LA BILE
Voici , d'après Gorup-Bcsancz , une analyse de la bile contenue dans la vésicule d*un décapité, âgé de 49 ans :
Eau 822,7
Substances solides 177,3
Alcalis combinés à des acides biliaires . 107,9
Graisse et cholestérine 47,3
Mucus et substances colorantes. ... 22,1
Sels 10,8
Dans les cendres, on trouve surtout de la soude, 36 p. 100, et du sel marin , 27 p. 100.
D'après Ptlûger, une solution de bile desséchée dans de Facide sulfurique concentré devient fluorescente, quand les rayons lumineux la traversent; elle paraît rouge .sombre et verte par la lumière directe. Quand à do la bile on vient à ajouter du sucre et de l'acide sulfurique concentré , on voit apparaître une coloration rouge sombre (réaction de Pettenkofer); elle est due aux acides biliaires, car elle se produit quand on agit directement sur ceux-ci. Quand on ajoute goutte à goutte à de la bile de l'acide Az 0* qui contient de l'acide azoteux, on voit apparaître une coloration |)assant successivement du vert au bleu, au violet, au rouge et au jaune; [cette coloration tient à la présence de la biliinibine.
La bilirubine et la biliverdine ont été séparées l'une de l'autre par Brûcke au moyen du chloroforme. La bilirubine se dissout dans le chloroforme, quand on évapore et que l'on reprend pai* l'alcool , la matière colorante qui se sépare est sous forme de cristaux. La biliverdine cristallise en petites plaques rhomboïdales irrégulières; la biliprasine est amorphe.
Voyez § 12 pour la composition et les propriétés optiques des acides biliaires et de la cholestérine. La formule suivante rend compte du passage des matières colorantes de la bile les unes dans les autres.
Bilirubine (hëmatoïdinc). Biliverdine. Biliphrasine.
C32H« Az« 06 -f. 2 HO -t- 0« = C3* H^o Az« 0«« -f- 2 HO = C32 H" Az^ Oi«
Pour ce qui est de la manière dont la bile se produit aux dépens du sang, voy. § 126 : la Physiologie du sang (*).
isi sécrétion de la bile se fait d'une manière constante, mai.s elle varie de quantité et de qualité suivant les différents moments de la digestion. Bidder et Schmidt évaluent la quantité de bile sécrétée journellement par le chat à 14f%5, pour le chien à 20 grammes par kilogr. du poids de Tanimal. Kôllikcr et Millier trouvèrent une quantité plus élevée chez le chien, soit 2(3 à 53 grammes par kilogr. et par jour. Prenons une moyenne de 30 grammes pour le chien, et si nous conservons ce rapport pour l'homme, nous trouverons pour ce dernier, dont le poids moyen est de 60 kilogr. environ, dSOO grammes de bile sécrétée
La sécrétion augmente lentement après le repas, mais n'atteint son maximum que 4 à 8 heures plus tard. Elle diminue alors peu à peu et très-lente-
P)Potur U chimie de la bile, voy. Gorup-Besanez , Fhysiologische Chemie. — Pflilger, AUgem. med, Centralzeitungy 1860. — Hoppe, Archiv f, pathol. Anatomiey t. XII. — BHickc, Wiener SUsunffsberichU, t. XXXV. — Kiihne, FhysioL Chemie, 1" livr.
ment, de telle sorte, que rinfluence du repas sur la sécrétion biliaire ne disparaît tout à fait que 16 heures après un repas copieux. Des boissons abondantes influent aussi sur cette sécrétion : elle augmente pendant 1 heure pour diminuer après ; mais dans ce cas la bile est tellement diluée que la quantité des substances solides sécrétées ne paraît pas augmentée. On a remarqué, au point de vue de l'influence exercée par la qualité des aliments , qu'une alimentation riche en viandes augmente beaucoup la quantité de bile, tandis qu'une alimentation riche en graisses et en matières amylacées , en pain par exemple , mais pauvre en viande, diminue cette sécrétion.
Depuis Schwann , on fait , pour étudier la sécrétion biliaire , des fistules de la vésicule. On ouvre Tabdomen sur la ligne blanche ; ou Ue le canal cholédoque pK's de l'intestin et près de la vésicule, puis on attire dans la plaie le fond de celle-ci, on l'ouvre, on y introduit une canule, et on fixe contre la paroi abdominale.
C'est à Bidder et Schmidt, à Nasse, Arnold, ^Côlliker et Mùller, à Voit, que la science doit les recherches précises sur la sécrétion biliaire et sur l'influence qup Taliraentation exerce sur cette sécrétion. Les auteurs diffèrent un peu sur le temps qu'elle met à atteindre son maximum après le repas. Tandis que Bidder et SchmidI trouvaient chez le chien ce maximum après 13 Vt ou ^^ Vt heures, d'après Kôlliker et Mùller il serait déjà atteint au bout de 8 heures. Le tableau suivant, emprunté à Bidder et Schmidt , nous fait voir la marche progressive que suit cette augmentation chez le chat après le repas.
Temps après le repas. Quantité de bile pour 1 kilogr. de raninud
2 heures 0,492
On voit que dans ce cas la quantité de bile augmente assez régulièremenHic 0,045 par heure ; après la 10« heure , elle diminue assez régulièrement aussi de 0,(®^ par heure jusqu'à 24 heures ; on a trouvé qu'après ce laps de temps il en était encore sécrété 0,410 grammes par heure. Après un jeûne de plusieurs jours, cell^ quantité n'était plus que de 0,094. On ne sait rien encore de l'influence directe dp^= nerfs sur la sécrétion biliaire. D'après Heidenhain, la section, de même que l'excitation du pneumo-gastrique, seraient sans influence aucune (*).
§ 86. — Digestion par la bile.
La bile est un des principatix agents de la digestion des graisses. Cette action est démontrée par les propriétés inhérentes au liquide lui-même el par les eff'ets physiologiques qu'entraîne son exclusion de Tintestin. La bile
(1) Bidder et Schmidt , Vei'dauungaaàfte u. Stoffwechsel. — Nasse , De hilia quoHdie a cane sécréta copia, Marburg 1851. — Arnold, Zur Physiologie der Galle. Mannheim 1854. — Kôlliker ot Millier, Wiirzhurger Verhandlungen^ t. V. — Voit , Physiologisck'ehemMkt UrUersudiungen. Augsburg 1852. —Heidenhain, JStudien des physiohg, ImtittUê in BretlaUy 2® livr.