ORIGINE
On peut s'assurer d'après ces chiffres que Taxe du droit supc^rieur et du droit inférieur fait avec l'axe x (la ligne visuelle) un angl^ d'environ 74 deg^rés et que Ite des obliques fait avec la môme ligne un angle d'environ 37 degrés. Il en résulte aussi que les demi-axes de chacune de ces paires musculaires n'ont pas tout à fidt li même direction. Les différences sont les plus grandes dans le sens que nous avons indiqué plus haut pour les muscles obliques.
En partant de cette idée que, sous le rapport de leurs mouvements de conveiigeDee, les muscles de Tœil sont disposés de la manicTe la plus avantageuse pour la visioo binoculaire, et que, même dans les positions que prennent les lignes visuelles quand le plan visuel s'abaisse ou s'élève , il se produit souvent des modifications involontaires dues à la disposition des muscles , on est amené à penser que les mouTements de rotation , qui sont encore moins soumis à l'empire de la volonté , doivent se nttacher à la même cause. La loi de l'orientation constante semble , en effet , fenir à l'appui d'une explication mécanique de cette nature, que Fick exposa le premier sous le nom de principe de la plus faible contraction musculaire. Nous avons nous-niôme démontré que ce principe peut être plus exactement formulé de h manière suivante : dans une position donnée de la ligne visuelle, la contraction musculaire est à son minimum quand les résistances qui lui sont opposées sont â leur minimimi. Ces résistances consistent en torsions et compressions des pailies élastiques de l'orbite. Chaque déplacement élastique isolé peut être envisagé comme une erreur d'observation susceptible de compensation dans le calcul des probabilités. Il en résulte comme condition pour les positions de l'œil que, la somme des carrés des allongements et des raccourcissements des éléments élastiques (chacun de ces carrés multiplié par un facteur variable , dépendant du coefûcient d'élasticité et d^s dimensions de chaque élément) constitue un minimum. J'ai cherché à vérifier ce principe soit par le calcul , soit au moyen d'un appareil dans lequel les muscles étaient simulés par des ressorts, en admettant provisoirement que les résistances des autres parties élastiques disparaissent devant les résistances musculaires ellesmêmes. Ces deux ordres de recherches semblent démontrer qu'en réalité ce principe présente au moins une valeur approximative. 11 en résulte aussi que Tapparefl musculaire de l'œil est un mécanisme de convergence, et que la convergence est surtout favorisée vers le bas. J'ai cherché ci-dessus à élucider ce point si important pour la vision binoculaire en me basant directement sur la position des axes musculaires. Quant au principe de la plus faible contraction musculaire, il est à remarquer que rhj-pothèse que nous avons faite n'est pas toujours rigoureusement exacte; ainsi, par exemple, l'œil est fixé à la conjonctive, ce qui constitue une cause de résistance
CHAMP OPTIQUE MONOCULAIRE. 513
dont il faut tenir compte. Il est à remarquer que Tétude mathématique de la loi de Listing en rapport avec ce principe a conduit Helmholtz à un résultat analogue à celui que j'ai exposé pour le principe de la plus faible contraction musculaire ; il a trouvé que si Ton envisage chaque rotation autour de la ligne visuelle comme une erreur, la somme des cai'rés de ces erreurs doit être un minimum pour chaque mouvement infmiment petit de Toeil. Les deux lois s'accorderaient nécessairement si les résistances élastiques étaient réparties uniformément autour du globe oculaire. On peut l'admettre pour l'insertion du globe de l'œil à la conjonctive, mais non pas pour les insertions musculaires. 11 résulte aussi de la disposition générale des muscles que les mouvements de la ligne visuelle qui dépendent de l'élévation pu de l'abaissement sont en rapport avec la plus petite perte du travail musculaire quand les mouvements de rotation déterminés autour de la ligne visuelle par les droits et obliques congénères sont à peu près en équilibre. Les observations que nous avons signalées plus haut et d'après lesquelles la ligne visuelle, même en partant de la position primaire, décrit de petites courbes, prouvent que ce fait ne saurait se réaliser exactement. La position des axes musculaires explique comment les droits supérieur et inférieur, quand ils agissent isolément, font mouvoir la ligne visuelle suivant une ligne concave en dedans, tandis que les obliques la meuvent suivant une ligne concave en dehors. Quand donc le chemin parcouru par la ligne visuelle est concave en dedans, l'action du muscle droit l'emporte; quand il est concave en dehors, c'est celle de l'oblique correspondant qui prédomine. Le même fait peut se constater sur l'appareil dont j'ai parlé plus haut , dans lequel j'ai remplacé l'action des muscles de l'œil par des poids (').
Les mouvements de l'œil sont favorisés par les mouvements que la tête exécute dans ses articulations occipitales. Ces articulations sont constituées par deux articulations : l'articulation occipito-atloïdienne , dans laquelle les mouvements se font surtout autour d'un axe horizontal , et l'articulation atloîdo-axoîdienne, dans laquelle les rotations s'exécutent autour d'un axe vertical. Par la combinaison de ces deux espèces de rotations^ nous pouvons exécuter, au moins dans une certaine limite, des mouvements autour de tous les axes possibles. Les mouvements de la tête sont donc soumis au principe général qui régit les mouvements de l'œil. Gomme adjuvants de ces derniers , nous devons encore signaler les mouvements de la colonne cervicale, et enfin les changements de place du corps lui-même. Dans tous ces cas, l'œil modifie sa position de telle manière que tout l'espace qui nous entoure passe successivement dans le champ visuel.
§ 194. — Champ optique monoculaire. .
