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RULE RESPIRATOIRE DU SANG

On sait que Lavoisier a considéré le poumon comme le siège des combustions respiratoires. Si cette manière de voir était exacte, le sang revenant du poumon devrait être le plus chaud de tout le corps (en réalité, il devait être tellement chaud que le poumon ne pourrait résister à pai-eille chaleur). Cl. Bernard a démontré toutefois que le sang du ventricule gauche (revenant du poumon) est celui de tout le corps dont la température est le moins élevée.

On remarquera en passant que le tissu pulmonaire ne jouit d'aucune propriété spécifique bien établie au point de vue respiratoire : il est seulement mieux adapté pour la respiration parce que sa muqueuse est très étendue, très mince, et très riche en vaisseaux. Toute membrane vivante présentant les mêmes caractères peut rendre les mêmes services : la peau de la grenouille respire (et en hiver, quand les échanges sont naturellement très restreints, cette respiration cutanée lui suffit), les muqueuses respirent, et chez certains animaux, la respiration s'effectue par la muqueuse digestive ou des appendices de celle-ci. Tel est le cas pour la loche d'étang qui avale l'air, et respire par l'intestin, et pour beaucoup d'échinodermes pourvus d'appendices respiratoires rattachés au tube digestif.

Rôle respiratoire du sang. — Le sang sert de véhicule et d'intermédiaire entre le poumon et les tissus : il va chercher Voxygène dans le premier pour le rapporter à ceux-ci, et se charger de Xqwt acide carbonique qu'il va rendre au poumon. Cependant, étant tissu vivant, il prélève sa part d'oxygène; il respire aussi bien que les autres tissus du corps, comme l'on pouvait le prévoir. La démonstration expérimentale de ce fait est fournie par cette circonstance maintes fois observée, savoir, que l'analyse des gaz artériels faite sur du sang extrait depuis quelque temps, donne une proportion d'O moindre que si elle est faite de suite : le sang a donc consommé de l'oxygène. Mais en somme il en consomme très peu (3 ou 4 centimètres cubes par heure pour 100 grammes de sang,

d'après Schutzenberger), et la plus grande partie de l'oxygène qu'il emprunte à l'air — il en est à peu près saturé — est fidèlement apportée aux tissus. On le voit à la lenteur avec laquelle, à l'abri des tissus, se consomme son oxygène, à la lenteur avec laquelle il oxyde les substances les plus faciles à oxyder (Hoppe-Seyler). De même, à l'acide carbonique que ceux-ci lui abandonnent, il en ajoute une très petite quantité provenant de ses combustions particulières. En somme, le sang est un tissu de vie très faible. Le plus vivifiant de tous, il est, de tous, le moins vivant.

Rôle respiratoire des tissus. — Ce sont les tissus généraux qui respirent Voxygène et qui exhalent Vacide carbonique ; ils sont le siège réel de la respiration, et la respiration interne dont il s'agit est la seule respiration véritable ; la respiration externe (fixation de l'O sur le sang) n'est qu'un phénomène à\iération.

La respiration des tissus se met en lumière par des expériences simples imaginées par Spallanzani qui a le premier donné la démonstration nette de ce phénomène. Il suffit d'abandonner dans une cloche contenant de l'air dont la composition est connue, des fragments de muscle, ou d'un autre tissu récemment enlevé au corps : on analyse l'air de la cloche au bout d'un certain temps, et on constate qu'il est plus riche en CO- et plus pauvre en 0. La respiration des tissus est un phénomène général. Mais l'intensité de celui-ci varie dans des limites étendues. Spallanzani avait déjà reconnu que les tendons et la graisse ont une respiration beaucoup moins active que la substance nerveuse, et le tissu cellulaire, et que la respiration du muscle est beaucoup plus active que celle du sang. P. Bert a repris ces expériences, en donnant un grand soin aux conditions expérimentales, et voici quelques chiffres tirés de ses expériences.

Bien que les chiffres absolus puissent varier, l'hiérarchie respiratoire indiquée par ce tableau ne varie jamais.

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