IL LES IMPRESSIONS DES SENS
§ 174. — Vue d'ensemble et division.
Nous désignons sous le nom d'impression des sensy les effets produits par l'action des excitants sur les organes des sens et sur les nerfs sensoriaux, quand ces efl'ets sont perçus par notre conscience. Les impressions des sens de même nature sont perçues dans un ordre déterminé et sont rapportées toujours à un objet; aussi amènent-elles à la perception et à la reproduction de Vimage de cet objet. La perception et la reproduction de l'image sont des actes psychiques: leur étude approfondie est du domaine de la psychologie ; mais la physiolc^f doit nous rendre compte des conditions physiques qui y président.
On peut diviser les impressions des sens d'après la psychologie et d'après la physiologie. La divisioyi psychologique les classe, d'après leur différence essentielle au point de vue de la conscience, en impressions objectives et en impressions subjectives. Au point de \ue physiologique y au contraire, onJes classe d'après les diflérents organes des sens et d'après les différences fonctionnelles déterminées par ces organes. C'est cette dernière classification qu'il nous faut suivre ici ; nous traiterons donc :
1» Du sens du tact, des sensations de mouvement, et de la sensibilité g^ nérale ; 2« Du sens de la vue ; 3® Du sens de l'ouïe ; 4" Du sens de l'odorat et du sens du goût.
Avant de traiter de ces différents sens en particulier, nous dirons quelques nots sur le rapport de l'impression avec les excitants sensoriaux extérieurs , lin^ que sur la perception et la représentation de Timage.
Les divisions psychologiques et physiologiques des sensations ne concordent jamais. Jn même organe des sens peut percevoir les impressions comme sensations objecives ou subjectives. Toutes les impressions très-intenses tendent à être perçues sous a forme d'impressions de douleur. Il existe certaines sensations qui sont très-aisénent rapportées à un état subjectif ou à une modification subjective; elles doivent Jors être spécialement désignées sous le nom d'impressions, comme, par exemple , es sensations de mouvement, les sensations fournies par les organes internes, qui le peuvent devenir plus intenses que dans des conditions anomales. Au contraire, es impressions perçues par les organes des sens proprement dits , le tact , la vue , 'ouïe, le goût, l'odorat, sont des impressions objectives. Parmi ces cinq sens, il n'y i que les impressions perçues par la peau qui se rapprochent des sensations propreaent dites ; aussi désigne-t-on souvent la peau comme l'organe de la sensation.
§ i 75. — Conditions générales de l'impression des sens.
lo Rapport entre l'impression et Vexdtant. Tout excitant extérieur qui git sur un organe des sens est un mouvement. Ce sont ou les mouvements .'un corps pesant (organe du tact), ou les oscillations de l'air (ouïe), ou les ibrations de l'éther (lumière et chaleur rayonnante), ou enfin les oscillations apldes d'atomes pondérables (chaleur transmise) , qui impressionnent les oranes. Nous pouvons distinguer dans chaque mouvement la force vive du louvetnent et la form^ du mouvement. Dans les mouvements oscillatoires de i plus grande partie des excitants sensoriaux , la force vive correspond à amplitude des oscillations , et le^ différences essentielles qui caractérisent la >rme des vibrations correspondent aux différences de longueur de Vonde. fous avons à distinguer dans la sensation Vintensité et la qualité. L'intensité e la sensation dépend de la force vive, et la qualité de la sensation dépend de i forme du mouvement de l'excitation.
a) Intensité de la sensation, La sensation est très-faible au début, alors ue déjà l'excitant a atteint une certaine force. Quand l'excitant devient plus )rt, le rapport qui existe entre l'intensité de la sensation et la force vive de excitation peut être exprimé par la loi suivante : quand Vintensité de la sen?ation augmente, suivant des quantités absolues égales ^ la force vive de l'exitation doit augmenter aussi suivant des quantités relatives égales. Cette loi i été découverte par E. H. Weber, et désignée par Fechner sous le nom de loi mfcho-physique. Le degré d'intensité que l'excitant doit atteindre pour déterminer une sensation constitue la limite de V excitation; le degré d'intensité fue des excitants divers doivent atteindre pour que les sensations qu'ils déterminent soient différentes entre elles , est dite la limite des différences. Mais a différence perceptible entre les sensations est toujours de même grandeur, iisi que la sensation perçue. Quand il s'agit d'excitations d'intensité différente, * limite des différences indique le rapport suivant lequel l'excitant doit ^e renforcé pour qu'il produise une sensation augmentée d'une quantité
égale. On peut donc désigner cette dernière limite sous le nom plus général 4le limite des rapports, et, comme le rapport, dont il s*agit est constant, c'est la constante proportionïielle. Supposons^ par exemple, l'intensité de Texcitant extérieur = 1 au moment où il détermine la sensation ; 1 est donc la limite de l'exciLition. Supposons qu'il faille augmenter l'excitant de 1/10 pour produire une différence perceptible dans la sensation, la limite des différences = i/10. Mais d'après la loi psycho-physique , si l'excitant est 10 fois plus fort , il fout (fu'il soit, lui aussi, augmenté de 1/10 de sa grandeur, soit de 1 , pour produire une différence perceptible dans la sensation; le chiffre 1/10 est donc la limite du rapport ou la valeur constante de ce rapport.