Le cha'tnp optique monoculaire est constitué par l'ensemble des points de Tespace que nous pouvons voir simultanément avec un seul œil. Nous en différencions Y espace optique, binoculaire, qui est l'ensemble des points perceptibles simultanément avec les deux yeux. Nous réservons le nom de champ de vision à retendue embrassée par les deux champs monoculaires, à tous les points, par conséquent , que nous percevons dans les visions binoculaire et monoculaire. Tous ces différents espaces doivent encore être différenciés du champ
(1) Fick, Zeitêchrift /. reUion, Aied.y nouv. série, t. IV ; Moleschott's Untersucft., t. V. — Rnete, Em neues Ophihalmoskap. Leipzig 1857. — Wundt , Archlv /. OphthalmoLf t. VUI. — Hering, Beitrâge s. Phynologie u. Lekre vom hinocular, Sehen^ l'« liv. Leipzig 1868»
WCKDT. — Pbyiiologie. îW
visuel défini au § 193, daos lequel on n'embfasse que \es points que l'an i successivement fixer, la tète restant immobile. Enfin, toute la surfaci; et des dilTérents cliatn|is visuels de l'œil en repos, champs visuels f(ui c«ik au moins en partie entre eux , et qui comprennent tout l'espar^ que liotufi cevoiiB en lisant successivement leç difTérents points du champ visuel, vm-ty. ce que nous appellerons le champ de vision de Va-il en mouvement.
i' Forme du champ optique. Le champ optique monoculuii'e esl, comm'champ visuel, de Forme à peu près circulaire, mais la saillie du aez le rèlrti: pour chaque œil en dedans et en bas. Dans tous les cas possibles, noue |i»unB> aUrihuer deux dimensions aux différents points de la vision monocuhitt L'idée que nous nous faisons alors de leur forme dépend des conditions qui; no* exposerons plus loin au § 195. Quand toutes ces conditions de )ugemenl w» font défaut, nous percevons le champ optique de sa manière la plus sLui(^ tous les différents points de ce champ nous semblent être â la niém« dittji et le champ optique nous apparaît comme une surface arrondie. Qu.ind I ' se meut d'après la loi de Listing, le poinf visuel parcourt dans le chani) suel des grands cercles , les cercles de direction , qui se coupent tous au ioccipital (voy. § 193). Lorsque l'œil transporte dans le champ opliqutt i» n latioDS de la rétine , il faut donc que le point d'où se fait cette projection précisément le point d'intersection des cercles de dii-ection. Le cliajnp optii est donc, en ce cas , une surface considérée à partir du point occipital. 0"-'toutes les autres conditions d'appréciation nous font défaut et que 1p cluinp " tique nous parait sous la forme d'une surface sphérîquc , le point ocdpibi >le centre de cette spliére.
venons de dii'e, le champ optique est une projcctiun lU^'^ du point occipital. Soît (Fig. HG) 4 le iraint occipit*!, 31« p' vlsuef principal , transportons, pttr eitUDfdr. . points du champ optique sur un plan 1 i, Icpoui ' conespondant au point 8 de U r^tin«, Mn ffj' Ml 5. Si l'œil vient ù se mouvoir de roant^n ^ ligne visuelle prenne la direction S, 7, )<■ poîiilî' In rétine sera venu occuper U postlioa 8 «t projeté en Û. La ligne 8,7 est loqjoun ta a*^ lemps une ligne de mire, il but qn'elU {■•«)« le point d'iutersecLon dos lignes de mire. Ob •* aussi qu'en général les points du champ tinrf h lappi'ochent dans le cli.imp optique, car b Jutw qui correspond à la distance 8, 9 de b rMnr '-dans le champ visuel , 0, 3, tandis que daito ke rtu'optiquc elle n'est que 5, 3. Lorsquf tMus M |»» dons aucun lenne de comparaison iiui non» |«w lie nous rendre complp de la surfiare d* pniao^ t^lle nous spparait siiiib la forme d'unr sorbo *r lique, 1)111 n'est ps la ui^me qiMnil l'tnl im mouvenieiil ou quand d esl en i-epos- liant W y luler cas, champ visuel, elle esl ri|iuial«»tr -
duat 3, 4 l'at le diumi'lre; danii li' diuup optique, an o
,, d. u .Hl.iio.
CHAMP OPTIQUE MONOCULAIRE. 515
2<» Formation du champ optique. Jusqu'ici nous avons considéré le champ optique comme une étendue d'une forme indéterminée ; il s'agit maintenant de se demander d'où vient qu'en général les impressions de la rétine sont rapportées à une surface. Il faut d'abord faire remarquer qu'au point de vue psychologique une sensation ne peut par elle-même fournir aucune idée d'espace et qu'il nous faut d'autres moyens accessoires pour transformer les sensations en impressions d'espace. Nous possédons deux moyens physiologiques pour y arriver: 1<> les sensations d'innervation réliées aux mouvements de l'œil, et 2® l'impi^ession extérieure restant la même, les difl'érences de la sensation qui dépendent exclusivement de l'endroit frappé par l'excitant ; comme nous ' Tavons fait pour la peau , nous les désignerons sous le nom de différences locales. L'expérience nous apprend qu'il se produit des sensations quand les yeux se meuvent; nous distinguons, en effet, très-nettement les mouvements de convergence et de divergence de l'œil. Il existe aussi des différences locales de sensations, qui, à un degré d'intensité plus grand, constituent le daltonisme partiel pour le rouge que présentent les parties latérales de la rétine (voyez § 489).
Nous pouvons admettre que c'est à l'action combinée des différences locales et des sensations d'innervation que nous devons de transporter les impres- . siens rétiniennes dans le champ optique suivant leur ordre régulier. Quand l'œil se meut , l'image de chaque point perçu se meut aussi sur la rétine , et les différences locales des sensations rétiniennes se modifient aussi dans un sens déterminé. Il doit exister une corrélation exacte entre les modifications des différences locales et la quantité des sensations de mouvement, puisque tout mouvement de même étendue et de même direction doit toujours îU)outir à la même modification dans les sensations locales. Nous pouvons donc , en peu de mots, considérer la propriété de reporter l'image rétinienne dans le champ optique comme une transformation des changements graduels que slibissent au point de vue qualitatif les impressions locales , en un système de sensation de mouvements dont les intensités varient graduellement. Cette transformation une fois opérée, l'œil au repos peut , lui aussi , saisir des sensations d'espace; mais, pour nous en rendre un compte plus exact, il nous faut toujours mouvoir les yeux. Les impressions locales et les sensations de mouvements doivent, au reste, varier quelque peu pour les deux yeux, puisque l'expérience nous démontre que nos deux champs optiques monoculaires diffèi'ent entre eux et que c'est d'après cette différence que nous pouvons conclure à la position qu'occupe l'objet dans l'espace (§ 195).
