PONCTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
faits découverts par Schiff l'ont été simultanément par Brown-Séquard ; c'est à ce dernier c[ue nous devons de savoir que la section des cordons antérieurs et dans certaines conditions celle des cordons postérieurs produisent de Thypéresthésie et de l'hyperkénésie. De tous cesfaits, c'est celui de la non-excitabilité des cordons médullaires qui fut surtout attaquée. C'est ainsi que Vulpian prétend que les cordons antérieurs et les cordons postérieurs peuvent être excités directement par des agents mécaniques énergiques ; Engelken vit survenir des secousses après l'excitation électrique des cordons antérieurs et postérieurs. Ghauveau considéra ces secousses comme des réflexes; S. Mayer fit la môme objection aux résultats obtenus par Engelken. Une discussion plus sérieuse encore s'éleva sur la qualité des impressions de sensibilité conduites par les cordons postérieurs et par la substance grise. Schiff avait remarqué qu'après la section de la substance grise il ne se transmet plus que des impressions tactiles , tandis qu'après la section des cordons postérieurs les impressions douloureuses seules sont transmises ; il admit donc que la substance grise préside à la conduction des impressions douloureuses et que les cordons postérieurs conduisent les impressions tactiles. Brown-Séquard , se basant sur les symptômes pathologiques, a admis dans ces derniers temps un nombre bien plus considérable de voies de transmission spéciales; il admet des voies différentes pour la conduction des impressions de tact, de chatouillement, de douleur et de température; mais il ne décrit pas leur trajet. Toutes les observations signalées à cet égard peuvent se ramener au seul fait suivant : dans certaines conditions , des excitations faibles peuvent dé* terminer un mouvement , alors que des excitations fortes semblent être sans action. Ce phénomène se produit souvent sur les animaux épuisés ; mais , comme le fait observer Sanders, le contraire peut arriver aussi; l'on ne saurait donc rattacher ces particularités à des propriétés spéciales de portions déterminées de la moelle. Sanders explique T insensibilité pour des excitations faibles , qui survient après la section des cordons postérieurs, par ce que, dans ce cas, l'excitation passe d'abord de la substance grise dans la voie normale des cordons postérieurs et disparaît ensuite au point de section. Voici quelques observations qui plaident en faveur de la transmission par une voie directe et par une voie accessoire. Sanders sectionna sur on lapin le cordon latéral gauche à la hauteur de la 3^ vertèbre dorsale ; la patte postérieure gauche devint insensible, parce que probablement, en ce cas, l'excitation se transmettait normalement le long de la voie directe des cordons postérieurs. Quand, au contraire, il sectionnait toute la moitié gauche de la moelle au niveau de la dernière vertèbre dorsale, la sensibilité revenait, parce que probablement l'excitation, dès son entrée dans la moelle /prenait la voie accessoire. Cette expérience ne permet pas d'admettre un entre-croisement des fibres des cordons postérieurs (*),
La physiologie des cordons latéraux n'a été que très-incomplétement étudiée jusqu'ici. Les découvertes anatomiques portent à admettre qu'il s'y rencontre des voies de transmission pour la sensibilité et pour la motricité; mais l'expérimentation physiologique ne saurait encore nous en donner des preuves ; il est en effet à peu près impossible de sectionner les cordons latéraux sans entamer plus ou moins les cordons antérieurs et postérieurs. Ch. Bell leur donne le nom de cordons respiratoires ; les nerfs respiratoires prennent effectivement naissance dans les cordons latéraux ;
p) J. Mûller, Lehrb, d. Physiolog., t. I. — Longet , Anatomie et physiologie du système nerveux , t. I. — Van Decn, Traité et découvertes sur la physiol. Leyde 1841. — Schiff, Z^ehrb. der Physiologie, t. I. — Vulpian , Leçons sur la physiologie du système nerreux. — Brown - Sëquard , Journal de la physiologie, t. I à VI, et Archives de physiologie , 1868. — Chauveau, ibid. — Sondcrs, Geleidingsbanen in ?iet ruggemery. Groningen 1866. — Mayer, J^Uger'ê Archir, t. L
mais Vulpiaii a constaté que la section d'un cordon latéral ne produit qu'une panlysie incomplète des muscles de la respiration , qui peut s'expliquer par ce qu'u certain nombre de libres motrices cheminent dans ces cordons. Il n'y a donc pas liei d'abandonner Topinion fondée sur les recherches anatpmique&, et nous devons admettre que les cordons latéraux contiennent des fibres esthésodiques et des fibrei kinésodiques, mais ces dernières en bien plus grand nombre.
Il nous faut encore des recherches nombreuses et approfondies pour pouToir préciser la situation des voies normales qui appartiennent aux différentes régions de sensibilité ou aux dift'érenU; groupes musculaires. Tùrck a trouvé que chez le chia les voies de transmission ae la sensibilité répondent pour les extrémités posténeurs à la loi suivante : leur position par rapport à Taxe de la moelle est en rapport inverse avec la distance comprise entre la région innervée et le tronc; pour la cuisse, ki voies suivies sont donc situées surtout en arrière, et en avant pour le pied. Il enesl de même d'après Setschenow et Paschutin dans la moelle des grenouilles (*).
2» Transport des excitations dans la moelle elle-même. Nous savons que la substance grise do la moelle peut conduire en tous sens les impressions sensitives et les excitations motrices, ce qui nous explique facilement les phénomènes de sensations concomitantes et de mouvements associés déterminés par les nerfs rachidiens. Ces deux phénomènes se produisent, sans nul doute, lorsque Texcitation s'étend dans la substance grise et ne porte pas seulement sur les fibres de la voie de transmission normale, mais encore sur d'autres fibres longitudinales des cordons postérieurs ou des cordons antérieurs. L'on comprend aisément , de cette manière , que l'étendue des sensations concomitantes, et surtout celle des mouvements associés, augmente avec Tintensîtéde rinnervation initiale.
Il se produit encore dans la moelle un transport de rexcitation des fibres sensibles sur les fibres motrices; ce transport constitue le monveinent rêflest. Quand on veul. étudier les réilexes de la moelle sans que rinfluence de? organes centraux situés plus haut puisse venir les troubler; il faut se senir d'animaux décapités on d'animaux dont on a ouvert le crâne et dont on a eulevé l'encéphale et le bulbe. On constate ainsi que le mouvement réflexe diffère du mouvement déterminé par l'excitation directe des nerfs moteurs parce qu'il s'étend à des groupes de muscles beaucoup moins limités et parce que la durée de son excitation latente est bien plus longue.
a) L'extension des mouvements réflexes dépend de l'excitabilité réflexe et de l'intensité des excitants de sensibilité. L'excitabilité réflexe dépend de Tespèce des animaux, de leur àjxe, de conditions individuelles inconnues encore et de l'action spécifique de certaines substances qui exagèrent ou (diminuent cette propriété. Les classes de vertébrés peuvent, à ce point de vue, être classées ainsi : les oiseaux ont la plus grande excitabilité réflexe ; puis viennent les amphibies , les reptiles , l(»s mammifères et enfin les poissons. Chez les amphibies (j^renouillt^s par exemple), rexcital)ilité réflexe est à son maximum en hiver et à son minimum en été. L'on a dit que cette propriété est plu? grande chez les animaux jeunes; mais ce fait n'est pas encore bien dé-
(») Tflrck, iriener Sitziinç/Mber., t. XXI, 1865.