CENTRES PSYCHO-SENSORIELS
pas de limites déterminées; elles s'engrènent, suivant l'expression de Luciani, l'une dans l'autre. Les expériences sur les animaux, déjà si dilUciles quand il s'agit de la cécité psychique, sont plus obscures encore quand on veut étudier les troubles de l'audition.
Après l'ablation d'une région auditive, on observe une diminution de l'acuité auditive, mais non une surdité complète, puis les troubles s'atténuent. Et on admet que l'animal ne comprend plus la signilication des sons, qu'il ne répond plus à son nom, bien qu'il continue à entendre le son.
Comme pour le centre optique, Luciani admet que le centre auditif cortical est destiné à l'élaboration des images acoustiques, les sensations elles-mêmes étant reçues dans les centres inférieurs.
En clinique, on a pu étudier de nombreux cas de surdité verbale, dans lesquels le malade ne comprenait plus le sens des mots (amnésie verbale), et l'autopsie a souvent montré des altérations des première et seconde temporales. On a même, en s'appuyant sur une observation, établi que la première temporale gauche était le siège de la perception acoustique des mots, tandis que les deuxième et troisième auraient pour fonction de conserver les images acoustiques verbales nécessaires à l'expression des idées (Seppilli).
Centres psycho-olfactif et psycho-gustatif. — Le centre olfactif, chez le chien, siégerait en avant et au-dessous de la scissure de Sylvius et sur la corne d'Ammon,
Contrairement à ce que l'on constate pour les sens de la vue et de l'ouïe, l'innervation ne serait pas croisée (Ferrier), ou du moins la partie subissant la décussation serait très faible, comparée aux libres directes (Luciani). Chez l'homme il existerait autour de la scissure de Sylvius une région en rapport avec l'odorat. Perte de l'odorat l'anosmie) de la narine gauche correspondant à une embolie de laT sylvienne (Notta). Hallucination de l'odorat avec lésions de la corne d'Ammon (Frigerio).
7ai HEMISPHERES CEREBRAUX
Quant au centre du goût, les notions acquises à ce sujet sont trop vagues jusqu'ici pour permettre une localisation : base et face interne des hémisphères.
Centres corticaux de l'homme. — Dans le courant de cette étude sur les centres corticaux, il a été souvent question des troubles observés sur l'homme.
L'analogie de configuration qui existe entre le cerveau du singe et celui de l'homme permet d'établir une première topographie des centres cérébraux en concluant du singe à l'homme, mais cette topographie ne peut devenir définitive que lorsque les observations cliniques et anatomo-pathologiques viennent confirmer les déductions primitives. C'est, ainsi qu'on l'a vu plus haut, ce qui s'est produit généralement.
La constatation d'attaque d'épilepsie partielle, localisée à un membre, ou même à un segment de membre, et qui a été décrite par Ilugling Jackson, d'où son nom d'épilepsie jacksonnienne, est totalement assimilable aux épilepsies obtenues chez l'animal par l'excitation d'une zone motrice; l'autopsie montre, dans la majorité des cas, qu'il existe alors une lésion de la zone motrice correspondante, et la connaissance exacte de ces zones, des points de repère pour y arriver, a permis au chirurgien de pénétrer jusqu'à la cause du mal et souvent de la détruire. La chirurgie cérébrale repose désormais sur une base scientifique précise grâce aux recherches des physiologistes et qu'il est utile d'indiquer brièvement.
Centres psycho-moleurs. — La zone motrice cliez l'homme se trouve répartie autour du sillon de Rolando, principalement sur la frontale ascendante, sur la pai'iétale ascendante et sur le lobule paracentral.
Les hémiplégies totales d'origine corticale indiquent une lésion étendue de ces centres; quand la paralysie est partielle, on peut au contraire localiser la lésion.
Le centre moteur du bras se trouve dans la région supérieure et moyenne de la frontale ascendante.