La position relative et réciproque que nous attribuons aux points du champ optique ne précise pas encore la position de tout le champ optique. La position relative des points du champ optifiue ne nous éclaire évidemment pas sur ce qui, dans ce champ, est en haut, en bas, à droite ou à gauche, car ces rapports ti'expriment pas du tout la position que ces points occupent l'un par rapport à l'autre dans le champ optique; ils n'expriment que leur position relativement à notre corps. Les seules perceptions visuelles ne suffisent donc pas pour déterrniner la position absolue du champ optique; il nous faut encore, pour y arriver, nous aider de toutes les perceptions qui nous l'ont distinguer notre corps d'avec
les objets extérieurs , en nous servant principalement des sensations de lad et de mouvement.
Jusque dans ces derniers temps, la théorie nativistique régnait en souveraine panû les physiologistes ; on^pensait que la production de l'image sur la rétine suffisait seule et par clle-raéme pour expliquer la perception d'espace. Parmi les philosophes, Herbart et plus récemment Lotze avaient déjà pensé que la perception visuelle d'espace ne pouvait prendre naissance que par une reconstruction psychologique de re«pacc s tandis que l'image rétinienne ne suffit pas à elle seule pour l'expliquer. Lu conditions pliysiologiques nécessaires pour expliquer cette reconstruction de l'espific dans l'acte de la vision , ainsi que les critiques de Lotze passèrent inaperçues poor la plupait des physiologistes. C'est moi qui ai dit le premier que Ton pouvait établir une théorie assez satisfaisante de la fonction du champ optique en se basant sur les différences locales des sensations rétiniennes et sur les sensations de mouvement, et j'ai &t voir que cette tliéoric répond d'une manière suflisante aux nécessités de la psychologie et aux observations physiologiques. Voici les preuves que j'ai données pour démoatrer l'influence des sensations de mouvement de l'œil : l** Les distances vertlcik» nous paraissent pins grandes que les mêmes distances horizontales; leur rapporte! d'environ 4,8 à 4. Ces chiffres correspondent au rapport qui existe entre les forces qui meuvent l'œil dans les directions verticale et horizontale^ rapport déterminé pir la disposition des muscles. — Ces chifl'res n'ont de valeur que pour la distance des points, car, lorsque nous comparons la longueur des lignes, les diflérènces sont moins grandes , parce que probablement nous tenons en ce cas un plus grand compte des résultats de notre expérience antérieure. C'est de la même manière que l'usage nous fait arriver à apprécier plus exactement les différences de grandeur. 2^ Nous poafOBS encore différencier à l'œil les longueurs de deux lignes horizontales quand elles tirient entre elles de 1/50. La différence entre les quantités de mouvement queTsil doit exécuter en ce cas est aussi le 1/50 du mouvement total. La loi psycho-physiq» s'applique donc tout aussi bien à l'appréciation des différences de mouvement ((u'â celle des dill'crences de distance , et le même chiffre les exprime toutes les deui. 3<» La plus petite distance absolue et le plus faible mouvement de l'œil qu'il nous est possibhî d'apprécier concordent entièrement. Cette plus i)etite distance est mestuve. comme nous l'avons vu au g 187, par un angle d'environ une minute; dans le casl« plus favorable, quand l'œil se meut à partir de son point de repos, et que laligae visuelle est dirigée tout droit en avant, le plus petit mouvement perceptible est mesuré parle môme angle (voy. ,^ 196). Ajoutons encore : 4° que, comn^e l'ont obserrê Grâfe et beaucoup d'oculistes, tout le champ optique se déplace dans la paralTse partielle d'un nmsrle de l'œil. C'est ainsi que, lorsque, par exemple, le muscle abducteur de la pupille est paralysé partiellement, tous les objets semblent situés plus en dehors qu'ils ne le sont réellement. Le chemin parcouru paraît alors plus long; puisque lu contraction musculaire nécessaire pour exécuter un mémo mouvement a besoin d'être plus forte.
Le r(Me que jouent les mouvements de l'œil se déduit encore des obser>'ations suivantes faites par llelmholtz. Quand on construit la Fig. 113 sur une plus grande échelle , et qu'à une distance convenable on iixe le point 1 , les lignes a2, 62, «3. b^ bien que courbes , semblent droites. Or la Fig. 113 représente les lignes de di^f^ tion pom* les mouvements à partir de la position primaire. L'œil juge donc du rapport de position des points d'après les mouvements. Le phénomène peut, d'aprèt notre théorii', s'expliquer de la luanière suivante. Pendant que le point de lixation décrit dans le champ optique une ligne droite de 1 en 5, nous concluons au rapport d'espace qui sépare les points 1 et 5. Durant le môme mouvement se forme lerap*
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port entre les points e e situés latéralement au point 1 et leur situation par rapport au point correspondant 5. Le regard s*étant porté de 1 en 5 , les points e e de la rétine ne sont plus dans la direction h h , parallèle à leur première position , mais bien en i t, sur la ligne de direction c2 c2. La sensation d'innervation correspondante au mouvement de 1 en 5 s'accompagne de la disparition de la série des différences locales 1, 5, c t etc. , ce qui veut dire que nous jugeons que i est en droite ligne à la même distance de e que 5 l'est de 1 , et puisque dans notre jugement t 5=e 1 , nous sommes , en raison des sensations locales , obligés de reporter les points i i dans une direction parallèle à e e.
Il me semble enfiii que, pour prouver l'action combinée des sensations d'innervation et des différences locales J nous pouvons encore invoquer la manière dont la itiche aveugle est comblée. La tache aveugle est cette partie de notre champ optique pour laquelle un des moyens accessoires dont nous nous occupons fait complètement défaut; il est évident, en effet, que du moment où l'impressionnabilité pour la lumière n'existe pas en cet endroit, les différences locales y font également défaut. La tache aveugle se projette dans le champ optique , et cette projection est d'une grandeur correspondante à l'angle déterminé par la tache; mais nous comblons cette lacune. Aussi longtemps que nous n'accordons pas une attention spéciale à la vue indirecte , nous ne nous apercevons pas de l'existence de cette tache , et notre force d'imagination lui substitue ce qui existe dans le surplus du champ optique. Dès que Fattention est spécialement excitée , l'on constate qu'il est possible d'estimer la distance qui sépare les points limites de la tache aveugle , mais qu'au niveau de cette tache l'on ne^voit pas. Ces observations confirment l'influence des sensations d'innervation sur la mensuration du champ optique. Quelques observateurs, Wittich, Funke, constatèrent un rétrécissement du champ optique au niveau de la tache aveugle; mais ce rétrécissement paraît être insignifiant, comparé à la dimension de cette surface; il ne prouverait donc autre chose que l'insuffisance d'un seul moyen adjuvant (les sensations d'innervation) pour apprécier les distances dans l'espace. D'autres observateurs, Volkmann, Helmholtz et moi-môme , nous n'avons jamais pu constater ce rétrécissement du champ optique.
