GÉNÉRALITÉS SUR LES SÉCRÉTIONS
Généralités sur les sécrétions. — II ne saurait entrer dans le plan (run ouvrage de ce genre de consacrer à l'étude de la sécrétion en général de longs détails, étant donné qu'il a fallu donner ces détails déjà à propos des principales glandes, à mesure que nous avons dû les considérer dans leurs rapports avec d'antres fonctions. Aussi nous contenterons-nous ici d'indiquer les faits généraux, les caractères d'ordre principal.
Définilion. — Dans toute sécrétion, il y a élaboration par des cellules spéciales, groupées en glande de forme variable, de principes préexistant dans le sang, ou créés par l'activité propre de ces cellules : lesdits principes étant extraits du sang et de la lymphe, ou fabriqués aux dépens de corps qui se trouvent dans ces liquides. On remarquera que ce travail, auquel se livrent les cellules glandulaires, a pour but non le bien de celles-ci en particulier, mais le bien de l'organisme dans son ensemble. La sécrétion suppose donc deux facteurs : des cellules douées d'activité, et la présence de sang capable de fournir les matériaux sur lesquels s'exerce cette activité. Chacun sait en etfet, et cela ressort assez de ce qui a été dit à propos des glandes salivaires, gastriques, rénale, etc., que l'activité glandulaire s'accompagne d'une hyperhémie locale qu'on a à tort considérée, au début, comme la cause de l'activité glandulaire : cette hyperhémie est une condition de celle-ci, mais ce n'en est pas la cause (Ludwig).
Théorie de la sécrétion. — C'est un acte de nutrition, c'està-dire d'élaboration, d'assimilation et de désassimilation des cellules glandulaires. En effet, une glande qui fonctionne dégage de la chaleur (Ludwig a vu le sang de la glande salivaire plus chaud de l'^,5 C. à sa sortie qu'à son entrée) ; elle dégage de l'électricité ; elle est le siège d'une activité chimique plus considérable : mais la nature intime du processus nous échappe; nous ne savons pas au juste comment la cellule, aux dépens d'éléments communs, fabrique des éléments différents (dans les cas où elle en fabrique, car il
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est des cas où elle se borne à monopoliser certains éléments, simplement). Nous savons mieux comment se fait le passage des produits de l'activité glandulaire hors des elandes dans les parties où elles doivent se rendre (canaux, conduits, etc.). D'après Robin, Ileidenhain et bien d'autres, on peut distinguer deux cas. Dans les cellules dites holocrines. par Ranvier, à fonte cellulaire totale, il y a destruction ; les cellules, après s'être chargées de produits, gonflent, crèvent, et se dissocient, leurs fragments s'écoulent, et leur vie est achevée: tels ces invertébrés chez qui les onifs contenus dans la femelle se gonflent et se développent, et un beau jour font éclater les parois du corps maternel, — simple sac à œufs, en vérité — qui se déchire et meurt. Exemple : les glandes sébacées qui se chargent peu à peu de gouttelettes graisseuses, et éclatent à la surface, mêlant leurs débris à leur contenu ; les glandes muqueuses. Dans les glandes mérocn'nes, il en va autrement; la cellule ne meurt pas en abandonnant son contenu : celui-ci sort de la cellule, en traverse les parois ; mais ne détruit pas celles-ci ; la cellule garde son individualité et sa vie ; elle s'est débarrassée d'une partie de son contenu, et voilà tout ; elle est prête à recommencer, amoindrie il est vrai, mais plus active peut-être. Exemple : les cellules sudoripares.
A la vérité, il semble exister encore un type de cellules sécrétantes intermédiaires (Nicolas, 1892) ; elles ne sont ni holocrines, ni mérocrines, mais elles sont Tun et l'autre à la fois; elles se détruisent en partie, et ce qui reste suffit à reconstituer une cellule qui vit un certain temps. Il est souvent difficile de dire exactement quel est le mode d'opération d'une cellule glandulaire donnée : au premier abord, les cellides des glandes sous-maxillaires semblent holocrines, et en réalité elles sont mérocrines.
Influence du système nerveux. — Nous l'avons vu, le système nerveux agit de deux façons : sur les vaisseaux des
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laiules, en les dilatant on resserrant, en angmentanl ou ■ liniinuant ral'lUix sanguin, Tafllux des matériaux dont la cellule glandulaire s'approvisionne pour travailler ; sur les rellules même, par un mécanisme encore inconnu en les ■xcitant au travail; cela ressort nettement des belles expériences de Ludwig sur l'appareil salivaire. Normalement donc, selon toute probabilité, le système nerveux agit en stimulant l'activité de la cellule et en augmentant la quantité de matériaux dont elle dispose. Vous voulez un meuble, de la farine, un outil : bien ; donnez à l'ouvrier du bois, du blé. ou de l'acier, autrement malgré toute l'habileté de celui-ci votre ordre demeurera stérile.
