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LA CELLULE ET LE PROTOPLASMA

essentiellement des phénomènes présentés par l'amibe ou le protozoaire le plus simple. Les microbes, qui sont des organismes unicellulaires dos })lus simples, reproduisent ceux-ci de la façon la plus claire. Ils se nourrissent, et par là épuisent leur bouillon de culture qui, devenu pauvre en éléments nourriciers ne peut plus les soutenir; ils respirent — de façon variable il est vrai, mais positive; — ils excrètent des produits solubles nombreux et variés : sont-ce des diastases (Roux et Yersin), des toxalbumines (Brieger), des nucléines (Gamaléia) : nous ne savons au juste, mais ces toxines (nom commode et qui ne préjuge point leur nature chimique) ont une existence très positive et on les trouve dans les cultures tuberculeuses (Richet et Héricourt) dans les cultures du bacille de Nicolaïer, du staphylocoque de l'érysipèle (Roger) de la bactéridie charbonneuse, du staphylocoque pyogène (Rodet et Courmont), lesdites substances ayant d'ailleurs des analogues dans les ptomaïnes de Selmi (1870), les leucomaïnes de Gautier, etc.; ils ont souvent la motilité; ils ne se reproduisent que trop — les médecins en savent quelque chose; — ils sont très sensibles aux changements de milieu, et cela est fort heureux, car cette sensibilité permet de les combattre; en un mot, les microbes présentent tous les caractères de la la substance vivante^ et toutes les grandes fonctions sont là, à l'état rudimentaire, mais bien reconnaissables.

Ceci brièvement dit, abordons l'étude des fonctions des organismes les plus perfectionnés, en rappelant d'abord que ces fonctions peuvent se classer en deux grandes catégories : les fonctions de nutrition, qui sont la digestion, la circulation, la respiration et la sécrétion, et les fonctions de relation, qui comprennent lïnnervation et les différentes formes de la sensibilité et du mouvement. Toutes ces fonctions ont ceci de commun qu'elles tendent à la conservation de l'individu; une dernière fonction, la reproduction, tend à la conservation de Vespèce, c'est-à-dire de la collectivité des individus.

La digestion est la fonction qui a pour but, d'une façon irénérale, de fournir à l'organisme les matériaux propres à remplacer ceux qui ont été usés par le fait de sa vie. Les organismes supérieurs ne sont pas aptes à emprunter ces matériaux au milieu inorganique conmie les plantes : ils ne peuvent absorber l'azote, l'oxygène, le carbone, etc., pour se les incorporer directement: il faut que ces éléments leur soient fournis sous forme de matière organique, et même alors celle-ci n'est pas directement utilisable ; il faut qu'elle subisse des transformations plus ou moins profondes pour être en partie absorbée, en partie expulsée sans avoir été utilisée. L'ensemble des opérations par lesquelles les matières alimentaires sont transformées, et ainsi triées, porte le nom de digestion.

Elle est présente à tous les degrés de l'échelle animale ', même chez les plus bas placés dans la série : les simples cellules des protozoaires, non différenciées en organes, ont toutefois une nutrition très simple, où la digestion est rudimentaire, bien que de nombreuses transformations chimiques

• C. Morren fait remarquer qu'elle existe également chez les végétaux. Il serait plus exact de dire que la nutrition est parallèle dans les deux règoes. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que les plantes carnivores (Drosera, Dionée, etc.) possèdent des sucs digestifs, de la pepsine Frankland, Rees et Will. Voy. G. Morren : La Digestion Vt-gétale 'Ac. Roy. de Belgique. 1870).

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intracellulaires s'y présentent, comme celle de l'urée en carbonate d'ammoniaque, du sucre en alcool et acide carbonique, et de l'alcool en acide acétique.

L'histoire des phénomènes digestifs n'est guère ancienne. Les premières expériences méritant ce nom remontent à 1690, époque où les membres de VAccademia del Cimento constatèrent la force trituratrice considérable du gésier des oiseaux qui peut, par la contraction de ses épaisses parois, broyer des substances fort dures, comme le Terre. Ces expériences mirent en lumière le rôle mécanique de l'estomac, dans la classe des oiseaux. La notion d'an rôle chimique ne se fit jour qu'en 1730, époque où Réaumur constata que des aliments enfermés dans des sphères à claire-voie, envoyées dans l'estomac, y subissent une désagrégation et une réduction notables, bien que l'action mécanique ne puisse trouver à s'exercer dans ces conditions. Spallanzani reprit, quelques années plus tard, ces expériences. Un nouveau pas important se fit en 1820, quand Magendie découvrit l'absorption par les veines intestinales. Puis les découvertes se précipitent : en 1831, c'est Leuchs qui signale l'action chimique de la salive sur les féculents ; c'est en 1836, Schwann qui découvre la pepsine et son action sur les albuminoïdes ; Mialhe, en 1846, montre les différences entre l'albumine digérée et l'albumine normale; Claude Bernard, en 1852, montre l'action du suc pancréatique sur les graisses ; et toutes ces recherches concourent à démontrer que l'idée de Réaumur est exacte, que la digestion est bien, dans son essence, un phénomène chimique.