Il est clair que les quatre principes que nous avons déduits des lois qui régissent les mouvements des yeux (§ 193) ont une importance capitale pour le report régulier des sensations dans l'espace. Le principe de la plus simple innervation pour les positions de repos y trouve une application immédiate , car sans ce principe il ne saurait y avoir de rapport déterminé entre les différences locales et les sensations d'innervation. Le principe de la plus facile orientation pour les positions de repos ne saurait non plus être négligé , car si dans toutes les positions de l'œil une seule différence locale restait constante, alors môme qu'elle ne serait qu'un point, tandis que toutes ses voisines se modifieraient à volonté par les mouvements giratoires de l'œil, les rapports exacts entre les différences locales et les sensations d'inner^'ation deviendraient au moins des plus difficiles. Le principe de la plus simple innervation pour les mouvements nous aide à mesurer les étendues de l'espace, qu'il nous est bien moins facile d'apprécier quand l'œil est en repos et probablement seulement sous la condition de mouvements antérieurs. Ici se rattache encore le principe de la plus facile orientation pour les mouvements, d'après lequel, pendant le mouvement, l'image rétinienne se déplace suivant une ligne droite. Pour expliquer l'arrangement Tégulier des points du champ optique, Helmholtz n'invoque que ce dernier principe et celui de la plus facile orientation pour les positions de repos, sans accorder d'importance aux sensations d'innervation, auxquelles il concède toutefois une valeur pour déterminer la direction visuelle. Mais il me semble qu'en admettant sa théorie il faudrait accorder a toute impression locale une signification d'espace et revenir, en d'au-
très termes, à l'h>'pothèse d*une sensation directe d'espace, comme Tadmet la théorie nativistique. A cette objection il faut joindre encore les preuves directes, énoncées plus haut, de Faction connexe des impressions locales et des sensations d'innervation. Helmholtz considère comme impressions locales des nuances locales de la sensation complètement différentes des qualités de la vision détenninées par les impressions extérieures. Il n'accorde donc aucune utilité aux modifications des sensations sur les côtés latéraux de la rétine, modifications faciles à démontrer cependant; c'est à quoi l'on e^t forcément conduit quand on accorde à chaque impression locale la perception d'espace. Cette difficulté disparait lorsque, se basant sur la théorie psychologique. Ton admet qu'à côté des impressions locales il existe encore d'autres moyens qui viennent en aide dans la production des sensations d'espace. C'est ainsi que, àini l'hypothèse précédente, loi^qu'une série d'impressions locales ajb cd.,. est parcounie, le passage de a en & , de 6 en c, répondra à des sensations élémentaires de mouvements a^ Y..., qui, pendant le parcours de la série d'impressions locales jusqu'au terme a?, s'additionneront en une sensation A. Si la série a 6 c... ou la série a^vpouvait déjà^ l'une ou l'autre, nous faire percevoir la coordination dans l'espace , chacun des termes a ou a fournirait à lui seul l'idée de lieu , et c'est là ce qu'aucune des qualités sensorielles habituelles ne saurait fournir. En n'attribuant^ au contraire, la sensation d'espace qu'au rapport réciproque des deux rangées ah c... et a ^ v..., chacun des termes de ces séries pourra présenter un caractère qui ne nous forcera pas à nous adresser à d'autres conditions qu'aux propriétés de l'excitation objective ; tandis que le rapport réciproque des deux rangées qui , d'après notre théorie, détermine les sensations d'espace, est un fait qui , au point de vue objectif, ne saurait jamais coexister au même degré dans les impressions. Les différences des directions dans le champ optique s'expliquent aussi par ce que dans les différents méridiens de la rétine les impressions locales de la sensation ne se nuancent pas avec la même vitesse. C'est ainsi que, par exemple, dans le mouvement en haut, la série d'impressions locales abc, ne correspond plus à la série d'innervation a ^ y... dans le mouvement en bas. Les impressions locales et les sensations d'innervation correspondantes dans les deux yeux sont semblables, mais non pas identiques; nous ne trouvons, en efTet , jamais deux points symétriques du corps humain qui soient tout à fait identiques entre eux. Les plus petites différences do ce genre peuvent, comme d'autres faits nous le démontrent, avoir une grande influence au point de vue physiologique (•).
§ 195. — Espace visuel binoculaire.
L'espace visuel binoculaire diffère essentiellement des deux champs visuels monoculaires par ce qu'il n'est pas une surface de forme indéterminée, mais qu'il s'étend dans les trois dimensions; aussi Tappelons-nous espace visuel ei non champ i^isuel. Supposons, Fœil étant disposé pour l'éloignement , cliaque rétine , divisée par des méridiens perpendiculaires entre eux , dont les uns sont parallèles à l'horizon rétinien, tandis que les autres lui sont perpendiculaires. Désignons les premiers sous le nom de méridiens Iwrizoiitaux y e» les seconds sous celui de méndiens verticaux. Supposons encore les méridiens verticaux divisés en degrés vers le haut et vers le bas, à partir de l'horizon rétinien,et les méridiens horizontaux divisés de la môme manière vers la droite et vers la
{}) Wnndt, Beitriige zur Tfieorie der Sinneirahrnehmungy 3® part.; Vier(eljahrê*chnfi f. Psychiatrie y t. I, 1867. — Helmholtz , Physiolog. Optiky 3® partie, § 28.
