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INNERVATION DU CŒUR

irréguliers prend une activité régulière très marquée. Mais, en même temps qu'il bat plus vite après la section, le cœur

bat plus faiblement, et exécute un travail moindre. C'est par le pneumogastrique qu'agit l'excitation du bulbe qui, on le

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sait, détermine l'arrêt du cœur, que cette excitation soit électrique (Budge. 1841; ou mécanique (Vulpian : choc bulbaire chez la grenouille), c'est par les pneumogastriques encore que s'exerce l'action de la digitale sur le cœur — et non directement sur le cœur lui-même — comme l'a montré Traube dans une expérience célèbre; la digitale agit sur le bulbe, et si, chez le chien à pneumogastrique intact, la digitale amène un ralentissement et une régularisation notables (le pouls tombant de 128 à 32), le cœur ne subit aucune modification chez le chien qui a absorbé de la digitale, les pneumogastriques étant coupés.

Au surplus, toute excitation psychique ou médullaire peut provoquer de façon réflexe l'activité du pneumogastrique, et agir comme l'excitation directe du bulbe ou de ce nerf, et c'est ce qui explique l'influence des émotions morales ou intellectuelles sur cet organe : on sait jusqu'où elle va, depuis le léger affaiblissement du cœur, jusqu'à l'arrêt complet, jusqu'à la syncope parfois mortelle sous l'influence d'une émotion profonde, ou sous l'influence d'une excitation sensitive vive, comme celle que détermine Goltz en donnant une chiquenaude à l'intestin d'une grenouille. Le pneumogastrique est évidemment en état de tonus permanent ; il exerce son activité à tout moment — comme le montre le résultat de sa section — mais toute excitation peut renforcer ce tonus et exagérer l'action modératrice de ce nerf, quel que soit le nerf — sensitif naturellement, sciatique, trijumeau, splanchnique, etc., etc., — par lequel cette excitation est transmise. Aussi peut-on dire que toute excitation psychique ou physique retentit sur le cœur, et ceci explique bien des phénomènes pathologiques et physiologiques : c'est par l'excitation réflexe du pneumogastrique que tuent un coup dans le ventre ou une contusion du testicule : les nerfs sensitifs atteints réagissent sur le nerf modérateur du cœur.

Il est vraisemblable que les deux pneumogastriques donnent des filets aux ganglions modérateurs du cœur.

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Cela est vraisemblable, mais non démontré, il faut bien le reconnaître, et à ce propos on remarquera que ces ganglions s'épuisent rapidement alors que les pneumogastriques ne sont pas épuisés, ce qui ne facilite pas Tintelligence des phénomènes. Certains poisons agissent nettement sur les fibres terminales du pneumogastrique : tel est le cas pour le curare et surtout l'atropine. Celle-ci semble paralyser les terminaisons de ce nerf, car à la suite de son ingestion le cœur s'accélère considérablement, comme s'il y avait eu section des pneumogastriques. L'effet est surtout appréciable sur le chien ; il est moins marqué chez le lapin. L'excitation du pneumogastrique chez le chien atropinisé, est sans effet. Par contre la muscarine — alcaloïde de VAmanita muscaria, qui se trouve aussi parmi les produits de la putréfaction de la viande — semble exciter les ganglions inhibiteurs du cœur qui s'arrête en diastole : peut-être excite-t-elle le pneumogastrique ?

Il est peut-être temps de dire qu'en réalité les effets que nous venons d'attribuer au vague ne lui appartiennent pas réellement. Il contient bien des fibres agissant sur cet organe, comme nous venons de le dire ; mais elles ne font pas réellement partie de lui : elles ne sont pas nées au point où il prend naissance ; ce sont des fibres d'emprunt, et comme l'avait annoncé Waller en 1856, elles viennent du spinal. En effet, si l'on arrache le spinal, on constate qu'au bout de quelques jours le pneumogastrique correspondant renferme des fibres dégénérées, et est sans action sur le cœur, au lieu que le pneumogastrique de l'autre côté, le spinal étant intact, agit comme il a été dit. Mais alors, l'arrachement des deux spinaux devrait agir comme la section des deux pneumogastriques, et déterminer l'accélération du cœur, et comme il n'est pas certain qu'il détermine ce phénomène, il est malaisé de conclure. Peut-être le pneumogastrique reçoit-il des fibres cardiaques de nerfs autres que le spinal ? Quoi qu'il en soit, il convient d'admettre que

les fibres modératrices du pneumogastrique ont, en partie au moins, leur origine dans le spinal. Du reste, l'origine réelle de ces fibres ne présente qu'une importance secondaire dans la question qui doit maintenant nous occuper : l'interprétation des phénomènes exposés plus haut. Comment le pneumogastrique — ou le spinal — détermine-t-il l'arrêt ou le ralentissement du cœur ? Admettrons-nous un épuisement, et avec Moleschott et Schifî, regarderons-nous le vague comme un nerf moteur du cœur, très délicat, dont l'excitation faible détermine l'accélération cardiaque — fait douteux — mais que les excitations fortes fatiguent et paralysent en l'épuisant ? Considérerons-nous l'arrêt du cœur comme un simple phénomène de fatigue ? Cela est peu vraisemblable, d'après ce que nous savons des conditions où se produit la fatigue en général, et d'ailleurs cette théorie n'a plus de défenseurs. Il faut donc regarder l'arrêt du cœur par excitation du vague comme un phénomène d'inhibition (Brown-Séquard) ; il faut admettre que l'activité d'un nerf peut consister exactement à contre-balancer, à combattre, à vaincre parfois l'activité d'un autre nerf, que telle excitation nerveuse peut arrêter tel mouvement quelconque. Ce n'est pas d'ailleurs uniquement de la théorie : c'est un fait, nous en connaissons des exemples — le nerf splanchnique de l'intestin par exemple, qui arrête les mouvements de ce viscère, et les nerfs dilatateurs des vaisseaux dont nous parlerons plus loin ; — mais, à vrai dire, nous ne le comprenons pas. Nous ne savons même pas si l'inhibition porte sur les libres musculaires ou sur les ganglions cardiaques. Pourtant elle semble ne pas porter sur les premières, qui demeurent excitables. Il y a quelque analogie entre l'inhibition et les phénomènes optiques de V interférence^ comme l'a signalé Cl. Bernard ; on sait en effet que telles vibrations lumineuses peuvent en annuler telles autres, de sorte que là où l'on s'attendrait à éprouver une sensation plus forte, on n'en éprouve point du tout ; mais comparaison

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