SENSIBILITÉ MUSCULAIRE Ô
Sensibilité musculaire. — Les muscles ont la sensibilité aussi bien que le mouvement ; ils reçoivent des filets sensitifs aussi bien que des filets moteurs. Ces filets sensitifs, découverts par Sachs il n'y a pas bien longtemps (1874), sont l'origine de réllexes nombreux. Excitez un muscle de grenouille par rélectricité ou une substance chimique, et il se produit des mouvements plus ou moins étendus dans tout le corps, des réflexes plus ou moins généralisés qui sont accrus si l'animal a été strychnisé, c'est-à-dire mis en un état d'excitabilité plus vive, et qui disparait si l'on coupe la racine sensitive du nerf innervant le muscle irrité. Normalement cette sensibilité des muscles ne nous fournit que peu de sensations : mais si nous faisons un effort inusité, les muscles intéressés nous fournissent des sensations assez vives, douloureuses, et que chacun connaît (courbature, etc.) ; si la contraction musculaire est très forte, nous pouvons sur le moment même éprouver une douleur assez forte, et c'est ce qui a lieu dans la contraction et la crampe : nul ne peut douter de la sensibilité musculaire. Celle-ci se manifeste d'ailleurs de façons très variées. Vulpian et Charcot ont décrit sous le nom de trépidation épileptoide un tremblement très fort qui se produit dans le pied tenu fortement fléchi, et que la volonté est impuissante à arrêter. Ce tremblement est réflexe : son origine est dans les fibres sensitives des muscles du pied, mais il ne peut se produire que dans les cas où il y a exagération de la sensibilité médullaire. Le réflexe rotulien — relèvement de la jambe croisée sur l'autre, libre, dont on frappe le tendon rotulien d'un coup sec — est encore un rétlexe dont le point de départ est dans les nerfs sensitifs des muscles : mais l'intensité du réflexe varie selon l'état de la moelle, et c'est ainsi qu'il fournit des données précieuses au clinicien ; il est exagéré dans les cas d'hypéresthésie médullaire . La fatigue musculaire est encore un phénomène de sensibilité musculaire, bien plus que d'impotence du muscle. Toutefois, il faut
remarquer qu'il y a plusieurs éléments en jeu. Sans doute. il n'existe pas de fatigue dans les nerfs, mais il existe une fatigue périphérique, puisque, comme Maggiora Fa si bien montré, le massage restaure de façon remarquable le muscle individuel fatigué : et il existe aussi un élément central, puisque le muscle hors d'état de se contracter sous l'influence de la volonté se contracte parfaitement bien lorsque l'excitation est artificielle et porte sur le nerf ou le muscle même; il semble en somme, d'après les recherches récentes de A. Waller, que la fatigue est normalement surtout centrale, et que la fatigue centrale précède toujours la fatigue périphérique et agit comme un frein qui empêche l'organisme d'aller jusqu'au point où la fatigue périphérique se produirait ^ Les nerfs sensitifs des muscles sont encore, comme nous l'avons dit, un élément de la tonicité musculaire : celle ci disparait dès que l'on détruit Tune ou l'autre voie de l'arc réflexe, la voie sensitive aussi bien que la voie motrice, et rien ne montre mieux lïmportance de ces nerfs que l'étude des phénomènes consécutifs à leur lésion. Coupez les racines postérieures de la moelle, par où passent les filets sensitifs de la peau et des muscles, comme l'a fait Cl. Bernard, et la coordination des mouvements est très imparfaite ; elle Test plus encore dans Tataxie locomotrice, maladie de la moelle où la substance conductrice de la sensibilité est seule atteinte, et dans cette affection où la motilité demeure intacte, c'est chose curieuse de voir que le symptôme objectif le plus évident est un trouble de la locomotion, l'incoordination, l'ataxie. Ce trouble est dû à ce que la sensibilité musculaire n'existant plus, il n'y a plus cette proportion délicate entre le but à atteindre et les moyens employés; la dépense de force n'est plus réglée par la sensibilité, et elle est le plus souvent
' Snr cette question importante de la fatigue musculaire, consulter en particulier les travaux de Mosso {Arch. Ital.. XIIL p. 123) et de Waller [Brain, 1892j . La fatigue semble être surtout un phénomème central (cérébral), mais il s y joint un élément périphérique localisé peut-être dans les plaques motrices.