Fcchner a divisé de la manière suivante les méthodes à Taide desquelles il est possible de vérifier la loî psycho-physiqtœ dans les différents organes : i« la méthode des différences perceptibles. On étudie, avec des*cxcitants de forces variées, la quantité dont il faut augmenter Texcitation, pour atteindre le point où les différences de sensation deviennent perceptibles; 2^ la méthode des appréciations jitstes et fausse*. On se sert d'excitations de forces variées et Ton y ^oute, à plusieurs reprises, des excitations faibles et de petite différence , de telle sorte que les différences dans la sensation perçue ne soient pas facilement appréciables ; on note alors exactement les cas dans lesquels l'appréciation de la sensation a été juste ou fausse ; on détermine ensuite pour les différents excitants la petite différence pour laquelle le rapport entre les cas d'appréciation juste ou fausse est restée la même ; il s'ensuit que la quantité dont il faut augmenter l'excitation initiale doit toujours être dans le même rapport, quand le chiffre relatif des cas d'appréciation juste ou fausse est le même; S*»!* métliode de Ve^^eur moyenne. On diminue l'intensité d'un excitant jus€[u'à ce qu'il détermine une sensation qui semble égale à celle déteiminée par un excitant d'intensité connue, on repète cette expérience un grand nombre de fois et l'on détermine la moyenne de l'erreur commise; la valeur de cette quantité doit être proportionnelle à la sensibilité pour les variations de l'excitation.
La loi psycho-physique peut s'exprimer très-facilement par une valeur mathématique. Désignons par e l'impression déterminée par un excitant r, et par d e l'acnoisscment de la sensation qui se produit lorsque r augmente d'une quantité dr in-
tiniment petite, si C indique une grandeur constante, de = ; en d'autres termes,
l'accroissement de la sensation de reste consUmt aussi longtemps que — , rapport
entre Paccroissement (le l'excitant et l'excitant lui-même, ne varie pas. Le rapport «ixprinié par cette formule est exactement le môme que celui qui existe entre les logarithmes et leurs nombres correspondants. Les logarithmes augmentent d'une mêmcî quantité quand les chiffres augmentent, de telle sorte que l'accroissement de la valeur du nombre est toujours dans un rapport constant. L'on peut donc dire que la sensation augmente proportionnellcme}it au logarithme de l'excitant, ce qpi
peut s'exprimer par la formule e — Klog ^\, formule dans laquelle K est on
nombre «constant et q la limite de l'excitation. Le calcul intégral démontre que cette dernière formule n'est autre chose que Tintégration de l'équation différentielle de b première formule.
Il existe pour la loi psycho-physique une limite supérieure à partir de laquelle les sensations s'accroissent encore plus lentement que le logarithme de I'mo* tation , et l'on atteint enfin un point A partir duquel tout accroissement de l'ei*''
lion ne peut plus augmenter la sensation.. La raison de ces exceptions est ute physique. La loi psycho-physique se vérifie i en effet, aussi longtemps le le phénomène d'excitation augmente dans le nerf proportionnellement à l'intenté de Texcitant. Or, à partir de cette limite, cette proportion dans l'augmentation 5 l'excitation diminue , et l'excitation arrive enfin à un maximum qu'elle ne saurait ^passer (voy. §163). La sensation dépend, d'autre part, directement de l'excitation 1 nerf et secondairement seulement de l'excitant extérieur. C'est de la même maère que l'on explique comment au-dessous d'une certaine limite inférieure la loi ycho-physique perd sa valeur (voy. § 190). La limite de l'excitation est elleôme sujette à des variations assez grandes en rapport avec la différence d'excitabié des organes des sens. Le tableau suivant, qui indique les limites de l'excitation les limites des rapports ou les constantes proportionnelles (que l'on désigne aussi moins juste titre sous le nom de différences proportionnelles) , ne comprend donc le des valeurs moyennes approximatives.
