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LA CIÎLLULE ET LE PROTOPLASMA

parcourent le protoplasma (chez les infusoires ciliés, du moins, d'après Fabre-Domergue : Soc. Biol., 1890, p. 391). Enfin, il est certain que ce protoplasma renferme des matières albuminoides en nombre considérable; de l'eau, des matières grasses, du glycogène, des sels et substances inorganiques, des matières extractives diverses, cholestérine, cérébrine, et lécithine. Rien ne montre mieux la complexité de composition chimique du protoplasma que la variabilité d'action des matières colorantes. La fuchsine acide colore les parties les plus différenciées, et la fuchsine basique les moins différenciées de cette substance. (On noiera que le protoplasma vivant ne se colore pas comme le protoplasma mort : Pfeffer a vu que le premier ne se colore pas par le bleu de méthylène par exemple.) Ehrlich, d'après les réactions de coloration affirme que les leucocytes possèdent cinq différentes sortes de granulations spécifiques.

Le protoplasma est motile et irritable. — Il est irritable, et c'est là une de ses propriétés fondamentales. Quand on l'excite par l'électricité, la chaleur, ou une excitation mécanique, il réagit en exécutant un mouvement visible, car le mouvement est sa façon de répondre à l'excitation dans la majorité des cas. Pourtant il n'en est pas toujours ainsi : le protoplasma peut réagir autrement : il peut sécréter au lieu de se mouvoir, ou encore il peut se diviser, etc. Mais la nature de la réaction importe peu : l'essentiel est qu'il ne demeure pas inerte en présence des excitations, et qu'il réagit: tantôt, il réagit par un mouvement visible, par une contraction ou rétraction ; d'autres fois par un mouvement invisible, une vibration moléculaire qui ne peut se percevoir que dans certaines conditions. Il suffit de regarder quelque temps une amibe, par exemple , pour la voir se mouvoir et se déplacer en changeant de forme, émettant ses pseudopodes — des prolongements en forme de bras, de sa propre substance — en tous sens, englobant telles par

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celles et laissant île coté telles autres'. Les chromalophores de la grenouille, les céphalopodes, etc., cpii sont des cellules pigmentées de la peau, réagissent en changeant de forme, étant tantôt sphérirjues, tant(Jt étoilées (Pouchet, R. Blanchard, Phisalix, etc.). Ou encore en considérant le protoplasma situé à l'intérieur de certaines cellules végétales, on voit à l'intérieur de la masse protoplasmique des courants, des déplacements qui changent sans cesse de forme ou de sens : le protoplasma possède le mouvement total et le mouvement intérieur de façon très nette. Ce mouvement peut être spontané, ou provoqué. Nous disons qu'il est spontané quand il nous parait indépendant de toute influence extérieure : mais, étant donnée l'influence considérable qu'exercent toutes les modifications ambiantes, chaleur, composition chimique, lumière, etc., il est permis de se demander ce que vaut cette spontanéité, et si chaque mouvement, chaque modification, n'est point lié à des influences extérieures ou intérieures plus ou moins dissimulées. L'expérience pourrait en décider s'il était possible de mettre du protoplasma dans un état où les influences extérieures ne pourraient agir : mais c'est formuler une hypothèse irréalisable, manifestement.

On observera bien, les mouvements de courant dans les cellules de Chara, de Tradescantia, de Nitella syncai^a, etc. On verra à l'intérieur de la masse protoplasmique irrégulière des courants qui, dans certains cas, sont de sens identique et constants [cyclose), et dans d'autres, irréguliers et changeants, dont le sens, la forme, la vitesse se modifient nécessairement, et varient, non pas seulement d'une espèce ou d'une cellule à l'autre (dis millimètres par minute pour le Dldymhnn serpula, et neuf millièmes de millimètre pour le Potamogeton crispus) mais dans une même cellule, à intervalles rapprochés.

' On a souvent insisté sur la sélection que le protoplasma exercerait sur les substances ambiantes : mais on la fort exagérée. (Voy. les travaux de Greenwood sur la digestion chez les protozoaires, Bev. Scienti/îqu)?, 21 janvier 18S8.) Elle existe toutefois, ainsi quune certaine répulsion pour les changements de composition chimique, et c'est ainsi que le protoplasma peut garder sa composition fixe. Ouand celle-ci est atteinte, ou altérée, le protoplasma ou la cellule meurt.

