INNERVATION DU COEUR
L'idée que le cœur renferme des ganglions moteurs et des ganglions d'arrêt est due à Stannius, qui en 1851 annonça que si l'on serre une ligature sur le sinus veineux de Toreillette (7« et 10^ expériences de Stannius), de façon à passer sur les ganglions de Remak, le cœur s'arrête tout entier, et si une autre ligature passe dans le sillon auriculo-ventriculaire, le cœur se remet à battre en entier ou en partie; dans ce dernier cas le ventricule seul présente des pulsations, mais selon la direction de la ligature ou de l'incision — car celle-ci peut remplacer celle-là — on peut faire battre les oreillettes seules ou le ventricule seul, ou tous trois à la fois, (Descartes avait déjà fait une expérience analogie en 1644.) L'expérience est assez simple ; mais l'interprétation en est malaisée ; elle l'est peut-être même plus encore maintenant qu'autrefois quand on ignorait le caractère rythmique des contractions du muscle cardiaque en lui-même, privé de tout ganglion (pointe;. On a supposé que les ganglions de Remak et de Bidder sont moteurs, et celui de Ludwig ou von Bezold, frénateur. Les deux premiers réunis seraient plus puissants que le dernier, mais chacun d'eux isolément le serait moins : la première ligature ou incision éliminerait l'influence de l'un d'eux, et dès lors le ganglion frénateur l'emporterait sur l'unique ganglion moteur restant ; mais la seconde ligature ou incision, éliminant l'influence du frénateur, le dernier ganglion moteur reprendrait son influence. Ce ne sont là que des hypothèses, et nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps. Toutefois l'expérience de Stannius est très intéressante en ce sens qu'elle nous fournit le moyen d'étudier le cœur en dehors de son excitation et de sa contraction normales.
Examinons maintenant l'effet des nerfs extrinsèques du cœur, et commençons par le pneumogastrique, La découverte est-elle due aux frères \N>ber (1845) comme cela parait généralement admis, ou à leur compatriote Budge, siméme Galvani n'avait déjà connaissance de la chose? ?sous ne savons, mais
ceci est certain, c'est que V excitation forte du pneumogastrique détermine le ralentissement puis Varrêt du cœur en diastole, au lieu que leur section détermine l'accélération de cet organe (la section d'un seul pneumogastrique ne produit qu'un effet très faible). C'est là un phénomène qui s'observe chez tous les animaux sur lesquels l'expérience a été faite, bien qu'il s'obtienne plus difficilement chez les oiseaux. Mais cet arrêt dure quelques minutes au plus'. Le cœur reprend ses battements malgré la persistance de l'excitation. Si on laisse reposer le nerf une ou deux minutes, par exemple, on peut reproduire un arrêt temporaire (Tarchanoff) et il y a ce fait curieux que, pendant l'arrêt, on peut parfaitement obtenir une pulsation en excitant directement le cœur. Aussi comprendon que l'excitation du pneumogastrique ne détermine pas la mort. L'effet est le même avec les deux pneumogastriques, mais il est plus marqué avec le droit qui abandonne au cœur plus de rameaux que ne le fait le gauche ; nous verrons plus loin que l'excitation faible de ces nerfs détermine une accélération au lieu de l'arrêt. En même temps que le cœur se ralentit et s'arrête, la pression artérielle diminue considérablement ; mais, entre le début de l'excitation et celui des deux phénomènes, il s'écoule toujours un temps perdu appréciable : le cœur exécute encore une ou deux systoles (Donders, Pflùger), et il reprend son activité (en cas d'excitation de courte durée) un peu de temps après la cessation de l'excitation. Il convient, pour bien voir les phénomènes qui viennent d'être décrits, de s'adresser à un animal adulte, l'action d'arrêt du pneumogastrique étant très faible ou nulle chez les nouveau-nés. et on remarquera que l'influence accélératrice de la section se voit mieux chez les animaux à cœur lent ; chez les animaux hétérothermes, elle n'existe pas du tout, les battements ne deviennent pas plus fréquents; on les voit bien chez le chien, par contre, dont le cœur à battements
• Il est curieux de noter que le sulfure d'allyte exerce sur le cœur la même action que rexcitation du vague (Gley, Soc. Biol., 1890).