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VITESSE DU POULS

même ordre. L'onde sanguine, ou la pulsation artérielle, va s'alfaiblissant à mesure qu'elle s'éloigne de son point d'origine, tout comme les ondulations que provoque dans l'eau la chute d'une pierre vont s'étcignant à mesure qu'elles s'éloignent. Il y a une autre analogie entre la pulsation artérielle et l'ondulation de l'eau : toutes deux se transmettent graduellement : entre le passage de l'onde à tel point, et à tel autre, plus éloigné, il s'écoule un intervalle de temps appréciable. Il semble pourtant à l'examen superficiel que le pouls bat en même temps au cou par exemple, et au poignet : c'est une erreur, et on a reconnu que le pouls présente une vitesse de propagation parfaitement mesurable, variant entre 6 et 9 mètres par seconde chez l'homme. Si l'on prend le pouls en deux points d'une môme artère situés à quelque distance l'un de l'autre, le pouls retarde dans le point le plus éloigné du cœur. Est-il besoin de dire que cette vitesse de propagation du pouls n'a rien à faire avec la vitesse du sang, que la vitesse de la forme n'a rien de commun avec la vitesse de la matière même ? Gela nous semble superflu, après ce qui a été dit plus haut de la quantité de sang lancée dans les artères à chaque systole ventriculaire, et de la forme conique du système artériel. Gomme nous le verrons plus loin, la vitesse du sang même n'est guère que de oO centimètres par seconde.

Le sang lancé par le ventricule dans l'aorte rencontre un vaisseau déjà plein de sang, et contenant même plus de sang qu'il ne semblerait destiné à en contenir, puisque ce vaisseau est légèrement distendu, et que son contenu est soumis à une certaine pression. Ce nouvel afflux de sang va donc déterminer une augmentation de pression : cela est inévitable, et d'ailleurs cela est nécessaire ; sans les constantes augmentations de pression dues aux contractions cardiaques, le sang, nous le savons, ne circulerait point. Il convient donc d'accorder quelque attention à ce point.

Goupez une artère ou piquez-la largement : le sang s'en échapoe avec force, de façon saccadée, le jet étant plus fort

après les systoles ventriculaires. Il est clair que la pression de ce sang est considérable. Pour la mesurer avec précision, on a recours à V hémodynamomètre. Le premier instrument de ce genre fut un simple tube de verre que Stephen Haies, en 1733, lia sur une artère ouverte, et dans lequel il vit s'élever le sang à plusieurs pieds de hauteur, y oscillant

Fig. 31. — Décroissance graduelle de la pression dans une partie

"étroite C, occupant une assez grande longueur d'un conduit.

(D'après Marey.)

d'ailleurs de façon régulière, selon les différentes phases de la pulsation cardiaque. Cet instrument primitif, qui est d'un maniement peu facile, et qui fausse quelque peu la mesure de la pression par la déplétion relativement considérable du système artériel qui perd tout le sang contenu dans le tube, sans compter d'autres inconvénients, a été remplacé par les manomètres à mercure et les manomètres élastiques.

Le premier manomètre à mercure a été celui de Poiseuille (1829) : c'était un tube en U à branche droite longue, à branche gauche plus courte et recourbée horizontalement vers son extrémité : on y versait du mercure ; la branche gauche pénétrait dans l'artère, et pour empêcher le contact du mercure et du sang on interposait un liquide alcalin : la pression se lisait en mesurant

