INFLUENCE DE LA RESPIRATION SUR LA CIRCULATION
faiblir par suite de la difficulté qu'il éprouve à chasser loiit le sang qui vient à lui, ou est retenu dans ses parois par le fait de la diminution de pression intra-thoracique.
(Il est à noter que les effets de l'inspiration et l'expiration sur les vaisseaux deviennent inverses dans le cas de respiration à type abdominal (Mare y), bien que Luciani ait vu, sur des chiens il est vrai, que la pression abdominale suit les variations de la pression thoracique.)
En résumé, l'inspiration attire à la fois l'air pur et le sang qui en cherche le contact, tandis que l'expiration, chassant l'air devenu inutile, aide au cours du sang qui en a épuisé l'influence réparatrice et, pourrait-on ajouter, « oblige le sang qui n'a point encore été purifié à attendre un nouvel afflux d'air ».
Dans le poumon même, le sang est plus abondant durant l'inspiration. Haller, Poiseuille et Gréhant avaient conclu au contraire, mais ils opéraient d'une façon défectueuse : ils faisaient des insufflations trachéales ; rien d'étonnant à ce que, dans ces conditions, le poumon s'anémiât. Il faut se rappeler que, dans l'état physiologique, la dilatation pulmonaire est le résultat du vide pleural. Quand ce vide se produit, il s'établit un certain vide dans le poumon ; la pression s'y abaisse par rapport à la pression extérieure. Dès lors, le poumon en état d'aspiration représente un tissu vasculaire interposé à deux espaces à moindre pression (plèvre et cavité pulmonaire) ; à priori, le sang doit s'y porter en plus grande quantité, et ce vide relatif facilite l'expulsion de l'acide carbonique du sang. En expiration au contraire, il y a une légère compression de l'air intrapulmonaire, ce qui doit faciliter la fixation de l'oxygène.
Phénomènes chimiques de la respiration. — La respiration est un processus chimique : c'est une oxydation ou, pour mieux dire, un ensemble de réactions exothermiques (dégageant de la chaleur) aboutissant à la formation d'acide car-
bonique, d'eau, et d'un certain nombre d'autres produits qui sont rejetés au dehors. Ces réactions ne peuvent se produire sans apport d'oxygène. L'aération du sang, qui s'effectue dans le poumon, fournit cet apport. Quant aux produits de la combustion et des autres réactions, ils s'éliminent en partie par le poumon (CO- et eau), en partie par la peau, en partie encore par le rein.
Les principaux traits de riiistoire de la découverte de la nature réelle de la l'onction respiratoire peuvent se résumer ainsi qu'il suit :
Les animaux vivants ont besoin d'air pour vivre. Ce fait est oonstatc par Boyle, Huygliens, Derham, Bernouillé, et les physiciens de Florence.
L'air a besoin d'être renouvelé : R. Boyle.
Théorie mécanique. — L'air déplisse les poumons pour permettre la circulation du sang (iatro-mécaniciens). Haies modifie la théorie en supposant que la respiration a pour but de brasser le sang, ce qui le rend rutilant.
Théorie physique. — L'air rafraîchit le sang (Platon, Aristote, Descartes, Boerhaave) ; il condense le sang veineux, trop chaud et trop dilaté, et l'empêche de briser les vaisseaux (Helvétius).
Théorie dynamique ou vitale. — La respiration introduit des particules impondérables de l'air, qui se détruisent en nous.
Théorie chimique. — Jean Mayow découvre que le sang contient un esprit nifro-aérien (oxygène) qui produit la rutilance du sang et la chaleur animale : c'est cet esprit qui forme les acides en se combinant avec certains corps, la rouille en se combinant avec le fer, qui s'unit avec les corps comburés, dans la combustion, laquelle laisse derrière elle un air sans esprit nitro-aérien, impropre à alimenter la combustion ou à entretenir la vie. Black reconnaît que l'air devient irrespirable par suite de la présence de CO* [acide aérien). Priestley isole l'oxygène deviné par J. Mayow ; il reconnaît que les plantes purifient l'air vicié jîar la respiration ; que l'air et l'oxygène seuls rendent le sang rutilant. Lavoisier fait l'analyse de l'air ; il constate l'absorption de l'oxygène dans la respiration, et il fonde enfin la théorie chimique, celle qui subsiste aujourd'hui avec quelques modifications, dont la pi'incipale est que l'on place le siège des combustions respiratoires dans tout l'organisme, et non dans le poumon seul, comme le faisait Lavoisier (avec réserves d'ailleurs).
