IDÉES DÉTERMINÉES PAR L'OUÎE
sont accordées, se rapprochent de lui. Ce fait, ajouté à la grande quantité de fibres de Gorti qui se trouvent dans le limaçon , nous explique la finesse et retendue des différents tons que nous pouvons percevoir. La limite inférieure des sons perceptibles à notre oreille correspond à peu près à 30 vibrations par seconde , et la limite supérieure à 36,000 vibrations; La finesse de nos sensations acoustiques est telle que, d'après E. H. Weber, des mucisiens exercés peuvent encore saisir des différences dans la hauteur de tons dont le nombre des vibrations serait : : 1000 : 1001 .
Heusen a tenté de vérifier directement la théorie de Hclmholtz. Il mit sous le microscope l'organe auditif d'un décapode et fit pénétrer des sons dans l'eau du porteobjet. Il put constater ainsi que toujours certains cils entraient en vibration pour certains sons, et que ces cils restaient en repos pour d'autres sons qui faisaient vibrer d'autres cils. Dans ces derniers temps la théorie de Helmholtz a trouvé im contradicteur dans Rinne , qui prétend que les fibres de Corti sont tellement molles qu^elles doivent céder sous les variations de la pression , tandis que , d'après la théorie de Hclmholtz , ces fibres devraient être rigides et tendues. On peut objecter à Rinne que nous ne pouvons pas, par^ l'examen des organes auditifs examinés après la mort, juger dans quel état de tension les fibres de Gorti se trouvent pendant la vie.
D'après Kôlliker , il y a environ 3000 fibres de Corti dans le limaçon de l'homme ; Helmholtz en déduit qu'à chaque demi-ton correspondent environ 33 1/2 de ces fibres. Le rapport de 1000 : 1001 que nous avons donné plus haut , nécessite 04 fibres par demi-ton. Cette différence s'explique par ce que nous avons dit ci-dessus : quand il se produit un ton qui tient le milieu entre la hauteur tonale de deux fibres de Corti, il les fait vibrer toutes les deux et la résultante de ces vibrations simultanées correspond au ton lui-même (<).
Le rôle différent des appareils terminaux du vestibule , des ampoules et du limaçon peut se déduire de leur structure. Les cils des ampoules sont trop petits pour pouvoir rester longtemps en mouvement , ils peuvent bien céder sous certains chocs, mais ils ne sauraient entrer en vibrations régulières. Il nous est, au contraire, bien plus facile d'admettre que les fibres de Corti peuvent vibrer régulièrement , mais ici encore les vibrations n'ont nul besoin de persister longtemps , car l'observation nous démontre qu'elles doivent au contraire cesser très-vite. Nous savons que dans l'ouïe les impressions persistantes sont de bien moins grande durée que dans la vision ; dans des trilles très-rapides il nous est , en effet , possible d'apprécier encore chacun des sons isolés qui les composent. *
§ 200. — Les idées déterminées par Touïe.
Nous rapportons , en général , les sensations de l'ouïe à des objets sonores extérieurs ; mais la localisation de ces impressions est beaucoup moins parfaite que celle des impressions lumineuses. Par Toreillc nous ne reconnaissons que la direction du son ; d'autres organes , et spécialement l'œil , nous font apprécier ensuite la distance de l'objet sonore.
Les deux instruments qui nous servent à reconnaître la direction du son sont : le tympan et le pavillon de l'oreille. La membrane du tympan nous
(1) Uelmholtz , loc. cit.
donne l'idée que le son vient du dehors. Quand on remplit d'eau le conduit auditif externe , l'on perçoit les sons forts comme s'ils se produisaient dans rintérieur de l'oreille. Ce fait s'explique par ce que, dans ce cas, le son ne peut plus se transmettre que par les os du crâne et que d'ordinaire ce ne sont que les bruits qui prennent naissance dans la tète elle-même qui se traosmetteut de cette manière. I.a membrane du tympan sert encore à distinguer si le son vient de droite ou de gauche ; il est probable que nous en avons conscience par le muscle du marteau , dont la contraction nous fait sentir si c'est le tympsm droit ou gauche qui vibre le plus fortement. Le pavillon de l'oreille^ par larëflexion des ondes sonores qui s'y produit, nous fait apprécier si le son vient de devant ou de derrière nous; quand le pavillon est solidement fixé contre la tète, nous ne pouvons plus juger de la direction d'où vient le son ; notre jugement peut même être complètement interverti quand on remplace le pa\i]lon par un pavillon artificiel dont la disposition est inverse de la forme naturelle. Nous entendons d'ordinaire plus distinctement les sons qui viennent de devant, parce que c'est dans cette direction qu'ils sont le mieux recueillis dans le conduit auditif. Si Ton change les rapports de ce conduit de telle sorte que le son venu de derrière devienne plus distinct, notre jugement sur la direction du son est complètement faussé (*).
i<» SENS DE l'odorat ET DU GOIT.
