CENTRES DU LANGAGE
Le pied de la troisième circonvolution frontale gauche est le siège de la mémoire de rarticulalion des mots, le fait est établi; mais il existe chez certains malades d'autres troubles du langage (langage parlé ou langage écrit) qui ne constituent pas l'aphasie proprement dite, qui ne sont pas d'ordre moteur, mais d'ordre sensoriel. C'est ainsi qu'il peut exister.
De la surdité verbale. — Le sujet ne comprend plus le sens des mots, bien qu'il en perçoive le son, la direction, l'intensité; il a perdu en un mot la mémoire auditive des mots. l\ peut lire, écrire, parler même, mais les paroles qu'on prononcé devant lui n'éveillent plus aucune idée. Ayant perdu le sens auditif des mots, les phrases qu'il prononce luimême ne correspondent pas à sa propre pensée; il dit un mot pour un autre, il est paraphasique('n:apà, à côté; csdcatc;, parole). Les oljservations cliniques tendent à faire admettre dans la partie postérieure de la première circonvolution temporale gauche le siège de cette faculté.
De la cécité verbale. — Le malade, dans ce cas, voit les objets, distingue les lettres, les caractères, mais il ne peut leur donner leur signification. Un 0 au tableau noir est un grand cercle, un A un chevalet; il ne peut lire, les signes conventionnels de l'écriture n'ayant plus pour lui aucun sens et constituant de véritables hiéroglyphes indéchiffrables; il a donc perdu la mémoire visuelle des mots. Le sujet qui est dans l'impossibilité de lire une lettre, peut néanmoins l'écrire sans pouvoir la relire, la faculté de la reproduire est alors conservée, la lésion ne porte pas alors sur un des centres du langage, mais sur les centres visuels euxmêmes sur le centre visuel des mots écrits. Les autopsies montrent qu'il existe dans ce cas une lésion dans la partie postérieure de la deuxième circonvolution pariétale gauche.
De Vagraphie. — Le sujet comprend quand on lui parle, peut reconnaître les caractères et même lire, mais il est dans l'impossibilité de reproduire lui-même ces caractères, de les
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copier même, au moins en tant que lettre, car dans certains cas, il arrive à les dessiner, mais en suivant exactement alors le modèle indispensable qu'il a sous les yeux. Si ce sont des caractères imprimés, il ne pourra, par exemple, copier en écriture cursive. Il y a donc perte de la mémoire des mouvements de l'écriture, c'est ce trouble fonctionnel qui a été désigné sous le nom à' aphasie de la main, mais à tort, car la main ne joue ici aucun rôle spécial. Un individu normal peut tracer des caractères avec son pied, avec un crayon dans la bouche, l'acrraphique ne le peut pas. On admet comme siège le pied de la seconde circonvolution pariétale.
Il est évident que les cas ne se présentent pas toujours avec cette netteté de caractères, qu'ils sont souvent mélangés; néanmoins, on voit qu'envisagée dans son sens le plus large, l'intégrité complète du langage ne saurait exister sans rintégrité d'un certain nombre de centres, et il est certain que les recherches ultérieures découvriront d'autres conditions encore.
FONCTION SIÈGE AKATOHIQt'E CONSÉQUENCE DE LA LÉSION
Mémoires des mouvements
de rarticulation de la voix. Pied de 3. F. G. Aphasie motrice. Mémoire des mouvements
de récriture Pied de 2. P. Agraphie.
Mémoire auditive
des mots. 1 T G Surdité A^erbale.
Mémoire visuelle
des mots. 2. P. G. partie postérieure. Cécité verbale.
Centres corticaux des sens spécifiques. — Chacun de nos sens spéciaux possède dans l'écorce cérébrale un ou vraisemblablement plusieurs centres dans lesquels s'élaborent les sensations auxquelles donnent lieu l'excitation des nerfs spéciaux par leurs excitants physiologiques : lumière pour l'œil, son pour l'oreille, etc.
