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COMPRESSION ET DÉCOMPRESSION, LEURS EFFETS

les proroiulcurs, tout va bien, mais s'clcvcnt-ils vers la surface, ils sont victimes des accidents de la décompression dont le premier, chez les poissons pourvus de vessie natatoire, est la distension de celte vessie par les gaz rprellc renferme, et qui à pression moindre occupent un volume supérieur; la vessie se dilate, les paralyse et les entraine à la surface, comme le ferait un ballon, où elle éclate souvent. Du reste, il se fait en même temps un dégagement violent des gaz des tissus, qui dilacèrent ces derniers. Les tissus sont encore lésés d'une autre manière ; comme l'a montré Regnard dans ses belles expériences, où il a étudié l'influence de pressions atteignant jusqu'à 1,000 atmosphères, les tissus soumis aux pressions élevées, chez les animaux aquatiques, s'hydratent, et renferment une proportion considérable d'eau en quelque sorte condensée. Lors de la décompression, naturelle ou artificielle, cette eau est éliminée mécaniquement, et cette élimination ne va point sans léser les tissus.

Considérons maintenant le cas de la diminution de pression. Elevons-nous dans la montagne, où naturellement la pression diminue à mesure que l'altitude s'élève. A 1,000, 2,000 mètres, pas d'accidents. La respiration est légèrement accélérée, mais moins ample, et c'est tout. A 3,000 mètres, et à 4,000 surtout, il y a chez beaucoup de personnes et d'animaux, des signes de faiblesse évidents ; les muscles ont moins de force, la température baisse, et la respiration s'accélère encore. C'est que l'oxygène devient rare, ou plutôt sa tension est faible, et ce qui le prouve, c'est que ces symptômes peuvent être dissipés dans la montagne par l'inhalation d'un air plus riche en oxygène, ou déterminés à la pression normale par l'inhalation d'un air contenant peu de ce gaz. Pourtant il y a des populations qui vivent normalement et habituellement à des altitudes variant entre 3 et 4,000 mètres (hauts plateaux du Pérou, etc.). A quoi tient leur acclimatement évident ? pourquoi ne sont-elles pas elles aussi victimes de la puna^ du mal de montagne ? Cela

tient tout simplement à ce que — par un mécanisme qui nous échappe d'ailleurs — ces populations sont plus riches en hémoglobine, si toutefois, comme cela est vraisemblable, ce qui est vrai des animaux l'est aussi de l'homme. En effet, Paul Bert a vu que le sang des herbivores des hauts plateaux renferme plus d'oxygène (21 p. lOOj que celui des mêmes animaux vivant dans la plaine (12-15 p. 100). Mûntz a vu que le sang de lapins de chou lâchés pendant un an sur le pic du Midi devient plus riche en hémoglobine que celui des lapins vivant à des altitudes moindres ; Regnard enfin, soumettant un cobaye un mois durant à l'influence de la décompression, en le faisant vivre dans une cloche où la pression était inférieure à la pression atmosphérique (pression égale à peu près à celle qui règne à l'altitude de 3,000 mètres) a constaté que le sang de ce cobaye absorbe 21 centimètres cubes d'oxygène, au lieu que celui de cobaye vivant en liberté à côté du précédent, mais à la pression normale, n'en absorbe que de 14 à 17 centimètres cubes. Le simple fait de la décompression — ceci ressort bien de l'expérience de Regnard — suffit à déterminer une augmentation d'hémoglobine. Il y a là une adaptation remarquable, et on comprend bien que les organismes vivant dans un milieu pauvre en oxygène puissent néanmoins résister, si leur capacité d'absorption de ce gaz est accrue. Ce fait explique encore l'influence bienfaisante des altitudes : sous l'influence du séjour dans la montagne, l'hémoglobine augmente [Soc. de Biologie, 28 mai 1892, p. 470).