Constantes proportionnelles.
insation du tact 1/3
de température. 1/3
du mouvement. 1/17
imière 1/100
Limite de l'excitation.
Pression de 0«%002 à 0«nr,05 (Aubert).
La chaleur propre de la peau étant de 18",4, environ 1/8« (Weber).
Raccourcissement de 0n»",004 du muscle droit interne de l'œil (Wundt).
Morceau de liège de 1 milligr. de poids, tombant de 1 millim. de hauteur sur une plaque de verre , entendu à 91 millim. de distance (Schafhiiutl).
Intensité de lumière environ 300 fois plus faible que celHe de la pleine lune (Aubert).
La loi psycho-physique fut découverte par voie empirique; nous n'en possédons core aucune explication. Comme nous l'avons dit, on peut a priori l'expliquer ychologiquement en lui donnant une signification logique. La limite des rapports ut être envisagée comme le résultat d'une comparaison. Chaque fois que , sans le cours d'autres moyens , nous c(Jmparons des grandeurs entre elles , cette compaison ne nous donne que des résultats relatifs, et nous ne saurions donner que le pport d'une grandeur à l'autre ou ce que , dans la loi psycho-physique , nous aplons la constante proportionnelle.
h) Qualité de la sensation.^ Nous assignons des qualités différentes : 1» aux nsations des différents sens et 2" aux sensations déterminées dans le même îûs par les différentes formes de Texcitation. C'est ainsi que, par exemple, s sensations du son et de la lumière sont de qualités différentes, et, en outre, s hauteurs du son et les sensations de couleur forment entre elles-mêmes des Wes de sensations de qualité différente. Les sensations des différents sens ne euvent se transformer les unes dans les autres, tandis que les sensations oalitatives d*un môme sens (les hauteurs du son, les couleurs) présentent ^ujours des nuances qui les font passer les unes dans les autres. Mais existe des différences remarquables entre la manière dont les sensations quatattves se comportent entre elles. La série des sons ne part toujours que d'un >iiit pour s'élever ou s'abaisser, tandis que les couleurs présentent des teintes
' intermédiaires qui les font passer graduellement dans toutes les autres teintes. Le système des sensations du son peut donc être représenté par une ligne, tandis que celui des sensations de couleur peut l'être par une suifacc à deux dimensions. Ce n'est donc que pour le sens de l'ouïe qu'il existe un rapport ample entre la sensation et la forme du mouvement de l'excitant , la longueur de l'onde ou la vitesse des vibrations. La loi psycho-physique y trouve son application ; l'accroissement absolu de la hauteur du son répond à un accroissement relatif égal delà vitesse des vibrations.
Nous nous sommes bornés aux deux sens les plus faciles à étudier : la vue et Toue. Il est permis d'admettre que les sens du goût et de Todorat se comportent comme celui de la vue ; nous y trouvons en effet aussi des sensations intermédiaires, diffîciles à distinguer il est vrai, en raison du mélange de plusieurs espèces d'impressions. Il n'en est pas de mémo des sensations de chaleur et de mouvement, dont noik> distinguons l'intensité , mais dont il ne nous est pas possible d'apprécier les qualités. Pour le tact , il n'existe en dehors de l'intensité de la pression que des différences locales, car la sensibilité de la peau présente des différences qualitatives suivant les points. Des différences que l'on considère souvent comme qualitatives ne le sont pas en réalité. Ainsi, la sensation d'un corps rude est due à la disposition spéciale des points isolés et séparés les uns des autres qui déterminent la sensation; quant à l'impression produite par un instrument piquant, comparée à une pression ordinaire , elle est due à ce que , dans ce cas , ce n'est pas une excitation véritable d'un organe du tact, mais bien une excitation d'un nerf sensible.
On explique comment il se fait qu'il n'y ait pas d'intermédiaires entre les différents sens, tandis qu'il en existe entre les impressions perçues par chaque sens: dans le premier cas en effet il n'y a pas de continuité entre les différentes formes de l'excitation, tandis qu'elle existe pour les sensations })erçue^ par le même sens.
