TRAVAIL ET FORCE DU MUSCLE
ces indications ne devraient pas être interprétées comme signes des variations de la force musculaire seule; en réalité les variations correspondent moins à des variations de force musculaire qu'à des variations de force nerveuse. La première ne varie que médiocrement — et dans des limites qu'il serait d'ailleurs difficile de préciser, — la seconde varie beaucoup d'un moment à l'autre, selon que la volonté est forte ou faible, ainsi qu'on peut le voir au déploiement de force qui accompagne la colère, le désespoir, ou la surexcitation de Tamour-propre , phénomènes nerveux au premier chef.
On conçoit bien que la force et le travail du muscle sont choses fort dilYérentes, le dernier étant toutefois le résultat de l'activité de la première. Le travail s'évalue en multipliant le poids soulevé par la hauteur, dans l'unité de temps : encore ne faut-il pas s'en tenir à la lettre de cette formule, car un muscle qui se contracte, mais supporte un poids trop lourd pour être soulevé ou déplacé, exécute un travail physiologique réel, bien que celui-ci ne soit point apparent. Il y a manifestement un rapport entre le poids soulevé et l'excitation dont le muscle est le siège, mais on remarquera que l'effet utile maximum ne se produit pas dans toutes les conditions. Par exemple, il ne faut pas croire qu'on obtient plus de cet effet en augmentant à la fois le poids et l'excitation. En réalité, il faut opérer avec un poids moyen et une excitation moyenne. Rosenthal a montré que, pour la grenouille, l'effet utile maximum — le maximum de travail — se produit avec une charge de 100 ou loO grammes : avec des charges plus légères ou plus lourdes, le travail tel qu'il a été défmi plus haut est moindre : de 700 ou 7o0 il tombe à 4o0 ou 400. Il convient d'ajouter que le travail dépend aussi dans une forte mesure de l'intensité de l'excitation : pour une excitation faible, tout juste suffisante, le travail sera médiocre, au lieu qu'avec une excitation forte, il pourra être beaucoup plus considérable, le poids demeurant
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invariable. Un instrument qui est fort employé dans ces question? de travail musculaire est le collecteur de travail de Fick, qui permet d'enregistrer le travail exécuté au cours de plusieurs contractions successives, et c'est en particulier au moyen de ce collecteur qu'on reconnaît la concordance du maximum de l'effet utile avec les conditions moyennes de poids et d'excitation, et qu'on a étudié la quantité de travail que peut fournir le muscle avant d'être épuisé. C'est ainsi qu'un muscle de grenouille peut soulever jusqu'à 2,700 fois de suite un poids de 20 grammes (Kronecker) : d'ailleurs, on est souvent surpris de la force des muscles de certains animaux, et il est certain que les animaux de petite dimension, les insectes, les fourmis, etc., ont une force considérable. Un hanneton peut soulever 67 fois le poids de son corps ; ce que nul de nous ne peut faire, ni le cheval non plus qui ne peut porter que les deux tiers de son poids; c'est sans doute peu de chose à côté de la citrouille, qui peut, en se développant, soulever jusqu'à 2,o00 kilogrammes, mais on remarquera que la turgescence et la contraction sont choses différentes. On a calculé que 40,000 hannetons ont autant de force qu'un cheval, autant de force de traction, car individuellement et proportionnellement chaque hanneton est 100 fois plus fort que le cheval, et si nous avions sa force, nous devrions jongler avec des poids de 6,000 kilogrammes (L. Frédéricu). Les mollusques possèdent également une force considérable : l'adducteur de leurs valves peut supporter 400 ou 500 fois le poids de l'animal ; une huitre peut supporter 17 kilogrammes ; un crustacé. le crabe commun peut, avec sa pince, déployer une force de plus de 2 kilogrammes ^
' Camérano (Arch. Ital., XVII, p. 212), étudiant la force absolue du muscle (poids maximum soulevable rapporté au centimètre carré de section), obtient les chiffres suivants, en moyenne : Homme, 7902 grammes : mollusques lamelli- Itranclies 4543; grenouille 2000 : crustacés 1841. La force des invertébrés nest donc supérieure à celle des vertébrés que par rapport au poids du corps ; elle f^t inférieure, absolument.