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C. HYPOTHÈSES SUR L'ORIGINE DES ORGANISMES

§ 61 . — La génération spontanée.

On entend par génération spontanée la naissance directe d'organismes par combinaison d'éléments inorganiques. Tandis que , jusqu'à présent , nous avons vu tous les êtres organisés naître d'êtres semblables à eux-mêmes, et cela quel que fût le mode de reproduction , la génération spontanée devrait donner naissance à des individus ne dérivant nullement d'individus similaires. Il semble indiscutable qu'à une époque ancienne, au moment où les premiers organismes apparurent sur notre globe, ils se sont formés par génération spontanée. Mais cette théorie admet qu'aujourd'hui encore des végétaux et des animaux inférieurs naissent de cette manière. Les partisans de la génération spontanée ont été amenés à soutenir leur opinion parce que souvent on voit naître des quantités d'organismes inférieurs sans pouvoir retrouver les germes d'où ils dérivent. Des observations plus précises ont fait voir que ces germes sont beaucoup plus nombreux qu'on ne l'avait admis jusqu'alors, et l'on a même pu démontrer directement que , dans quelques cas , des êtres que l'on avait cru produits par génération spontanée se développent par germes. L'étude des générations alternantes a , du reste , éclairé beaucoup de faits que Ton avait jusque-là rattachés à la génération, spontanée. Aussi faut-il regarder ce mode de reproduction comme tout à fait inexact, au moins pour les êtres actuellement existants.

Les partisans de la génération spontanée se sont , dans ces derniers temps , bornés ^soatenir leur opinion pour les champignons^ les algues, les infusoires et les vers "itestinaux. Pour ce qui est de ces derniers , la découverte des générations altérâtes a complètement renversé leur théorie. C'est surtout pour les individus asexués , les nourrices des vers intestinaux (cysticerques , échinocoques), que Ton avait admis ^3 génération spontanée. La facilité avec laquelle les germes de tous ces êtres peuvent se transmettre par Teau ou par Tair sufût déjà à la faire repousser. Cette facilité est surtout des plus considérsd)les pour les algues et les champignons. Ehrenberg démontre que dans la poussière et Teau de pluie se trouvent des infusoires. Les végétaux et les animaux inférieurs , tout aussi bien que leurs germes , ont une résistance vitale extraordinaire. Ils peuvent, après avoir été desséchés, renaître à la vie sous des conditions favorables. Leur fertilité est également surprenante. Ehrenberg a calculé qu*une vorticelle peut , en quatre jours , produire jusqu'à 140 billions de rejetons.

Tout récemment on a cherché, d'une pai't, à affirmer, et d'autre part, à infirmer la théorie de la génération spontanée , par voie expérimentale. Schwann et Helmiioltz soutinrent que dans une infusion soumise préalablement à TébuUition, de manière à ce que les germes qui pouvaient s'y trouver fussent détruits, et en contact avec de l'air surchauffé , jamais il ne se développe d'infusoires. Pouchet, au con-

traire , prétendit que la coction de Tinfusion n'y détruisait pas uniquement les germes des organismes, mais qu'elle annihilait également la propriété de rinfusion à reproduire des êtres. Il prit donc du foin et d'autres substances organiques, les soumit, à Tétat sec , à une haute température , puis les mit en contact avec de Teau préalablement bouillie ; toujours il se développa dans le liquide des champignons et infusoires en quantité. On répliqua à ces expériences qu'elles ne prouvaient qu'une chose , c'est la résistance vitale des germes desséchés. 11 est , du reste , très-aisé de démontrer directement que des infusoires et leurs germes se conservent intacts dans une chaleur sèche, et que si, après le refroidissement, on les soumet à l'humidité ils reviennent à la vie. Si l'on évapore une infusion et que l'on en soumette le résidu à une température qui peut aller jusc[u'à 140o, et si, après cela, on fait avec ce même résidu une nouvelle infusion , on voit toujours les mômes espèces d'êtres se reproduire.

Hoffmann a fait , pour démontrer combien les germes organiques sont répandus dans l'atmosphère, une expérience très-simple. 11 met l'une à côté de l'autre deux infusions qu'il vient de faire bouillir, il les ferme avec un bouchon percé d'un trou; dans l'un de ces bouchons il fait pénétrer un tube droit , dans l'autre un tube coudé ?eR le bas. La première infusion présentera des infusoires ; la seconde, au contraire, n'en présentera pas. Mais ce sont surtout les expériences si précises de Pasteur qui prouvent cette multiplicité incroyable des germes. Pasteur prit de l'air en différents endroits, au moyen d'un appareil d'aspiration dont il avait bouché le tube avec du coton qui retenait ainsi tous les corpuscules suspendus dans l'air recueilli ; puis il fit dissoudre le coton dans un mélange d'éther et d'alcool et mélangea une partie de cette solution avec des infusions soigneusement bouillies. Pasteur étudia de celte manière l'air pris dans la cour et dans les caves de l'Observatoire de Paris, ainsi que celui du Montanvert, à 2000 mètres d'altitude; partout il trouva des germes organiques, mais en plus grande proportion dans la cour de l'Observatoire que dans les caves et sur le Montanvert (').

Toutes ces recherches mettent donc à néant la théorie de la génération spontanée, et cependant il faut se demander si ce mode de reproduction , mais pris à un autre point de vue, ne se vérifiera pas par des expériences ultérieures. On a toujours considéré les substances organiques en voie de décomposition ou de putréfaction comme donnant naissance à des organismes inférieurs. Il paraît suflîsaroment démontré maintenant que dans ce cas il ne peut se produire que des germes; ma» il est aussi hors de doute qu'au moment où les premiers êtres organisés se sont produits sur la terre , ils n'ont pu se former aux dépens d'êtres préexistants en voie de décomposition. Il faudrait donc , pour produire artificiellement une génération spontanée , se mettre dans les mêmes conditions dans lesquelles la première génération s'est faite.

§ 62. — Origine des espèces.

L'opinion d'après laquelle , au début de Texistence des êtres organisés su*" notre globe , ces êtres se sont formés par génération spontanée, est d'autan*plus facile à admettre que nous supposerons que ces organismes primiti*^

(1) Pouchet, Hétéro'jénie ou Traité de la gêntraHon spontaiine. Paris 1859. — Pouche^' Kouvelles expériences sur la génération spontanée. Paris 1864. — Pasteur, Annaie* <* sciences ncUurelles, liv. XVI , et Annales de chimie et de physique , t. LXIV, — Leuckar* > article Zetxgungy et Archiv f, NcUuryesdi.y 1859 {Jahreshericht f. 1858 .

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