C'est ainsi que Ton est conduit à admettre l'existence de
CENTRES PSYCUO-SENSORIELS Toi
centres psycho-optique, psycho-acoustique, psycho-gustatifs, et psycho-olfactifs.
Centre psycho-optique. — Lorsque sur un chien on détruit la région moyenne ou pariétale de la deuxième circonvolution externe occipitale, ou constate que la vision est abolie du côté opposé à la lésion, eu partie du moins, et que la cécité est complète si les deux régions homologues sont détruites. La même expérience peut être faite sur le singe.
Les animaux sont alors frappés de cécité psychique, c'està-dire que le fonctionnement de l'appareil optique reste intact, la rétine continue à être impressionnée par la lumière, le nerf optique transmet ces impressions, mais le centre où s'établissent ces impressions, où elles sont transformées est détruit. Toutefois un point délicat était soulevé entre Munk et les physiologistes italiens Tamburini et Luciani.
Alors que Munk admet que l'ablation corticale détermine une amaurose cérébrale, c'est-à-dire la perte des sensations visuelles, Luciani soutient au contraire qu'il n'y a qu'une cécité psychique, c'est-à-dire que le centre cortical de la vision ne préside qu'à l'élaboration psychique des sensations visuelles, ces dernières ayant pour siège les noyaux inférieurs : corps optiques et tubercules quadrijumeaux.
Après la destruction de la région pariéto-occipitale d'un seul côté, la cécité psychique n'est pas totale pour l'œil du côté opposé et la vue est également touchée pour le second. Tous les observateurs ont vu qu'il y avait hémianopsie bilatérale homonyme, c'est-à-dire que la cécité porte sur les images reçues par les deux tiers internes delà rétine de l'œil du côté opposé et le tiers externe de la rétine de l'œil du côlé correspondant. La décussation partielle des libres optiques permet d'expliquer ce symptôme. Pour Munk, chaque élément rétinien est en relation directe avec un centre d'idéation corticale, et l'ablation de ce point détermine sur la rétine un véritable punctum cœcum nouveau, permanent.
Cette manière de voir n'est pas partagée par les physiologistes italiens, qui n'admettent pas cette systématisation absolue des fibres rétiniennes et des centres corticaux. Pour eux, au contraire, ils s'appuient surtout sur ce fait que la cécité psychique est presque toujours transitoire, même après de larges extirpations du lobe occipital; on ne saurait localiser exactement le centre de la vision dans la zone occipitopariétale. Ce centre est en relation avec les autres centres cortico-frontaux par exemple; il existe, suivant l'expression de l'auteur, un véritable engrenage des sphères sensorielles et psycho-motrices. Cette idée de Tengrenage des centres cérébraux est du reste une idée générale qui domine l'école italienne, il est évident qu'il existe des connexions nombreuses entre les difTérents centres, que l'élaboration d'une idée implique la mise en jeu d'une série de cellules diversement placées. Il découle encore de ces faits qu'une lésion psychique peut se produire sans que le centre même soit touché; il suffit que les connexions, réunissant un centre donné à ceux dont le fonctionnement est indispensable pour l'élaboration de l'image, soient détruits. C'est ce que Déjeriiie a montré dans un cas de cécité verbale. Le pli courbe, centre des images optiques des lettres, était iotact, le centre visuel commun également ; mais la lésion siégeant au cuneus interrompait les relations nécessaires entre les deux centres. Ici encore la clinique a précédé l'expérimentation. C'est Panizza, en 1855, qui appelait l'attention sur la cécité consécutive à la lésion des circonvolutions postérieures. Depuis, le cas d'hémianopsie bilatérale homonyme, consécutive à la lésion des lobes occipitaux, a été souvent constatée et certaines hallucinations visuelles ont pu être expliquées ainsi. (Voir Nerfs optique.)
Centre psycho-auditif. — Le centre psycho-auditif est localisé par Luciani dans le lobe temporal.
Les deux sphères sensorielles auditives et optiques n'ont