PRESSION ARTERIELLE 287

la diûcrence entre le niveau du mercure dans les deux branches verticales. Ludwig perfectionna cet instrument en y ajoutant un flotteur nuini d'une tige portant une pointe légère qui, en glissant le long d'un cylindre enregistreur, y inscrit les oscillations de pression: ainsi modifié, c'est le kymorjraphion de Ludwig (1847). Cet instrument représente un progrès notable : pourtant il a un inconvénient : l'extrême inertie du mercure empêche l'enregistrement de beaucoup de phases délicates dans les oscillations de la pression. Aussi emploie-t-on plus volontiers, quand il s'agit d'inscrire celles-ci. le man(unèti*e de Marey. qui est le plus usité des manomètres élastiques. Ceux-ci sont ainsi nommés parce que le mercure y est remplacé par un corps élastique. L'instrument imaginé par Marey consiste en une capsule de baromètre anaéroide, extensible, comme on sait, renfermée dans un vase inextensible, plein d'eau à très peu de chose près, et relié par un tube en caoutchouc à un tambour enregistreur. La capsule de baromètre communique avec l'artère par un tube à solution anticoagulante : elle communique aussi avec un petit manomètre à mercure, gradué. On peut donc à la fois inscrire les oscillations de pression, et les mesurer, et le manomètre sert constamment d'étalon pour la graduation de l'amplitude des oscillations inscrites, les capsules barométriques n'étant point uniformément élastiques. L'appareil est simple et commode. Le kymographion de Fick est encore un manomètre élastique : il rappelle le baromètre de Bourdon. Pour mesurer la pression artérielle sur l'homme, on a eu recours à diti'érents procédés. On a charge la peau de poids jusc^u'à ce qu'elle pâlisse, ne recevant plus de sang. Marey procède autrement : il fait plonger le doigt dans un tube rempli d'eau, bien clos, communiquant avec un manomètre et avec une poire pleine d'eau. Au moyen de la poire il comprime l'eau du tube jusqu'à ce que lé manomètre ne traduise plus par ses oscillations les variations d'afflux sanguin dans le doigt : on cherche donc à empêcher l'arrivée du sang. Mais ce moyen est défectueux, car il y a des oscillations même pour des pressions certainement supérieures à celle du sang : il ne peut donner qu'une valeur approchée de la contre-pression nécessaire pour empêcher l'accès du sang, c'est-àdire pour faire exactement équilibre à sa pression. L'appareil de von Basch est tout autre : il exerce une pression (mesurée manométriquement) sur une artère, et note à quelle pression exactement on cesse de sentir le pouls en aval du point pressé.

Le tableau qui suit résume quelques chiffres obtenus pour la pression artérielle de différents animaux :

Cheval.

CIRCULATIC

28 cent, de mercure.

Grenouille,

Homme.

Oiseaux de

Chien.

basse-cour.

Lapin.

Couleuvre.

Hàtons-nous d'ajouter que ce sont là des chiffres moyens. N'est-il pas évident, à priori, après ce qui a été dit de l'élas-

Fig. 32. — Pression constante (P. C.) et pression variable (P. V,) dans un tracé manométrique de carotide de chat. Noter la faiblesse de la première comparée à la seconde. (D'après Viault et Jolyet.)

ticité des artères, de l'intermittence du cœur, et de l'accroissement de l'aire du cône vasculaire, que la pression doit varier dans une même artère, selon la phase cardiaque, et à un même moment, selon le vaisseau considéré ? N'est-il pas évident que la pression artérielle doit être maxima dans l'aorte au moment de la systole ventriculaire, et minima dans les artérioles en état de systole ? Et enfin, que les oscil-

l'HL>?iU.N? VAUlAbLL Li ^.u>:? i A> i li JM»

lations, les variations extièmes doivent être plus grandes dans les gros vaisseaux voisins du cœur, et plus petites dans les petits vaisseaux qui en sont distants? L'expérience montre que ces prévisions sont exactes, et que la pression varie considérablement. Mais, d'autre part, il y a ceci de certain, c'est que dans les plus petites artères, où il est impossible de distinguer des oscillations de pression, le sang coule. S'il coule, c'est qu'il est sous une certaine pression, et d'autre part, dans les plus gros vaisseaux, aussi, il y a une certaine près sion constante à la([uelle se surajoute une nouvelle pression lors de la systole ventriculaire : jamais la pression n'est zéro. Il faut donc distinguer dans la pression artérielle deux éléments : l'un variable, l'autre invariable; l'un qui est l'ejffet immédiat de la systole cardiaque, l'autre qui persiste entre les systoles.

L'élément invariable, c'est la pression obtenue, en quelque artère que ce soit, avant le passage de l'onde artérielle : c'est l'élément invariable pour le moment, et pour le lieu. car. selon les conditions physiologiques ou pathologiques, et selon les artères, il présente des différences. L'élément variable, c'est la pression au moment de la diastole de l'artère, au moment du passage de l'onde qui a son origine dans la systole ventriculaire. Si, dans ime artère donnée, la pression oscille entre 20 et '25 millimètres, 20 est la pression constante ou invariable: 25 est la pression variable. ^Naturellement, plus on approche des capillaires, et plus les deux pressions tendent à l'égalité : il n'y a presque pas de différence entre elles. Naturellement aussi la pression constante est, comme l'invariable, l'effet des contractions cardiaques : mais elle est le résultat des contractions cardiaques antérieures, plus celui de l'élasticité artérielle. On remarquera que les variations de la pression di^iiinuent à mesure que la constante s'élève. La pression artérielle varie donc constamment, dans un même organisme, selon le lieu et le moment. Aux causes qui viennent d'être signalées il en faut joindre d'autres également

