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APPAREIL BILIAIRE

le tube se continue à plein canal avec Tune des dernières ramilications des voies biliaires, et cette continuité n'est marquée probablement que par le changement de forme et de nature des épithéliums ».

Mioura admet aussi que les capillaires biliaires ont une paroi propre, et qu'ils pénètrent entre les cellules hépatiques, sans y entrer, demeurant parfaitement distincts de celles-ci, auxquelles ils sont simplement accolés.

L'appareil biliaire est, chez les vertébrés, constitué comme chez l'homme d'une façon générale. Il y a cependant quelques particularités à signaler. C'est ainsi que la vésicule biliaire, et avec elle le canal cystique, font défaut chez le cheval, l'éléphant, le rhinocéros, les cétacés carnivores, Fautruche, le perroquet, le coucou, le pigeon, la pintade, la lamproie et quelques rares poissons. Ceci indique que la vésicule biliaire ne joue pas un rôle de bien grande importance : elle manque chez Tliomme sans qu'aucun trouble vienne manifester cette anomalie. Parfois il y a un conduit hépatique allant du foie à la vésicule, un autre allant du foie à l'intestin : une partie seulement de la bile se rend à la vésicule. Parfois il y a plusieurs canaux hépatiques.

Chez les invertébrés, l'appareil biliaire varie fort, et la vésicule et le canal cystique font défaut. Il n'y a plus que les capillaires et conduits hépatiques qui s'ouvrent tantôt dans l'intestin, tantôt dans l'estomac. Chez les invertébrés inférieurs, l'appareil biliaire, comme le foie, consiste en un amas plus ou moins diffus de glandes à cellules hépatiques logées dans les parois digestives.

Pour étudier la bile, il faut s'adresser non à celle que l'on trouve dans la vésicule biliaire après la mort, — elle est •altérée, — mais à celle que fournissent les fistules biliaires, artificielles ou naturelles, ou que l'on peut recueilhr chez les suppliciés aussitôt après la mort. On pose deux ligatures sur le canal cholédoque et on l'incise entre celles-ci ; on .détermine une adhérence de la vésicule avec les parois abdo-

us LA DIGESTION

minales, et on incise le fond de la vésicule dans laquelle on place une canule pour en assurer l'écoulement au dehors. Ainsi obtenue, la bile se présente sous forme d'un liquide alcalin ou neutre, demi-transparent, vert jaunâtre, d'après la plupart des observateurs, brun jaunâtre chez les suppliciés. d"après MM. de Thierry et Jacobsen ; chez les animaux, sa couleur varie ; elle est d'un vert brun chez les solipèdes, vert il'émeraude chez la chèvre et le mouton, verte très pâle chez le lapin (Cohn), verte chez la grenouille, les oiseaux, jaune ambrée chez le cobaye.

Du reste, la couleur de la bile varie encore selon les matières qu'elle renferme normalement, selon l'état de santé, etc. Charcot l'a vue presque incolore dans des cas de lièvre typhoïde ; Ritter Ta vue tout à fait décolorée (dégénérescence graisseuse du foie). Il ne faut pas confondre ces cas de bile incolore (où la chimie révèle l'existence des principes jjiliaires non colorants) avec ceux d'hydropisie de la vésicule j)iliaire, où la bile se résorbe entièrement et est remplacée par un liquide muco-séreux, incolore, mais ne contenant pas de sels bihaires, sécrété par la vésicule même. Ce sont là •leux faits entièrement différents, et, dans ce dernier cas, on n'a pas affaire à de la bile véritable. La bile est très miscible à l'eau, très putrescible, elle ne se coagule pas parla chaleur ; sa saveur est amère avec arrière-goùt douceâtre ; son odeur, nauséeuse. Elle jouit de la propriété de dissoudre les globules sanguins, et teint fortement les tissus en jaune (ictère, jaunisse). Elle renferme peu d'éléments visibles; ce ii"est qu'après séjour dans la vésicule qu'elle se charge de débris épithéliaux, de sédiments, de granulations calcaires, lie gouttelettes huileuses, de cristaux divers, etc.

