‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 70 sur 263 · ROLE DES VALVULES CARDIAQUES · texte numérisé non relu

ROLE DES VALVULES CARDIAQUES

oreillettes, pour de là être chassé dans les ventricules qui le poussent dans l'aorte et l'artère pulmonaire, dans la grande el la petite circulation.

Sens de la circulation et valvules du cœur. — Mais une question <ii [>ose, à laquelle il l'aul répondre. Les vaisseaux aCterenls eonimuniquent largement avec les oreillettes, et celles-ci avec les ventricules, puisque le sang passe de l'un à l'autre, comme il vient d'être dit ; mais comment se fait-il que, lors de la contraction de l'oreillette. Je sang ne reflue pas vers les vaisseaux afférents, et que lors de la systole ventriculairc il ne revienne pas en arrière, et ne s'écoule autant dans l'oreillette que dans les vaisseaux efférents ? En un mot, pourquoi le sens de la circulation demeure-t-il invariable dans le cœur, et pourquoi le sang marche-t-il régulièrement de l'oreillette dans les ventricules, et de ceux-ci dans les vaisseaux efférents ? Ce résultat s'obtient d'une manière assez simple. Considérons d'abord les oreillettes. Le sang leur est apporté par les deux veines caves pour l'oreillette droite, par les quatre veines pulmonaires pour l'oreillette gauche, (veines qui, on le remarquera en passant, sont plutôt des artères au point de vue physiologique, puisqu'elles contiennent le sang le plus artériel de tout le corps, celui qui vient de se purifier dans le poumon) : comment pénètre-t-il dans l'oreillette que nous supposerons vide et venant de se contracter et en état de relâchement. On a parlé d'une aspiration du sang par les oreillettes (Chassaignac, Fink, Longet, etc.); on a dit que l'oreillette doit être considérée comme une ampoule en caoutchouc légèrement durci, qui peut biec être quelque peu distendue, qui peut bien aussi être comprimée au point de se vider totalement, mais qui, si elle pouvait prendre la position qui lui est naturelle, resterait sans cesse dans un état intermédiaire entre la distensi-on et la compression, tout comme une balle de caoutchouc, fûtelle criblée de trous, demeure sphérique. Or, s'il en est ainsi,

2i2 CIRCULATION

dès que l'oreillette s'est contractée, son relâchement doit s'accompagner d'un retour à la forme naturelle : elle doit se dilater, comme le font les parois momentanément déprimées par le doigt, de la balle perforée, et tendre à reprendre sa forme. Y tendre, c'est tendre aussi à établir le vide à l'intérieur de ses parois, c'est donc appeler le sang veintîux, tout naturellement, et ce sang est d'autant mieux disposé à se rendre à cet appel qu'il est soumis à une certaine pression : il est pressé a lergo par le sang des capillaires, lequel est pressé par le sang artériel, et, si sa pression est faible, elle n'est toutefois pas négligeable. A cette hypothèse de l'aspiration du sang veineux qu'on a étayée sur l'existence du vide post-systolique (Marey), c'est-à-dire d'une dépression sensible dans le ventricule après sa contraction et au moment de son relâchement, on peut objecter qu'on ne voit guère comment s'opérait cette dilatation active des parois musculaires nécessaire à cette hypothèse du cœur « pompe aspirante et foulante ». Il y a pourtant une certaine aspiration très réelle : mais elle est tout autre; c'est l'aspiration constante du thorax, même en expiration, c'est la pression négative ou dépression qui ne cesse d'y exister, et dont la vacuité postsystolique n'est peut-être qu'une des manifestations; c'est encore le renforcement respiratoire de cette aspiration constante. Le thorax en se dilatant, lors de l'inspiration, tend à établir le vide dans la poitrine, et c'est grâce à la dimJnution de pression que l'air extérieur se précipite dans les voies respiratoires comme on le verra ; mais cette diminution de pression peut fort bien agir sur l'oreillette et les veines qui y aboutissent, elle peut appeler le sang aussi bien que l'air, et c'est bien ce qui a lieu. Valsalva avait bien vu que le sang de la jugulaire s'écoule plus facilement vers la poitrine lors de l'inspiration, et Barry conlirma cette observation en y joignant une expérience intéressante. Par la -veine cave il introduisit un tube de verre en forme de siphon, pénétrant jusque dans la veine cave chez le cheval : l'autre

ASPIRATION TUORACIOLE. — RÔLE DES VALVL'LES 2*3

extiviiiité du tube plongeait dans un vase plein d'eau, et il vit que lors de linspiration l'eau s'élève dans le tube, vers le cœur. C'était la preuve irréfutable du fait que l'aspiration thoracique s'exerce aussi bien sur le sang que sur l'air : et -"il était besoin de quelque autre preuve, il suffirait de rappeler la facilité avec laquelle l'air pénètre dans les vaisseaux veineux avoisinant la poitrine, durant l'inspiration, lorsque dans une expérience ou une opération, ceux-ci ont été ouverts. Nous aurons à revenir sur cette question : aussi nous suffira-t-il d'avoir indiqué en passant le rùle circulatoire de l'aspiration thoracique.

