TV. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES TISSUS ORGANIQUES
§ 20. — Mode d'agrégation des éléments.
Tous les tissus organiques sont formés les uns exclusivement par des cellules, les autres par des transformations ou des sécrétions de cellules. C'est de leur structure que découlent leurs propriétés physiques. La partie essentielle des cellules, à leur début, est le protoplasma. Le protoplasma est une substance molle, ni solide ni liquide , capable de prendre aisément des formes différentes, et douée d'une certaine élasticité, qui lui permet de revenir facilement à sa forme primitive quand une force extérieure l'en avait fait dévier. Le protoplasma présente néanmoins des degrés de consistance diverse ; tantôt il est mou comme une bouillie, tantôt il est plus épais et plus consistant.
Dans leurs périodes embryonnaires, les tissus végétaux et animaux sont tous formés par des cellules juxtaposées. Ces tissus ont alors, eux aussi, en raison même de l'importance du protoplasma dans la structure de la jeune cellule, une consistance semi-fluide comparable à celle d'une bouillie.
Les tissus végétaux ne restent pas longtemps dans cet état; bientôt, en effet, apparaît la membrane de cellulose, elle s'épaissit, et forme une sorte de trame rigide, au milieu de laquelle lés parties plus fliddes sont isolées par des cloisons solides.
Pour les tissus animaux , cet état presque embryomiaire persiste bien plus longtemps, et leur condensation diffère essentiellement de celle des tissus végétaux. Dans ces derniers, c'est par l'apparition et l'épaississement des parois cellulaires que s'opère cette condensation, alors même que le contenu cellulaire devient souvent plus fluide qu'il ne l'était; dans les tissus animaux, au contraire, la condensation porte tout aussi bien sur le contenu de la cellule que sur la substance intercellulaire , phénomène bien plus important que l'épaississement de la membrane.
Au § 18 nous avons classés les tissus animaux en trois groupes; en les envisageant au point de vue de la partie de la cellule qui se condense, nous retrouvons la même classification.
1" Dans les tissus formés par une s[nvp\c juxtaposition de cellules (épithéliums , tissu glandulaire, tissu musculaire), c'est surtout le contenu cellulaire qui s'épaissit.
MODE d'agrégation DES ÉLÉMENTS. 39
"2^ Dans les tissus dont les celïules se sont soudées et ont formé des canaux ("nerfs, capillaires), c'est la membrane de la cellule qui s'épaissit.
3^ Dans les tissus formés par multiplication et sécrétion du contenu cellulaire (tissus de substance connective) , la condensation porte surtout sur la stihstance inter cellulaire»
Les cellules animales éprouvent, au point.de vue de leur constitution, des métamorphoses bien moins profondes que les cellules végétales ; il en résulte que les tissus animaux conservent, en grande partie au moins, une consistance beaucoup plus molle oX plus semblable à ce qu'elle était à Torigine. Dans les tissus végétaux, c'est surtout à Tépaississement de la membrane de cellulose qui forme l'enveloppe des cellules et des vaisseaux, que ces tissus doivent leur consistance variable. Aussi la moelle végétale, formée de cellules dont la membrane est peu ou point épaissie , est-elle peu consistante. Le tissu des feuilles, que constituent des jeunes cellules et des vaisseaux, est beaucoup moins dense que le tissu de Técorce ; ce dernier offre lui-même beaucoup moins de consistance que le bois, dont les éléments possèdent les couches de cellulose de beaucoup les plus épaisses.
Parmi les tissus animaux du premier groupe, l'épiderme est d'une densité remarquable, en raison de la consistance cornée que présente le contenu cellulaire ; les ('^ucbes épithéliales des muqueuses, des organes glandulaires, les tissus musculaires possèdent, au contraire, une consistance beaucoup moins considérable, parce que leur contenu cellulaire est plus mou. Les tissus du second groupe, fibres neigeuses ^t vaisseaux capillaires, ont un contenu fluide , qui môme s'écoule au dehors dès que la membrane extérieure est rompue, tandis que cette dernière est d'une consistance remarquable. On peut en rapprocher les fibres élastiques, qui, elles aussi, sont des ''^a.ux possédant un certain liquide et une membrane d'enveloppe très-résistante ; ^^lement ici la lumière du canal a presque disparu. Quant aux tissus du troisième groupe, leur consistance dépend entièrement de celle de la substance intercellulaire. \us8i varie-t-elle énormément, depuis la consistance semi-fluide du tissu muqueux jusqu'à la consistance dure du tissu osseux.
Ce n'est qu'aux deux extrêmes de leur consistance que les tissus végétaux «'t animaux se rapprochent des propriétés physiques des corps inorganisés. Kûtre la fluidité ou une solidité analogue à celle d'un minéral , sont des intermédiaires auxquels ne saurait s'appliquer aucune des désignations dont on se ^n habituellement pour déterminer la consistance des corps inorganiques , et ce sont précisément les tissus doués de ces degrés intermédiaires de consistance qui sont les plus importants pour le fonctionnement des organismes.
