui jusque-là étaient en anélectro-tonus deviennent catélectroioniques, et les forces de tenWon moléculaire y sont augmentées, tandis que les forces de résistance moléculaire y restent diminuées ; le tétanos d'ouverture se trouve augmenté en ce cas. Quand , au contraire, les courants sont forts (Fig. 80), Tanélectro-tonus, augmentation des forces de résistance, s'étend au delà de la portion interpolaire; aussi les courants de forte intensité, quelle que soit leur direction, diminuent-ils le tétanos d'ouverture. L'augmentation de l'excitabilité, qui persiste comme effet consécutif du courant continu , a également sa cause dans la diminution des forces, tout aussi bien que la diminution de l'excitabilité, la fatigue. Dans le premier cas, ce sont les forces de résistance moléculaire qui sont diminuées, tandis que, dans le second, dans la fatigue, ce sont les forces de tension moléculaire.
La loi de l'excitation des nerfs s'explique tout aussi aisément. Reprenons notre exemple du poids supendu à un fil : il faut , quand la force de tension du poids augmente lentement ou que la résistance du fil diminue lentement, que le fll s'allonge progressivement et que le poids descende doucement vers la terre. De même aussi, le nerf n'est pas excité quand il entre lentement en état catélectro-tonique ou qu'il sort lentement de l'état anélectro-tonique.
Il semble que le fait' de la transmission de Texcitation sans modification à travers les portions électrotonisées (quand, bien entendu, la force du courant ne dépasse pas une certaine limite) se trouve en contradiction avec cette théorie. Pour se rendre compte de cette anomalie apparente, il faut admettre que de toutes les forces mises en liberté aux points excités il n'en est jamais employé que la quantité nécessaire pour déplacer la résistance moléculaire de manière que la grandeur de la modification atteigne le degré déterminé par la quantité des forces vives existantes. Un exemple fera mieux saisir ce que nous voulons dire. Supposons une roue qui puisse être mise facilement ou difficilement en mouvement grâce à un ressort appliqué contre son axe. A un de ses rayons est adapté un auget, sur lequel tombe une chute d'eau qui met la roue en mouvement. Dès que la roue aura parcouru un chemin très-court, l 'auget se trouvera en dehors de Faction de la chute d'eau. Appuyons maintenant le ressort , la roue parcourra , en raison de la même force vive , un chemin plus court , mais elle sera frappée alors par plus de molécules liquides jusqu'à ce que la rotation ait atteint la vitesse donnée. Une force vive, continue et persistante ne produit donc pas en ce cas un déplacement plus grand sur une roue facile à mettre en mouvement que sur une roue difficile à mouvoir. De môme aussi, dans la transmisâon de l'excitation à travers le nerf, la grandeur de l'excitation reste la même quelle que soit la résistance moléculaire dans la portion travei'sée.
L'on peut enfin se demander encore quelle est la valeur de cette théorie pai' rapport aux phénomènes électriques des nerfs et des muscles. Les force§ électriques qui se manifestent au dehors sont des forces vives déterminant des mouvements (l'aiguille magnétique, la patte galvanoscopique) qui les font constater. Toujours, comme le démontre la mise en liberté continue d'actions électro-motrices, il y a une partie des forces de tension qui se transforme en forces vives. Cette transformation est continue, tandis que la force vive d'exci-' ^tioHy qui finit par se manifester sous forme de secousses ou de sensations y
ne prend naissance aux dépens des forces de tension qu'à certains moments, sous l'influence d'un excitant. L'on voit, en étudiant les modifications de l'excitabilité dans l'électro-tonus, que, lorsque (dans l'attélectro-tonus) les forces électriques augmentent , la force vive de l'excitation mise en liberté par un excitant diminue au contraire, tandis que, lorsque (dans le catélectro-tonus) les forces électriques diminuent, la force vive de l'excitation augmente. Mais dans le rayon de l'anélectro-tonus les forces de résistance moléculaire sont augmentées, et les forces de tension moléculaire le sont également dans le rayon du catélectro-tonus. Il s'ensuit que les forces électriques mises en mouvement augmentent du côté où augmentent les forces de résistance, et qu'elles diminuent du côté où celles-ci diminuent également. On peut en conclure que probablement les phéyiomènes électriq'iies tirent leur origine des forces de résistance moléculaire. Car il est facile de comprendre que, lorsque les forces de résistance moléculaire augmentent , la partie de ces forces qui se transforme continuellement en force vive doit augmenter aussi. L'excitation, au contraire, dépend des forces de tension moléculaire dont, à certains moments seulement j sous l'influence d'un excitant, une partie se tranforme en forces vives.
C'est Pflùger qui établit cette théorie ; elle est étayée par ses recherches sur la physiologie de l'électro-tonus , mais Pfluger s'était borné aux phénomènes qui ont trait à l'excitation. Nous avons tenté de l'étendre et de la rattacher au grand principe de la constance des forces.