§ 201 . — Sens de l'odorat
L'onjane de Vodorcd cstconslituè par les deux cavités nasales et par Tassemblage des cavités accessoires qui comnmniquent avec elles. Les parties supérieuies des deux cavités principales servent seules à la perception des impressions de Todorat; c'est là, en eflet, et plus spécialement sur la cloison, sur lo cornet supérieur, ainsi que sur une partie du cornet moyen , que se terminent les nerfs olfactifs. Ces parties constituent la région olfactive, I^ muqueuse est caractérisée par une coloration brunâtre, qui dépend en partie de granulations pigmentaires renfermées dans les cellules de son épithélium, et en partie du contenu des glandes utriculaires (glandes de Bowman) situées au-dessous de la muqueuse. L'épithélium de la région olfactive présente des caractères spéciaux. Tout le reste de la mucjueuse nasale est, en eiTct, tapissé par un épilhélium vibratil; cet épithélium disparaît au niveau de la région olfactive et est remplacé })ar une couche de longues cellules cylindriques terminées du côté de la muqueuse par des prolongements liliformes allongés. Entre ces cellules épithéliales se trouvent les organes terminaux spéciaux des nerfs olfactifs. Ce sont des cellules fusiformes, ceiluien olfactivos, placées entre les cellules épithéliales et qui, probablement', doivent être envisagées connue des cellules nerveuses (analogues à la couche des cellules nerveuses de la rétine). Elles envoient des prolongements particuliers vers la profondeur de la muqueuse et vers la surface
(1) E. Wfber, JJerichte d. Lelpxijcr Uc!>clUi:li.y 1851.
SENS DE l'odorat. 543
de cette membrane. Toutes ces cellules émettent, en effet, par celui de leurs pôles qui regarde la superficie, un prolongement long et filiforme, qui, d'après Schultze, se termine chez l'homme et les mammifères par une extrémité mousse, dépassant un peu la surface épithéliale, et qui, chez les amphibies et les oiseaux, porte au contraire du longs cils. Par leur pôle opposé, ces cellules émellent un prolongement fin, variqueux, qui, sans nul doute, n'est autre chose qu'une fibrille primitive des nerfs olfactifs.
Les substances odorantes sont les excitants des nerf» de l'olfaction. Ces substances sont toujours gazeuses; la plupart d'entre elles déterminent déjà l'olfaction, alors même qu'elles sont très-raréfiées. 11 est très-probable que les excitants ordinaires des nerfs (excitants électriques, mécaniques) doivent déterminer des sensations odorantes, quand on les fait agir sur les nerfs olfactifs ; mais aucune expérience directe ne Ta encore prouvé. Nous ne savons presque rien sur les causes des différences oitre les odeurs , car très-souvent les corps les plus diflërents ont la même odeur. 11 nous est impossible, jusqu'à présent , d'analyser les qualités des impressions odorantes ni de déterminer Vintensité des excitations olfactives. Tout ce qu'il nous est possible de dire à ce dernier point de vue , c'est que des traces inappréciables de substances odoi*antes déterminent encore une sensation olfactive très -distincte. Le nerf olfactif se fatigue très-vite ; quand une odeur agit pendant un certain temps, son action s'affaiblit peu à peu et finit par ne plus être perçue. Lorsque plusieurs odeurs diflerentes agissent simultanément sur une même muqueuse, il se produit une sensation composée. Quand, au contraire, deux odeurs agissent, l'une sur la moitié droite de la muqueuse olfactive, et l'autre sur sa moitié gauche, il n'y a plus combinaiison des deux sensations odorantes, mais alternance entre les deux sensations.
Les sensations olfactives ne sauraient nous donner qu'une idée très-imparfaite des objets extérieurs; il faut que d'autres sens leur viennent en aide. La raison en est que les odeurs déterminent facilement une sensation agréable ou désagréable, mais cette sensation est beaucoup plus subjective qu'objective. Un grand nombre de sensations olfactives ne sont même souvent pas perçues comme des odeurs , elles alternent avec les sensations gustatives. Cette alternance est déterminée par ce que ces deux organes des sens sont souvent mis simultanément en activité, et parce qu*alors notre conscience ne s'adresse qu'à c^lui des deux dont l'action est prépondérante.
