SENSIBILITÉ DES MUSCLES
exagérée (Duchenne, de Boulogne). Il y a donc une sensibilité musculaire : y a-t-il un sens musculaire spécial? Il est difticilc de répondre à cette question, car il y a beaucoup d'éléments différents dans notre connaissance de nos mouvements. Nous avons conscience d'un effort variable : mais ce sentiment d'effort est-il d'origine purement musculaire, et la peau n'y joue-t-elle pas un rôle considérable ? Pourtant la sensibilité musculaire peut j^ersister malgré une anesthésie superlicielle complète, et si dans beaucoup de circonstances la sensibilité cutanée contribue fortement à nous renseigner sur ce que nous faisons, il semble acquis que la sensibilité propre des muscles est mise en jeu par la contraction de ceux-ci, et renseigne ainsi les centres nerveux supérieurs. Du reste, il est vraisemblable qu'un troisième élément se présente : c'est la notion de l'effort qui s'accomplit, le sens de l'innervation dont il est d'ailleurs assez difficile de se faire une idée, et dont l'indépendance par rapport aux deux autres facteurs n'est pas bien claire , mais qui semble à M. Bernhardt constituer à lui seul le sens musculaire. Il est de fait que lors de l'électrisation directe du muscle — sans effort volontaire — le sujet ne distingue pas un poids fort d'un poids faible : et pourtant il semble que la sensibilité des muscles et de la peau devrait indiquer la différence. Quoi qu'il en soit de la théorie, il est bien constant que la sensibilité musculaire existe : c'est elle qui nous fournit en partie notre sensation de bien-être ou de mal-être; elle est souvent vive et désagréable : la crampe, la contracture, le tour de reins et les sensations souvent très douloureuses résultant de la pratique d'un exercice, môme modéré , auquel on n'est point accoutumé, en sont des preuves quotidiennes. Il y a entre les mouvements et la conscience un lien singulier, qui existe du reste aussi entre les attitudes et la conscience. Chacun a pu remarquer l'influence de l'attitude sur les rêves, sur lui-même; chacun a pu voir combien l'attitude imposée à un somnambule lui suggère les passions
OU émotions en rapport avec cette attitude. Il nous suffira de signaler le fait, qui est très intéressant, et qui donne lieu à beaucoup de réflexions sur riiarmonie entre le physique et le moral (et sur la possibilité d'agir peut-être très fortement par le premier sur le second de façon en quelque sorte mécanique) et qui nous montre une fois de plus combien est intime le lien entre le mouvement et la sensibilité, tandis que la pathologie nous indique à quel point il est essentiel, par les troubles moteurs qui surviennent lors des affections purement sensitives, et les troubles sensitifs qui accompagnent communément les lésions de la motilité.
Nerfs trophiques des muscles. — Nous avons vu plus haut que certains nerfs apportent aux muscles les incitations parties des centres nerveux, et que d'autres nerfs portent à ceux-ci les sensations dont les muscles sont l'origine. Il semble que le rôle des nerfs ne s'arrête point là, et qu'ils jouent encore un rôle important dans la nutrition du muscle. Encore, pour être exact, faut-il dire centres nerveux plutôt que nerfs. Coupez le nerf moteur de tel muscle : ce dernier vivra et conservera son irritabilité bien que s'atrophiant plus ou moins, en raison de son inaction (Longet, etc.). Coupez le nerf mixte (moteur et sensitif, contenant fibres motrices et fibres sensitives) d'un muscle, et les troubles sont plus prononcés : l'atrophie est plus profonde. Mais produisez certaines lésions dans le système nerveux central, et les choses seront pires encore ; l'atrophie sera rapide et intense. C'est ce qui a lieu dans l'atrophie musculaire progressive de Duchenne (de Boulogne), et en particulier dans la paralysie srlosso-labiodarvncrée dont la lésion sièse dans les racines ou cornes antérieures, ou les noyaux du bulbe. On a conclu, de ces faits, à l'existence de nerfs trophiques qui agiraient sur la nutrition. Vulpian s'est fortement élevé contre cette hypothèse qui fait de l'atrophie un processus non de paralysie, mais d'irritation, et pour lui, si l'atrophie des cornes anté-