ESPACE VISUEL BINOCULAIRE. 519
'gauche, à partir du méridien vertical passant par le centre de la rétine. Les points qui, dans les deux rétines, se trouvent sur les méridiens horizontaux et verticaux correspondants seront les points correspondants; les points qui, sur les deux rétines, ne se trouvent pas dans cette position concordante seront dits points disparates. Nous appelons points de recouvrement les points des deux rétines dont l'excitation dans la vue à Tinflni peut être rapportée à un même point du champ visuel binoculaire. Toutes ces définitions peuvent être transportées à l'espace visuel; les ipoints correspondants de V espace visuel seront ceux dont les images se font sur les points correspondants de la rétine ; les points de recouvrement de V espace visuel , ceux dont les images se font sur les points de recouvrement des rétines. Mais dans l'espace visuel il nous faut encore distinguer les points qui sont vus simples de ceux qui sont vus doubles. Les points de recouvrement de Tespace visuel sont les points' qui sont vus simples quand l'œil est disposé pour la vue à distance ; dans d'autres positions de l'œil, les points disparates peuvent aussi être vus simples. Il n'y a qu'un point de l'espace visuel qui toujours est à la fois un point correspondant, un point de recouvrement et qui toujours est vu simple , c'est le ^)otnt visuel. Cette propriété spéciale du point visuel , en vertu de laquelle ce point devient le point d'orientation pour tout l'espace visuel , repose évidemment sur la cornbinaiso7i des ynouvements des deux yeux. Dans l'état normal , ime ligne visuelle ne peut jamais être élevée ou abaissée indépendamment de l'autre; aussi les deux lignes visuelles doivent-elles toujours s'entre-croiser dans un seul point de l'espace visuel. Les mouvements du point visuel commun ne sont perçus que par un effort d'application ; nous fixons , en effet , d'ordinaire le point de l'espace visuel sur lequel notre attention a été appelée. Il ne nous est donc possible de résoudre la connexion normale qui existe dans les mouvements des yeux qu'en soumettant ces organes à des conditions dans lesquelles doivent se produire des mouvements anomalement combinés. Quand, par exemple, au moyen de prismes posés devant un œil nous déplaçons légèrement le champ visuel correspondant, il peut se produire , suivant le mode de déplacement, tantôt une rotation spéciale et tantôt un mouvement anomal en dedans ou en haut, à l'effet de ramener les deux images monoculaires en une seule image binoculaire (HelmhoUz). Alors donc que la combinaison des mouvements des yeux devrait être facilitée par la disposition spéciale des appareils d'innervation , elle serait aisément obtenue dès que les nécessités de la vision binoculaire l'exigeraient. Ce fait plaide en faveur de l'influence de l'exercice pour la combinaison normale des mouvements des yeux. Toute la conscience que nous avons de ces mouvements se borne à une connaissance approximative d'une direction visuelle moyenne qui tient à peu près le milieu entre celles des deux lignes visuelles , mais nous n'avons pas directement conscience de la direction isolée de ces lignes. Quand avec les deux yeux 4 et 3 de la Fig. 117 nous fixons un point 1 , nous jugeons de la position de ce point d'après la direction de la ligne 5 1 , qui est à peu près dirigée du milieu de la base vers le point fixé. Lorsque nous ne regardons qu'avec un œil , nous transportons également, ainsi que Ta montré Hering , le point visuel dans cette direction moyenne Fermez par exemple l'œil 3 , et fixez avec Tœil 4 d'abord le point 2, puis le
520 PKYSin LOi.il F. DES FONCTIONS DE RELATiON.
point plus rapproché 1 , quoique la direction de la ligne visuelle 4-2 n'ait varié, le point 2 semble néanmoins e'èlre déplacé vers la droite , c« qui évidemment dû à ce que la direction moyenne 5-2 s'est déplacée à droite nii^'le 2-5-1 . Pi fii 2 se trouve fixé un fil vertical dans le déplacement ravim viïin'l lic 2 en 1 , ce fil ue semblera pas seulement se déplpcer vers It ilroile, mais il paraîtra aussi se tourner danslt I même sens dans lequel s'exécute la rotation de TiHl 3 qui est fermù, et de telle sorte que loii- |i>urs celte rotation est à peu près la moitié ii«^ mouvements rotatoires des deux yeux 4 el 3. " joèrae que nous Jugeons de la position du lixé d'après la direction visuelle moyenne, même aussi nous jugeons en général de la sit lion d'un objet d'après la position raoytfnue do deux yeux. Il nous est très-facile de nous rendre compte de ce fiût en supposant qu'un seul œil cyclope soit substilué en 4 aux deux yeux 4 et 3. I et en admettant que les mouvements rotaloir» 1 de cet œil s'exécutent d'après la même loi que (eux des deux yeux réels ; les images rétinit veront reportées dans l'espace suivant las de direction de cet œil imi^iiiaire. C'est parJ sensations d'innervation que nous coonài) ta direction visuelle moyenne. Nous apprécimi la position qu'occupent tous les autres points dans l'espace par rapport au pcm visuel. Les sensations d'innervation ne peuvent servir que d'une manière inJirec.te à déterminer ce rapport, parce que, d'une pari, elles participent ellesmêmes k la constitution du champ visuel monoculaire, et que, d'autre part, en raison du déplacement du point visuel , elles modifient successivement la perception des dilTérenls points de l'espace visuel. Le point visuel étant immobilf. nous ne Jiip;eons de la position de tous les autres points de l'espace visuel qur par la manière dont si> comportent les imapes dan^ les champs visuels mono-
I-es points de rrlouvremenl oui comme le point \v suel , une iniporlam capitale. Ils ne cm:cordenl pas exaciiment avec les pornicorrespondants, il.'j ils sont disposée il' telle aorte que.
i% HP, comme ceux-d. il*
forment une swrf»« dans l'espace. Regardez la moitié gauche i de hi Fip. 118 avec l'uni panek
éd«}
ESPACE VISUEL BINOCULAIRE. 521
seulement, et la moitié droite 2 avec Toeil droit seulement, les lignes verticales parais^nt , dans les deux cas, former avec les horizontales des angles droits et leur être perpendiculaires , bien qu'en regardant la figure avec les deux yeux Ton constate à première vue que ces verticales sont inclinées vers la gauche dans la moitié 1 et vers la droite dans la moitié 2. Quand on fixe avec l'œil gauche le point 3 , et le point 4 avec Tœil droit , les deux dessins i et 2 se confondent dans le champ visuel commun , et l'on ne voit plus qu'un seul grillage à angles droits. Deux points des deux champs visuels monoculaires se recouvrent donc dans le champ visuel commun lorsqu'ils sont placés, dans les deux yeux , sur des méridiens horizontaux correspondants et sur des méridiens presque verticaux. Si nous considérons ces derniers comme les méridiens verticaux des points de recouvrement, il nous devient aisé de trouver le rapport entre les points correspondants et les points de recouvrement en disant que les méridiens horizontaux des deux espèces de points concordent entre eux , tandis que les méridiens verticaux des points de recouvrement s'écartent en dehors des méridiens des points correspondants. Cet écart dans l'œil normal mesure un peu plus d'un degré.