Itôle des sécrélioas. — Très varié : mécanique, pour protéger une surface (sécrétion sébacée) ou englober les aliments (salive) : chimique, (digestion) ; dépurateur ou éliminateur (urine, bile, principes toxiques ou de désassimilation normaux, etc. . Mais, parmi les sécrétions d'élimination, il en <->t d'excrémentitielles, où le produit est éliminé en totalité i^dans ses parties essentielles au moins, mais ces parties varient, les unes étant normales, les autres se trouvant accidentellement dans l'organisme et étant éliminées avec la -écrétion normale) comme l'urine : d'autres sont récrémenlitielles, et réabsorbées en partie comme le suc gastrique et la bile, etc.
Quanlilé. — Très variable : foie , 1,000 grammes par •Jiheures; mamelles, 1,350; reins, 1,400; pancréas, 250 (?) ; jlandes salivaires, 900 ; sueur. 1,500-2.000 grammes.
Caractères chimiques. — Variables : neutres comme la bile : alcalins comme la salive et le suc pancréatique ; acides comme la sueur, le suc gastrique et Turine. Leur composition est très variable aussi. (Voir Sueur, Bile, Lait, Urine, etc.)
Caractères physiques. — Tantôt tout à fait fluides comme l'eau, tantôt fdants et même demi-solides (sécrétion sébacée).
Influence des agents extérieurs. — Les excitations des nerfs excito-sécrétoires et vaso-dilatateurs ou constricteurs agissent sur la sécrétion. Certains corps agissent aussi, les uns comme excitants — tel est le cas pour le jaborandi et son alcaloïde, la pilocarpine, et pour la muscarine ; les autres comme frénosécrétoires, comme arrêtant la sécrétion, comme la morphine et surtout l'atropine et la duboisine. Mais chacune de ces substances n'agit pas nécessairement sur toutes les cellules sécrétantes ; généralement elle n'agit que sur certaines d'entre elles.
Spécificité de la sécrétion. — C'est une notion courante qu'il suffit de rappeler ; chaque catégorie de cellules glandulaires produit une sécrétion sensiblement constante et identique à elle-même : chaque catégorie a son activité propre ; au sang elle prend les mêmes substances pour en fabriquer (ou en soustraire) les mêmes produits.
Classification des sécrétions. — On les a distinguées en internes et externes., séparant par là les glandes dont les produits restent, pour un temps au moins, dans l'organisme (voir Glandes vasculaires) , et celles dont les produits sont en totalité ou en partie, expulsés de l'organisme; mais à ce compte nous préférerions la classification en glandes récrénientitielles (à sécrétion interne), récrémento-excrémentitielles et excrémentitielles. La division en sécrétions continues et intermittentes est trop artificielle pour qu'on s'y arrête. Beaunis divise les sécrétions de la façon que voici : sécrétions ysiv filf ration, où la cellule glandulaire ne fait qu'absorber, puis excréter des substances préexistantes dans le <Q.ng et la lymphe (urine, sueur, larmes); sécrétions avec production de principes nouveaux, où l'activité glandulaire est d'un ordre plus élevé (salive, suc gastrique); sécrétions par desquamation glandulaire, par altération de la cellule qui se détruit ; mais ce cas se rattache en partie au premier; sécrétions morphologiques où la cellule fabrique
GÉNÉRALITÉS SUU LtS SÉCRÉTIONS ôOô
M lie cellule ou un dérivé de cellule ; mais ici il n'y a pas de -•'•crétion vraie.
On remarquera que les classilications précédentes ne s'excluent pas mutuellement ; mais elles sont basées sur des points de vue différents.
PEAU ET EPITIIELIUM
Peau. — Le tégument externe du corps remplit des fonctions très variées qui en l'ont un tissu des plus importants.