Les corps inorganiques sont ou fluides ou solides; il peut bien se trouver entre leurs éléments une certaine quantité de liquide , mais jamais toute leur masse ne présente une constitution uniforme ou solide ou liquide. Aussi faut-il inventer pour les tissus organiques une désignation spéciale , seini-flidde.
Cette consistance spéciale est due bien moins à la quantité d'eau que contiennent les tissus, qu'à la manière dont cette eau y est contenue. Les corps inorganiques, solides, renferment quelcjuefois, eux aussi, de l'eau en grande «(uantité : mais tantôt cette eau s'y trouve chimiquement combinée (eau d'hydralation ou de cristallisation), et forme ainsi, avec les autres éléments, une combinaison solide; tantôt elle est contenue dans des poi'es ou des cavités de ces coi'ps. Les tissus organiques tiennent le milieu entre ces deux extrêmes. L'eau
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i'rt^, mstM^. à*utv}\fi îtnhihht d*eaa présente, au point de Tne des propriétés phy- <»Kf ti#r«f uuf \(r»witt analogie aver: les tissus organiques. Et cependant il est à remarquer qrM t^itét tnsttm^, argileuse se compose en réalité d*une quantité considérable de petits grains d^ matière isolés, entre lesquels se trouve Teau dUmbibition : elle représente ainsi, non fiss un corps unique, mais une quantité de petits corps distincts, suspendu» dans de IVau, Aussi n*est-ce que le protoplasma, dans les premières périodes de sa formation, qui présente une analogie complète avec cette masse argileuse. Us tissus, uuf fois formés, possèdent une forme définie , et Teau qu*ils absorbent ne leur imprime pas une modification essentielle. Le liquide d'imbibition peut écarter Indéfiniment tes molécul(*s argileuses les unes des autres, tandis que ce fait ne saurait se produire dsns hts tissus organiques , qui conservent toujours une forme déterminée, en vertu de laquelle l'attraction des différentes molécules s'exerce toujours entre elles. On pourrait donc , jusqu'à un certain point , comparer les tissus A îles niilutiom. Kn effet, dans une solution saline, Teau est interposée entre les iTioMculns du sel et les dissocie. Mais les solutions en diffèrent en ce que, la cohésion dos molécules solides une fois vaincue, Teau qui les sépare peut augmenter d*» qunnllté d'uni» manière indéfinie. Dans les solutions encore les particules solides se fliMsolvnnt, tandis ({ue pour l'absorption de l'eau par les tissus organiques, c'est l'eau qui s'unit aux éléments solides. Ce qui démontre que les tissus sont en général drs ror|iN hulides avec des espaces intermoléculaires remplis d'eau, ce «ont leurs propriétés pliysicfues et en particulier leur cohésion et leur élasticité toiyours «Ml rapport avec leur richesse on eau. Les espaces intermoléculaires ont de toute évidence dos dimensions très- variées , ce qui nous explique aisément la variété de scdidllé et de cimsistance des différents tissus.
,^ "ii . — Ctpaoité d'imbibition et poids spécifique.
\a pi^iquntUé quo |HïHsèilont les tissus oiyauiques d'absorber de l'eau prend h* lUMu th* ni|Miei(«^ iV%%nhihitHm, Tout tissu possède une limite d'imbibition \\\\ di*là tie iHquelle il ne sau l'ait plus al>sorber d'eau. La capacité d'imbibition lituùuue quand Tetiu ctu^tient des cor|v< solides eu dissolution ; à condition toutefois que les suMancos dis^^utes n'aient aucune action chimique sur les tissui^. tl on i^VtuUo que K*s ti'^îMts rvlieiu^ent bien plus énei'giquemcMfit Teau ^pii ^
nAPACITÉ D'iMBiniTION ET POIDS SPÉCIFIQUE. 41
imbibe que les sels qui y sont dissous. Aussi Ludwig a-t-il démontré que, si Ton vient à exprimer un tissu imbibé d'une solution saline, le premier liquide qui s'écoule est plus concentré que celui qui s'écoule en dernier lieu à la suite d'une pression considérable. Ce sont toujours des solutions, soit de sels inorganiques, soit de composés organiques, qui imbibent les tissus. Mais jamais ces derniers n'atteignent leur limite maximum d'imbibition pour les mêmes solutions. Aussi le tissu peut-il toujours absorber une quantité plus grande de In solution qui l'imbibe normalement que celle qu'il contient déjà.
Vindice dHmhihition est le poids de la quantité maximum de liquide qui peut être absorbée par une unité de poids du tissu imbibé. Ce rapport varie avec la structure du tissu , avec le liquide et avec la température. En général, ce rapport diminue avec la concentration du liquide, et augmente avec la température.
. Liebig a étudié la manière dont se comporte une vessie de bœuf desséchée , dans de Teau et dans des solutions salines de concentrations diverses. Voici ce qu'il a trouvé :
iOO parties de vessie sont imbibées par 300 parties d'eau.
. — — 288 — d'unesolutiondeselmarinà9»/n.
•__ 2i8 — — àl8«/o.
