PREUVES DE L IRRITABILITE MUSCULAIRE
section vers la périphérie, il se peut qu'au moment de Tcxcitation d'où l'on déduit l'irritabilité du muscle, la dégéné rescence n'ait pas encore envahi les terminaisons ultimes des nerfs, ne peut se soutenir, et il est invraisemblable qu'après des mois et des années la dégénérescence ne soit point complète.
La seconde preuve de l'irritabilité des muscles a été j. .^ fournie par Cl. Bernard (jui, au moyen du curare, a ~'-^-~-r~ montré que cette irritabilité est indépendante des filets nerveux. Le curare, à dose moyenne, n'altère point le muscle lui-même, mais il opère en quelque sorte la dissociation du nerf et du ^^-z/'^^^muscle, il altère les termi- //^;;'>" ' naisons nerveuses du premier qui cesse de pouvoir agir sur le dernier : excitet-on le nerf, le muscle demeure immobile : excite-ton le muscle même, directement, il réagit parfaitement. La localisation de l'action du curare sur les plaques terminales nerveuses n'est pas un phénomène isolé ; nous avons
déjà vu combien l'oxyde de carbone se fixe volontiers sur l'hémoglobine du sang; mais, à vrai dire, on ne comprend pas bien cette élection caractéristique qui pourtant semble parfaitement démontrée.
Fig. 75. — Arrière-train de grenouille curarisce. Excitez les nerfs et le muscle reste immobile ; excitez celui-ci directement, et il se contracte (Viault et Jolyet).
On sait que le curare n'agit que sur les parties avec lesquelles il entre en contact ; injecté dans une partie seulement d'un animal — dans Tarrière -train d'une grenouille, avec ligature des vaisseaux naturellement — il n'empoisonne que cette partie : les nerfs des autres parties de l'organisme conservent leur activité. Injecte dans le système circulatoire, sans ligature pour en localiser la diffusion, il tue par asphyxie : les muscles respiratoires ne reçoivent plus l'excitation qui les fait se contracter, ils sont dans l'état où les mettrait la section des nerfs ; c'est une paralysie absolue, et la mort survient par asphyxie, si l'on ne pratique pas la respiration artificielle. Le curare paralyse le mouvement en soustrayant les muscles à l'influence des nerfs moteui-s ; mais il respecte la sensibilité.
On peut invoquer encore le fait que le muscle dont le nerf est rendu inexcitable par un courant constant ascendant fort, demeure irritable (Eckhard). et aussi le phénomène de la contraction idio-musculaire dont il a été déjà parlé, phénomène qui s'observe sur le muscle à nerf coupé et paralysé, et qui, par suite, doit s'expliquer par une excitation non des terminaisons nerveuses mais du tissu musculaire même.
L'irritabilité musculaire est donc indépendante de l'innervation : elle est propre à la fibre elle-même, et s'il fallait quelques preuves encore, il suffirait de faire remarquer que les excitants chimiques du muscle ne sont pas les mêmes que ceux du nerf, que les fibres isolées, reconnues absolument dépourvues de nerfs, sont contractiles, et que dans la mort des tissus, la mort des muscles se produit bien après celle des nerfs. Nous n'insisterons pas davantage sur ces preuves.
L'irritabilité du muscle est naturellement en rapport avec sa vie : elle disparaît à la mort, et tout ce qui porte atteinte à la vitalité du muscle retentit sur son irritabilité. Aussi conçoit-on que l'anémie, ou la cessation de la circulation fasse disparaître l'irritabilité. Il est pourtant à noter que celle-ci ne s'en va que lentement. Les cils vibratiles restent vivants^ quelque temps, dans un cadavre : de même le muscle reste irritable alors que beaucoup de fonctions ont cessé, sur le cadavre presque complètement refroidi, ou dans le membre