Entre les vibrations que nous percevons à l'état de son et celles que nous per«vons à rélat de chaleur, il se trouve toute une série de vitesses vibratoires qui ne sont perceptibles à aucun de nos sens; les vibrations thermiques très-i*apides sod( perçues en même temps comme lumière, mais par d'autres organes.
Vilcsic des vibrations.
Son le plus bas 16 à la seconde.
Son le plus haut 30,000 id.
Couleur la plus basse (rouge). . . 450 billions à la seconde. Couleur la plus haute (violet) . . 785 id.
Les sensations de chaleur sont comprises entre celles du son et de la couleur, ells empiètent même eu partie sur ces dernières ; il est impossible de fixer un chiffr* de vibrations équivalent aux plus basses sensations de température, car nos organes ne sont pas impressionnés par une valeur thermique absolue, mais uniquement [»•' la différence qui existe entre les objets extérieurs et nos oi'ganes tactiles.
2^ Rapport entre la sensation et Vidée. Nous donnons le nom de sensaiiof^ à la modification que nous éprouvons quand un de nos organes des sens e^ directement excité. La sensation devient idée aussitôt que nous la rapportons à une cause située en dehors de nous-mêmes. C'est à l'aide des sensations devenues idées qu'il nous est possible de distinguer d'abord notice propre corps
l'avec les milieux ambiants et de distinguer ceux-ci entre eux. Mais avant que es sensations deviennent idées, il faut qu'elles soient comparées entre elles. Lvant que, par exemple, nous concevions l'idée d'un corps, il faut que toutes &s excitations déterminées sur la rétine par l'image de ce corps soient coorlonnées dans un ordre correspondant à l'olyet extérieur. Cette coordination l'est pas encore l'idée, car nous pouvons supposer que ce groupement existe lans la rétine sans que la cause de l'image perçue soit rapportée au dehors de lous-mèmes. Ce point intermédiaire entre la sensation et l'idée sera pour nous 1 perception.
Nous croyons que cette manière de comprendre la sensation , la perception et l'idée épond assez exactement au sens qu'on doit leur donner, et nous pensons que ce ont ces trois actes qui évidemment constituent par leur ensemble le phénomène ensoriel qu'il est si important de préciser. La terminologie scientifique est ici enore peu fixe, car souvent déjà Ton a donné le nom d'idées à toutes les modifica- Ions de notre conscience, voire môme aux simples sensations. On prenait alors commç oint de départ une opinion philosophique d'après laquelle l'idée serait la propriété mdamentale de l'âme. S'il était nécessaire de distinguer les idées produites par des xcitations extérieures d'avec celles produites par la reproduction et la combinaison e perceptions antérieures , nous désignerions les premières sous le nom d'idées Iffuratives et les secondes sous le nom d'idées comparatives.
C'est à la psychologie de rechercher eomment les perceptions et les idées succèdent ux sensations; mais la physiologie ne saurait se dispenser complètement d'aborler ce sujet, parce qu'en étudiant les moyens physiques nécessaires à la formation de 108 idées sensorielles, il faut de toute nécessité qu'elle touche au phénomène de cette ormation lui-même. En général , toutes les théories que l'on en donne peuvent être groupées en trois catégories : 1° Les théories nativistiques, Helmholtz comprend sous ce nom toutes celles qui rapportent la transformation de la sensation en idée à des dispositions natives des organes des sens, du cerveau ou de notre conscience ; si l'on ajoute plus d'importance aux premières, c'est-à-dire aux conditions de notre organisation physique, ces théories seront empreintes de matérialisme; si, au contraire, on ajoute plus d'importance aux conditions spirituelles , la théorie sera marquée au coin de l'idéalisme. Le nativisme matérialiste admet, par exemple, que la vue nous 'oumit des idées d'espace, parce que toutes les impressions lumineuses déterminent ^e image limitée sur la rétine ; le nativisme idéaliste soutient, au contraire, que l'idée d'espace est innée dans notre conscience. Les physiologistes qui défendent le ï^tivisme ont, depuis J. MûUer, combiné ces deux doctrines. 