LYMPHE
il soit chassé dans les tissus lymphatiques une plus grande quantité de plasma du sang, la lymphe n'étant en définitive <jue du plasma. La lymphe a évidemment son origine dans le sang : c'est du plasma que la pression a fait filtrer à travers les vaisseaux dans les interstices des tissus, qui se charge de leucocytes dans les glandes et ganglions, et qui se meut dans les vaisseaux lymphatiques, selon les différences de pression. La pression sanguine chasse le plasma hors des vaisseaux capillaires, et cette même pression, directe ou indirecte, le pousse dans les lacunes lymphatiques et le fait progresser dans les vaisseaux de même ordre jus- • |u"à ce qu'il entre dans le torrent circulatoire. En définitive c'est le CŒ'ur, ou le système circulatoire sanguin, qui met la lymphe en mouvement ; il y est aidé par la contraction des muscles des villosités intestinales où s'absorbe le chyle, et des vaisseaux lymphatiques eux-mêmes pourvus de valvules qui empêchent le reflux vers les tissus. Chez les batraciens, il s'y joint des organes moteurs spéciaux, les cœurs lymphatiques ^ qui sont près de l'épaule et du coccyx, et qui battent soixante fois par minute environ (fibres musculaires striées avec ganglions nerveux spéciaux'.
La lymphe est chez les animaux supérieurs un complément du sang ; c'est un intermédiaire entre lui et les tissus qui leur porte peut-être les matières nutritives. Elle semble plus réellement alimentaire que le san2. lequel serait plus spécialement chargé de subvenir aux besoins respiratoires. Comme le sang elle se charge des déchets, des matériaux de désassimilation lurée et CO- par exemple) et, pour bien remplir son rùle, elle est en communication constante avec les tissus aussi bien qu'avec le sang. 11 nous parait qu'on n'a pas suffisamment mis en lumière la spécialisation différente qui semble exister dans ces deux liquides qui se complètent
■ Voir E. Oelil : Sur les cœurs lymphatiques postérieurs de la gr'^r'0">lf'' Arch. Ital. BioL, XV1[. p. 375.
222 SANG ET LYMPUE
mutuellement au point de vue physiologique. Chez les organismes inférieurs, le sang se rapproche beaucoup plus de la lymphe des animaux supérieurs que de leur sang ; il est pauvre en globules, surtout en hématies.
Pour le chyle, voir ce qui a été dit au chapitre Digestion.
Le sang, intermédiaire physiologique entre les tissus et le monde extérieur, ne peut jouer bien son rôle chez les organismes supérieurs à vitalité considérable, et chez qui la consommation d'aliments et d'air est active, qu'à la condition de se renouveler fréquemment. Il est si vite dépouillé de ses matières utiles, et celles-ci sont si vite remplacées par des substances de désassimilation inutiles ou nuisibles qu'il est de toute nécessité que le sang se meuve rapidement et se renouvelle de même, de façon à apporter constamment de l'oxygène et des aliments, et à emporter constamment aussi l'acide carbonique et les déchets de la nutrition. Le sang ne peut rendre de services qu'à la condition de circuler, et ceci est d'autant plus vrai qu'il s'agit d'un animal plus élevé : le crabe vivra plusieurs jours sans cœur; la grenouille, plusieurs heures; le chien ou l'homme à qui l'on aura excisé, ou encore comprimé le cœur de façon à en empêcher les battements, mourra en quelques secondes. La circulation existe chez tous les organismes. Chez les animaux et plantes unicellulaires, elle est sans doute réduite au minimum, mais, dès que l'on considère des organismes animaux plus élevés, il en va autrement ; on voit certaines de leurs cellules se différencier en tubes contractiles qui promènent par le corps un fluide respiratoire et nourricier à la fois. Chez les plantes, il n'y a point de contractilité des vais-
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seaux ; mais les fluides nourriciers sont mis en mouvement par des agents physiques : la sève circule en raison de la vis à tergo exercée par les racines où l'osmose détermine la pénétration des liquides du sol, et Tévaporation et la transpiration qui s'effectuent dans les parties hautes de la f)lante déterminent un appel des liquides contenus dans les parties inférieures : l'osmose, la capillarité, etc., remplacent l'organe moteur. Le système circulatoire ne se différencie toutefois nettement des systèmes respiratoire et digestif, — tout en conservant avec eux des liens étroits, d'ailleurs. — que chez les organismes supérieurs, chez les vertébrés en particulier. Parmi les mollusques encore, le système circulatoire est bien rudimentaire chez les formes inférieures : plus bas, chez beaucoup de vers, et surtout chez les cœlentérés, il est souvent difficile d'indiquer où cesse le système digestif et où commence l'appareil circulatoire. Arrivé à sa plus parfaite différenciation, ce dernier consiste, comme chacun sait, en deux parties essentielles : un système de vaisseaux ramifiés parcourant tout l'organisme, devenant très fins et très minces à mesure qu'ils pénètrent dans l'intimité des tissus, et contenant le sang qui peut en partie