L'expérience de J. Mû lier, qu? chacun peut faire sur soi, mais qui ne va pas sans dangers, montre bien l'influence d3 l'aspiralion sur la circulation. Exjnrez prof ondcmeni. bouchez les narines, H faites un effort inspiratoire : le coeur se remplit et se distend comme tous les vaisseaux de la poitrine du reste, mais tandis que l'accès du sang dans le cœur droit est facilite, son expulsion du • œur gauche est au contraire contrariée. Inexpérience inverse, ■ lite de Vahalva (effort expiratoire après inspiration profonde) •létermin? la compression du co?ur et des vaisseaux thoraciques : lo cœur et les organes thoraciques sont relativement exsangues. Dans les deux cas, mais par un mécanisme différent, le cœur s'arrête et le pouls disparait.

Mais cette aspiration suffit-elle pour expliquer la réplétion des oreillettes qui viennent de se vider 1 Non. car l'aspiration -e produit 12 ou 48 fois par minute seulement : et le cœur bat 50 ou 60 fois, et l'inspiration respiratoire ne co'incide pas plus avec la réplétion qu'avec la systole des oreillettes. L'aspiration thoracique aide à cette réplétion quand elle tombe au bon moment ; mais quelque autre agent doit y travailler de façon permanente. Cet agent est principalement la vis à tenjo exercée sur le san2 des veines caves et pulmonaires par le sang venu des capillaires et des artères : c'est L^ncore une contraction de ces mêmes veines (avant la systole auriculaire', qui en diminue le calibre et chasse par conséquent un peu de sang dans l'oreillette où la pression est né-

gative. L'oreillette se remplit donc peu à peu de liquide sanguin. Puis, avons-nous dit, elle se contracte brusquement, et cette contraction chasse le sang dans le ventricule correspondant. Mais, et c'est là la question que nous nous sommes posée plus haut, pourquoi dans le ventricule et non en arrière, dans les veines caves ou dans les veines pulmonaires, pourquoi n'y a-t-il pas de reflux? Il y a deux raisons à invoquer. L'une, c'est que la contraction des oreillettes commence par la partie de leurs parois la plus voisine des veines caves ; la systole auriculaire est en quelque sorte la continuation de la contraction qui a commencé dans les parois des veines caves : les choses se passent comme si, serrant légèrement entre les doigts la partie terminale des veines caves, on faisait ensuite glisser rapidement ceux-ci sur l'oreillette jusqu'au voisinage de l'orifice auriculo-ventriculaire, sans lâcher prise et sans relâcher la pression. En pareil cas, tout naturellement, le liquide est chassé surtout dans le sens du déplacement de la contraction, comme il est facile de s'en assurer avec des tubes de caoutchouc : le sens de la propagation de la contraction auriculaire, ou plutôt veinoauriculaire conduit donc naturellement la plus grande partie du sang vers le ventricule. Encore faut-il dire non t la plus grande partie », mais bien la totalité. Réfléchissons en effet, — et c'est ici la seconde raison — réfléchissons à la situation des ventricules et des veines : du côté des veines il y a du sang, et du sang poussé sans cesse vers Toreillette, par la vis à tergo : la voie n'est pas libre; du côté des ventricules, qu'y a-t-il? Rien, ou pas grand' chose : il y a un peu de sang venu de Toreillelte. mais la pression en est très faible : c'est celle des parois ventiiculaires à ce moment relâchées. D'un côté donc il y a une résistance assez forte ; de l'autre une résistance presque nulle : le sang passe là où la résistance est minima, dans le ventricule. Il y passe d'autant plus volontiers, pour ainsi dire, que la contraction auriculaire marche de l'embouchure des veines vers l'orifice auriculo-ventricu-

liÙLli DES VALVULES DU COI-X'K 245

laire, cl que dans lus veines caves le rellnx ne serait guère lacile en raison de rexislencc de petites valvules, situées à une certaine distance il est vrai, mais ((ni empêchent le sang veineux de rétrograder : il ne pourrait y avoir reflux qu'en

Fi'^ 16. — Oreillette et yentricule droits durant la systole auriculaire; valvule tricuspide ouverte; valvules semi-lunaires ou sigmoides fermées. (Viault et Jolyet.)

distendant les veines, et cette distension opposerait plus de résistance que les parois flasques du ventricule relâché. Voilà donc le sang projeté de l'oreillette dans le ventricule. Notons en passant que l'oreillette ne se vide pas entièrement : ses parois ne viennent pas au contact; notons aussi que, pendant même qu'elle se vide, elle commence à se remplir de nouveau : le sang entre déjà aux orifices veineux, alors que

la contraction auriculaire n'est pas achevée. Notons encore que la pression exercée par l'oreillette est très faible : Fick a même cru — à tort — que lors Je la contraction auriculaire la pression ne s'élève pas; elle s'élève en réalité, mais peu.