Les travaux d'Eckcr , d'Eckhard et do Max Schultze , nous ont éclairés sur la terminaison des nciTs de Todorat et sur la structure particulière de la muqueuse olfactive ; mais si Tanatomie nous en est connue , la physiologie du sens de l'odorat laisse encore beaucoup à désirer. Il n'a pas encore été fait de recherches tendant à rapporter les variétés infinies d'odeurs à un nombre déterminé de sensations olfactives simples; nous ne possédons pas non plus une mesure quelconque pour apprécier l'intensité de nos sensations olfactives. Valent in a tenté de déterminer quelle est pour certaines substances odorantes la quantité approximative capable de déterminer la sensation la plus faible possible. Il calcula la quantité de ces substances contenue dans un volume d'air traversant le nez et trouva (juc, les substances étant réguliè-
rement réparties sur toutes les surfaces olfactives, il faut 0,0016 mîUignmmes de brome , 0,02 d'hydrogène phosphore , 0,002 d'hydrogène sulfuré et 0,00005 d'essen» de roses (•)•
§ 202. — Sens du goût.
La langue constitue l'organe essentiel du goût ; mais la partie supérieure de la face antérieure du voile du palais, la partie inférieure du pilier anténeiu'et, d'après plusieurs auteurs , la face postérieure du voile et le pharynx peuvenl aussi éprouver des sensations gustatives. Le nerf qui préside surtout au goât est le glosso-pharyngien ; le lingual , branche du tryumeau , lui \-ient en aide. Le premier se distribue à la racine de la langue , au voile du palais et au pharynx ; le second , au contraire , innerve toute la partie antérieure de la langw. Sur ce dernier organe, les nerfs se terminent principalement dans les papUks. Les papilles sont de trois espèces : filiformes, fungiformes et caliciformes; ch dernières sont placées sur la racine de la langue ; ce sont elles qui sont les plu riches en fibres ner\'euses. On ignore si les renflements terminaux signalés dans les papilles sont en réalité les organes terminaux particuliei's du sens da goût, ou s'il en existe d'autres ,' que l'on n'a pas encore découverts jusqu'à présent.
L'organe, du goût est excité principalement par des substances en solution, les substances gustatives. Les dilférents goûts qu'elles déterminent se di\Tscnt en cinq catégories : doux, salé , alcalin , acide et amer. D'après ce qui se passe dans I'omI et dans l'oreille, on est en droit de supposer qu'il existe des or* ganes terminaux distincts pour chacune de ces qualités du goût. La proportion suivant laquelle ces organes sont distribués sur les diflerentes parties gustatives n'est peut-être pas la même. C'est ainsi (\\ie les sensations amëres sonC perçues surtout à la racine de la langue, que les bords de cet organe perf;K)ivcnt surtout les goûts acides et ([ue les substances sucrées sont mieux appréciées par la pointe de la langue. Il existe encore une autre différence entre les sensations gustatives, c'est la vitesse difl'érente avec laquelle elles sont perçue? : le goût salé se pen;oit plus rapidement que le sucré, le goût sucré plus vite que le goût acide, et ce dernier plus vite que le goût amer (Schirmer). 11 semble donc qu'il y ait dans le sens du goût , au point de vue de la manière dont procède IVxcitation , des diflerences analogues à celles qui se produisent ibtis VœW pour les (lifl'érentes couleurs fondamentales. IJintensiU: tiu (foùt rnnt, (Paprès Valentin (dans certaines limites seulement), avec la concentration des liquides dans lesquels les substances gustatives sont dissoutes. Quoi (|u il eu soit, cette intensité est plus grande pour des substances qui succèdent ira* médiatement à d'autres dont les sensations sont de nature opposée ; elle diminue, au contraire, par la fatigtie, en d^aittres termes, par Tactiou prolongée du même excitant.
On croyait autrefois que le fjtlosso-pharynglou est le seul nerf qui préside au sens du goût. Longet et Schitl' démontrèrent les premiei-s qOe ce rôle incombe aussi
(1) Max tfchultzc, Vntersuch. nbef dcn Bau der K<ut)\schleinUiaui. Halle 1862. — Vilentiii , Uhrb. rf. Physialof/., t. II.