Supposons les méridiens verticaux des points de recouvrement transportés dans l'espace visuel, ils se couperont sous cette inclinaison à peu près. dans le plan horizontal , qui est donc le lieu des points de recouvrement de l'espace visuel. Les objets situés dans ce plan sont caractérisés dans la vue à distance par ce qu'il sont tous vus simples. C'est dans ce fait que réside probablement la signification physiologique de la différence entre les points de recouvrement et les points correspondants. L'écart qui existe entre les méridiens verticaux n'est pas toujours le même , et il paraît que chez un certain nombre d'indi vidus les points de recouvrement et les points correspondants concordent à peu de chose près. Le plan dans lequel les points de recouvrement sont contenus dans l'espace recule alors de plus en plus , et dans le cas où les points de recouvrement et les points correspondants sont identiques, ce plan devient perpendiculaire au plan visuel.
Quand notre regard est dirigé sur des objets rapprochés, peu de points de ces objets, en dehors du point visuel , concordent avec les points de recouvrement, et la quantité dont ils en diffèrent est si considérable, surtout pour les points située au delà du point visuel , que la différence entre les points de recouvrement et les points correspondants peut, au contraire, être négligée. D'autres conditions spéciales interviennent pour déterminer si les points de recouvrement seuls sont vus simples, et si tous les points disparates sont vus doubles , ou bien s'il y a également certains points disparates qui peuvent être vus simples. Voici ce que l'on peut dire en général à ce sujet :
4® Les points disparates paraissent doubles quand la distance qui les sépare des points de recouvrement excède une certaine limite et quand les images des deux champs visuels monoculaires sont reportés dans Tespace visuel binoculaire de manière à ce qu'elles ne se recouvrent pas. Les points situés devant ou derrière le point de fixation et en continuité avec lui, quoique n'appartenant pas au même objet, fournissent des images doubles très-nettes. Supposons, par exemple, que les deux yeux 11 et 12 (Fig. 119) fixent le point 1 , et suppo-
PHYSinl.O'ÎIE riES FONtmOXS r-R reutios.
sons qu'en am^l■e de w point de (ixiiUon se trouve un objet 2, et en : autre objet situé au devant de ce point , alors les images de c* deui jets seront doubles. Sur le point de croisement des rayon» de direi:
slipies'>-9rt:!-ln.
10-7, Nous rapportons les îmage.s duubles laquelle se trouve le point visuel dans l't effet, en dehors de ce point, aussi voyons-nous les
les images doubles 9-9 se ti " vent eu dedans, cl les inia; doubles 10-10 en dehoi-j ' point 8, extrémité de la IÎl; visuelle. Pour trouver la ji!' >|ue nous assiginons à ' images dans l'espace, Irni tme ligne à partir du poim ■ ?e fait l'image sui- la ii^ii' etfaisoiis-la passer par ltf|>^:< de croisement des lignemire, c'est dans la direriii de cbacime de ces lignes ' mire que se trouvera liiti^:
cyrresimnilante. L'image!' l'œil 11 parait donc dans !■ direction 9-5, et l'imajceifitr l'cril 12 dans la dîreclioD9-4; riiniige 10 de l'œil 11 sen dans la direction 10-6, et Hl' de l'œil 12 dans la dirwin |ieu près à la même distAun- ■mple précédent; nous n'awn- ■-.
qui nous permette d'apprécier la distaii' < 9-9 en 5 et en 4, et les images 10-10 en T
nC. L'on voit encore par la Fig. 119 qu'en général chacune des images doull d'un objet situé en arrivre du point de fixation, se trouve du niénie c6ti' i" l'œil qui l'aperçoit, tandis que chacune des images doubles d'un objet l'itiK' avant du point de fixation se trouve du côté opposé que l'œil qui ta perr^'i Dans le premier cas. les imatres doubles sont dites directes, et croisiei ili' le second.
2" Les points disparates donti'éloigneraentcorrespondàpeuprèsàla plusi^ tite distance appréciable dans le champ visuel monoculaire sont normaleii<'i< vus simples. Nous différencions donc, en général, un peu moins exaclcm "■ dans la vue binoculaire que dans la vue monoculaire, mais par lu prabqtit ■ l'attention nous arrivons à coniger cette imperfection.
3» Les points disparates sont vus simples quand leur projection dans 1' pace visuel binoculaire peut se faire et se fait réellement suivant uu point 'n; pie. L'image simple qui se produit en ce cas paraît déplacée dans le scii? ' la profondeur de l'espace par rapport au point visuel ; aussi cette projecti' ! des points disparates des champs visuels monoculaires dans l'espace visui'l '■' nocnlaire vient-elle puissamment en aide pour la perception de profonili'" Qujind on regarde avec les doux veux uu objet matériel rapproché, l'inn.'