Le centre pour la Jambe, dans la partie supérieure de la pariétale ascendante.
lilHCLLVllO.N ClîHEBRALE 705
Le centre facial occujic Ja parlie inlerieure de la fronlak ascendante et la réj^ioji postérieure des deuxièmes et troisièim < frontales.
Le centre du cou et de la nuque, dans la partie postérieure de la deuxième frontale.
Nous avons donné plus haut les centres du langa^^c : aphasie, a^îraphie, surdité verbale, cécité verbale.
Les centres psycho-sensoriels, ainsi ([ull a été dit plus haut, occupent la région occipitale, dans les environs du pli courbe.
Cette topographie est loin detre définitivement arrêtée; les physiologistes et les cliniciens ne sont pas d'accord sur les limites précises à assigner à ces divers centres. L' « engrenage » , qu'ils présentent entre eux, suivant l'expression de Luciani, entraîne forcéinen* un défaut de précision dans ces déterminations.
Conditions de la vie du cerveau. — Après avoir étudié la physiologie spéciale des différentes parties qui constituent If cerveau, il y a lieu de passer à l'examen des lois générale^ qui régissent la vie des cellules cérébrales. Ces lois n'ont pade caractères qui les distinguent spécifiquement de celles qui régissent la substance nerveuse en général; elles méritent néanmoins, par suite de la délicatesse même et de la placo supérieure que le cerveau occupe dans Téchelle des organes, d'être étudiées séparément.
Circulation cérébrale. — Lapport du sang au cerveau est largement assuré par les deux carotides et les deux vertébrales, en communication directe par l'hexagone de Willis. En sorte que, théoriquement, la ligature de trois de ces vaisseaux ne peut amener l'anémie localisée d'une région du cerveau. En fait, chez le cliien, la ligature des quatre vaisseaux est même insuffisante pour amener cette anémie, les artères de la moelle épinièie par leurs anastomoses avec les spinales assurant une irrigation suffisante (Duret).
Chez l'homme, la ligature d'une seule carotide a quelquefois suffi pour déterminer la syncope.
La disposition du réseau artériel qui se subdivise en un lacis complet dans la pie-mOre a pour objet de modérer, de régulariser l'aftlux du sang 'ans le cerveau.
756 nÉMISPUÈRES CÉRÉBRAUX
A propos du système vasculaire de retour, il n'y a pas lieu de signaler la protection accordée par la dure-mère au sinus veineux pour empêcher leur aplatissement.
Mouvement du cerveau. — Le cerveau, comme tous les organes, éprouve an moment de la systole cardiaque, par suite de l'afflux du sang, une augmentation de volume, c'est le pouls total.
On peut observer des oscillations sur les fontanelles des nouveau-nés, mieux encore, chez les individus ayant subi un traumatisme du crâne.
Les graphiques obtenus dans ces conditions montrent que les courbes sont influencées par trois causes : i^ les pulsations cardiaques qui donnent lieu à une oscillation isochrone avec la systole; 2'^ des oscillations plus étendues dépendant de la respiration qui agit surtout en arrêtant le retour du sang veineux pendant l'expiration en accélérant au contraire le cours de ce sang pendant l'inspiration ; 3° des ondulations atfectant la courbe et qui seraient dues à des modifications dans la tonicité des vaisseaux (courbes de Traube).
Rôle du liquide céphalo-rachidien. — Tous les organes, par suite même de leur irrigation, présentent des changements de volume, mais le cerveau enfermé dans une sphère inextensible comme la boite crânienne se trouve dans des cenditions particulières qui appellent un mécanisme spécial pour éviter la compression rythmique de ses cellules.
C'est au liquide céphalo-rachidien qu'est dévolu ce rôle protecteur. Ce liquide qui remplit le vide compris entre la masse cérébro-spinale et la boite osseuse qui l'enferme, oscille continuellement de la cavité crânienne à la cavité spinale. Magendie évalue sa quantité à 60 grammes, mais il se reproduit très rapidement après une ponction.