Sa densité est faible d'abord et s'accroit par le séjour dans la vésicule (de 1,005 à 1,025, à l.OiO et plus encore), grâce au mucus qui se joint à la bile et la rend visqueuse, filante, jiarfois poisseuse (Colin).

- Vakalinilé de la bile est due à de la soude, c'est la soude

BILt. ACIDES BIUAIRES 0*.)

«]ui permet la neutralisation du ciiyme acide qui sort de l'estomac. La composition de la bile est la suivante, en chiffres ronds :

Eau 85

Acides ^

Cholestérine 4

Matières colorantes -

Sels 1

On y trouve encore des matières azotées (urée, lécithine), des substances grasses et un ferment diastasique.

Les acides biliaires sont les acides glycocholique et taurooholique (encore nommés : cholique et choléique: Gmelin et Demarçay.) On peut les précipiter par l'acétate de plomb; c'est le glycocholate qui précipite le premier, avec de Tacélate neutre ; puis par de l'acétate basique, on obtient le taurocholate. Ces deux acides sont composés d'acide cholalique combiné avec du glycocoUe ou de la taurine. Ils existent à l'état de sels de sodium dans la bile, le glycocholate étant plus abondant chez l'homme, et le taurocholate, de beaucoup le plus abondant chez le chien. Chez les poissons, ces acides se trouvent à l'état de sels de potasse. L'origine du glycocolle et de la taurine doit être cherchée dans une oxydation d'albuminoïdes ; il en est peut-être de même pour l'acide cholalique. Ces corps se combineraient dans le foie, mais cela n'a pas été démontré. En tout cas, l'extirpation du foie n'amène pas d'accumulation d'acides biliaires dans le sang iMiiller, Moleschutt, etc.). Les acides biliaires passent dans l'intestin avec la bile, et s'y décomposent, au moins en partie. Que devient le restant ? S'arrête-t-il dans le sang et i-etourne-t-il au foie fSchifif) ? Y est-il détruit, comme le pense Huppert , avec d'assez bonnes raisons d'ailleurs ? Notons cependant que le fait fondamental sur lequel reposent les théories de Schiff et Huppert, Sarow, l'absorption de la bile par le sang, n'est pas encore bien établi. Cette

résorption semble très limitée, et il se pourrait bien que la décomposition dans l'intestin fût totale.

On décèle la présence des acides biliaires au moyen de la réaction de Pettenkoffer. En ajoutant à un liquide contenant ces acides un peu de sucre de canne et d'acide sulfurique, et en chaufTant. on obtient une coloration rouge cerise puis pourpre. Mais, pour que cette réaction ait sa valeur, il faut que le liquide ne contienne pas d'albuminoïdes. Haycraft a fait connaître une autre manière de s'assurer de la présence des acides biliaires. Il a constaté que du soufre en poudre jeté sur de l'eau ne s'enfonce pas. au lieu que si Teau contient des acides biliaires, il s'enfonce rapidement. Il n'y a que les savons qui aient cette propriété, outre les acides biliaires, d'abaisser la tension de surface. Le soufre s'enfonce dès qu'il y a plus de i pour oOOÛ ou 10 000 d'acides biliaires. Pour employer cette méthode, il faut commencer par exclure les savons. Les deux sels biliaires dévient la lumière polarisée à droite, mais, chez le chien, le taurocholate est lévoï^'re. Tous deux encore présentent une certaine toxicité et sont antiseptiques ; ils détruisent les globules du sang, et sont des poisons cardiaques. Mis en présence des produits de la digestion ils précipitent l'albumine, la gélatine, les propeptones, les alcaloïdes (mais non les peptones vraies, d'après A. Gautier). Ils sont remplacés chez le porc par l'acide hyocholalique, et chez l'oie par l'acide chénocholalique, qui, en somme, se rapprochent fort des acides de la bile humaine.

Les matières grasses de la bile jouent peut-être un rôle dans l'émulsion des graisses, mais il est moins important que celui du suc pancréatique.