.mr. 52Ï
rétinienne 'le l'cpil di-oit n'est pas identique à 'celle de l\eil pai'iclie. Si l'on place la main droile entre les deux yeux de manière que le dos de la main soit dirigée vers la droite et la paume vers la gauche, les deux yeux ne voient qu'une petite partie de la main, la face externe du pouce et de l'index , et cependant la plus grande partie de l'image est toute différente dans chacun des deux yeux; )'œil droit, en effet, ne voit que la fâce dorsale de la main et ne perçoit pas la face palmaire; l'œil gauche, au contraire, ne voit que la face palmaire. Dans la ^Tie simultanée des deux yeux , il ne se produit néanmoins pas deux images différentes; la main n'apparaît que comme un seul objet, mais comme un corps solide. Le même elTet se produit quand, au lieu de regarder on corps solide, on place devant les deux yeux des images planes qui coiTespondent aux projections d'un solide: il est bien entendu que chacun des deux yeux doit fixer d'une certaine manière l'i- 1 mage qui lui cori'espond. Quand, par exemple (fig. 120), l'u'il gauche fixe le poini :î de la Fig. 1, tandis que l'œil droit fixe le point 4 de la Fig. '2,
on voit dans l'espace , ,,,
visuel binoculaire un
cône tronqué à base circulaire. Ce résultat s'explique aisément , car, quand les deux yeux regardent elTectivement un cdne de cette esiièce , l'image qui se fait dans l'œil droit correspond à la Fig. 2 et celle qui se produit dans l'œil gauche !i la Fig. 1 . 11 n'est pas facile de fixer avec les deux yeux deux points diiférents ;i et 4; aussi se sert-on 1 du stéréoscope pour ces obsenations. Dans les stéréoscopes ordinaires, on emploie des verres prismatiques. Quoique les deux tracés 4 et2 soient très-peu I éloignés, les yeux 8 et 9 devraient regarder presque à l'iniini pour arriver, sans stéréoscope, à confondre les deux dessins 1 et 3 en un seul et obtenir ainsi l'impression d'un solide. Si l'on interpose les deux I prismes 6 et 7, les rayons émanés de 3 et de 1 se I transmettent suivant 6-8 et 7-9. Les yeux peuvent I donc tous les deux fixer le point 5 , et l'effet produit sera le même que si l'œil 9 fixait le point 4 ef 1 l'opil 8 le point 2-
La théorie natJvîstique admettait que les points cuirespondants des deux rétines déterminent toujours une pj, ,«,
sensation unique de l'espace, tandis que les pointa disparates déterminent toujours une sensation double; d'après cette théorie, ces effets e disposition spéciale native de notre organe visuel. J. Mûller chercha ises optiques au niveau du cliiasma
cette disimsilion dans une fusion des libres n
et désigna les points correspondants sous le nom de points identiques. Cette idée fut d'abord ébranlée par l'analyse plus approfondie des perceptions de profondeur et pai' rinvention du stéréoscope, par Wheatstone. Pour tAcher de faire concorda les phénomènes stéréoscopiques avec la théorie nativistique , Brûcke pensa qae h fusion se produisait par des déplacements très-rapides du point visuel. Cette hypothèse est probablement exacte quant à la formation de la perception de profondeur pour les deux yeux , mais elle ne Test plus quand elle cherche à expliquer chiqoe acte isolé de la vision binoculaire simple; aussi fut-elle combattue par Dove, qui prouva que la fusion stéréoscopique des points disparates se produit même peiuiast l'éclairage instantané de l'étincelle électrique , alors qu'aucun déplacement du point visuel n'a le temps de s'accomplir. Les nouveaux défenseurs de la théorie natiristique, tels que Panum , E. Hering, ont été forcés d'édifier des hypothèses extrêmement compliquées , sans parvenir à donner une explication précise et indépendante de certaines conditions psychologiques , telles que l'expérience , par exemple. Ia théorie psychologique évite ces difficultés en déduisant la localisation dans reqnce optique binoculaire des mêmes principes que la formation des champs optiques monoculaires. Elle admet donc que l'action réciproque des deux rétines ne se prodoit que pendant que s'accomplissent les phénomènes de perception. Il faut d'abord que les centres des deux rétines soient coordonnes de telle sorte qu'ils constituent les points qui correspondent au point visuel toujours simple. Les points de recouTrement sont alors en connexion pour la vue à distance. Pour la plupart des yeux, ce sont les objets situés sur le plan terrestre qui réclament surtout Fattention. Les points des deux rétines sur lesquels se font les images de ces objets deviennent donc des points de recouvrement. Quand on voit plusieurs objets , l'image produite sur des points dispai*atcs de la rétine par des points similaires des objets sert à reconnaître leur position dans l'espace optique. Il est hors de doute que les déplacements du point visuel nous font connaître la disposition relative des points de recouvrement et la signification des points disparates , puisqu'à chaque moment ils nous font constater qu'un point donné de l'objet est simple. Les sensations d'innervation nous donnent la conscience des déplacements du point visuel; mais quand l'œil reste en repos , la connaissance des points de recouvrement et des points disparates nous est fournie par leui*s différences locales; on voit donc que les deux moyens qui nous aident à établir le champ optique monoculaire nous servent aussi à établir l'espace optique binoculaire.
' Comme preuve de l'origine psychologique de cet espace , nous pouvons invoquer les faits suivants : 1» les points de recouvrement et même les points visuels ne sont pas coordonnés entre eux d'une manière immuable; dans le cas de strabisme, il n'est pas rare de voir les points de recouvrement de l'œil strabique, ainsi que le point visuel, concorder avec d'autres points de recouvrement de l'œil normal, de telJe sorte que , malgré le strabisme , les objets sont vus simples dans la vision binoculaire. Quand l'opération vient à guérir ce sti-abisme, les malades voient double immédiatement après, alors même que la ligne visuelle est normalement dirigée, et ce n'est que peu à peu que la coordination régulière des points de recouvrement s'établit. 2" Il nous est possible de voir simple par les points disparates; la vision stéréoscopique le démontre. 3*» Nous pouvons voir double avec les points de recouvrement. Rej(ardez avec les deux yeux une ligne colorée verticale située à quelque distance, en son lieu et i)lace disposez un plan vertical , vous verrez une image consécutive simple de la ligne colorée ; mais inclinez le plan , et vous aurez très-fréquemment deux images consécutives s'cntre-croisant au niveau du point fixé. Cette sensation est déterminée en ce cas par la projection de l'image secondaire de chaque œil sur le plan Incliné ; les images des points correspondants sont alors rapportées sur les
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points différents de l'espace extérieur. L'image n'est \ue simple dans cette expérience que lorsqu'elle n'est pas projetée sur le plan incliné et qu'elle apparaît librement dans l'air à la place même de l'objet (<).
Ces faits nous amènent à conclure que lorsque nous reportons les deux images rétiniennes sur un objet extérieur, il se produit un phénomène de compai*aison inconsciente. A cette manière de voir se rattachent naturellement les phénomènes qui se produisent quand chacun des deux yeux voient des colorations ou des intensités lumineuses différentes. On doit y rattacher les faits d'éclat stéréoscopique et de contraste binoculaire.