PHYSIOLO'-ilE 17

(.IHCLLATION

pliysiologiquos. Le sang ri'esl point clia!5S«î du cœur dans un système invariablement identi(|ue à lui-même. Nous verrons plus loin que sous dilï'érentes influences les artérioles varient continueJIf-Hient de calibre, de sorte que, même en supposant

Fig. 33. — Changement de niveau dans les tubes de Pitot suivant

Jour orientation par rapport au courant du liquide. (D'après Marey.)

les systoles ventriculaires identiques en force et en durée, le sang est projeté dans un système de capacité variable : à supposer sa force de projection constante, la résistance qu'il rencontre varie, étant forte à tel moment, faible à tel autre. Cette variabilité de résistance a presque autant d'importance que la variabilité de force de projection : le cœw périphérique, s'il nous est permis de donner ce nom à l'ensemble des artérioles en voie de contraction et de décontraction irrégulièrement alternantes, exerce son action sur la pression tout autant que le cœur central, et on ne pourra être surpris de variations nettement appréciables se pi'odnisant dans la pression artérielle, malgré l'apparente identité des systoles ventriculaires : la pression varie parce que la résistance a changé. La pression dépend donc de deux influences :

l'HliSSION DU SANG. — Cr*:UM PKRU'llKRinUK JOI

du cœur et des vaso-moteurs, en deliors dt^s autres ractems dont il a été parlé. Il y a, toutefois, entre le cduir et les artériolcs, des lapporls intimes qui icndeut très intéressante la relation qui vient d'être signalée. Ces deux cœurs ne sont point indépendants ; ils ne marchent pas chacun de son côté, sans éfjard l'un pour l'autre. Tous deux sont régis par le système nerveux qui coordonne leurs actions. Le cu-ur périj>héri<pit' se dilate-t-il, amenant par là, nécessairement, une

Fig. 34. — Moiiti-anl l'iiifluciico du cœur sui- hi prcssiuu arlcrielle. (D'après Foster.) En x on excite durant une seconde le vague, et le cœur s'arrête, d'où chute considérable de la pression. Les excitations cessant, le cœur reprend et la pression remonte.

diminution de pression? Aussitôt le cœur central de battre plus vite. Se contracte-t-il, d'où augmentation de pression : le cœur bat plus lentement. Il y a là une régulation automatique opérée par le système nerveux : nous en reparlerons plus loin. « Le cœur bat d'autant plus vite qu'il éprouve moins de peine à se vider, » a dit Marey. La pression artérielle ne résulte pas seulement de la double inlluence du cœur central et du C(eur périphéri({ue : il faut tenir encore compte de la quantité de sang, naturellement. Or, elle varie sans cesse, selon les boissons et les excrétions rénale et eu

tan-'c : plu^ il y a de sang et plus la pression est forte, moins il y en a et plus la pression est faible, comme on peut le voir par la transfusion et par la saignée. Toutefois ces variations sont très temporaires en général, et ceci tient à deux causes : d'une part, la capacité du système artériel varie sans cesse : elle s'adapte à la quantité de sang, et si on injecte de l'eau ou du sang, la pression n'augmente que temporairement, parce que le cœur périphérique se dilate (dans l'abdomen en particulier) et parce que le rein travaille rapidement à éliminer l'excès de liquide. Enlève-t-on du sang au contraire ? Les artères se contractent parfois jusqu'à effacement de leur calibre, d'après J. Hunter, et le cœur s'accélère. Nous avons vu, en parlant de la saignée, que la masse, le volume normal se reconstituent très vite, srâce à la transsudation des tissus, grâce aux boissons : l'équilibre se rétablit donc. D'autre part, le système nerveux coordonnateur des deux cœurs collabore à cette reconstitution de l'équilibre : si la masse du sang est accrue, d'où élévation de pression, le cceur se ralentit, et donne moins d'impulsions, c'est-à-dire d'augmentation de pression ; diminue-t-eUe, au contraire, il bat plus vite, travaillant à accroître la pression.

On remarquera l'influence de la respiration sur la pression du sang : cela se voit bien dans les sphygmogrammes du reste, la pression augmente durant l'expiration, et diminue avec l'inspiration ; mais pour ne point commettre d'erreur dans l'interprétation des tracés, il faut veiller aux conditions où l'on opère, et spécialement au mode respiratoire qui a une grande influence.

Vitesse du sang. — La vitesse du sang, c'est-à-dire la rapidité avec laquelle une portion de ce liquide, lancée dans l'aorte par le ventricule gauche, se porte vers la périphérie, est chose très distincte, avons-nous dit de la vitesse de l'onde sanguine : cette dernière varie entre 6 et 9 mètres par seconde ; la première, dont il nous faut maintenant parler,

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