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Les mouvements de déplacement sont des plus clairs ; naturellement ils s'observent dans les niasses protoplasniiques libres, plus que dans les cellules à parois rigides, mais même dans les cellules végétales à parois de cellulose d'où le protoplasma ne peut guère sortir (bien que Gardiner ait démontré que ces parois sont percées d'orifices par lesquels le protoplasma communique au moyen de filaments avec celui des cellules adjacentes, ce qui permet d'admettre htcûntiniiité an protoplasma) celui-ci prend des formes ditïérentes — car il ne remplit pas la totalité de la cellule — et, sous l'influence d'excitations variées, il se déplace plus ou moins d'une paroi à l'autre, s'accumulant plus dans telle extrémité ou dans telle autre, se promenant dans sa prison à tout moment. (Corti, 1774, Kiihne, 1864, etc.) Les masses protoplasniiques libres, nues, ou à membrane mince, non enfermées dans une cellule à parois dures se déplacent beaucoup plus : voyez les amibes (Dujardin, 1835), les plasmodies (Hofmeister), ou les leucocytes (globules blancs du sang, AVharton Jones, 1846); voyez-les étendre leurs pseudopodes, ici et là, changer de forme et changer de lieu ; ce mouvement amiboïde, ou sarcodique peut sans doute n'entraîner qu'un changement temporaire de forme, mais il s'accompagne dans beaucoup de cas d'un déplacement véritable.

L'irritabilité du protoplasma est donc manifeste, mais répétons-le, le mouvement visible n'est qu'une forme de cette irritabilité : la sécrétion des cellules sécrétoires, et la conductibilité des cellules nerveuses sont également des manifesta-' lions de l'irritabilité : la forme de la réaction varie, mais la propriété fondamentale de réagir ne fait jamais défaut.

Les influences extérieures jouent un rôle dans la mise en jeu de l'irritabilité. Les variations de température sont très efficaces : Xageli a vu que chez la Xitella syncarpa un même déplacement (un dixième de millimètre) s'opère en 60 seconà 1 degré, en 0%6 à 37 degrés. Le froid ralentit le mouvement : la chaleur l'accélère. Ceci, toutefois, n'est vrai que si Ton reste dans les limites compatibles avec la vie, car audessus de 40 à 50 degrés (en général, et sauf exceptions, puisqu'il y a des cellules végétales qui s'accommodent de températures plus élevées, et que d'aucunes habitent normalement des eaux thermales à 50, 60 et 70 degrés), les mou-

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vcments se ralentissent, et la mort survient bientôt, le proloplasma étant tué parla chaleur, tout comme par le froid ; mais la résistance au Iroid varie aussi, la congélation n'étant pas toujours et l'atalement mortelle.

Le curare, l'opium, etc., — et cela dépend des doses, — semblent agir faiblement sur l'irritabilité du protoplasma; les anesthésiques suspendent son irritabilité pour un temps (Cl. Bernard), mais n'arrêtent pas sa respiration comme on peut le voir en plaçant des graines en germination dans une atmosphère d'éther ou de chloroforme ; la quinine, la vératrine arrêtent sa motilité. Les alcalins sont généralement favorables, et les acides défavorables à la vie du protoplasma. Toutefois, à l'exemple des organismes eux-mêmes (poissons anadromes et animaux divers, résistant au passage de l'eau douce à l'eau de mer ou réciproquement : expériences de Beudant, 1816, Bert, Plateau, Schmankevitsch, Richet, de Varigny), celui-ci peut s'adapter, dans une certaine mesure, à des modifications lentes et graduelles ; mais la mesure varie beaucoup, selon la nature même de la modification imposée au milieu. Les variations brusques de lumière agissent comme un excitant d'après Engelmann. La pesanteur agit égalemement, mais de façon variée : on voit des spirilles qui ont un égal besoin d'oxygène s'accumuler les uns au fond, les autres à la surface du même tube ; les uns sont positivement, les autres négativement géotaxiques, d'autres indifférents (négatifs : Polytoma uvella^ Chlamydomonas, Chromulina; positifs : un spirille; indifférents : Vorticella, d'après J. Massart). Enfin les excitations mécaniques et électriques agissent nettement sur le protoplasma, et l'excitent, comme l'ont vu Engelmann et Kùhne; on voit le protoplasma changer de forme, et se déplacer au bout d'un temps variable.

C'en est assez pour montrer que le protoplasma est irritable : toute variation, de quelque intensité ou de quelque rapidité, retentit sur lui, et en accélère, ralentit, ou modifie

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le mouvement ou la réaction propre, l'activité qui le caractérise K

Le protoplasma respire. — Privées d'air, la plupart des cellules meurent — à moins qu'à Texeinple des ferments elles ne jouissent de la faculté de décomposer certaines substances et d'en extraire l'oxygène — et leur mouvement, leur irritabilité, leur vie s'arrêtent. Disposées de façon à ne pouvoir avoir accès à l'air que dans une seule direction, elles s'orientent généralement dans cette direction. Ranvier a vu des

Fig. 2. — D'après J. Massart, Coin d'une préparation (à gauche) et bulle d"air au milieu du liquide. Dans les deux cas les Anop/irys recherchent plus avidement l'air qui ne font les spirilles. a, zone à spirilles. — b, zone à Anophry?. — c, bulle d'air.