La cholestérine. alcool soluble dans la bile, est peut-être un produit de désassimilation du système nerveux principalement, comme le serait aussi la lécithine. On ne sait où elle se forme : on en trouve dans le sang, la rate, les centres nerveux, etc., et chez les végétaux aussi. Elle est plus abondante

BILb) : COLORATION. VARIATIONS 101

quand les oxydations organiques sont ralenties. Elle joue un rôle important dans les productions des calculs biliaires.

Les matières colorantes principales sont la bilirubine et la biliverdinc. La composition chimique en est peu connue. Toutes paraissent se rattacher à la bilirubine et en constituer des produits d'oxydation dilïërcnts (cholétéline, hydrobilirubine ou urobiline, etc.). La bilirubine est peut-être dérivée elle-même du sang. L'hématoïdine des extravasations sanguines anciennes a la même composition que la bilirubine (VirchoAv) et tout ce qui détruit les globules sanguins détermine l'apparition de bilirubine dans l'urine. Cette transformation de la matière colorante sanguine en matière colorante biliaire se ferait dans le foie. Sert-il à la formation de nouveaux globules ? Les matières colorantes de la bile sont en partie décomposées dans lintestin, le reste passe dans l'urine. Ce sont donc des produits de désassimilation, selon toute vraisemblance. La réaction de Gmelin met ces matières en évidence. En versant un peu d'acide nitrique concentré et dans un liquide qui les renferme, on voit se produire des anneaux verts, bleus, violets, rouges et jaunes. La coloration verte manque si la bilirubine fait défaut ; les autres couleurs correspondent à des produits d'oxydation différents de la bilirubine. C'est la bilirubine qui, dans les cas d'ictère, colore les tissus en jaune.

La bile présente d'ailleurs quelques variations intéressantes. Elle apparait dans la vie fœtale dès une époque précoce. Bcaunis et Ritter ont constaté l'existence de sels biliaires dès que le foie est formé, au troisième jour chez les poulets. Une fois formée, la bile ne varie guère selon l'âge. Chez rhomme les principes solides sont plus abondants que chez la femme. L'alimentation exerce une influence considérable. La bile est plus abondante avec une alimentation mixte de viande et de graisse, chez les carnivores. L'inanition en diminue, les boissons au contraire en augmentent la quantité. La bile augmente en quantité et aussi en teneur

de matières solides vers la cinquième heure après l'ingestion des aliments (Iloppe-Seyler). Le taurocholate existe seul chez les carnivores ; chez les herbivores et chez l'homme on trouve les deux sels bihaires : le taurocholate et le glycocholate. Chez les poissons, le taurocholate domine.

Rôle de la bile dans la digestion. — Nous ne saurions entrer ici dans le détail de l'historique des opinions successivement émises sur le rôle de la bile dans la digestion : nous devrons nous borner à énumérer les points acquis. La bile est sans action sur les albuminoïdes qu'elle précipite, et n'est d'aucune utilité pour la digestion dont elle entraîne la pepsine : bien plus, elle arrête la digestion gastrique des albuminoïdes (R. Oddi pense cependant que l'on a exagéré l'influence nuisible de la bile sur la digestion gastrique, et en cela il adopte l'opinion déjà ancienne de Schiff : il déclare que la bile ne précipite pas les peptones « la digestion étant déjà avancée ». Reste à savoir ce qu'il entend par digestion avancée). Elle semble agir mais très faiblement sur la digestion des hydrocarbonés. Ton Wittich et Ilofmann lui reconnaissent une action saccharifiante sur l'amidon, mais Kûhne ne l'admet que pour la bile de cochon. Tous les autres physiologistes la nient. Dans un récent travail, Gianuzzi déclare que cette action saccharifiante existe pour toute bile, bien qu'elle varie selon les individus. Nous serons d'autant plus disposés à nous ranger à l'avis de von Wittich et des observateurs italiens, que la faculté de saccharifier l'amidon appartient à la plupart des tissus et liquides de l'économie. Mais le rôle de la bile dans la digestion des féculents demeure insignifiant.

C'est sur les graisses que la bile agit avec le plus de netteté, mais encore son action est-elle temporaire. Toutefois au contact du suc pancréatique qui met en liberté les acides gras, il se forme des savons solubles qui, mélangés aux acides, émulsionnent très bien les graisses.

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