SENSATIONS DOULOUREUSES
Une roue .dentée, donnant 640 tours à la minute, ne donne lieu qu'à une sensation fusionnée à l'extrémité des doigts. Sur l'épaule, 60 tours suffisent pour amener la fusion.
La durée de la sensation dépasse celle de l'application, surtout si le contact a été prolongé; ce sont alors des sensations subjectives qui expliquent comment nous croyons sentir encore le contact d'un objet après qu'il a été enlevé : c'est ainsi que l'individu habitué à porter un lorgnon continue à éprouver la sensation de pression du ressort, même quand il l'a enlevé.
Sensations douloureuses. — Toute excitation violente d'un nerf sensitif provoque de la douleur. Toutefois une question se pose : la sensation douloureuse ressentie à la suite d'une excitation violente, telle qu'un pincement, qu'une coupure, n'est-elle que la sensation tactile exagérée. Les observations cliniques répondent négativement à celte question. Certains sujets, tout en percevant les sensations de contact, n'ont point la sensation douloureuse, ils sont analgésiques («. (x\^(z^iç, douleur)^ mais non anesthésiques. D'autre part, certains organes, tels que les viscères, paraissent être doués presque exclusivement d'une sensibilité à la douleur, qui elle-même ne se développe que sous l'influence d'un état anormal : inflammation.
En ce qui concerne la sensation de douleur perçue par les surfaces douées de la sensibilité tactile, il est impossible d'affirmer qu'il existe une indépendance des organes nerveux périphériques destinés à ces deux sensations. Il est certain que. les sensations douloureuses suivent le trajet des racines postérieures, l'excitation de ces dernières donne lieu manifestement à des réactions douloureuses, mais arrivée dans la moelle, il paraît se produire une dissociation dans le trajet suivi par ces sensations diverses.
Les sensations tactiles passent par les cordons postérieurs, les sensations douloureuses par les colonnes grises. Telle est
la conclusion de l'expérience célèbre de Schiff qui, sectionnant la moelle à l'exception des cordons postérieurs, a vu la sensibilité tactile persister, tandis que la sensibilité douloureuse avait disparu.
En 1880, Danilewski a confirmé les données de Schiff. Toutefois, cette systématisation est sans doute trop absolue. Brown-Séquard a vu en effet que la section des cordons postérieurs n'abolissait pas totalement la sensibilité tactile ; Ludwig et Borrochinof ont admis que cette sensibilité passait en partie dans le faisceau latéral de Gowers, Il faut donc admettre plusieurs voies suivies par les sensations tactiles, et que ces voies s'entre-croisent sur toute la longueur de la moelle, car deux sections faites à des hauteurs inégales sur les segments latéraux opposés n'amènent pas l'anesthésie complète, mais simplement un affaiblissement de la sensibilité.
On ne peut songer à faire porter l'expérience sur le bulbe, mais plus haut le trajet de ces impressions a pu être poursuivi de nouveau.
Dans les pédoncules cérébraux et la capsule interne, les impressions sensitives paraissent suivre le faisceau externe de l'étage inférieur et son homologue de l'étage supérieur. L'expérimentation et la clinique montrent qu'il y a anesthésie croisée, quand la destruction porte sur le tiers postérieur du segment postérieur de la capsule interne. Quant aux centres corticaux où viennent s'élaborer ces sensations, ce seraient les centres psychomoteurs.
Sensations thermiques. — La sensation de chaleur ou de froid est à priori fort différente de la sensation tactile; toutes deux cependant, paraissent être fournies par les mêmes organes et la distinction entre un sens thermique et un sens tactile est une acquisition physiologique récente.
Les observations cliniques ont montré que certains sujets avaient complètement perdu la sensibilité thermique, qu'ils
SENSATIONS THERMIQUES S8:{
(''laiont dans limpossibilité de difleroiicier un corps cliainl, inènie suscepliljle de produire une brûlure, d'un corps froid .'t cela alors que la sensibilité tactile était complètement conservée. Généralement dans ce cas la sensibilité à la douleur, quelle qu'en soit lacause: coupure, piqûre, est abolie également. Les observations cliniques montrent bien la dissociation du sens thermique et du sens tactile.
L'anatomie pathologique montre qu'il s'agit dans ces cas d'une altération centrale de la moelle (gliome, etc.) détruisant ou comprimant la substance grise médullaire (syringomyélie) et laissant intacts les cordons postérieurs. Dans l'ataxie locomotrice il peut au contraire substituer le sens de «ontact seul (observation de Landry).
Le trajet médullaire des sensations douloureuses et thermiques se trouve donc dans les colonnes grises, alors que les sensations tactiles cheminent, en partie du moins, parles cordons postérieurs.
Mais s'il existe des voies différentes dans la moelle, existe- 1-il aussi des appareils de réception périphériques spéciaux, distincts des appareils de la sensation tactile. Les recherches de Ilerzen, de Blix, de Goldscheider ont montré que non seulement cette différenciation existait, mais qu'elle était poussée au point qu'il existait des terminaisons spéciales et pour la sensation de chaleur et pour la sensation du froid.
Herzen, en comprimant le nerf sciatique, avait vu que la sensibilité tactile et la sensibilité au froid disparaissait alors que la sensibilité à la douleur et au chaud persistait.
Il concluait donc aune dissociation entre les sensations de chaleur et de froid, mais admettait que les sensations de froid suivaient les mêmes voies nerveuses que les sensations tactiles, tandis que les sensations de chaud étaient associées aux sensations douloureuses.
Blix a montré qu'une même cause pouvait, suivant le point où elle agissait, donner lieu à une sensation thermique dif-
férente, qu'il existait des points de chaud et des points de froid. C'est ainsi qu'une électrode promenée sur dilïérentes parties du corps donne lieu pendant le passage du courant à des sensations de chaleur ou de froid, suivant la région. Le menthol appliqué sur le front fait naître une sensation de fraicheur i crayon anti-migraine), sur le coude ou au poignet on éprouve au contraire une sensation de chaud (Goldscheider).
La surface du gland, du clitoris ne perçoit pas le froid (Gley), alors que ces régions ont une sensibilité au frôlement très développée.
Envisagée en général, la sensibilité thermique suit une loi de répartition précisément inverse de le sensibilité tactile, elle augmente de la périphérie vers le tronc.
Autre preuve de l'indépendance des sensations tactiles et thermiques : la cocaïne, qui détermine Tanesthésie locale, laisse intacte les sensations thermiques (Donaldson).
L'indépendance complète des sensations de chaud et de froid ne permet plus d'accepter Fopinion de Héring, qui admettait un appareil nerveux unique pour le sens thermique ; les terminaisons nerveuses de cet appareil réagissant de telle sorte qu'il existait pour elle un point zéro de température, au-dessus de ce point, elles donnaient la sensation de chaud, au-dessous la sensation de froid. Ce point zéro devait être essentiellement variable.
En réalité, le mécanisme intime de cette transformation de l'énergie nous échappe. On peut penser, dit Gley. que certains excitants déterminent l'élévation ou l'abaissement de la température propre d'un appareil nerveux spécial, produisant ensuite dans cet appareil un changement d'état plus ou moins analogue à une modilication de l'équilibre chi-' mique du protoplasma, à la suite de laquelle naît et se développe l'excitation physiologique qui dans le cerveau détermine la sensation : l'élévation thermique excite les appareils pour le chaud et l'abaissement thermique les appareils pour