CHIMIE DE LA RESPIRATION Hôo
Toutefois on n'a commence à formuler la théorie moderne do la respiration qu'après les beaux travaux de Magnus qui, en 1830, a mêthodiquemont extrait les gaz du sang, en fournissant aux physiologistes une méthode qui a sans doute été perfectionnée depuis, mais qui a été le point de départ de recherches des plus importantes. Magnus croyait à tort que l'O et le CO* sont simplement dissous dans le sang : Liebig pressentit et Fernet démontra qu'il y a combinaison chimique faible entre ces gaz et différents éléments du sang. Enfin, entre 1862 et 1864, Hoppe-Seyler etStokes ont découvert le rôle de l'iiémoglobine.
La respiration, au point de vue chimique, est surtout une combustion^ une combinaison de l'oxygène de l'air avec différentes substances, avec le carbone en particulier. Cette combustion s'opère non dans le poumon, qui est simplement le siège des échanges gazeux entre l'air et le sang, et qui est l'intermédiaire entre l'air et les tissus, mais dans les tissus eux-mêmes, comme nous le verrons plus loin. Tous les êtres vivants respirent; les animaux et les plantes absorbent de l'oxygène et rejettent de l'acide carbonique; tous brûlent, selon la comparaison de Lavoisier, qui les assimilait à des corps en combustion ; de là leur chaleur propre — variable — et leur mouvement. Les uns empruntent leur oxygène à l'air ; d'autres à l'eau, et si les plantes, par la chlorophylle, décomposent l'acide carbonique de l'air en carbone qu'elles conservent et en oxygène qu'elles rejettent, il ne faut pas oublier que cette fonction de nutrition est parfaitement distincte de leur fonction respiratoire, identique à celle de l'animal. D'autres êtres n'absorbent pas l'oxygène en nature, ou, du moins, sont capables de se passer de celui-ci ; mais cela ne veut pas dire qu'ils ne respirent point ; ils empruntent l'oxygène à des combinaisons où il se trouve : c'est ce que fait la levure de bière par exemple, qui, lorsqu'elle est privée d'oxygène, et se trouve en présence de sucre, prend à celui-ci une partie de son oxygène, et produit ainsi de l'acide carbonique et de l'alcool. T-els ferments peuvent vivre en présence de l'oxygène; mais d'autres sont anaêrohies
et meurent de l'oxygène libre ; ils en consomment pourtant, mais l'empruntent à des combinaisons oxygénées. En réalité, il y a beaucoup d'anaérobies ; les tissus des fruits sont anaérobies puisqu'ils peuvent former de l'alcool et l'acide carbonique aux dépens des sucres ; on peut dire que les tissus animaux aussi sont en quelque façon anaérobies, car ils consomment de l'oxygène combiné à de l'hémoglobine, et l'oxygène dissous leur est toxique (P. Bert).
C'est M. Pasteur qui a développe cette idée de l'anaéi-obiose des tissus animaux. II fait remarquer que, si Toxygène trouble le fonctionnement des cellules anaérobies, il leur l'end pourtant des services s'il vient de temps à autre les exciter. L'O de Tair servirait d'excitant ou de condiment aux cellules du corps qui, il faut le reconnaître, auraient un bien plus grand besoin de cet excitant que ne l'ont les cellules de la levure par exemple. « Les combustions directes seraient de peu d'importance excepte peut-être dans l'état de croissance des individus, c'est-à-dire quand il y aurait multiplication des cellules. La fermentation devient, dans cet ordre d'idées, un phénomène général, universel, propre à toutes les cellules vivantes... La plupart des phénomènes physiologiques devraient être revisés à la clarté des vues que je viens d'exposer. Dans les applications qu'on en peut faire, je suis frappé de la simplicité des explications qu'elles suggèrent. Elles rendent compte des faits les plus obscurs jjour la théorie de la combustion directe.
a. Un muscle en activité produit un volume de CO* supcrieui* au volume d'oxygène absorbé dans le même temps. La consommation d'oxygène n'est donc pas en rapport exact avec la production d'acide carbonique. Pour la théorie nouvelle, ce fait n'a rien que de naturel puisque l'acide carbonique produit résulte d'actes de fermentation qui n'ont aucune relatiorf nécessaire avec la quantité d"0 absorbée et fixée.
b. On sait que dans les gaz inertes, dans l'H, l'Az, CO", le muscle peut se contracter et qu'il produit aloi's CO". Ce fait est une conséquence obligée de la prolongation de la vie des cellules dans leur état anaérobie, sous l'influence de l'excitation qu'elles ont reçue antérieurement au contact du gaz oxygène apporté par les globules du sang. Il est inexplicable dans la théoi'ie des combustions respiratoires.
c. Les muscles ont, après la mort et dans l'asphyxie, une réaction acide. On le comprend aisément si des actes de décomposi-