‹ Nouveaux elements de physiologie humanieChapitre 6 sur 217 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

siques et chimiques. On établit donc aujourd'hui en axiome physiologique que les lois qui régissent la vie dans les organismes sont de tout point semblables aux lois qui régissent la nature en général (*) .

*L'idée d'une force vitale unique remonte aux premiers temps de la science, alors que Ton s'efforçait de fonder la physiologie et toutes les sciences médicales sur une pure hypothèse. On faisait d'ordinaire résider cette force vitale dans un organe spécial, régissant tous les autres. Tantôt c'était le sang, tantôt le système nerveux, tantôt tel ou tel organe que Ton envisageait comme le siège de la vie et de toute maladie. Albert de Haller, le premier, par ses études sur la sensibilité et l'irritabilité, réduisit cette force vitale en ses fonctions élémentaires ; mais ce travail , il ne le fit surtout que pour la sensibilité et les mouvements. C'est à Jean Mûller qu'il faut attribuer l'honneur d'avoir bouleversé ces idées anciennes ; le premier il dénomma la physiologie , la physique des organismes, et lui assigna ainsi son véritable rang parmi les sciences naturelles. L'hypothèse vitaliste possède encore aujourd'hui ses défenseurs , qui cependant n'accordent plus à la force vitale le même sens que Ii^ attribuaient les anciens. Le vitalisme a pris quelque chose de toutes les opinions qirF depuis lors ont successivement dominé en physiologie. Ses partisans croient devoir rattacher tous les phénomènes vitaux à une force unique se manifestant sons des formes différentes, mais ils reconnaissent toutefois que dans les processus physiologiques il en est beaucoup qui ne dépendent que des forces physico-chimiques. Le vitalisme cherche à se défendre en disant que beaucoup de faits qui se produisent dans l'organisme , en particulier les phénomènes de reproduction et de développement , ne sauraient , en aucune façon , s'expliquer par n'importe quelle loi physicochimique connue jusqu'à ce jour. Les adversaires de cette doctrine répondent que les manifestations si complexes des organismes peuvent, par l'analyse, être réduits à un certain nombre de faits élémentaires concordant parfaitement avec les lois de la physique ; que cette opinion s'est vérifiée chaque fois qu'il a été possible de faire un progrès quelconque dans les recherches physiologiques, et que, suivant une règle générale à toutes les sciences, cette opinion doit être la tendance de toutes les recherches ultérieures.

§ 2. — Méthodes et moyens d'investigation en physiologie.

La physiologie se proposant d'arriver par l'étude des phénomènes à la con-^ naissance des lois de la vie , se sert , comme toute science naturelle , de deu^ moyens d'investigation : V observation et V expérimentation.

Toute science naturelle débute par Tobservation ; mais comme les phénomènes sont rarement assez simples pour que ce moyen suffise à leur analyse , il est presque impossible d'arriver par l'observation seule à la détermination des lois qui président à leur production. Cette considération s'applique surtout à la physiologie, qui se trouve à chaque instant aux prises avec les phénomènes les plus compliqués de la nature. EJt néanmoins, il est encore dans cette

P) Cette proposition est vraie quand on se borne à étudier les manifestations de la vie, mais des que l'on aborde la question de la vie elle-même, ou que même on vient à toucher aux phénomènes psychiques, il n'est plus possible de l'admettre autrement que comme simple hypothèse dans l'état actuel de nos connaissances. Préjuger l'avenir d'une manière ou d'une autre serait folie. (A. B.)

MÉTiâWDES ET MOYENS d'iNVESTIGATION EN PHYSIOLOGIE. 3

science des parties tout entières dans lesquelles on a dû se borner jusqu'ici à la simple observation (développement et reproduction des organismes).

Pour obvier quelque jjbxx à cet état de choses, il faut, dans les recherches physiologiques et surtoi^dans celles qui sont inabordables à l'expérimentation , donner à l'observation le plus grand soin possible. On y arrive par le perfectioifnement des moyens d'investigation, le microscope par exemple, et par l'extension de l'observation à un très-grand nombre d'organismes : l'anatomie comparée.