Quand le sang arrive au cerveau, il reflue vers la moelle; la cavité spinale n'est pas absolumentinextensible. En effet, à chaque articulation vertébrale se trouvent des lames fibreuses
ANEMIE CEREIJUALE 757
ijiii peuvent se laisser distendre, permettant ainsi au cerveau de se dilater sans éprouver de compression. Ce mécanisme indiqué très nettement par A. Richet, en 1857, n'a pas été admis par tous les physiologistes.
Uocliefontaine, Mosso n'admettent pas le reflux du liquide céphalo-rachidien vers la moelle ; pour Mosso c'est le sang du système veineux qui au moment de l'afflux artériel s'échapperait du cerveau pour éviter la compression de cet orirane.
De ranéraie cérébrale. — L'anémie cérébrale peut se réaliser expérimentalement par plusieurs procédés : la décapitation, la ligature des gros vaisseaux, l'injection d'air ou de poudre inerte dans les vaisseaux.
Quand l'anémie est absolue, la perte des fonctions cérébrales a lieu immédiatement et toutes les légendes qui ont été rapportées sur les mouvements conscients observés sur des têtes de décapités sont absolument fausses.
Mais dans ce grand traumatisme , plusieurs facteurs entrent en jeu. Il n'y a pas seulement que l'anémie cérébrale; il faut ajouter encore les phénomènes d'inhibition produits par la section de la moelle (P. Love).
Quand ou injecte une certaine quantité d'air par la carotide (bout périphérique), on voit l'animal présenter un spasme tétanique généralisé auquel succède bientôt la résolution complète et la mort. On connaît en chirurgie de nombreux cas de morts qui ont été attribués à l'introduction de l'air dans le cerveau à la suite de l'ouverture des veines de la région cervicale.
L'anémie cérébrale entraîne immédiatement la disparition des manifestations vitales, mais il n'en résulte pas que les cellules cérébrales soient alors et irrémédiablement frappées de mort. Elles conservent encore leur vitalité à l'état latent, et il suffira d'un nouvel apport de sang oxygéné pour ramener la vie dans l'organe cérébral. Astley Gooper puis Brown-
PHYSIOLOtHE. 43
Séquard ont réalisé cette expérience en arrêtant la circulatation encéphalique, puis, après avoir constaté la mort apparente de la tète, ils ont vu, quand on laissait se rétablir la circulation , toutes les fonctions cérébrales reparaître (après dix-sept minutes d'anémie).
Sur un chien décapité, Brown-Séquard, injectant par les troncs artériels du sang oxygéné, a fait revenir les mouvements spontanés des yeux et des muscles de la face, résultat que Legallois avait déjà prédit en 1812.
Hayem et Barrier, en pratiquant la circulation artificielle immédiatement après la décollation, auraient constaté non seulement des mouvements spontanés, mais encore des mouvements volontaires : mouvements du globe oculaire, redressement des oreilles à Fappel de la voix, efforts de lappement quand on approche une écuelle d'eau près de la gueule.
Un jeune physiologiste, enlevé trop tôt à la science, P. Loye, a repris cette étude avec une grande précision et une grande sûreté de méthode.
Il n'a pu reproduire les mouvements volontaires signalés par les auteurs précédents, mais il s'est attaché surtout à montrer combien il était difficile de distinguer un mouvement réellement volontaire, raisonné, d'un mouvement spontané, automatique. Décapitant des animaux plongés dans le sommeil chloroformique,il a vu, en effet, se produire certains mouvements, des yeux, de la langue, qu'il est impossible de considérer comme volontaires cependant, étant donnée l'action du narcotique.
Pour lui, on peut réveiller les centres bulbo-protubôrantiels non les centres conscients; peut-être ajouteions-nous les centres opto-striés, ces centres des mouvements automatiques, plus élevés déjà que les centres de la protubérance, mais dont la sensibilité est moindre sans duute que les centres de l'écorce grise elle-même.
