TRANSFUSION DU SANG
l'homme, à la suite d'un essai (avec du sang d'agneau), qui n'était pourtant pas décourageant, du moins en ce qui concerne l'opération elle-même, car on ne pouvait juger de ses effets d'après le cas particulier dont il s'agit. Depuis Denis, toutefois, on en est revenu des appréhensions du Châtelet, et la transfusion est parfois pratiquée sur l'homme, dans certains cas urgents où elle rend des services réels.
Voici un chien qui vient de subir une hémorragie considérable, il ne peut bouger, il est anhélant ; il n'y a point encore de convulsions, mais la mort est proche. Il n'est que temps d'agir. Mettons à nu une veine, adaptons-y une canule, et, avec une seringue, poussons 300 ou oOO centimètres cubes de sang dans le système circulatoire; la vie qui s'en allait revient, et l'animal ne meurt point ; il suffit même, pour obtenir ce résultat d'injecter de l'eau salée légèrement alcalinisée, comme l'a fait Kronecker ; la tension du sang, — de ce qu'il en reste, — est rétablie, et si le liquide qui court dans les veines de l'animal est en réalité un sang très dilué, il permet du moins à l'organisme de subsister et de travailler à réparer la perte subie, pour peu qu'il reste assez d'hématies pour subvenir aux besoins respiratoires. Aussi l'injection d'une solution salée alcaline pourrait-elle rendre de grands services dans les cas d'hémorragie se produisant chez l'homme et où la transfusion du sang serait impossible pour une raison ou une autre : peut-être même ferait-on déjà beaucoup en pratiquant cette injection dans la cavité péritonéale, opération beaucoup plus facile et moins dangereuse que la transfusion de veine à veine, comme l'a proposé Ponfick pour le sang même (transfusion indirecte ou péritonéale).
Quand on pratique la transfusion de veine à veine, de vivant à vivant, chez l'homme par exemple, il faut des précautions attentives pour ne point introduire dans la circulation d'air ou de gaz qui pourrait déterminer des accidents mortels ; il faut encore opérer sur des vaisseaux suffisamment éloignés du thorax pour éviter l'aspiration d'air.
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Quant au sang même (artériel de préférence, à moins que la respiration ne soit satisfaisante, auquel cas le sang veineux peut être employé, puisqu'il sera bientôt artérialisé), on peut l'injecter (dans les veines ou dans les artères), ou le transfuser, complet, ou défibriné par battage ; la défibrination ne lui enlève aucune de ses propriétés essentielles, et au point de vue spécial qui nous occupe en ce moment, l'essentiel, dans le sang, c'est le plasma et les globules, bien que le besoin d'un de ces éléments puisse l'emporter sur celui de l'autre, selon les circonstances. Toutefois, il est un point sur lequel on ne saurait trop insister : c'est la nécessité dans la transfusion, de n'injecter que du sang d'un individu de même espèce que celui qui le reçoit. Inutile de transfuser à l'homme du sang de bœuf ou de chien ; nous savons que le sérum détruit les globules des autres espèces, il les dissout, les désagrège, s'empare de leur hémoglobine et subit parfois des coagulations partielles. Transfusez du sang de mouton à l'homme, ou du sang de lapin ou de mouton au chien : au bout de quelques minutes, le travail de dissolution est en cours, et les globules du lapin en particulier disparaissent avec une rapidité surprenante. A quoi bon la transfusion dans ces cas? à quoi sert-elle? A rien. On n'injectera donc jamais à un individu que du sang d'un autre représentant de la même espèce : à Thomme, on nïnjectera que du sang d'homme, et il n'est plus permis de croire, comme Magendie, qu'en transfusant à un loup du sang de mouton, on changera le caractère du premier. On ne change même pas son sang pour une période quelque peu durable. Du reste, l'opération n'est pas seulement inutile, dans la tranfusion du sang d'espèce différente ; elle peut être mortelle. La transfusion a déjà ses dangers et ses accidents, et même dans les meilleures conditions, elle ne va pas sans de la iièvre, parfois de Fhémoglobinurie ou de l'urémie, accidents qui ne sont d'ailleurs généralement pas graves et ne doivent pas empêcher d'utiliser la transfusion dans les cas d'hémorragie rapide et abondante
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(accouchement, plaies par armes à feu et autres traumatismes) : mais pratiquée entre espèces dilTérentes, elle équivaut le plus souvent à un véritable empoisonnement en raison de l'action globulicide et de la toxicité du sérum. Il est vrai que tous les sangs ne sont pas également toxiques, celui des murénides (anguilles, congres, etc.) est particulièrement venimeux, d'après Mosso, celui des oiseaux l'est un peu moins : celui du chien est particulièrement globulicide ; alors que ses globules sont par contre très résistants et se laissent plus difiicilement que d'autres entamer par le sérum des autres espèces, mais il est beaucoup moins toxique. La toxicité du sang des murénides est considérable, et amène la mort à des doses très faibles. Le sang des crustacés est peu toxique pour les mammifères ; il l'est fortement pour d'autres crustacés. Sa toxicité augmente aux époques de la mue et de la ponte (lleimj.