Par Pexpérimentation , on se propose de découvrir les causes des phénomènes et les lais qui les régissent. La méthode expérimentale y arrive en modifiant successivement toutes les conditions dont peut dépendre un phénomène. Lorque , en modifiant une condition du phénomène, on modifie ce phénomène lui-même, on peut dire avoir trouvé une cause de celui-ci. Quant à la loi d'après laquelle agit cette cause , la méthode expérimentale arrive à la connaître e0 la faisant varier plus ou moins, et en mesurant le degré des modiûcations an^^^s ^^ phénomène produit.

Ce que nous venons de dire démontre aisément que rapplication des méthodes explrimentales est d'autant plus difficile que les causes occasionnelles des phénomènes sont plus compiiqifées et plus nombreuses. Chaque expérience peut en effet agir différemment sur plusieurs causes et troubler ainsi les résultats. Il faut donc vainciè des difficultés immenses pour arriver à l'analyse des causes et à l'analyse ies phénomènes si complexes résultant de l'association de plusieurs faits élémentaires.

On peut appeler la recherche des causes V analyse • qualitative ; la recherche des Lois naturelles^ Vanalyse quantitative des méthodes expérimentales. Et ce n'est que lorsque cette dernière tâche sera accomplie , que Ton pourra se croire arrivé à Tint^rprétation exacte des différents phénomènes.

L'expérimentation physiologique se fait suivant deux directions principales : \^ Elle se propose de rechercher les conditions d'où dépendent les phéno mènes compliqués de l'organisme vivant. On y arrive par la vivisection ;. ce naot doit s'appliquer à toute modification , perturbation ou suppression des fonctions d'un organe ou d'une partie d'organe produites volontairement dans un organisme vivant par l'expérimentateur.

2^ Elle recherche les faits élémentaires qui , par leur réunion , donnent lieu

atix phénomènes organiques plus compliqués. Puisque nous admettons que

^us ces faits élémentaires sont des phénomènes physico-chimiques,, il est donc

clair que dans cet ordre d'investigations c'est aux recherches physico-chimiques

^'il faudra s'adresser.

Il est clair au^si que dans les sciences physiologiques l'expérimentation de- ^ra toujours débuter par la vivisection , qui déterminera si tel organe , tel tissu possède telle ou telle action.

Ce résultat obtenu , l'analyse physico -chimique recherchera quelles sont les propriétés physiques et chimiques de cet organe, tâchera de reproduire en dehors de l'organisme des conditions similaires et d'obtenir, s'il est possible, des ï^ultats semblables.

4 ÎNTRODUCTION.

Quelques exemples feront mieux comprendre le rôle respectif de ces deux méthodes expérimentales.

Tel nerf est-il sensitif ou moteur? L'expérimentateur irritera le nerf, soit mécaniquement , soit par l'électricité , puis il le sectionnera et verra dans le premier cas si l'animal manifeste de la douleur, ou bien si quelques muscles se contractent isolément ; et, dans le second, s'il survient une paralysie de motricité ou de sensibilité. La vivisection a démontré, je suppose, que ce nerf est essentiellement moteur et destiné à tel muscle ; mais tout n'est pas dit , car il restera cette question : pourquoi ce nerf peut-il faire contracter ce muscle et comment ce muscle peut-il se contracter? Pour y répondre, il faudra rechercher les conditions physiques du tissu nerveux et du tissu musculaire qui rendent ces fonctions possibles , et passer ainsi de la vivisection à l'expérimentation physique. Dans un autre cas , s'agit-il de savoir si l'estomac digère les albuminoîdes ingérés? l'expérimentateur nourrira exclusivement un animal avec ces substances ; puis , au bout de quelque temps , il l'ouvrira et verra s'il trouve des albuminoîdes en voie de digestion dans l'intérieur de l'estomac. Il s'en est assuré^ et veut savoir par quel moyen l'estomac digère ces substances ; il lui faudra recueillir du suc gastrique, l'analyser et étudier l'action digestive de chacune de ces parties constitutives sur les albuminoîdes. La vivisection l'a donc amené à des recherches chimiques. Mais après que le physiologiste aura obtenu le résultat cherché au moyen de sécrétions fournies par un organisme, il essaiera de l'obtenir encore avec des liquides fabriqués par lui à l'imitation de ces sécrétions et arrivera ainsi , en dehors de l'organisme, les conditions étant les mômes, à reproduire les mômes phénomènes. C'est cette reproduction artificielle des phénomènes naturels qui est le deinier but de la méthode expérimentale.