L'adaptation dont il s'agit ne peut toutefois pas s'opérer instantanément, et quand l'homme gravit une montagne élevée, il se produit chez lui, à partir de 3 ou 4,000 mètres, des accidents qui n'ont pas lieu chez des individus adaptés. Ces accidents consistent en le mal des montagnes : fatigue excessive, accélération du cœur et de la respiration, éblouissements, vertiges, hémorragies par les muqueuses, etc. Durant les ascensions aéronautiques ils ne se présentent qu'à

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des altitudes plus élevées (6,000 mètres). La fatigue de Tascension à pied en hâte évidemment l'apparition. Ils sont dus à la diminution de pression de l'oxygène, à la diminution d'oxygène dans le sang, à Vanoxyhémie, et non à un dégagement de gaz et à des embolies gazeuses, comme cela a lieu lors du passage brusque d'une pression forte à la pression normale. Cette anoxyhémie. qui est naturellement plus prononcée et se présente plus vite lors de l'ascension à pied, laquelle demande des efforts musculaires exigeant une forte consommation d'O, cette anoxyhémie est uniquement le résultat de la faiblesse de pression de l'oxygène. Dans l'air normal, déprimé à 20 centimètres (au lieu de 76), de pression de Ilg, l'oiseau meurt vite ; mais il vivra à une pression moindre (13 centimètres) si l'atmosphère ambiante est de l'oxygène pur. C'est à Paul Bert que nous devons la connaissance de ces faits ; il a étudié sur lui-même l'effet bienfaisant des inhalations d'oxygène durant la dépression, et il était à tel point assuré de l'exactitude de ses résultats qu'il avait remis des sacs d'oxygène à Crocé-Spinelli, Sivel, et Gaston Tissandier avant leur ascension mémorable du 15 avril 1875. Mais les deux premiers y perdirent la vie, n'ayant pas eu le temps d'atteindre ces sacs dont ils connaissaient pourtant l'utilité, l'ayant expérimentée dans une précédente ascension à 7,800 mètres. Tissandier survécut, s'étant évanoui, ayant par conséquent réduit ses échanges respiratoires à fort peu de chose : chez lui les besoins se proportionnèrent aux ressources, en quelque sorte, tandis que chez ses compagnons la mort survint, les ressources n'ayant pu être proportionnées aux besoins. On remarquera une fois de plus combien la composition et la pression peuvent être substituées Tune à l'autre : une grande quantité d'un gaz à faible pression peut produire le même effet qu'une petite quantité de ce gaz, sous pression forte.

Asphyxie. — On dit qu'il y a asphyxie toutes les fois que

la respiration cesse de s'effectuer normalement. C'est dire que les causes en sont très variées. Il y a asphyxie quand la respiration s'opère dans un milieu pauvre en oxygène, dans un air vicié ; il y a asphyxie quand, par la curarisation, le système nerveux perd contact avec le système musculaire, et les mouvements respiratoires cessent de s'effectuer — d'où la nécessité de pratiquer la respiration artificielle chez les animaux curarisés — il y a asphyxie quand le chloroforme et le chloral paralysent le bulbe où est le centre régulateur de la respiration, et quand la strychnine détermine la contracture des muscles respiratoires. On peut discuter longuement sur la classification de ces asphyxies, et en cataloguer les mécanismes de façon très diverse : l'asphyxie n'en demeure pas moins un phénomène relativement simple, dû, dans des proportions variables, au défaut d'oxygène et à l'excès d'acide carbonique. On a souvent décrit l'asphyxie par l'oxyde de carbone comme une asphyxie toxique type : c'est une erreur ; car l'oxyde de carbone n'est pas toxique en lui-même, il ne tue pas par une action propre, mais simplement en prenant la place de l'O, en formant de la carboxyhémoglobinedont l'O ne peut chasser CO pour former de l'oxyhémoglobine: le sang est dès lors absolument impropre à l'entretien de la vie, et la mort survient par le même mécanisme que dans la strangulation, ou le confinement : le sang ne renferme pas d'oxygène, la mort survient non parce qu'il renferme CO. mais parce qu'il ne contient pas 0 K Dans le confinement, c'est en général par déficit d'O encore que se produit l'asphyxie, bien qu'il se produise en même temps excès de CO- ; mais ce dernier facteur n'a généralement pas le temps d'agir sérieusement, la mort survient avant. Dans la strangulation, la submersion, l'étouffement, la suffocation par corps étranger dans le larynx, c'est encore le déficit d'oxygène qui intervient et qui tue. D'ailleurs, ce qui montre

* Linossier (Soc. BioL, i889) croit pourtant à une action propre de CO, mais reconnaît qu'elle est faible.

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