‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 184 sur 263 · IRRITABILITÉ DU NERF · texte numérisé non relu

IRRITABILITÉ DU NERF

d'un membre au moyen de la bande d'Esmarch, si employée en chirurgie dans l'amputation des membres. Quand la bande de caoutchouc a été fortement appliquée depuis l'extrémité périphérique du membre et que le lien constricteur est établi solidement, la sensibilité et la motilité volontaire disparaissent au bout d'une demi-heure. Mais cette expérience est réellement douloureuse, car les nerfs, obéissant en cela à une loi générale avant de perdre leur excitabilité, passent par une phase d'hyperirritabilité, quand on sectionne un nerf, ou quand, comme dans le cas précédent, on anémie ce nerf.

Le nerf répond alors à des excitations plus faibles que lorsqu'il était dans les conditions normales, et le fait est constant, qu'il s'agisse de nerfs des animaux à sang chaud, ou des animaux à sang froid ; la durée des phases seule varie. Quand la cause destructive agit lentement, comme dans les lésions pathologiques des nerfs, les mêmes faits sont observés, i'hyperesthésie, que l'on constate chez quelques malades, n'est souvent que le prodrome d'une paralysie consécutive, mais il faut tenir compte, dans ce cas, de l'irritation du tronc nerveux par le processus morbide.

Chez les animanx à sang froid, la vitalité du nerf peut persister plusieurs jours ; cette durée est fonction de la température. En été, le nerf de la grenouille cesse d'être excitable au bout de quelques heures ; en hiver, cette excitabilité persiste trois et même quatre jours. Ici encore nous retrouvons cette loi générale :

La durée de la résistance d'un tissu est certainement liée à la plus ou moins grande activité chimique. Quand la température est basse, les échanges interstitiels sont ralentis, la vie persiste plus longtemps. Au contraire, quand la température est élevée, l'intensité des échanges amène vivement la mort des éléments.

Les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs présentent quelques différences :

Cl. Bernard avait admis que le nerf anémié ou sectionné

meurt dans le sens de sa conduction, c'est-à-dire que l'excitabilité (indice de la vie du nerf) va en disparaissant le long du trajet du nerf sensitif de la périphérie aux centres, et inversement pour le nerf moteur. Cette question est loin d'être élucidée. 11 faut tenir compte, dans ces recherches, des variations importantes de l'excitabilité que l'on rencontre sur le nerf vivant dans tout son trajet.

Le nerf moteur meurt avant le nerf sensitif. Le fait est facile à établir. Si l'on sectionne la patte d'un lapin en laissant le nerf sciatique seul en connexion avec l'animal, on voit que rapidement l'excitation du tronc nerveux ne donne plus lieu à aucune contraction dans les muscles qu'il innerve, mais que les mouvements généraux de l'animal indiquent que l'excitation centripète est arrivée aux centres. Toutefois, il est fort possible, fort probable même, que, dans ce cas, ce n'est pas ^la conductibilité du nerf moteur qui est atteinte, mais les terminaisons nerveuses motrices, plaques ou buissons terminaux. Il se produit ainsi une véritable curarisation.

Si l'anémie n'est pas prolongée trop longtemps, l'irritabilité nerveuse pen reparaître. Brown-Séquard a montré dans de nombreuses expériences, que l'on pouvait pousser très loin l'anémie, jusqu'à la perte complète de l'irritabilité et faire revenir le muscle en rétablissant le cours du sang, soit quand l'anémie a eu lieu par compression des vaisseaux, en cessant cette compression, soit sur un membre séparé, en faisant une circulation artificielle avec du sang oxygéné.

On constate généralement, au moment du retour du sang, une hyperexcitabilité surtout de la sensibilité. Il est facile de constater cette phase dans l'expérience citée plus haut de la bande d'Esmarch.

Infaligahilîlé des nerfs. — Quand on étudie la marche de l'excitabilité d'un nerf au moyen du myographe, on constate après un laps de temps variable avec l'intensité de l'excitation, la durée de la température, que la contraction musculaire

INFATIGABLLTTÉ DES NERFS 659

diminue pour disparaître ensuite. Il est évident que le muscle se fatigue ; en est-il de même du nerf? Ici encore il faut tenir compte de la plaque terminale motrice, qui paraît, elle, être susceptible de se fatiguer. Quant au conducteur, son infatigabilité parait démontrée par plusieurs expériences.