Fig. 17. — Oreilietie et venlricule droits durant la systole ventriculaire. La valvule tricuspide est tendue en forme de dôme ; les valvules sigmoïdes se sont écartées, pressées par le sang qu'elles laissent passer vers l'aorte. (Viault et Jolyet.)

Maintenant le ventricule est rempli de sang : il se contracte à son tour, et derechef nous demandons pourquoi ce sang ne reflue pas vers l'oreillette, puisque les deux cavités sont en large communication. Peut-on invoquer encore une différence de pression ? Interrogeons les sondes cardiaques : elles nous montrent que dans l'oreillette la pression est à peu

THEORIE DES VALVULES AURICULO-VENTRICULATRES 2i7

près nulle : clans le ventricule elle est très forte et elle est i'orle aussi dans l'aorte et la veine pulmonaire. Il serait donc tout naturel que le sang relluàt vers l'oreillette, vers le lieu de moindre pression : et pourtant cela n'a pas lieu. Il y a donc autre chose qu'une question de pression ici ; il y a des dispositions anatomitpies toutes spéciales ; il y a les valvules ((uriculo-venln'culaires. Voici un cœur d'homme : ouvronsen largement le côté droit, oreillette et ventricule, et nous avons sous les yeux la valvule tricuspide. Elle consiste, en somme, en trois valves inégales, irrégulières, de structure libro-élastique, dont les bords sont attachés à un grand nombre (une centaine) de petits muscles capillaires qui vont s'insérer par leur autre extrémité sur les parois du ventricule ; trois rideaux triangulaires maintenus sur leurs côtés libres par des cordages légers. C'est cette valvule qui empêche le reflux du sang du ventricule vers Toreillette, sans d'ailleurs gêner le passage de Toreillette dans le ventricule, mais comment? On admet généralement avec Chauveau et Faivre que la pression exercée sur le sang par la contraction du ventricule tend les rideaux valvulaires qui, d'abord horizontaux, seraient bien vite refoulés dans l'oreillette, si les muscles papillaires ne les retenaient ; mais les muscles les retiennent horizontaux et affrontés les uns contre les autres ; comme ils sont élastiques, toutefois, ils se tendent, et font une légère saillie dans l'oreillette, de forme convexe, et si sur le cheval on introduit le doigt dans l'oreillette pour explorer l'orifice auriculo-ventriculaire, on sent, au moment de la systole ventriculaire, les valvules se redresser, s'affronter et « former un dôme multiconcave au-dessus de la cavité ventriculaire ». Cette manière de voir a été adoptée par Ilaller, Magendie et la plupart des physiologistes; et dans cette hypothèse les muscles papillaires seraient les muscles de l'accommodation des valvules en réglant la situation de celles-ci.

D'après une autre théorie, le mécanisme de l'occlusion est tout

dillcrent. Lors de la systole vcnlinculaire les muscles papillaires se contracteraient aussi, de sorte que l'entonnoir forme en dehors de rétat de systole, par les trois rideaux valvulaires pendant dans la cavité ventriculaire, continuei'ait d'exister et même s'allonge-rait quelque peu, de telle sorte que les bords des rideaux se rapprocheraient encore et détermineraient Tocclusion complète des fentes existant entre eux : il se formerait une manière de piston creux qui s'enfoncerait dans le A-entricule, et l'occlusion serait due à la fois au rapi)rochement des bords des valvules et à la contraction des muscles papillaires qui, en se gonflant, s'accoleraient les uns aux autres. Celte dernière hypothèse a été acceptée par Parchappe (1848,^, Burdach, Purkinje, Beclard, Marc Sée, Ktiss et Duval.

Ajoutons que dans la théorie qui vient d'être exposée il se produirait une sorte d'aspiration de l'oreillette sur le sang veineux, par rallongement de sa cavité dans celle du ventricule, qui contribuerait à appeler le sang dans rorcillette.

D'une façon ou de l'autre, donc, le sang ne peut refluer vers l'oreillette durant la contraction ventriculaire et la valvule mitrale joue dans le cœur gauche le même rôle que la tricuspide dans le droit. Mais maintenant une nouvelle question se pose. Le ventricule se contracte, avons-nous dit, et chasse le sang clans l'aorte, ou l'artère pulmonaire, puis se relâche. Il a déployé une force considérable pour expulser le sang, et celui-ci a distendu les artères : ne peut-on pas craindre que ce liquide ne revienne en arrière dès qu'aura commencé le relâchement des parois ventriculaires ? La crainte est fondée ; mais le sang ne reflue pas grâce à un mécanisme très simple, grâce aux valvules sigmoïdes placées à l'entrée de l'aorte ou de l'artère pulmonaire. Ce sont en quelque sorte des nids fixés aux parois de ces vaisseaux, des nids flexibles, élastiques, posés les uns à côté des autres, et dont les bords arrivent au contact ; quand le ventricule se contracte, le sang écarte ces nids et les refoule contre les parois, et passe du moment où la pression est supérieure à celle du sang contenu dans l'aorte ou l'artère pulmonaire : quand il a fini de se contracter, les valvules sigmoïdes se rabattent, et le sang qui est au-dessus d'elles ne peut re-

Page 1