leucocytes envoyer leurs prolongements les plus nombreux et les plus volumineux vers la partie aérée; Kiihne a montré que des cellules isolées absorbent l'oxygène de l'oxyhémoglobine en réduisant celle-ci: Ehrlich a montré que les cellules de l'organisme sont capables de réduire le bleu d'alizarine dont la résistance à la réduction est pourtant très grande, et en employant le bleu d'indo-phénol il a vu que presque tous les tissus réduisent celte substance, c'est-à-dire qu'ils respirent. Dans les gaz inertes, le protoplasma meurt;

' Voir sur les mouvements du prutoplasma : Max \'erworn : Die Dewegung der lebendigen Siilstanz. 189:2. léna. Voir aussi au chapitre Sang, ce qui est dit des Icucocvtes.

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il lui faut «le Toxygènc, mais il possède à cet égard des goûts variés. Les microbes auaérobies ne veulent point d'oxygène en nature : ils veulent le prendre à des corps dans lesquels il se trouve en combinaison, et parmi les organismes aérosbies, il y a des différences. M. Jean Massart met une goutte d'eau de mer contenant des spirilles et des Anophrys sous une lamelle de verre. L'air manque bientôt, et alors on voit les Anophrys s'accumuler le long des bords de la préparation, ou autour des bulles d'air qui ont pu être emprisonnées; ils se mettent le plus près qu'ils peuvent de l'oxygène : les spirilles s'accumulent un peu en arrière, ayant des exigences moindres, mais encore bien nettes (fig. 2). Le protoplasma recherche l'air, et au besoin se porte à sa rencontre, parce qu'il respire ; et il meurt dans les gaz inertes, faute d'oxygène, asphyxié.

On remarquera que la forme du protoplasma peut jouer un rôle dans sa respiration : plus il est étalé en couche mince et étendue, plus il peut absorber d'oxygène. Ehrlich a fait sur ce sujet des études très intéressantes quon trouvera résumées dans Lauder Brunton (Introduction to modem therapeutics, 1892), qui, en s'aidant des recherches de Binz, a édifié à ce sujet une curieuse tliéorie des antipyrétiques : il suppose que les antipyrétiques diminuent la calorification en amenant une contraction du jjrotoplasma, lequel, devenu sphérique au lieu d'être étalé en couche étendue, absorbe moins d'oxygène, et produit moins de chaleur.

Le protoplasma a besoin d'eau et est sensible aux variations de milieu. — Le protoplasma ne peut vivre sans eau. car alors il se dessèche. 11 peut revenir à la vie après dessiccation, dans certaines conditions du moins : les animaux ressuscitants ou réviviscents en sont la preuve — peut-être insuffisante d'ailleurs, car les expériences de Spallanzani et de Broca ont été fort contestées i ; les spores de différents microorganismes toutefois montrent que le dessèchement peut être poussé très loin sans éteindre la vitalité : placées à l'eau de nouveau,

■ Ea particulier par M. Faggioli, tout récemment {Arch. Ital. de Biologie, XVI.

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elles germent normalement. Il faut remarquer que la proportion des sels contenus dans l'eau joue un rôle considérable dans la vie du protoplasma; la concentration des solutions est un facteur important, et le protoplasma est sensible à l'hyperisotonisme à l'hypoisotonisme (concentration supérieure ou inférieure à celle du milieu normal) ; mais il l'est à des degrés variables ; il peut ne pas être sensible à des différences même marquées ; il peut être sensible à des différences dans les deux sens, ou dans un sens seulement. C'est dire que le protoplasma s'accommodera de façons variées de différences dans le milieu chimique. Telles substances agiront peu sur lui, ou temporairement ; telles agiront avec force.

Le protoplasma se nourrit. — Il absorbe certaines substances, les modifie, transforme ou dissout, et se les incorpore, en partie, et rejette le reste ; il absorbe et il excrète, il assimile et désassimile. Mais il y a ceci d'intéressant que, tandis qu'il se nourrit des mêmes substances, il les transforme, selon les êtres, ou selon les cellules, en des produits particuliers et différents. Toutes les cellules — ou masses protoplasmiques — de l'organisme se nourrissent du même sang ; à supposer même qu'elles choisissent parmi les éléments de ce sang telles substances de préférence à d'autres au lieu de se nourrir de toutes indifféremment, il n'en est pas moins certain qu'elles fabriquent, en vertu de leur activité individuelle, des produits très variables : de la cellulose, de la fécule, du sucre, des substances azotées, des acides, etc. Pareillement, dans le même jardin, et se nourrissant des mêmes éléments minéraux, des arbres différents portent des fruits différents.

Le protoplasma meurt. — A la vérité, il meurt en pratique, mais non en théorie. Les amibes actuelles ne sont que des fragments de leurs parents, lesquels n'étaient que des fragments des amibes qui leur ont donné naissance, de sorte que

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