La peau sert d'organe de protection pour les tissus sousjacents, qu'elle entoure et maintient dans leurs rapports réciproques : elle les protège contre les chocs, contre Félectricité, étant mauvaise conductrice, contre les modifications chimiques, étant peu perméable et absorbant faiblement : notez encore que la plupart des organes de défense de l'animal, cornes, grifïes, ongles, écailles, dents, carapace, etc., sont d'origine cutanée, et que les poils et plumes nées de la peau . sont des protecteurs contre le froid . C'est un organe sensitif des plus importants pour la sauvegarde de l'organisme : ce côté de sa physiologie sera envisagé au chapitre des Organes des sens. C'est un organe sécrétoire qui fournit la sueur, la matière sébacée, et le lait, car la glande mammaire n'est qu'une dépendance de la peau ; c'est un tissu riche en nerfs, et par là même un point de départ de réflexes nombreux ; c'est un tissu très vasculaire, qui a par là un rôle très appréciable dans l'absorption, et dans la régulation de la chaleur : enfin, de même qu'elle est le point de départ de nombreux réflexes, elle représente le tissu sur lequel viennent agir des réflexes nés de divers points de l'organisme.
Examinons sommairement ces diverses fonctions.
ABSORI'TION 1:T RESl'IRATION CUTANÉblS Ô07
Absorption et respiration cutanées. — La peau saine, intacte, absorbe ditrérents gaz. On connaît l'expérience classique de Bicbat qui s'enferma dans une salle contenant des cadavres en putréfaction, respirant de l'air du dehors pour empêcher l'absorption pulmonaire, et constata l'odeur cadavérique dans ses gaz intestinaux. Cette odeur évidemment n'avait pu être absorbée que par la peau. Ghaussier et Collard de Martigny opérèrent sur des animaux dont ils placèrent le corps dans de l'hydrogène sulfuré, ou l'acide carbonique, la tète seule sortant à Fair pur, et ils constatèrent des symptômes toxiques caractéristiques. Ces expériences et d'autres encore ont mis hors de doute l'existence de l'absorption des gaz par la peau.
La peau absorbe probablement les liquides. On a mis la chose en relief, de manières très diverses, pour la peau de l'homme, sans arriver toujours à donner des preuves bien concluantes. Pour les animaux inférieurs, les invertébrés surtout, cette absorption est des plus nettes. Pour l'homme, l'on cite divers faits On indique, par exemple, le fait de naufragés soulageant leur soif en se trempant dans l'eau de mer : mais il est plus que douteux; Séguin pèse ses sujets avant et après le bain, et trouve une augmentation de poids après ; mais celle-ci ne peut-elle être due à la simple imbibition des couches cornées de l'épiderme ? CoUard de Martigny renverse sur la peau un verre de montre plein d'eau, et voit qu'au bout de quelque temps l'eau disparait ; ou encore, il pose sur la peau un entonnoir plein d'eau, bouché à l'autre extrémité : au bout de quelque temps, la peau se soulève comme sous une ventouse. D"autres expérimentateurs opèrent en plongeant le corps dans un bain médicamenteux, et en recherchant dans l'urine les substances qui ont fait partie du bain : prussiate de potasse (Westrumb), cyanure de 1er et de potassium (Colin), iodure de potassium (0. Henry, Demarquay, Dechambre, Kopf), etc., mais le fait le plus probant est dû à Aubert. On sait que la perspiration
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cutanée a été amenée par lui à se photographier (par l'emploi d'un papier et de réactil's spéciaux) : or si, avant d'exposer le papier à l'action de la peau, on a lavé celle-ci avec de l'atropine, la zone ainsi traitée ne donne naissance à aucune empreinte : la sudation n'a pas eu lieu, par suite de l'absorption de l'atropine. Ce fait nous parait péremptoire, bien qu'il ne prouve pas que toute substance puisse être absorbée par la peau : il est certain que la peau intacte absorbe avec une rapidité et dans des proportions très variables, bien que la peau plus ou moins frottée, et par conséquent, plus ou moins privée d'épiderme, de la couche épithéliale la plus extérieure qui est desséchée et morte, puisse absorber maints médicaments ^
La peau respire : elle absorbe de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique. Chez certains animaux (beaucoup d'invertébrés en particulier), elle constitue seule l'organe respiratoire, et chez beaucoup la branchie n'est qu'un appendice cutané un peu plus vasculaire que le reste du tégument. On sait que chez les vertébrés inférieurs encore, la peau représente un appareil respiratoire fort développé : tel est le cas pour les batraciens, à qui l'on peut enlever les poumons sans tuer l'animal, surtout en hiver : la peau compense suffisamment l'absence de l'organe respiratoire.