Phénomènes vaso-moteurs. — Comme tous les systèmes
VASO-MOTEURS CEREBRAUX TOî»
vasculaires, les vaisseaux du cerveau prcsenteut des phénonomènes vaso-moteurs <]ui soal sous la dépendance du L'raud sympathique.
Toute excitation, du grand sympathique et par suite de se?
I >nnexion5 , de tous les nerfs sensibles , retentit sur la
irculation cérébrale. C'est ainsi que CL Bernard a montré
iue l'excitation du cordon cervical en même temps qu'elle
amène la pâleur de l'oreille du lapin détermine aussi Tané-
mie du cerveau.
Mosso qui a particulièrement étudié la circulation cérélirale, a montré combien les émotions vives augmentaient les pulsations cérébrales, alors que le repos du cerveau, le sommeil particulièrement, amenait leur aftaiblissement. Mais même pendant le sommeil, les excitations extérieures peuvent modifier ces oscillations, et il est hors de doute que sous l'influence des rêves, des hallucinations, la circulation cérébrale subit de nouvelles moditications en corrélation avec le travail cérébral qui s'accomplit.
L'inlluence du cerveau sur la circulation générale est évidente, on sait qu'à la suite d'une émotion violente. même d'une évocation de souvenirs pénibles, on peut (•prouver soit des phénomènes d'excitation : palpitations, untractions des vaisseaux amenant la pâleur des téguments; -oit au contraire des phénomènes d'arrêt : syncope, dilatalion des vaisseaux, d'où la rougeur.
Le travail intellectuel exerce une influence réelle sur la cir- 'ulation. le rythme du cœur s'accélère et cette accélération serait en raison directe de l'intensité même du travail cérébral (Gley), l'artère carotide se dilate, le pouls carotidien devient dicrote, tandis que par un phénomène de compensation le pouls radial devient plus petit et moins ample.
Il existe une action réciproque entre le fonctionnement cérébralet le fonctionnement cardiaque. Il y a un échange mutuel d'influences :1e cerveau modifie la circulation, la circulation modifie la fonction du cerveau iCh. Richet).
760 UÈMISPIIÈRES CÉRÉBRAUX
Certaines affections d'origine nerveuse ont été rattachées à des névroses vaso-motrices du cerveau, telle la migraine considérée par d'aucuns comme déterminée par la constriction des vaisseaux cérébraux à la suite des excitations du grand sympathique.
Symptômes de Vanémie cérébrale. — La loi générale que nous avons citée pour les nerfs se retrouve ici.
Avant de disparaître par suite de la suppression de l'apport du sang, l'excitabilité cérébrale passe par une phase d'exagération passagère.
Chez les animaux qui ont subi une hémorragie abondante, on constate une exagération de la sensibilité à la douleur (Schiff). Il en est de même chez l'homme à la suite de grandes hémorragies. On note fréquemment des hallucinations des sens, notamment du sens de l'ouïe, bourdonnement, bruit de chemin de fer, sifflement, qui doivent se rattachera une hyperexcitabilité des centres psycho-sensoriels. De même les troubles aphasiques passagers peuvent se rattacher souvent à rischémie des centres du langage.
Mais Tanémie cérébrale se complique souvent de l'anémie bulbaire et il est difficile alors de faire la part du rôle dû à chacune de ces régions.
On est autorisé cependant à rattacher à l'ischémie cérébrale les troubles psychiques: vertige, perte de mémoire, etc.. alors que les troubles moteurs, convulsions, vomissements seraient d'origine bulbaire.
L'hyphérémie cérébrale, la congestion du cerveau produit des phénomènes analogues à l'anémie ; en effet, l'encéphale réagit toujours d'une façon identique : hyperexcitabilite suivie d'une diminution plus ou moins rapide de l'excitabilité. La mort d'un organe, quelle qu'en soit la cause immédiate, se fait t-oujours suivant les mêmes phases physiologiques (Ch. Richet).
:>ommeil. — Tous les or<jranes présentent une alternative d'actitUo et de repos. Chez certains, ]es[phases alternent rapidement, tel