passer hors des vaisseaux, et aussi abandonner aux tissus une partie de son contenu à travers ces vaisseaux: et un orfjane moteur^ le cœur, qui, en comprimant à intervalles variables, généralement réguliers, le sang qu'il renferme, le chasse dans les vaisseaux, donnant ainsi une impulsion à tout le sang contenu dans l'ensemble de ces derniers, de telle sorte que. parti du cœur par exemple, le sang parcourt les vaisseaux et y revient : un jeu spécial de valvules dans le cœur et dans certains vaisseaux imprime au cours du sang une direction constante. Ce cœur est, chez l'homme et les mammifères, un organe fort perfectionné ; chez les animaux inférieurs, c'est le plus souvent un renflement d'un des gros vaisseaux, une sorte d'ampoule contractile, ou encore c'est une partie plus ou moins longue d'un de ces vaisseaux doués de contractilité, comme par
APPAREILS CIRCULATOmES 225
exemple le vaisseau dorsal des insectes et de plusieurs vers, cuuiuie les ohélopodes, qui sont pourvus d'un vaisseau dorsal et d'un vaisseau ventral. Chez les crustacés il y a une grande variabilité, mais certaines formes possèdent un système circulatoire bien développé avec un cœur uniloculaire. C'est toutefois chez les céphalopodes, parmi les invertébrés, que l'on rencontre l'appareil circulatoire le plus parfait, bien (|u*entre les artères et veines soit encore interposé un sinus représenté par la cavité viscérale : il y a un cœur artériel et deux cœurs branchiaux, alors que l'Amphioxus ne possède <]ue des vaisseaux contractiles, et chez les poissons encore le cœur est bien difTérent de ce qu'il devient chez les mammifères; chez les dipnoi pourtant, nous avons une oreillette où viennent à la fois le sang artérialisé par son passage dans les branchies et le sang veineux du corps; un ventricule, qui fait immédiatement suite à l'oreillette, chasse le sang reçu de celle-ci dans les artères. Il en est de même chez la grenouille : pourtant elle a deux oreillettes recevant l'une le sang artériel, l'autre le sang veineux, et le déversant toutes deux dans le ventricule unique qui dès lors envoie au corps un mélange de sang veineux et de sang artérialisé. Chez les reptiles, le ccrur est mieux organisé; il est quadriloculaire comme chez les mammifères, mais les deux ventricules communiquent, et le sang veineux se mélange au sang artériel, et il faut arriver aux oiseaux pour trouver un cœur parfait, identique dans le fond à celui de l'homme et des mammifères. C'est un organe essentiellement musculaire, un muscle creux, divisé en quatre loges communiquant deux à deux : une oreillette avec un ventricule. Il y a donc en réalité deux cœurs composés chacun d'une oreillette et d'un ventricule : un cœur droit, veineux, dont l'oreillette reçoit parles veines caves tout le sang veineux du corps, et qui le chasse dans le ventricule droit, le dit ventricule le chassant ensuite au poumon où il s'artérialise; un cœur gauche, artériel, dont l'oreillette reçoit du poumon le sang artérialisé qu'elle chasse
dans le ventricule, lequel à son tour le chasse dans l'aorte et les artères. Cela fait bien deux cœurs, bien que les quatre loges soient juxtaposées et intimement unies. On remarquera que cela fait aussi deux cycles circulatoires. L'un commence au ventricule droit et finit à l'oreillette gauche : c'est \^ petile circulation ou circulation pulmonaire qui n'a d'autre but que d'envoyer le sang veineux au poumon pour s'y oxygéner et perdre son acide carbonique, sans servir à la nutrition des tissus ; l'autre commence au ventricule gauche et finit à l'oreillette droite : c'est la grande circulation où circulation générale qui subvient à la nutrition et à la respiration des tissus du corps, y compris le poumon. Ces deux cycles jouent donc un rôle tout à fait différent.
Telle est la disposition fondamentale de l'organe moteur central de la circulation chez Toiseau et le mammifère. On remarquera toutefois en passant que cette disposition est celle de l'adulte : chez le fœtus du mammifère qui ne respire point par ses poumons, il y a bien deux oreillettes, mais physiologiquement elles n'en font qu'une, puisqu'elles communiquent par une ouverture, dite trou de Botal : le cœur du fœtus est donc pratiquement un cœur triloculaire : il devient réellement quadriloculaire, après la naissance, par l'oblitération du trou de Botal. Du reste, nous reviendrons plus loin sur ce point.
En résumé, l'appareil circulatoire consiste en un système de vaisseaux qui parcourent l'organisme tout entier et dans lequel le sang est renfermé^ et la circulation de ce liquide est déterminée par les contractions d'un organe central, musculaire, qui est le cœur; enlln cette circulation a pour but d'envoyer aux tissus un sang propre à entretenir leur vie ; d'envoyer au poumon le sang devenu impropre à celte fonction pour que son hémoglobine plus ou moins réduite par le passage à travers les tissus s'y retransforme en oxyhémoglobine ; et encore d'envoyer le sang au poumon et à d'autres organes, comme le rein, le foie, le poumon, etc.,