Ou curarise un animal, avec la dose minima, en le maintenant vivant iiar la respiration artificielle et pendant tout le temps que dure la curarisation, on excite, par une série de secousses, un nerf moteur ; quand le curare conmience à s'éliminer, on voit les contractions musculaires se produire dans les muscles innervés jiar le tronc nerveux qui vient de recevoir pendant plusieurs heures des excitations incessantes (Boroditch). Une autre expérience est due à Heidenhain. On excite les deux nerfs sciatiques d'une grenouille par un courant induit, mais sur l'un des nerfs A on arrête la conductibilité par la section physiologique. (Nous verrons plus loin que ce procédé consiste à faire passer sur une partie du trajet d'un nerf un courant continu, qui détermine, dans cette portion, un état spécial, dit électrotonique, qui le rend non conducteur). Le gastrocnémien de la patte B non traversée par le courant continu entre en tétanos, et bientôt apparaissent tous les indices de la fatigue. On ouvre alors le courant continu et le gastrocnémien A se contracte immédiatement, bien que son nerf ait reçu jusqu'ici les mêmes excitations que l'autre nerf.

AVedensky a cherché également par des expériences très ingénieuses, si le nerf est absolument infatigable ou si Ion peut saisir le développement lent de cette fatigue. Cette recherche est fort importante, car il faudrait, dans le premier cas, admettre qu'il n'y a pas de dépense de forces vives et que le nerf n'est qu'un simple conducteur. Si, au contraire, un nerf en activité meurt plus vite qu'un nerf au repos, ce serait une preuve de l'activité essentielle du nerf.

Chez un animal à sang chaud on prend le nerf sciatique, on le lave à 3)° avec une solution saline àip: 100. Le nerf est transporté à diverses températures dans une chambre humide, avec des électrodes impolarisables pour électriser le nerf et recueillir le courant d'action du nerf par le téléphone ou le galvanomètre.

A mesure que le nerf meurt, le son téléphonique perd sa netteté et présente des bruits difterents. On détermine le seuil dïrritation, et l'on étudie par le téléphone la vitalité du nerf excité et du nerf témoin.

La vitalité des nerfs excités varie de six à quatorze heures ,

cela dépend de la température à laquelle on opère, de la narcotisation faite sur Taninial avant Textirpation des nerfs, et enfin et surtout (c'est le facteur le plus important) du nombre de coupes transversales que Ton fait sur le nerf.

Or, le nerf témoin, qui ne reçoit que des excitations passagères, nécessaires pour constater au téléphone, de temps en temps, sa vitalité, présente le même temps de survie que le nerf qui reçoit des excitations continuelles.

On doit ajouter que lorsque la vitalité commence à s'affaiblir, on ne constate aucune reprise si on laisse le nerf se reposer.

Tous ces faits montrent bien '< l'infatigabilité » des conducteurs nerveux.

Influence de la température. — Il a été question plus haut de rinfluence de la température sur la durée de la vitalité des nerfs privés de l'apport de sang oxygéné. Mais il est important également de voir quelle influence exerce la température sur l'excitabilité [des nerfs vivants. Un premier fait établi, c'est qu'une variation brusque de température constitue un excitant du nerf, un corps froid à 5*^, ou un corps chaud à 50° appliqué sur le tronc nerveux détermine une contraction brusque. Sur la grenouille, le nerf paraît atteindre son maximum d'excitabilité vers 20*^, mais on peut dire que chez ces animaux la vie du nerf est possible entre 0 et 40°.

Le froid amène l'anesthésie, mais il agit sans doute et surtout sur les plaques terminales. Avant l'emploi de la cocaïne, on utilisait fréquemment le froid produit par l'évaporation de l'éther pour obtenir une anesthésie locale (A. Richet) ; toutefois les expériences de Waller, de Romberg montrent que le tronc nerveux peut être aussi touché par le froid. En plongeant le coude dans l'eau glacée, on refroidit le tronc du nerf cubital très superficiel à cet endroit et après une certaine phase douloureuse (hyperexcitabilité) on observe l'anesthésie de la région innervée. On a invoqué la même origine pour les paralysies a frigore du facial, du radial.

M. Gotch, a tout récemment (congrès de Liège, 1892) signalé des diflérences très remarquables de l'excitabilité des nerfs, quand

Page 1