DIGESTION PAR LA BILE
le peut dissoudre que de petites quantités de graisse, mais elle dissout des quanités plus considérables d'acides gras , qui fonnent des savons avec les alcalis ombinés aux acides biliaires, et mettent ainsi ces derniers en liberté. Les cides gras produits par l'action du suc pancréatique sur les graisses sont donc aponlGés aussitôt dans l'intestin par la bUe. Mais ces phénomènes peu importants e dissolution de la graisse et de saponification des acides gras mis en liberté e sont nullement en rapport avec le désordre si considérable qui se produit ans la digestion quand on empêche la bile d'affluer dans l'intestin. Lorsque, ur un animal, on lie le canal cholédoque et qu'on pratique en même temps ine fistule de la vésicule biliaire, de manière à faire écouler au dehors toute la ►ile sécrétée, on voit que l'absorption des graisses diminue considérablement. je chyle devient pauvre en graisse, tandis que les excréments en sont chargés, es animaux maigrissent et meui'ent de faim , si la quantité d'aliments qu'on eur donne n'atteint pas presque le double de la quantité normale. La bile doit donc posséder, outre son action directe de dissolution des graisses , une influence autre et très-importante sur la digestion des corps gras. Cette action peut être divisée en deux temps • 1® propHété que possède la bile de se mélanger en même temps à de Veau et à de la graisse, d'où il résulte qu'une cloison poreuse , mouillée par de la bile , devient endosmotique pour les graisses; 2^^ propriété qu'elle possède, comme le liquide pancréatique , d'émulsionner les graisses. Il est à remarquer que la bile pure ne jouit de celle propriété qu'à un faible degré, tandis que la bile qui contient des savons, ce qui se produit forcément dans l'intestin en présence des acides gras libres, en jouit à un haut degré. Il est probable que la faculté d'émulsionner les graisses qui appartient à la bile et au suc pancréatique n'acquiert d'importance que lorsque la bile a rendu les membranes intestinales propres à endosmoser les graisses liquéfiées.
La bile ne dissout nullement les albuminoïdes ; au contraire, les peptones, les Pwapeptones et même la pepsine en solution acide , sont précipités par ce liquide, mais ces précipités se redissolvent dans les alcalis étendus. On peut conclure de ce fait que dès que la. bile vient à se mélanger dans l'intestin avec «€ chyme, l'action digestive de la pepsine est arrêtée, et les produits de la dig^tion stomacale sont redissous par le mélange des sécrétions alcalines du pancréas et de l'intestin. L'action de la pepsine sur les albuminoïdes, qui ne peut ^ produire qu'en présence d'un acide libre, est remplacée par celle du ferment contenu dans le liquide pancréatique.
Chez quelques animaux, le porc, le bœuf, la bile possède , d'après Nasse , ^i que les acides biliaires purs, la propriété de transformer l'amidon en sucre ; ^nais cette action n'a évidemment que peu d'importance pour la digestion intestinale.
Broiiie , Tiedemann et Gnielin furent les premiers qui signalèrent Tinfluence de la bOe'sur la digestion des graisses ; ils firent voir que lorsque le canal cholédoque est lié, Je chyle n'est plus lactescent, mais parfaitement transparent, c'est-à-dire privé le graisse. Les opinions se partagèrent alors sur la question de la nécessité de la !)ile pour la digestion des corps gras. Lenz analysa le chyle d'un animal dont le cala! cholédocpie était lié , et vit que les jouisses pouvaient néanmoins encore être
absorbées, ce qui prouve que la bile n'est pas le seul agent de la digestion des corps gras. Mais Bidder et Schmidt, ainsi que Cl. Bernard, ont prouvé qu'elle est très-importante pour cette digestion. Les premiers constatèrent que quand la bile est détournée au dehors , le chyle qui , normalement , contient 3,2 p. 100 de graisse, n'en contient plus que 0,2 p. 100, tandis que simultanément les excrémenU en contiennent beaucoup plus. Quant à la nécessité d'augmenter l'alimentation après l'établissement d'une fistule biliaire, elle a été étudiée par Bidder et Schmidt, par Arnold et par KôUiker et MûUer. D'après Arnold , un chien porteur d'une fistule biliaire a besoin journellement d'un excédant de 5/8 de viande et de 3/5 de pain par kilogr. de son poids. Tous ces faits si importants ne pouvant s'expliquer par les propriétés de la bile, beaucoup d'auteurs , Frerichs par exemple, étaient disposés à douter de l'action de ce liquide sur la digestion des graisses. C'est alors que, sous la direction de Bidder et Schmidt , Wistinghausen eut l'idée de faire des recherche» sur l'endosmose de la bile avec les graisses, et ûJt voir qtie ce sont les sels biliaires alcalins qui déterminent le pouvoir endosmotique des graisses à travers les membranes animales («).
d) Digestion dans Je gros intestin.
§ 87. — Le liquide du gros intestin et son action.
Le gros intestin ne reçoit qu'une seule sécrétion, celle des glandes en tubes de Lieberkûhn, situées dans sa muqueuse comme celles de l'intestin grêle, dont elles ne diffèrent que par des dimensions un peu plus grandes. En raison de l'analogie de structure de ces glandes, il est permis de présumer que le liquide du gros intestin doit avoir, en général, la même composition et les mêmes propriétés quale liquide de l'intestin grêle. On ne peut en obtenir que de très-petites quantités et tout ce que nous savons , c'est que c'est un mucus assez épais , alcalin , qui jouit de Impropriété de transformer V amidon en sucre. Si l'on en juge d'après son analogie avec le liquide de l'intestin grêle , il est probable qu'il peut aussi dissoudre les albuminoïdes. Le liquide du gros intestin pourra donc , d'une part , transformer en sucre les grains d'amidon non encore modifiés , et transformer en peptones les petites quantités d'albuminoïdes non encore dissoutes. L'on ne saurait douter cependant que ce ne soit là une fonction accessoire des glandes du gros intestin, car leur sécrétion a pour principal rôle de favoriser la progression du contenu intestinal épaissi par l'absorption de l'eau; ce qui le prouve, c'est qu'il existe de ces glandes dans le rectum , où l'action chimique de leur sécrétion ne saurait plus avoir aucune importance.
On a cru autrefois que la sécrétion des glandules du gros intestin est acide, parce que, chez les herbivores surtout, le contenu de cet intestin est acide. Cette réaction est due à la production d'acides organiques aux dépens de l'amidon et du
(1) Tiedemann und Gmelin, Die Verdauung nach Versuchen. Hcîdelbcrg et Leipzig 1826. — Frerichs, article Verdauung. — Bidder et Schmidt, loc. cit. — Lenz, De tidipis <***' coctione et absorptione. Dorpat 1850. — Na^se, Archiv f. icissenschaftl. Heilkunde, t IV." Wistinghansou , .Expérimenta quœdam endoêmotica de bilis in absorptione adipum partUf^' Dorpat 1851.