D'après Gloetta, si Ton emploie une solution d'un mélange de sel marin et de sel de Glauber, l'indice d'imbibition du sel marin reste à peu près le même, tandis que celui du sel de Glauber diminue.
Les tissus desséchés possèdent la propriété d'imbibition au plus haut degré. Ils sont hygroscopiques, en d'autres termes, ils absorbent l'humidité de l'atmosphère.
Beaucoup de substances organiques qui ne sont pas des tissus, mais qui proviennent néanmoins des cellules ou des tissus, Talbumine, la gomme, Tamidon, possèdent aussi cette propriété d'imbibition; mais les solutions de ces corps ne semblent même pas être de véritables solutions, elles consistent plutôt dans une suspension au milieu d'un excès de liquide des particules élémentaires gonflées qui forment ces substances. Graham nomme sttbstances colloïdes toutes celles qui , en s'hydratant deviennent gélatineuses, et qui, loin de se dissoudre dans un excès d'eau ^ ne font que se dissocier davantage; il les oppose aux substances cristallisables , inorganiques qu'il nomme cri8talloïd€8{^).
Puisque les tissus se laissent imbiber par une plus grande quantité d'eau que de sels dissous dans ce véhicule, le liquide qui les imbibe est toujours moins concentré que celui au milieu duquel ces tissus se trouvent, et en général, plus la concentration du liquide extérieur augmente, plus cette différence est considérable.
D'après Gloetta , le rapport de densité des deux liquides est à peu près constant pour des solutions de sel marin , tandis que pour le sel de Glauber il est en raison inverse de la concentration de la solution (*).
C'est surtout grâce à leur richesse eu eau que le poids spécifique des tissus organiques est si faible. Aussi ce poids augmente- t-il dès que le tissu se des.séche. La densité des tissus des.séchés est de beaucoup inférieure à c^lle
(1) Graham , Ami. der Ckemie u. Pharmacie , t. CXXI.
O hnàwig , ,MtrhueIi der Physiologie y t. I. — Frick, 3fed. Phygik^ ch. II.
de la plupart des minéraux, parce que les substances organiques dont sont formés les tissus, ont eux-mêmes un poids spécifique très-peu élevé. Parmi ces substances, les plus importantes sont la cellulose, les albumino!des et leurs dérivés immédiats, et les graisses. Les graisses sont plus Itères que Teau. les albuminoïdes et la cellulose ont un poids spécifique très-peu supérieur à celui de ce liquide. Aussi le tissu animal, le plus riche en matières minérales, Fos, a-t-il la densité la plus élevée, et le tissu nerveux, le plus riche en graisse, a-t-il la densité la plus faible.
Les données que nous possédons sur le poids spécifique des tissus sont encore peu exactes, L'âge et les différences individuelles font varier ce poids.
Voici quelques moyennes que l'on peut considérer comme à peu près exactes, et qui se rapportent à l'homme.
Os.
Tissu élastique ftendonsl Muscles
Artères 1,06
Veines ifilS
Nerfs 1,04
§ 22. — Cohésion.
La cohésio7i des tissus organirpies est, elle aussi, inférieure à celle des corps inorganiques. C'est dans les os qu'elle est la plus grande et dans les organes glandulaires et le ceneau qu'elle est la plus faible. Les nerfs périphériques ont une cohésion plus considérable, elle ne dépend pas à la vérité des fibres nerveuses, mais bien de leur enveloppe connective et élastique (névrilènieV Cette enveloppe augmentant d'épaisseur à mesure que les troncs nerveux se divisent , on comprend que la cohésion augmente dans le même rapport, et que celle des fines ramifications de la peau et des muscles est plus grande que c^lle des troncs.
La cohésion dos tissus est en raison inverse do leur richesse en eau. Quand ils sont desséchés, leur cohésion est bien phis grande. Sous ce rapport, on peut classer les tissus à peu près comme on doit les classer eu égard à laquand'eau qu'ils contiennent : os, tendons, nerfs, muscles, veines, artères, tuniques intestinales, glandes, encéphale
Dans leur jeune âge, les tissus contiennent plus de liquides, et ont une cohésion moindre qu'aux périodes plus avancées de leur développement. Plus tard, dans la vieillesse , la cohésion des tissus diminue de nouveau ; mais cette diminution n'est plus en rapport avec leur richesse en'eau, puisque, au contraire, la quantité de ce liquide est diminuée au lieu d'augmenter. Cette particularité se remarque surtout pour les os et les muscles , elle tient à une modification (fu'ôprouvent les substances solides dont sont formés ces tissus.
On mesure la cohésion (propriété que possèdent les corps de résister à une force extérieure qui tend à les rompre) par la limite de cohésion y c'est-à-dire la quantité de force nécessaire pour rompre un coi^ps. Mais cette quantité varie avec le diamètre du corps à diviser. Aussi, quand il s'agit de comparer différents corps, admet-on une unité de diamètre , et mesure- t-on la cohésion pîir le nombre de kiloî^rammes nécessaires pour rompre un corps de 1 millimètre carré de diamètre.