2° Les théories enipi- ^ues. Pour ces théories, l'idée est le résultat de l'expérience. Les impressions des '^DBnous servent d'indices pour juger les objets extérieurs d'après notre expérience intérieure. Les sensualistes anglais de l'école de Locke avaient autrefois adopté 'empirisme, et récemment Helmholtz a cru devoir y rattacher au moins en partie '•s phénomènes de perception par l'organe de la vue. Mais, néanmoins, cet auteur *8entila nécessité d'admettre une base psychologique supérieure à l'empirisme; il ï^nse, comme Schopenhauer, que l'origine de l'idée dépend d'une compréhension ^osale qui nous détermine à envisager les objets comme les causes extérieures de ll08 impressions. 3* La théorie psychologique. Cette théorie rapporte la transformation des sensations en idées à un phénomène psychique, dont l'étude approfondie est Ai domaine de la psychologie , mais pour l'élucidation duquel les observations physiologiques sont d'une grande importance. La théorie psychologique s'accorde par ipielques détails avec l'empirisme, puisque le jugement porté d'après l'expérience
antérieure n'est qu'un cas isolé des phénomènes psychologiques ; toute la théorie de Tempirisme n'est donc qu'une forme spéciale de la tliéorie psychologique. Elle diffère de l'empirisme parce qu'elle n'accorde pour l'origine des perceptions et des idées aucune valeur au jugement tiré de l'expérience antérieure, et qu'elle est obligée de supposer des phénomènes spéciaux qui peuvent intervenir encore pour les perceptions ult/îrieures. La théorie psychologique n'accorde au jugement par l'expérience qu'une valeur secondaire , tandis que c'est là la base môme de la théorie empirique. Panni les philosophes^ c'est Herbart qui a surtout rattaché les phénomènes des sens à h théorie psychologique; Lotze, Waitz etc. l'ont suivi dans cette voie. J'ai moi-même cherché à établir une théorie psychologique sur la base des connaissances physiologiques.
Dans les théories psychologiques et empiriques des perceptions des sens , l'on t pris surtout comme point de départ le fait de Vassociation des idées; on admettait tanti'^t une combinaison habituelle des perceptions actuelles avec les idées antérieures (Locke), et tantôt une association des sensations ou des idées simples avec des idées plus complexes (Herbart). Mais la psychologie ne saurait, en réalité, fournir des ex-^ plications exactes de ces phénomènes; elle ne peut raisonner que par analogie, cir elle compare toujours un phénomène à un autre phénomène connu , mais dont Texplica.tion n'est pas encore donnée. Pour les perceptions des sens, il nous semble qu'es dehors de l'association des idées il faut s'adresser surtout aux phénomènes log'upus quand on se propose d'expliquer les faits. Déjà Keppler, Berkley et surtout Scbopenhauer s'étaient rattachés à cette opinion. Helmholtz aussi avait rapporté les erreurs d'optique et la vue stéréoscopique à des phénomènes inconscients de comparaison. Je ne connaissais pas encore cette opinion de Helmholtz, qui ne fut exposée que plus tard dans dans ses deux mémorables ouvrages sur les sensations acoustiques et sur l'optique physiologique, loi'sque j'essayais de rattacher la théorie psychologique à des phénomènes inconscients de logique. J'ai considéré la perception comme la synthèse des sensations, et l'idée comme V analyse des perceptions, ce qui co^ respond aux deux phénomènes qui se produisent toujours dans la compréhension. Dans la perception , les sensations sont rangées ])ar nous suivant un ordre déterminé par leurs conditions particulières. Dans l'idée, au conti'aire, la perception est ellemême reportée sur des objets distincts d'après les caractères spéciaux qu'ils présentent (*).
i" SENS DU TACT , SENSATION DE MOUVEMENT ET SENSIBILITÉ GÉNÉRALE.
§ i 76. — Sens du tact.
Les sensations tactiles sont perçues par des organes spéciaux dans lesquels se terminent les nerfs sensitifs. On distingue en général trois espèces de ces organes : les renflements terminaux simples , les corpuscules du tact et les corpuscules de Pacini. Ce sont les renflements terminaux simples qui sont de beaucoup les plus répandus. On les a trouvés dans la peau, dans les papille
(1) Comp. surtout Lotze, Medlcinisclie Physiol Leipzig 1852. — Schopenhauer, Sat: vom zureichenden Orunde, 3e ëdit Leipzig 1864. — Helmholtz, Ueber dos SekendeiMet»schen, ein popuUirer VoHrag. Leipzig 1855, et Handbuch d. physiol. Optik, Leipzig 1867.- Wundt, Beitràge zur Théorie der Sinnestcahmehmung (1858-1862). Leipzig 1862, et 1> lemtiffen iiher die Memchen- u. Thiersede^ 2 vol. Leipzig 1863.