L'observation pathologique y quoique simple observation, a souvent une valeur comparable à celle de l'expérimentation et joue un rôle semblable à celui de la vivisection. Cette dernière trouble ou supprime volontairement les fonctions , tandis quo l'observation pathologique se sert des troubles et des suppressions fonctionnels qui lui sont fournis accidentellement par les organes malades. Mais ce qui crée à celleci une infériorité considérable sur la vivisection , c'est que dans la plupart des cas elle étudie les phénomènes dans un ordre inverse ; en effet, pendant la vie elle ne constate que les troubles fonctionnels, et ce n'est qu'après la mort qu'elle peut découvrir les lésions organiques, causes de ces troubles. Chaque fois qu'il s'agira dVtudier l'organisme humain, Fobservation pathologique devra suppléer la vivisection.

Les deux méthodes de vivisection et d'expérimentation physico-chimique n'ont pas toujours vécu en bonne harmonie sur le terrain physiologique. Souvent elles furent cultivées chacune isolément , et les partisans de l'une et de l'autre n'accordèrent de valeur ({u'au mode de recherches qu'ils pratiquaient. Dans toute analyK«« physiologique , il faut aujourd'hui débuter par la vivisection : toujours elle conduira forcément à l'expérimentation physico-chimique. Ces deux méthodes se complètent Tune lautre, et, à vrai dire, il n'y a pas différentes méthodes expérimentiles , il n'y en a qu'une qui varie ses moyens suivant les recherches qu'elle se propose.

§ 3. — Division de la physiologie.

La physiologie peut être envisagét» soit au point de Mie de la similitude dos phénomènes élémentaires, soit au point de vue de Tanalogie que présentent les ré.sullals du fonctionnement des organes.

Par Texamen des phénomènes élémentaires , on tend mettre en lumière les ressemblances de propriétés et de fonctions des organismes , et à établir ainsi les

DIVISION DE LA PUySlOLOGlK. 5

différences fondamentales qui existent entre les êtres animés et inanimés. On est conduit alors à rechercher comment ces phénomènes élémentaires se modifient dans les organismes, et à expliquer les différences si nombreuses que présente le règne organique. Cette étude se propose de découvrir le fonctionnement général de la vie et les différentes métamorphoses que celle-ci imprime aux êtres organisés ; nous l'appellerons p/ii/sioiogfie générale.

En comparant les manifestations fonctionnelles, on reconnait qu'il en est qui appartiennent à tous les organismes, et d'autres qui , dans une certaine mesure, ne sont propres qu'à quelques-uns. Les premières, communes à tous les organismes, sont les phénomènes nutritifs , présidant à la conservation de Vindividu^ et les phénomènes de génération et de développement, qui président à \à conservation de l'espèce. Les dernières, propres à quelques organismes seulement, sont les propriétés de sensibilité, de motricité, et les phénomènes psychiques qui en dérivent. Ces fonctions , mettant l'organisme en rapport avec le monde extérieur, peuvent être groupées sous le nom de fonctions de relation. Les fonctions de nutrition et les fonctions de relation, s'adressant spécialement à l'individu lui-même , forment ensemble , si l'on veut, la physiologie individuelle , en opposition avec les fonctions de reproduction et de développement, qui constituent h physiologie de la génération. Mais les fonctions de nutrition et de génération appartenant à la fois à l'animal et à la plante, leur étude a reçu le nom de physiologie des fonctions de la vie végétative. Les fonctions de relation, >étant un apanage spécial au règne animal, constituent \a physiologie des fonctions de la vie animale. L'examen des phénomènes de la vie nous conduit à étudier isolément le fonctionnement spécial de chaque organe ; c'est ce que nous appellerons la physiologie spéciale, pour laquelle nous prendrons l'organisme humain comme point de départ.

Le sujet que nous nous proposons de traiter se divise donc :

1« En physiologie générale, qui a pour objet l'étude des fonctions générales de la vie et des changements qu'elle détermine dans les êtres organiques.

2*» En physiologie spéciale, qui traitera des fonctions isolées de l'organisme immain :

a) De kl nutrition ;

h) Des fonctions de relation ;

t) De la reproduction et du développement.

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