Chez riiomme, la respiration cutanée est faible, mais la surface cutanée aussi est peu de chose (15,000 centimètres carrés), en regard de la surface pulmonaire (150-200 mètres carrés). D'après Beaunis, la quantité d'oxygène absorbée par la peau représente le 127*^ de celle qui est absorbée par les poumons. L'acide carbonique éliminé représente 6 ou 7 grammes par vingt-quatre heures. La respiration cutanée est plus active à la lumière qu'à l'obscurité (Moleschott, Platen, Fubini et Ronchi), pendant la digestion, à une température élevée, sous l'influence du régime végétal (Fubini et Ron-
' Voir V Absorption cutanéi', par H. de Variguy, dans le Bulletin Médical du 28 août 1887.
ri':fle\'rs d'ortgink CITTANÉI-] '>09
clii'», quand Ton stimule la peau, et quand celle-ci est plus vasculaire.
Réflexes d'origine cutanée. — Par sa riche innervation, et sa connexion avec les centres nerveux, la peau représente un des lieux d'origine les plus importants des arcs réflexes. Aussi n'est-il pas étonnant que les excitations de la peau agissent sur la respiration, la circulation, etc.
On sait combien le froid et le chaud, et en particulier les douches, agissent sur la respiration : une douche froide provoque une sorte d'arrêt respiratoire spasmodique qui présente parfois par sa violence et sa durée de réels dangers. On connaît encore le rôle important attribué par certains auteurs aux excitations réflexes d'origine cutanée, dans l'établissement de la respiration au début de la vie. (Voir sur ce point les théories de Preyer, Preuschen, Pfliiger, au chapitre Respiration : Innervation Respiratoire, où il est question aussi des troubles respiratoires chez les sujets qui ont été ébouillantés).
Pour la circulation, on sait, d'une façon générale, que les excitations faibles accélèrent le cœur : les moyennes ralentissent, puis accélèrent ; les fortes ralentissent beaucoup et mettent la vie en danger. Ceci est vrai de toute excitation cutanée, qu'elle soit due à une variation de température, à un caustique, à des coups, etc.
Agissant sur la circulation et la respiration, les excitations cutanées agissent nécessairement aussi sur la calorificalion dans le réglage de laquelle la peau joue un rôle considérable ; mais il a été parlé de ceci au chapitre de la Chaleur Animale. D'après K. Mûller, les excitations cutanées, dues au froid et au chaud, accroissent la sécrétion urinaire.
Les frictions et les sinapismes n'agiraient en aucun sens, d'après le même auteur. Wolkenstein, qui a étudié l'action des irritants appliqués sur la peau (iode, croton, acides divers, potasse, moutarde, moxas, etc.), a vu, par contre, la
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quantité d"uiine diminuer, en mt-me temps qu'augmenterait la production d'urée, avec albuminurie. Les excitations électriques augmentent la quantité d'urine et d'urée, avec albuminurie légère. Du reste, l'albuminurie accompagne, semblet-il, quoiqu'à des degrés très différents, toute excitation cutanée Mihram). Ces faits, très précis, sont importants à signaler en tant qu'indications de méthodes thérapeutiques pour les différents systèmes sur lesquels retentissent les réflexes d'origine cutanée.
Rôle de la peau dans le réglage de la calorification. — Malgré tout l'intérêt du sujet, nous devons nous contenter de donner ici quelques indications sommaires. Si les vaisseaux cutanés sont dilatés, et si en même temps la température extérieure est froide, le sang se refroidit. Si la température est élevée, il y a sudation, et nécessairement refroidissement- Si les vaisseaux cutanés sont resserrés, au contraire, la déperdition de chaleur sera faible. C'est par ces alternatives de resserrement et de dilatation des vaisseaux que s'opère le réglage cutané de la calorification. Bien que la graisse et l'épiderme soient de fort mauvais conducteurs de la chaleur, la déperdition de calorique par la peau peut être assez considérable. Elle est plus grande à la joue, à la région du cœur, aux omoplates qu'à la rotule par exemple, à la peau reposant sur des couches musculaires qu'à celle qui repose sur des plans osseux ; elle augmente avec le mouvement des muscles sous-jacents, avec l'irritation : d'après Pfliiger, elle n'augmente pas chez les fébricitants ; elle est plutôt diminuée. Winternitz estime que les variations dans la déperdition sont telles qu'elle peut, par rapport à la normale, augmenter de 92 p. 100 et diminuer de 60 p. 100, ce qui représenterait le triple de la valeur des variations dans la production de la chaleur. Ceci donne une idée de l'extrême importance de la peau en tant qu'organe jouant un rôle dans la calorification.