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NATURE DES ODEURS

Divers plicnoménes viennent à Tappui de cette hypothèse. En effet si à l'exemple de Roniieu on met un niorce;iu de camphre sur de l'eau, ce dernier se met à tourner avec une rapidité très grande. Or on peut constater que pareil aux gouttelettes d'eau surchauffée il ne touche pas l'eau. Comme dans la calcl'action il doit donc s'cchapi>er un fluide élastique qui imprime au corps odorant ses mouvements. L'expérience suivante de Bertholet est encore plus probante. Il plaçait un morceau de camphre dans un tube barométrique rempli de mercure ; au bout de quelque temps, on voyait le niveau du mercure baisser dans la longue branche et monter dans la branche libre. Les recherches de Liégeois ont appris que ce qui se dégage d'un corps odorant mis sur l'eau, ce n'est pas précisément un gaz, mais une huile essentielle qui, en s'échappant, pousse les corps dont elle se dégage dans une direction opposée à son propre écoulement.

Les corps odorants pourraient diffuser leurs molécules avec la même facilité que la goutte d'huile projetée sur de l'eau contenue dans un vase de surface assez large. « On distingue, dit Liégeois, une vaste tache irrégulière sur ses bords et qui présente presque aussitôt après un étalement une série de couches concentriques colorées des nuances les plus vives de l'arc-en-ciel, puis au bout de quelques secondes les cercles les i)lus excentriques se donnent sous forme d'une poussière sèchement fine dont la couleur i)rend une teinte jaunâtre et ces fines molécules se dispei'sent séparément à la surface de l'eau pour renvahir tout l'espace sur lequel Thuile a été projetée. Aune distance donnée on ne les aperçoit plus sur de vastes pièces d'eau, mais on peut affirmer qu'elles ont envahi la surface tout entière, car le camphre ne toui'ne plus à l'extrémité opposée du point où l'huile a été versée, alors que quelques instants auparavant son mouvement était très manifeste. » L'examen microscopique a fait reconnaître dans cette eau des globules graisseux d'un millième de millimètre et moins en quantité très considérable. Or ces granulations huileuses si petites, et par cela même si légères, sont très facilementjentravées dans l'atmosphère par la vapeur d'eau. C'est ce qu'a démontré Liégeois en examinant l'eau d'un veri'e de menthe contenant de l'eau pure, qu'il avait placé à 2 centimètres d'un vase où il avait projeté une goutte d'huile sur de l'eau. Les expériences de Tyndall sont encore plus précises et plus élégantes. Elles sont basées sur ce principe que la chaleur rayonnante ne perd pas de son intensité en traversant un espace vide. Mais si on place un gaz sur le trajet de ce rayon calorique, une partie de ceux-ci se trouve absorbée.

L'n tube est fermé à ses deux extrémités par des plaques de sel

gemme, substance absolument athermale. On fait le vide, et on lance dans cet espace les rayons caloriques d'une source de chaleur, telle qu'un tube de cuivre rempli d'eau maintenue en cbullition, et on note l'état du galvanomètre. L'ccliauliement de l'air atmosphérique desséché dévie le galvanomètre d'un degré. Cet air -sec, en se chargeant de parfum, produit une nouvelle déviation de l'instrument de mesure. «Les odeurs et les effluves, a dit Tyndall, ont longtemps occupé l'attention des observateurs, on a pris plaisir à leur demander la démonstration la plus frappante de la divisibilité indéfinie de la matière. xVucun chimiste n'a osé essayer de peser le jiarfum d'une rose, mais nous avons dans la chaleur rayonnante un moyen d'épreuve i:)lus délicat que toutes les balances. » L'essence de patchouli intercepterait 30 fois, l'essence de rose 37 fois, celle de thym 60 fois, de lavande 355 fois, d'anisette 372 fois, la quantité de rayons caloriques détournés par l'air sec.

Conditions physiques favorisant le développement des odeurs. — L'influence de la chaleur est incontestable sur la démonstration et l'intensité des parfums. Toutes les personnes qui ont voyagé dans les régions tropicales s'accordent à dire que les fleurs répandent dans ces pays privilégiés des effluves odorants dont se font difficilement une idée les habitants des climats plus froids ; l'île de Ceylan décèle, paraît-il, sa jn-ésence au navigateur par les parfums que sa floi-e exhale longtemps avant qu'elle apparaisse à la vue. Certains corps échaufles, d'inodores qu'ils étaient à froid répandent une odem' spéciale, tels le soufre, la résine et certains métaux. Mais une température très élevée a la même action qu'une température trop basse ; elle supprime plus ou moins complètement les odeurs.

1^' état hygrométrique favorise beaucoup la dissémination des parfums. Il est facile de se l'expliquer, à la suite des expériences de Liégeois sur la goutte d'huile projetée sur l'eau. L'air se charge surtout de particules odorantes après la pluie, ou le matin, après la rosée. D'autre part, les chasseurs savent que sur un terrahisec les chiens perdent facilement la piste du gibier, tandis qu'il nen est point ainsi quand la terre est un peu humide.

L'influence de la lumière est également incontestable. La majorité des fleurs n'exhalent leurs parfums que pendant le jour, mais il en est qui ne sont odorants que dans la nuit. C'est le cas du genêt d'Espagne, qui est surtout odorant le soir. II s'agit ici d'une action indirecte tenant à l'activité vitale de la plante, à un épanouissement, etc.

Chose curieuse, les couleurs des objets semblent avoir une certaine action sur l'imprégnation d'un corps par les odeurs. D'après

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