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FONCTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÉRE

La section des racines postérieures entraine la perte de la sensibilité ; la section des racines antérieures paralyse les muscles correspondants. Ch. Bell, qui découvrit cette loi, lui laissa son nom : loi de Ch. Bell,

a) Conduction des impressions de sensibilité, La conduction de la sensibilité semble suivre la marche suivante : les racines postérieures, après avoir pénétré dans les cordons postérieurs, gagnent directement la substance grise, de laquelle naissent ensuite des fibres nouvelles cenlripètes qui remontent par les cordons postérieurs et peut-être en partie par les cordons latéraux. Cette disposition se déduit des faits suivants.: la section des cordons postérieurs ne paralyse pas la sensibilité des parties situées au-dessous du point de section; la sensibilité persiste, en général, aussi longtemps qu'il existe un pont de substance grise capable de transmission; elle est, au contraire, abolie quand la section comprend toute l'épaisseur de la moelle , sauf les cordons antérieurs. Quand on sectionne les cordons postérieurs, l'on voit toujours survenir une hyperesthésie due , sans doute, à l'irritation produite par la section; lorsqu'un seul cordon postérieur est sectionné , c'est toujours du côté sur lequel a porté la lésion que l'on observe l'hyperesthésie. La conduction par les cordons postérieurs diffère de celle par la substance grise en ce que, dans le premier cas, elle obéit aux lois de la conduction isolée, tandis que, dans le second, elle se fait dans toutes les directions et par toutes les parties de la substance grise. Les deux substances présentent cependant ce caractère commun, c'est qu'elles sont toutes deux insensibles à l'irritation directe. Pour les différencier de la substance directement sensible des fibres nerveuses périphériques, Schiff les désigne sous de nom de substances esthésodiques ; ce ne sont que les prolongements des racines postérieures avant leur entrée dans la substance grise qui sont sensibles. Les fibres esthésodiques nées dans la substance grise remontent du même côté de la moelle par lequel pénètrent les fibres sensitives correspondantes ; il ne se produit pas d'entre-croisement de ces faisceaux. La conduction ne s'opère, en général, que par cette voie quand la moelle est intacte; mais quand la transmission est interrompue dans cette direction, l'excitation paraît suivre des voies détournées; il faut, en ce cas, se servir d'excitants plus énergiques pour déterminer la sensibilité que lorsque les cordons postérieui's sont intacts. 11 suffit de songer à la localisation des impressions sensitives pour admettre cette conduction normale par une voie directe ; toujours , en effet , d'après Sanders , quand la conduction est am^male et indirecte, il se produit des irrégularités dans la localisation.

b) Conduction des excitations motrices. Tout ce que nous venons de dire sur la conduction des impressions de sensibilité peut s'appliquer, en général , à la conduction des excitations motrices. Les fibres des racines motrices traversent les cordons antérieurs et pénètrent dans la substance grise , d'où partent de nouvelles fibres qui remontent vers le cerveau dans l'intérieur des cordons antérieurs et des cordons latéraux. La substance grise conduit aussi dans toutes les directions les excitations motrices ; mais son excitation directe , de même que celle des fibres longitudinales qui y prennent naissance et qui cheminent dans les cordons antérieurs, ne détermine aucun mouvement; elles sont dites, d'après Schiff , substances feinésodtgwes. On le démontre par les expériences

de section et d'excitation, qui donnent les mêmes résultats que ceux quenou« avons décrits pour la conduction des impressions sensitives. Brown-Séquard a même signtïalé, à la suite de la section des cordons antérieurs , une tendoDce aux convulsions (hyperkinésic) analogue à l'hyperesthésie.

(^h. Bell démontra que les fibres sensitives pénètrent dans la moelle par les ncines postérieures, et les fibres antérieures par les racines antérieures; les recherches de Magendie, de T. Mûller et de Panizza sur les effets produits par la secti<»i H l'excitation des racines de la moelle confirmèrent cette loi, base fondamendale deli physiologie de la moelle. Magendie découvrit plus tard que les racines motrices sont douées d'une faible sensibilité. Gl. Bernard et Schifl confirmèrent ce fait et l'expliquèrent par des fibres récurrentes qui , parties des racines postérieures, se rendraiem aux racines «intérieures. A Tappui de cette opinion , SchifT signale la dégénérescence qui sur^'ient dans (juelques libres des racines antérieures à la suite de la section dei racines postérieures. Il reste cependant encore à savoir si les sensations de mouvement se transmettent par les racines antérieures ou pai* les racines postérieures. Si cept'ndant , comme nous avons été forcé de Tadmeltre, le sens musculaire ne consista que dans des sensations de Tintensité de l'excitation , nous n'aurons pas besoin de supposer des libres nerveuses périphériques destinées à la transmettre , car ces sensations prendront naissimce dans les organes ihcitateurs eux-mêmes. Les obsemtions (le W. Arnold concordent avec notre opinion; il a pu constater que des grenouilles dépouillées de leur peau , et dont on avait sectionné les racines postérieareî-f n'en exécutaient pas moins tous leurs mouvements normaux (*).

Lorsqu'il fut bien établi que les libres motrices et sensitives pénètrent isolénoent dans la moelle , on fut admis a supposer qu'elles y continuent leur trajet de la même manière et que par conséquent les fibres sensitives sont contenues dans les cordons postérieurs, et les fibres motrices dans les cordons antérieurs. Longet soutint que l'expérimentation confirme cette manière de voir; d'après lui, riiritation (les cordons antérieurs détermine des mouvements, tandis que l'excitation des cordons postérieurs détermine la sensibilité. Mais quand, plus tard, van Deen, Stillinjî, Eigenbrodt et d'autres substituèrent aux excitations de la moelle les sections partielles de cet organe , les résultats de Longet commencèrent à être révoqués en doute. Les recherches de ces expérimentateurs semblènMit i)rouver un entrecroisement des nerfs sensitifs dans la moelle elle-même; Brown-Séquard défendit cette opinion. Stilling, et plus récemment encore Yulpian admirent un entre-croisement partiel de^ fibres motrices elles-mêmes. H fut impossible à la plupart des observateurs de le démontrer, bien que, comme l'a fait remarquer Kôlliker, l'existence de la conimiisuie blanche semble plaider en faveur de cette manière de voir. Les expériences de Brown-Séquard faisaient surtout admettre l'eut re-croisement des fibres sensiti>e< dans la moelle; d'après lui, en effet, la section d'une moitié latérale de la luoello entraînait régulièrement Thypercsthésie du cù\é de la section et une ceilaine anesthésie du c(')lé opposé. Chauveau , Bezold et surtout Schilf combattirent la pri^ duction do l'anesthésie du ci^té non sectionné ; c»> dernier soutint que quand l'eipérionce t^st faite avec grand soin, jamais il ne survient d'anesthésie. Lorsque Schiff eut démontré que la substance grise conduit en tous sens , et que Van Deen eut prouvé que les cordons antérieurs et postérieurs ne sont pas directement excitables la physiologie de la moelle prit une direction toute nouvelle. L^n grand nombre Ae

(1) J. W. Aniold, Feber die Verrichtunyeii d. Wurzeln d. Rilckenmarhsntrvcn. Heidclberg 1844.

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