Si la digestion consiste essentiellement en une action d'ordre chimique, il est d'autres activités connexes dont on ne peut se dispenser de dire un mot ; elles tendent vers le but commun final. Avant de transformer des aliments, il faut les avoir saisis (préhension), il faut encore le plus souvent les avoir désagrégés mécaniquement pour en permettre l'accès au lieu où s'opère la transformation {mastication). Certains êtres inférieurs n'ont point de ces fonctions accessoires, mais déjà chez les échinodermes, on voit un appareil préhensile fort développé (les ambulacres) et un appareil masticateur capable d'entamer la roche (armature buccale ; lanterne d'Aristote) ; chez la plupart des cœlentérés, les parois de

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l'estomac renferment des glandes digestives. A mesure que nous nous élevons, toutefois, la spécialisation des organes va croissant. Il y a division du travail (Henri Milne-Edwards) toujours plus prononcée, et l'appareil digestif comprend un nombre toujours plus grand de parties dont chacune joue un rôle très nettement délimité, très spécial. Elles sont dix là où il n'y en avait qu'une, mais chacune n'exerce qu'une partie des fonctions qu'exerçait le tout originel. Les glandes annexes (salivaires, biliaire, etc.) sont bien différenciées chez les mollusques ; l'armature buccale se modifie de façons très différentes chez les divers ordres d'insectes, selon qu'ils mordent ou sucent, etc., et chez les vertébrés, la spécialisation va plus loin encore. L'oiseau a des appareils de préhension (bec et griffes), de réception ou emmagasinement (jabot), de mastication (gésier), joints aux appareils fondamentaux de la transformation chimique (estomac), et de l'absorption (intestin) ; le mammifère a des dents spécialement destinées à déchirer la proie où à la couper (incisives et canines) distinctes en structure de celles qui ont la mission de triturer (molaires). L'homme ne le cède h. aucun des autres animaux au point de vue de la perfection des organes; il est au contraire mieux doué encore en raison de la finesse de son appareil de gustation.

Faim et Soif. — Pourquoi l'animal prend-il des aliments ? Pour réparer ses tissus et ses forces, sans doute; mais où prend-il la notion qui le pousse à s'alimenter? Ce ne peut être un raisonnement scientifique ; c'est une sensation. Cette sensation est celle de la faim ou de la soif, selon le cas.

Le siège de ces sensations a été l'objet de discussions nombreuses, mais peu fructueuses encore. Où a-t-on faim, dans quelle partie du corps peut-on nettement objectiver la sensation de faim? Il semble que ce soit dans la région épigastrique, mais la section du pneumogastrique (nerf sensitif de l'estomac) n'abolit pas cette sensation (Sédillot).

Par contre le tabac, l'alcool, etc., l'apaisent; mais agissentils sur le point de départ de la sensation, comme la cocaïne sur les terminaisons nerveuses de la peau, ou sur le centre où la sensation est perçue, comme le chloroforme ? Et d'autre part le contact de substances non digestibles avec l'estomac calme la faim pour un temps. Est-elle due à des contractions des muscles de l'estomac? On ne sait. Le siège central de perception doit toutefois se trouver hors du cerveau, le fœtus sans cerveau (anencéphale) tette et doit avoir faim.

La soif semble avoir son siège dans le pharynx, mais elle se calme par des injections intravasculaires de liquides. Celles-ci diminueraient-elles la soif en rendant la muqueuse pharyngienne moins sèche? En tout cas, ce serait la sécheresse de celle-ci qui provoquerait la soif, et tout ce qui provoque la première provoque la seconde (sueur abondante, diarrhée, arrêt de la salivation, etc.). Mais par quels nerfs se transmettrait la sensation? Ce ne peut être par le glossopharyngien, le pneumogastrique ou le lingual : leur section ne supprime pas la soif : est-ce donc par le sympathique? On ne sait non plus.

En tout cas, il est admis que la faim et la soif indiquent le besoin qu'a l'organisme d'ingérer des aliments ou des boissons. La soif est peut-être plus exacte dans son indicacation que la faim, car on voit des animaux obèses continuer à manger alors que certainement il n'y a pas besoin véritable et physiologique. La soif est plus douloureuse que la faim : il est encore plus urgent de satisfaire la première que la dernière : un chien soumis à l'inanition, mais à qui l'eau est permise, vit le double de la vie d'un chien sans aliments ni eau : le premier meurt au bout de vingt jours, et le second est encore vivant au 39^ jour, où l'on met fm à l'expérience (Laborde, C. R. Soc. de Biologie, 1886, p. 632). Notons en passant que les herbivores ont plus souvent et plus longtemps faim parce que leur alimentation est peu riche en principes nutritifs : 100 grammes d'herbe nour-

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