Véclat stéréoscopique^ observé d'abord par Dove, apparaît lorsque l'on soumet à chacun des yeux des couleurs différentes ou des éclairages différents. Quand, par exemple , au stéréoscope , un œil regarde une surface noire et l'autre une surface blanche , l'image totale n'apparaît pas de couleur grise , mais elle prend l'éclat du graphite , elle apparaît comme un objet noir qui réfléchit irrégulièrement les objets éclairés. Il est évident que , dans ce cas , nous jugeons de l'image stéréoscopique par analogie à des expériences antérieures de la vision binoculaire dans lesquelles nous regardions un objet miroitant -qui réfléchissait de telle sorte que l'image ne pouvait être perçue que par un seul œil. J'ai donné le nom de contraste binoculaire à une série de faits très-rapprochés du phénomène précédent. Ce sont des cas dans lesquels les images des deux yeux sont d'intensité lumineuse très-diverse et dans lesquels l'une de ces images annihile complètement ou partiellement la seconde. L'on peut rapporter cette annihilation de l'une des deux images à des contrastes entre ces images. Quelques faits signalés par Panum , ainsi qu'une série de phénomènes de corrélation entre les deux rétines découvertes par Fechner , se rattachent à ces conti-astes binoculaires («).
Horoptère, On a donné le nom d^horoptère à l'ensemble des points de l'espace extérieur qui font leur image sur des points correspondants des deux rétines; pour le différencier de ce que nous allons expliquer plus loin , nous le nommerons horoptère des points correspondants. Supposons une ligne de direction conduite dans l'espace extérieur à partir de chaque point de la rétine, chaque point dans lequel les' lignes de direction de deux points correspondants de la rétine viendront à s'entre-croiser sera un point de l'horoptère. Dans la vision à l'infmi , toutes les lignes de direction se coupant à l'infini, l'horoptère est en ce cas un plan situé à l'infini. Pour trouver l'horoplère dans les autres positions de l'œil , nous suivrons une méthode géométrique fournie par Hering : nous supposerons, l'œil étant accommodé pour une grande distance, les lignes de direction groupées suivant deux systèmes de plans; les plans du premier groupe se couperont tous suivant la base ; les plans du second groupe passe* ront, pour chaque œil, par le point d'entre-croisement des lignes de mire perpendiculairement au plan de mire. Le premier groupe, que nous désignerons comme sections transversales^ divise la rétine suivant des méridiens parallèles à l'horizon rétinien; le second groupe , sections longitudinales , divise la rétine en méridiens perpendiculaires à cet horizon. Les sections transversales et longitudinales des deux yeux dans lesquelles les points correspondants se ttouvent compris , seront les sections trans-
(1) Wondt, Beitrâgey 4« partie.
(8) Dove, PogqendorjSTs Annaleny t. LXXXUI. — Briicke, Wiener Akademieberichte, 1853. — Pauum, Dos Sehen mit zwei Augen, Kiel 1858. — Fechner, Abhandl. der aàchs. Oes. cf. WUsemch., 1860. — Wundt, Beitràge, 5^ part. — Helmholtz, Physiolog. Optik, § 32.
versales correspondantes et les sections longitudinales correspondantes. Aa début les sections transversales correspondantes des deux yeux tombent dans un plan, et 1» iiections longitudinales correspondantes sont parallèles entre elles. Quand Yaâ\ passera dans une nouvelle position , les sections transversales ne seront plus en général dans un plan , et les sections longitudinales cesseront d'être parallèles entre elles; chaque section transversale ou longitudinale coupe la section qui lui correspond dans l'autre œil , suivant une ligne droite ; toutes les lignes suivant lesquelles se coupent les sections transversales constitueront par leur ensemble une surface de second ordre (cylindre, cône, hyperboloïde , etc.): il en sera de même des lignes suivant lesquelles se coupent les sections longitudinales. La ligne suivant laquelle les deux surfaces se couperont, sera l'horoptère pour la position correspondante de Tœil. Si, pour citer quelques cas particuliers, les lignes visuelles sont en convergence symétrique à partir de la position primaire, les horizons rétiniens concordent avec le plan de mire , les lignes suivant lesquelles se coupent toutes les autres lignes transversales , se trouvent dans le plan médian , et celles suivant lesquelles se coupent les sections longitudinales constituent la périphérie d*un cylindre perpendiculaire sur le plan de mire et passant par le point d'entre-croisement des lignes de mire. L'horoptère est donc un cercle passant par ces points d'entre-croisement et par le point de fixation et par une droite élevée perpendiculairement au plan de mire au niveau du point de fixation. Lorsque les lignes visuelles en position primaire ne convergent pas symétriquement, l'horoptère est encore le cercle ci-dessus et
une droite perpendiculaire à ce cercle, mais cette droite est alors en dehors du point de fixatioQ.
Quand les lignes visuelles convergent dans une autre position que la position primaire^ les sections transversales et longitudinales sont inclinées les unes par rapport aux autres. Dans les cas de convergence symétrique , il y a cependant encore deux sections transversales qui se correspondent, ce ne sont plus les horizons rétiniens^ mais bien les sections transversales inclinées vers ceux-ci et passant par les deux points d'entre-croisement; toutes les autres sections transversales se coupent alors aussi dans le plan médian ; les sections longitudinales, au contraire, se coupent suivant une surface conique inclinée passant par les points d'entre-croisement et par le point de fixation; le sommet de ce cône incliné se trouve en dessous du plan de rniie quand les sections longitudinales convergent vers le bas, et au-dessus de ce plan quand elles convergent vers le haut. L'horoptère est donc alors une droite inclinée vers le plan de mire , située dans le plan médian et passant par le point de fixation, et une circonférence passant par les points d'entre-croisement des lignes de mire et par un point de cette droite , circonférence située dans un plan incliné vers le plan de mire. Dans les positions dans lesquelles les sections transversales et longitudinales sont asymétriquement inclinées entre ejles, Thoroptèrc est une courbe à double courbure passant par le point de fixation , courbe que l'on peut supposer engendrée par la section de deux hyperboloîdes. Hankelnousa fourni la solution analytique détaillée du problème compliqué de l'horoptère dans cette condition (').
L'horoptère a une importance physiologique, surtout lorsque les yeux sont adaptés à la vision lointaine et encore dans le cas do convergence symétrique de la position primairi?. 11 est à rcmaniuer cependant (jue m<>mc l'horoptère des points coitwpoiidanls :i pordu cette importance pour la plupart des yeux par ce que, comme la (ircoiivorl Ui'rklinyliausoii et commo le montre la Fig. 148 les rétines ne sont pas
[h lliriug, Ikitrîhjc :,u,' rhy^loloif., liv. 3 et 4. — Hankel, Poayendorji'" é Annaien. t. CXXII.