LYMIMIE
La lymphe est en somme du sang moins les hématies, et c'est ce qui ressort de l'étude de ce liquide retiré ou bien des sacs lymphatiques de la grenouille (sacs latéraux, dorsal et ventral, et surtout sac sublingual), ou bien du canal thoracique ou de tel tronc lymphatique important d'un mammifère. Si l'on opère sur le canal thoracique. on veillera toutefois à ce que l'animal soit à jeun depuis vini,4-quatre heures pour ne point recueillir le chyle mélangé à la lymphe durant la digestion : chez l'homme, on peut parfois étudier la lymphe grâce à des fistules lymphatiques. Elle se présente sous forme d'un liquide incolore, ou opalescent, si elle renferme beaucoup de leucocytes, alcalin (mais moins que le sang) de densité égale à 1,045 environ, coagulable comme le sang, ce qui la différencie du sérum. En fait de globules, elle ren-
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ferme des leucocytes (8 000 par millimètre cube), et des hématoblastes avec de petits corps de rôle indéterminé, et parfois aussi des globules rouges; dans ce dernier cas, elle offre une coloration rose. Saveur salée, odeur propre à l'animal qui l'a fournie, coagulation lente, à caillot mou et peu rétractile, mais ne survenant pas dans la lymphe gardée in situ dans une anse de lymphatique isolée du corps. Au point de vue chimique, même composition que le sang (le plasma, cela va de soi; ; mêmes sels, mêmes matières extractives. Mais Wiirtz a fait remarquer que la lymphe est plus riche en urée que ne Test le sang ; de même le glycose est plus abondant dans la première que dans la dernière. Elle tient quelques gaz en dissoliition, des traces d'oxygène seulement, un peu d'azote et surtout de l'acide carbonique (0, i centimètre cube d'oxygène ; 1,5 centimètre cube d'azote et 40 centimètres cubes GO- pour 100 centimètres cubes de lymphe, d'après Hammarsten), moins que le sang veineux, mais plus que le sang artériel.
Elle présente des variations de composition intéressantes : c'est ainsi qu'en passant par les ganglions lymphatiques elle se charge de globules et de fibrine ; la lymphe qui en sort est plus riche en ces deux éléments que celle qui y entre, elle contient aussi plus d'albumine et de matières grasses. Il est bien difficile d'évaluer la quantité totale de la lymphe des lymphatiques et des interstices des tissus. On. sait seulement qu'une fistule lymphatique chez la femme a fourni 6 kilogrammes de lymphe en vingt-quatre heures (Gubler -et Quévenne). Gohn sur le cheval et Lesser sur le chien ont obtenu 2 kilogrammes et 300 centimètres cubes par heure, respectivement. On ne peut guère déduire de ces données des chiffres précis. Il semble que la lymphe soit plus abondante dans les tissus en activité et lors de l'accroissement de la pression sanguine. Mais l'augmentation d'excrétion correspond-elle à une augmentation de production? Cela n'est pas certain, et pourtant on comprend qu'avec une pression sanguine élevée,